La France peut-elle s’enflammer ? Les Français entre colère et résignation

La rentrée se paie à la pompe et dans le caddie : l'énergie augmente de 16,7 % sur un an en août et les produits frais de 5,9 %, selon l'Insee

La rentrée politique de l’écologie 2026 · nos analyses au Capacity Score

Adaptation climatique : partis et patronats comparés au Capacity Score Le programme écologique des Écologistes pour 2027 Le Parti socialiste est-il écologiste ? Son projet pour 2027 Le programme écologique de La France insoumise Mélenchon et Tondelier : deux programmes écologiques comparés La REF 2026 : le MEDEF et les entreprises face aux polycrises Impact France aux Universités d’été 2026 : une souveraineté contributive Jancovici est-il écologiste ? Son plan et son récit

Ce que nous portons

L’écologie populaire, de l’environnement à la régénération L’enjeu politique de la trajectoire des entreprises vers la régénération Les quatre imaginaires de l’écologie Le livre blanc de la régénération Les tendances RSE 2027

La demande que nous portons

« Made in France » dit où le produit a été fini. Il ne dit rien du revenu versé au producteur, des sols dont la vie biologique s’enrichit, du métier maintenu sur le territoire. Le manifeste demande que cette contribution devienne lisible en rayon : passer d’« assemblé ici » à « fait grandir le vivant ici ». L’État peut y contribuer en reconnaissant les labels qui l’attestent déjà — Regenerative Organic Certified, Demeter, Bio Équitable en France — dans la commande publique et dans la conditionnalité des aides. Lancé le 12 juin 2026 aux Lauriers de la Régénération, il a été remis aux ministères de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce.

Lire le manifeste du made in France contributif Cent produits régénératifs français La chaîne de valeur régénérative La recherche-action triple profitabilité

La France peut-elle s’enflammer ? Des feux, des canicules, des prix qui montent à la pompe et dans le caddie, des usines qui ferment : les Français abordent la rentrée 2026 entre colère et résignation — 59 % d’inquiets, 30 % en colère —, 89 % jugent que les responsables politiques parlent trop et n’agissent pas assez, et la rue se mobilise — les sapeurs-pompiers depuis le 8 septembre, l’appel pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale le 26 septembre, les Gilets jaunes le 17 octobre pour le pouvoir d’achat.

À la rentrée 2026, la fin du mois et la fin du monde se paient au même endroit, dans le caddie. L’été a relié ce que le débat traite séparément : le pouvoir d’achat, l’écologie et la production locale. La chaleur a réduit les récoltes, les produits frais ont augmenté de 5,9 % sur un an « notamment sous l’effet des vagues de chaleur », selon l’Insee, et la hausse pèse d’abord sur le budget des ménages les plus modestes. L’écologie devient ainsi une question sociale concrète, qui se lit dans le caddie, et la production locale une question d’emploi, dans un pays qui a enregistré une perte nette de 63 usines en 2025.

Notre réponse : la colère cherche un débouché, et elle peut en trouver un. Huit Français sur dix demandent une transformation profonde de la société, d’abord économique et sociale, et 62 % font confiance aux entreprises, 60 % à leur maire. Les programmes de la gauche écologiste portent déjà cette transformation — des haies, des forêts, des sols, de l’eau, une autre gouvernance —, et leur discours la raconte avec le vocabulaire de l’abri, que le RN tient mieux qu’eux. Le débouché tient au récit qui la rattache au quotidien : celui de ce qui se gagne ensemble, un lait bio au prix ordinaire qui fait vivre les élevages, une électricité française dont la vente fait vivre le territoire, une rue plus fraîche. C’est ce que la régénération apporte au débat de la rentrée.

L’analyse en 22 pages, à télécharger

Le carrousel reprend l’essentiel de l’article : l’humeur des Français, les programmes, la réponse du RN, les quatre niveaux du Capacity Score et les solutions attente par attente.

Télécharger l’analyse

La France peut-elle s'enflammer ? Les Français entre colère et résignation — 59 % se disent inquiets et 30 % en colère, 89 % jugent que les politiques parlent trop et n'agissent pas assez, 80 % veulent réformer en profondeur ou transformer la société, 62 % font confiance à l'entreprise

La rentrée politique 2026 en un tableau

ConstatBlocageRéponse
80 % des Français veulent réformer en profondeur ou transformer la société, dans tous les électorats, d’abord sur l’économie et le social : le pouvoir d’achat, le travail, l’emploiLe climat inquiète largement — deux Français sur trois plus qu’avant l’été — mais reste une priorité minoritaire (30 %), derrière l’économie et le social ; il entre dans le budget par la hausse des produits frais, quand la pompe relève d’autres chocsPour les ménages, la rentrée se paie de leur poche — le plein, les courses, la facture d’énergie, la protection contre la chaleur, et l’emploi quand l’usine ferme, dans un pays qui a enregistré une perte nette de 63 usines en 2025 ; ce qui répare leur territoire dépend d’un budget public revoté chaque année
Les programmes de la gauche écologiste ont la capacité de porter l’adaptation : ils atteignent le niveau restaurer, avec des propositions de long termeLeur discours, en retrait de leurs programmes, parle de protection sociale et environnementale, quand l’adaptation demandée suppose de changer en profondeur les façons de produire, de vendre et de consommer ; et leurs mécanismes de financement, ceux d’une redistribution juste et équitable, portent sur une valeur déjà produite, quand un plan d’adaptation demande de financer dans la durée ce qui répareUn récit de ce qui se gagne ensemble, avec l’adaptation et des solutions accessibles qui augmentent la capacité collective à tenir, voire à prospérer : des écosystèmes réparés, des liens retissés entre les habitants, des activités et des emplois qui tiennent sur le territoire
Les réponses du RN s’approprient immédiatement : climatiser les logements, les écoles et les hôpitaux, payer son panier moins cher, donner la priorité aux Français pour le logement socialElles promettent un abri contre un risque extérieur qui ignore les frontières, et protègent les personnes sans réparer les écosystèmes : elles allègent la règle environnementale — le diagnostic de performance énergétique, le Fonds vert, l’Office français de la biodiversité —, font porter le coût à l’État par le crédit tout en réduisant ses recettes, et pour l’assiette regardent le prix et l’origine plutôt que ce que la production fait vivreTrouver une alternative aux réponses du RN : des solutions aussi simples à adopter qu’un climatiseur, à un prix qui tient dans le caddie, et qui dit ce que la production fait vivre plutôt que qui y a droit
L’écologie de l’alerte est sur un plateau et polarise ; les écogestes reculent, et les ménages modestes estiment déjà faire le maximumElle parle par injonctions aux gestes individuels, que le logement, le travail ou le budget rendent souvent impossibles, et elle est devenue un marqueur de distinction sociale : le rejet vise ceux qui la portent autant que ce qu’ils portentPartir des conditions de vie (se loger, se nourrir, se protéger de la chaleur) pour une adaptation qui se raconte par ses gains, en santé, en budget et en qualité de vie, plus que par ses efforts et ses renoncements, et qui répartit les uns et les autres avec justice et équité
Les entreprises gardent 62 % de confiance et sont attendues sur leur contributionElles avancent sur leurs engagements RSE — le climat, mais aussi l’eau, les sols et la solidité de leurs fournisseurs —, mais leur trajectoire se paie par une dépense prélevée sur les marges et se rediscute à chaque exercice : près des deux tiers des diagnostics Capacity Score montrent une trajectoire financée sur les marges, sans modèle dédié, ou pas financée du tout, et l’offre qui la financerait reste à concevoirLe made in France contributif : une offre dont la vente finance l’adaptation du territoire, et va au-delà parce qu’elle régénère le vivant, humains compris, une contribution rendue visible sur le produit par les labels qui la prouvent déjà, et une France plus autonome et plus souveraine parce qu’elle entretient ce dont elle dépend
La ligne rouge. Le temps long des changements souhaités percute le temps présent des efforts, qui pèsent de façon inédite sur chacunLes taxes inquiètent tout le monde et semblent dérisoires face aux problèmes de fond à régler ; et les entreprises paraissent toutes désignées pour porter la charge, quand c’est leur innovation qui rendra les changements tangibles au quotidienRetisser du lien au sein du territoire français avant de chercher à se protéger des menaces extérieures : le parapluie contre les dangers, mais aussi le grand cercle des solidarités écologiques entre ceux qui produisent, ceux qui achètent et les écosystèmes dont ils dépendent

Au sommaire

Partie I · Ce que vivent les Français
1. Pouvoir d’achat : la rentrée 2026 se paie à la pompe, dans le caddie et au travail
2. Inquiétude, colère, résignation : l’humeur des Français à la rentrée 2026
3. Ce que veulent les Français : une transformation profonde, dans un pays qui encaisse mal les chocs

Partie II · Ce que la politique leur répond
4. La gauche : un plan d’adaptation qui répond à la demande de transformation, et un discours qui protège
5. Marine Le Pen et le RN face à l’été : climatiser, baisser les prix, alléger la règle environnementale
6. Le discours de protection profite au RN et sert moins la gauche
7. Mobilisations de la rentrée : le 26 septembre, le 29 septembre, le 17 octobre et les pompiers

Partie III · Comment y répondre
8. Pouvoir d’achat, santé et climat : les Français relient déjà les enjeux, et l’écologie populaire y trouve son terrain
9. Le territoire rassemble et divise : un lien à gauche, un périmètre au RN
10. Face à la chaleur : quatre relations à la nature, quatre manières d’habiter
11. Confiance : les Français se tournent vers les maires, les hôpitaux et les entreprises
12. Financer l’adaptation au changement climatique : qui paie ?

Partie IV · Ce que les entreprises et les collectivités peuvent apporter
13. Les entreprises face à la rentrée : elles bougent sur la RSE, et leur prochain pas se situe dans l’offre
14. Pompe, caddie, logement, usine, forêt : les solutions régénératives attente par attente
15. Restaurer ou régénérer : ce que chacun change pour les écosystèmes et les personnes
16. Un autre moyen de financer l’adaptation : l’économie régénérative, en triple impact, et au-delà
17. Freiner les ventes du pire ou faire croître celles du meilleur : deux approches du marché
18. Collectivités, État et co-investissement : financer la régénération des territoires

Conclusion : la colère cherche un débouché, la résignation une prise, et la réponse est collective

Partie I · Ce que vivent les Français

Cette première partie part de ce que vivent les Français, à partir de l’enquête électorale d’Ipsos bva menée du 3 au 9 septembre auprès de 13 060 inscrits, de l’étude qualitative de Parlons Climat sur l’été et des données de l’Insee. Il en ressort des préoccupations d’abord économiques et sociales, une humeur entre inquiétude et colère, et une demande de transformation profonde que le budget de l’État peine désormais à porter.

L’article montre qu’à côté de l’impôt et de la règle, qui financent la protection et la réparation, l’adaptation peut se financer par l’activité économique elle-même : une offre dont la vente renforce le territoire et ceux qui y habitent. Le Capacity Score, qui sert de fil à cette lecture, distingue quatre niveaux de réponse — limiter, réduire, restaurer, régénérer — et désigne l’étape décisive : passer d’une réparation financée comme une charge, par l’impôt ou par une dépense prélevée sur les marges, à une activité économique dont la vente dégage elle-même la marge qui finance la capacité du territoire à vivre avec les chocs. En lisant au même Capacity Score les six prises de parole de la rentrée, l’article montre ce que répondent les partis, la rue et les patronats, et ce que les entreprises et les collectivités peuvent apporter ensemble : un made in France contributif, où le territoire et ses habitants prospèrent grâce à l’activité économique.

1. Pouvoir d’achat : la rentrée 2026 se paie à la pompe, dans le caddie et au travail

L’enquête électorale dit d’abord ce qui préoccupe les Français. Invités à choisir les deux grandes questions les plus importantes auxquelles la France est confrontée, ils placent en tête les questions économiques et financières (54 %) — déficits publics, faible croissance, concurrence de certains grands pays — et les questions sociales (53 %) — stagnation du pouvoir d’achat, hausse des inégalités sociales et territoriales, manque de mobilité sociale. Viennent ensuite les questions environnementales (30 %) — dérèglement climatique, recul de la biodiversité, pollutions —, au coude-à-coude avec les questions identitaires (29 %), puis la représentation politique et la défense, à 15 % chacune. En premier choix, l’économique (30 %) et le social (29 %) devancent nettement l’environnement (13 %). Ce classement range en trois cases ce que l’été a relié : la chaleur a réduit les récoltes et fait monter les produits frais, les incendies ont empêché 130 000 salariés de travailler en Gironde, et huit Français sur dix relient les événements de l’été au changement climatique.

Ces inquiétudes ont un contenu précis. Côté économique, ce qui pèse est une croissance qui cale et une dette qui coûte de plus en plus cher. Côté social, ce sont les préoccupations immédiates que décrit la note sur le pivot majoritaire : tensions et perte de sens au travail, budgets contraints, vulnérabilité aux crises économiques, crainte du déclassement.

Le climat, lui, occupe un rang modeste. Après les canicules, la préoccupation pour l’environnement a gagné douze points en juillet pour atteindre 32 %, en restant derrière le pouvoir d’achat (47 %), selon le baromètre Ipsos bva-CESI pour La Tribune Dimanche cité dans notre article sur les Universités d’Été de l’Économie de Demain. Il reste une priorité pour une minorité, parce qu’il entre dans la vie par d’autres portes, à commencer par le budget : cet été, la chaleur s’est d’abord lue sur le prix des salades et des tomates.

Les enquêtes séparent ces questions ; l’été les a réunies. Près de 100 000 hectares ont brûlé cet été en France, un record depuis vingt ans de mesures satellitaires. Les seuls incendies de juillet ont parcouru 42 000 hectares en Gironde et dans les Landes et contraint plus de 260 000 personnes à évacuer, selon notre comparaison des programmes : la même crise a détruit des forêts et des sols, déplacé des habitants et arrêté le travail de milliers de salariés. La chaleur a aussi tué : selon Santé publique France, 8 124 décès en excès ont été relevés pendant les canicules, entre fin mai et fin août, soit 6,5 fois les 1 240 morts de la route sur la même période, et toutes les tranches d’âge à partir de 15 ans ont été touchées (Vert). Le Monde en a raconté onze vies, de personnes âgées et de travailleurs, derrière ce chiffre.

Pour les ménages, l’été se lit aussi sur les étiquettes, et les hausses s’accélèrent depuis juin. À la pompe d’abord : selon les résultats définitifs de l’Insee, les prix de l’énergie augmentent de 16,7 % sur un an en août, après 11,0 % en juin, quand ils baissaient encore un an plus tôt. Les produits pétroliers progressent de 28,7 %, portés par le gazole (+36,4 %), l’essence (+19,1 %) et le fioul domestique (+47,8 %), dans un contexte de guerre au Moyen-Orient et de difficultés d’approvisionnement en hydrocarbures ; le gaz augmente de 14,3 %, l’électricité de 1,1 % seulement. Sur les seuls mois de juillet et d’août, les variations mensuelles publiées par l’Insee (+2,3 % puis +3,4 % pour l’énergie, +2,3 % puis +5,6 % pour les produits pétroliers), composées par nos soins, donnent une hausse d’environ 5,8 % pour l’énergie et 8 % pour les produits pétroliers. Le plein relève ainsi de la souveraineté énergétique autant que du pouvoir d’achat : la France paie à la pompe sa dépendance au pétrole.

Dans le caddie ensuite. Les produits frais augmentent de 5,9 % sur un an, après 2,7 % en juin, « notamment sous l’effet des vagues de chaleur », précise l’Insee : +21,3 % pour les salades et les endives, +22,3 % pour les tomates et les courgettes, environ 3,5 % sur les deux mois d’été (+0,6 % en juillet, +2,9 % en août). Le reste de l’alimentation est presque stable (+0,4 %), et les prix de l’alimentation industrielle baissent même légèrement en grande distribution : la hausse se concentre sur ce que le climat touche directement. Elle pourrait s’étendre : les canicules et la sécheresse ont réduit les récoltes de légumes et tué 700 000 poules pondeuses depuis juin, et selon l’Insee, il faut environ cinq mois pour qu’une hausse agricole atteigne les industries agroalimentaires, et cinq de plus pour se retrouver dans les prix alimentaires (L’Express).

Ces hausses pèsent inégalement. Sur un an, les prix augmentent de 2,4 % pour l’ensemble des ménages, de 2,5 % pour les ménages urbains dont le chef est ouvrier ou employé, et de 2,8 % pour le cinquième des ménages aux niveaux de vie les plus modestes, selon l’Insee. Dans le budget des ménages, les tensions de la rentrée se concentrent ainsi en deux lieux du quotidien, la pompe et le caddie : le pétrole y entre par le plein, le climat par l’assiette, et c’est chez les ménages modestes qu’ils coûtent le plus. Les deux hausses ont des causes différentes et révèlent la même fragilité : une dépendance au pétrole importé pour l’énergie, une agriculture exposée aux canicules et à la sécheresse pour l’alimentation. Deux vulnérabilités, au même moment, sur le même budget, qui pointent vers un même diagnostic : un pays qui encaisse mal les chocs, quelle que soit leur origine, comme la section 3 le montre.

La pompe relie ces hausses au travail et à l’emploi. Le plein se paie au prix de la distance entre le logement et le travail, et la même dépendance au pétrole pèse sur les entreprises qui produisent en France. L’industrie encaisse déjà : en 2025, la France a enregistré 179 fermetures de sites industriels pour 116 ouvertures, soit une perte nette de 63 usines, un niveau jamais atteint depuis 2013, selon Trendeo (les Universités d’Été de l’Économie de Demain au Capacity Score). Duralex a été placée en liquidation judiciaire ; Brandt, fabriqué en France, a été repris après liquidation et sa production française s’est arrêtée.

Le travail en porte la marque. L’été y a ajouté le feu : en Gironde, 14 500 entreprises ont été évacuées, 13 000 se sont arrêtées et plus de 130 000 salariés ont été empêchés de travailler. Le travail lui-même s’use : l’envolée des arrêts maladie, la santé mentale et l’usure professionnelle sont au programme de l’université d’été du MEDEF (La REF 2026 au Capacity Score), et l’été a ajouté les horaires décalés et l’exposition des travailleurs à la chaleur. Les préoccupations économiques et sociales qui dominent l’enquête — la croissance, le pouvoir d’achat, les conditions de travail, la crainte du déclassement — se lisent ainsi à la pompe, dans le caddie et à l’usine.

2. Inquiétude, colère, résignation : l’humeur des Français à la rentrée 2026

L’humeur de la rentrée est sombre. Invités à décrire leur état d’esprit, les Français citent d’abord l’inquiétude (59 %) et l’incertitude (51 %), puis la fatigue (34 %), la colère (30 %) et la révolte (24 %) ; l’espoir recueille 17 % seulement, et 68 % citent exclusivement des sentiments négatifs, selon l’enquête électorale. Elle s’inscrit dans un pessimisme profond : 74 % des Français s’attendent à ce que la situation du pays se détériore dans les mois à venir, contre 45 % en octobre 2021. Au printemps 2025, l’ObSoCo mesurait déjà que 57 % pensent que leurs enfants vivront moins bien qu’eux, et que 63 % ont souffert d’au moins une forme de mal-être psychologique au cours du dernier mois.

Cette humeur prolonge un repli sur le présent déjà mesuré l’an dernier : 76 % des Français disaient vivre pour aujourd’hui parce que l’avenir est incertain, alors même que 81 % estimaient que nous courons à la catastrophe environnementale si nous ne changeons pas rapidement nos habitudes (Ipsos Global Trends, 2025).

Face au climat, l’inquiétude est largement partagée, et elle contraste avec le rang modeste qu’il occupe parmi les priorités. Début août, huit Français sur dix reliaient les événements de l’été au changement climatique. Deux sur trois se disent plus inquiets qu’auparavant face au réchauffement, et six sur dix feront des propositions des candidats face à ses conséquences un critère important de leur vote en 2027, selon Destin Commun. Pendant les canicules, 64 % ont ressenti de la peur ou de l’inquiétude pour la santé de leurs proches, selon Ipsos. L’inquiétude tient ainsi ensemble l’avenir du pays, la santé des proches et le climat.

Cette inquiétude prend plusieurs visages, et c’est le sens que chacun donne à l’été qui oriente ce qu’il ressent, plus que ce qu’il a subi. Philippe, évacué lors des incendies en Gironde, reste serein. Antoine, moins directement touché, dit que la situation lui « retourne les tripes » et qu’elle lui donne « envie de [se] radicaliser ». Sophie, sage-femme, fait le lien et refuse de se projeter : « faut pas trop y penser, vivre au jour le jour, c’est bien aussi ». Vincent, convaincu que les décideurs savent et choisissent de ne pas agir, glisse vers le fatalisme. Parlons Climat résume ce refrain en trois voix : pessimisme, impuissance, fatalisme.

La colère vise l’inaction politique et collective ; le fatalisme s’installe quand tous les acteurs paraissent impuissants. Et l’impuissance pèse davantage sur ceux qui ont le moins de prise sur leur quotidien. Nadia, aide à domicile dans un logement mal isolé, maîtrise peu ses horaires et son logement ; le baromètre de l’ADEME montre que 44 % de ceux qui s’en sortent très difficilement ont le sentiment de faire déjà leur maximum, contre 23 % de ceux qui s’en sortent très facilement (lu dans Jancovici est-il écologiste ?). Cette résignation laisse pourtant les Français mobilisés : 67 % se disent certains d’aller voter au premier tour et 11 % seulement n’attendent rien de l’élection, selon l’enquête électorale. Elle vise la capacité des responsables à agir, plus que le vote lui-même.

L’anthropologue Fanny Parise, co-directrice de la Chaire Managia, situe une partie des ressorts de la colère dans l’écart entre les efforts accomplis et leurs résultats : quand un ménage a déjà modifié ses achats alimentaires, réduit ses déplacements et renoncé à certaines sorties, une dépense supplémentaire vient déstabiliser une organisation qui lui demandait déjà beaucoup d’efforts (Ouest-France). Ce déclassement gagne aussi les classes moyennes, qui estiment bénéficier moins que d’autres de l’action publique et subissent de plein fouet les effets de seuil fiscaux et les baisses de pouvoir d’achat, selon l’Institut Montaigne, comme le développe L’écologie sera populaire (ou ne sera pas). Ces mêmes classes moyennes ont le revenu suffisant pour acheter bio et local ou remplacer une voiture thermique, et peuvent jouer un rôle facilitateur.

L’attente envers la politique nationale reste forte — 71 % des Français attendent de la présidentielle un vrai changement social et politique —, et c’est sa capacité à agir qui est mise en doute. 89 % des Français jugent que les responsables politiques parlent trop et n’agissent pas assez, dont 64 % tout à fait d’accord, selon l’enquête électorale. Le baromètre du CEVIPOF mesurait dès janvier une confiance dans la politique tombée à 22 %, à 15 % pour les partis et à 20 % pour l’Assemblée nationale.

3. Ce que veulent les Français : une transformation profonde, dans un pays qui encaisse mal les chocs

La société réclame un changement profond, et de plus en plus fort. Selon la même enquête électorale, 26 % des Français veulent transformer radicalement la société et 54 % la réformer en profondeur, contre 24 % et 50 % en avril, et 16 % et 43 % en 2023 ; la transformation radicale est souhaitée par 38 % des ouvriers, contre 22 % des cadres. Cette demande reste ouverte au compromis : 53 % préfèrent un dirigeant prêt à en faire, et 93 % jugent la démocratie une bonne façon de gouverner — même si 39 % jugent bonne l’idée d’avoir à la tête du pays un homme fort qui n’a pas à se préoccuper du parlement ni des élections.

Les Français veulent à la fois moins et plus. Interrogés par Ipsos bva sur les priorités budgétaires, 84 % souhaitent diminuer la dette publique, 80 % le déficit et 79 % les dépenses de l’État — une majorité le souhaitant même « fortement » pour la dette (51 %) et les dépenses (55 %). Dans le même temps, 59 % veulent augmenter le montant des retraites, et les avis se partagent sur l’âge de départ : 34 % veulent l’abaisser, 25 % le relever.

Côté recettes, ils veulent baisser presque tous les prélèvements : 73 % les taxes sur les carburants, 47 % la TVA, 46 % la CSG, 39 % l’impôt sur le revenu, 36 % les cotisations des salariés. Les cotisations des entreprises partagent l’opinion, 29 % voulant les baisser et 27 % les augmenter. Une seule exception : l’impôt sur les bénéfices des entreprises, dont 46 % souhaitent la hausse et 18 % la baisse.

Ce paradoxe dit deux choses à la fois : l’attente d’une puissance publique qui protège, et le refus d’en payer davantage le prix. Il ferme la voie d’une adaptation financée par la seule dépense publique, au moment où la dette réduit les marges de l’État, et il fait de l’impôt sur les bénéfices des entreprises le seul prélèvement dont les Français souhaitent davantage la hausse que la baisse.

Ces attentes se heurtent à un pays dont la capacité à encaisser les chocs s’est réduite, et cette situation se lit en deux temps : le choc vient du dehors, l’impréparation du dedans. Du dehors d’abord. Le 11 septembre, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a énuméré ceux de 2026 : l’incertitude politique, le blocage du détroit d’Ormuz, une succession de chocs climatiques « inédits en termes d’intensité et de durée » qui coûteront 0,1 point de PIB, et la hausse rapide des taux d’intérêt, qui ont atteint 4,4 % sur la dette française à long terme, un plus haut depuis 2008. Il en a conclu à un « trou d’air spécifique » de l’économie française et à l’absence de marge de manœuvre budgétaire (Agence Europe).

Le choc énergétique pèse d’autant plus que la France couvre plus de 60 % de sa consommation finale d’énergie par des combustibles fossiles, et que son exposition énergétique dépasse 70 % une fois comptées les importations. Le mot compte : les chocs sont communs à l’Europe, la panne est française. Selon l’Insee, la production nationale progresserait de 0,4 % seulement cette année, moins encore par habitant, quand la zone euro devrait avoisiner 1 % et les États-Unis dépasser 2 % : pour Les Échos, la France est « à l’arrêt sur le bord de la route », et le plus inquiétant tient à « une impréparation dramatique de l’avenir ».

Du dedans ensuite, et c’est là que les Français situent la responsabilité : 78 % jugent que les responsables politiques ont conduit le pays à la faillite, dont 51 % tout à fait, selon l’enquête électorale. Les intérêts de la dette sont devenus le premier poste de dépense de l’État, devant l’Éducation nationale et la Défense, et quatre économistes missionnés par Matignon rappelaient en juillet qu’un endettement élevé réduit les marges de l’État « pour préparer l’avenir ou pour réagir en cas de crise » (Public Sénat).

Le projet de loi de finances pour 2027 limite la hausse des crédits ministériels à 0,4 %, et seules deux missions progressent nettement : la défense et la transition écologique, cette dernière de 1,5 milliard d’euros — l’écologie rejoint le très petit nombre de politiques jugées prioritaires pour la sécurité du pays. Après un été d’incendies d’une ampleur inédite, les sapeurs-pompiers ont eux-mêmes engagé le 8 septembre six semaines de mobilisation pour obtenir davantage de moyens. Les chocs viennent de l’extérieur ; ce qui manque pour les encaisser relève de décisions prises ici. La France encaisse moins bien au moment où les chocs se multiplient : c’est ce qui rend l’adaptation urgente, et son financement si disputé.

L’État manque donc des moyens de protéger le pays contre chaque choc, et une protection qui se paie chaque année se rediscute chaque année. Les hausses de l’été montrent où se joue la différence. Les salades et les tomates montent parce que la chaleur a frappé les récoltes, le gazole parce que le prix du pétrole dépend de tensions qui se jouent loin de la France. Ce que paie alors un ménage tient moins à ses gestes qu’à son environnement : la distance entre son logement et son travail, les transports dont il dispose, la robustesse des filières qui le nourrissent. Selon l’Observatoire des usages et représentations des territoires de l’ObSoCo, mené avec l’ADEME, Grand Paris Aménagement et RTE auprès de 4 000 personnes à l’automne 2025, 56 % des foyers disposant de moins de 1 000 euros par mois par unité de consommation jugent que leur cadre de vie nuit à leur santé, contre 31 % au-delà de 2 500 euros. Parmi les Français inquiets du changement climatique, 27 % renoncent à déménager faute de moyens, 44 % chez ceux qui ne s’en sortent vraiment pas.

Deux réponses s’offrent. Alléger la taxe à la pompe ou compenser la hausse du panier protège pour cette année, et tout est à recommencer l’année suivante. Réduire la dépendance d’un territoire au pétrole et construire des filières dont les sols retiennent l’eau protège des années suivantes, et ce qui est engagé une fois continue de protéger. C’est la différence entre une France résiliente, qui encaisse, et une France robuste, qui tient — le sujet de la rentrée politique de l’écologie 2026. La robustesse dont il s’agit est celle du vivant, au sens d’Olivier Hamant — la redondance, la lenteur et l’hétérogénéité qui font qu’un système encaisse —, plutôt que celle d’un plan qui tient même si ses hypothèses se dégradent : un plan peut être robuste pendant que les écosystèmes dont il dépend se dégradent.

Ce que les Français demandent, l’enquête électorale le mesure auprès de 13 060 inscrits : une transformation profonde de la société, d’abord économique et sociale — la croissance, le pouvoir d’achat, les inégalités —, où le climat entre par le budget. Sur le climat, ils refusent de choisir : 45 % jugent la lutte contre le réchauffement et l’adaptation à ses conséquences aussi importantes l’une que l’autre, 27 % privilégient la lutte et 28 % l’adaptation, en hausse de cinq points depuis août 2025, selon Destin Commun.

Le même Observatoire des territoires de l’ObSoCo dit concrètement ce que recouvrent ces attentes. Le changement climatique se vit déjà dans le quotidien : parmi ceux qui en constatent un effet là où ils vivent, 66 % en ressentent un impact négatif, même faible, sur leur pouvoir d’achat, 64 % sur leur santé mentale et 63 % sur leur qualité de vie. Les mesures qu’ils soutiennent le prolongent. Parmi les aménagements proposés pour leur commune, ceux qui réparent les écosystèmes recueillent de 65 % à 74 % d’adhésion : des haies et des alignements d’arbres pour 74 %, des jardins partagés et des forêts urbaines pour 72 %, la désimperméabilisation des sols pour 67 %, la création ou la restauration de zones humides et de corridors écologiques pour 65 %.

Parmi les mesures générales, la création d’îlots de verdure en ville atteint 89 %, la limitation de l’artificialisation des sols 75 %, et l’interdiction de louer les logements les moins performants 64 %. Ce qui les convainc tient à la preuve de l’efficacité (44 %), à l’amélioration du cadre de vie (38 %) et aux bénéfices pour la santé (37 %), devant les économies réalisées (24 %). Une transformation proposée concrètement et localement est donc acceptée, à condition de tenir ensemble le budget, la santé, le travail et le territoire. L’atténuation, elle, se présente le plus souvent par ce qu’il faudrait abandonner, avec un effort immédiat et un bénéfice lointain, quand trois Français sur quatre disent vivre pour aujourd’hui.

Les quatre niveaux du Capacity Score disent ce que chaque réponse fait de l’été, et ils rendent visible un point qui traverse tout l’article : restaurer, c’est réparer ce qui est dégradé, et c’est ce que veut dire s’adapter. La régénération, elle, n’est pas un niveau de maturité supérieur, mais une bascule de nature : le passage d’une logique d’impact à une logique de capacité contributive.

Les chocs de l’été 2026, et les quatre réponses du Capacity Score

1 · Limiter2 · Réduire3 · Restaurer4 · Régénérer
Ce que l’on faitSe conformer, restreindre ses usages, sécuriser un périmètre, se mettre à l’abri d’une menace extérieureAlléger une pression et amortir un choc à usage égal, en protégeant les personnes exposéesRéparer les écosystèmes dont l’activité dépend et les relations qui la font tenir : c’est s’adapterPorter la contribution dans l’offre : plus on vend, plus le milieu et les gens qui y habitent se renforcent, et la rentabilité vient de là
Le récitTenir face aux polycrises qui nous impactentRenoncer pour préserver les conditions de vieRéparer les écosystèmes que nous avons déréglésContribuer positivement au vivant, humain et non humain
La chaleur dans le logementUn climatiseur, le plan canicule : alertes, lieux frais d’urgence, horaires aménagésFermer les volets, ventiler la nuit, isolerDes arbres et des haies replantés, qui rafraîchissent, tiennent le sol et retiennent l’eauUn bâtiment dont la location finance ce qui répare le territoire : ETIC, au Château de Nanterre, a créé des technosols fertiles et un potager cultivé par les résidents
La sécheresseRestreindre les usages de l’eau par arrêté, économiser l’eau, indemniser la récolte perdue ou les jours d’arrêtRéduire les prélèvements à usage égal : équipements économes, fuites réparéesRestaurer le cycle de l’eau : haies replantées, rotations allongées, sols vivantsDes produits dont la vente finance les pratiques qui refont le sol et rechargent la nappe
Les produits frais dans le caddieSécuriser l’approvisionnement et l’origine des produitsCompenser la hausse du panierDes contrats entre maillons qui tiennent quand la récolte baisseUn lait bio au prix du lait ordinaire, dont les maillons co-investissent et partagent les gains, et qui fait vivre les élevages du territoire
L’essence et le gazole à la pompeBloquer les prix, sécuriser l’approvisionnement, rouler moinsAlléger la taxe sur les carburants ; passer à la voiture électrique, avec le même usage et moins d’exposition au prix du pétroleRéparer ce qui rend dépendant du pétrole : un emploi maintenu près de chez soi, des voies vertes et des pistes cyclablesUn pneu dont l’hévéa pousse en agroforesterie et dont les planteurs partagent la valeur ; une électricité française vendue en circuit court, dont les centrales s’installent sur des friches réhabilitées avec les riverains, comme elmy
Les usines et le travailIndemniser les salariés d’un site qui ferme, alléger la fiscalité et les charges pour le garderProtéger les salariés exposés : santé au travail, arrêts maladie et santé mentale pris en chargeRéparer les trajectoires fragilisées : insertion, maintien dans l’emploi, prévention de l’usure professionnelle, emplois recréés sur le bassinUn made in France contributif dont la vente maintient un emploi durable et ancré, où ceux qui produisent s’épanouissent et partagent la valeur
La France qui en sortUne France qui se met à l’abriUne France résiliente, qui encaisseUne France robuste, qui tientUne France qui prospère par ce qu’elle produit

Le tableau distingue l’adaptation des deux réponses qui l’entourent. Atténuer, c’est réduire des émissions et protéger : cela relève du niveau réduire, qui allège une pression sans changer la manière d’habiter ni de produire. Se mettre à l’abri, c’est équiper et indemniser : cela relève du niveau limiter, et se repaie à chaque choc. S’adapter, c’est réparer les écosystèmes dont l’activité dépend : l’adaptation relève du niveau restaurer, et change la question posée : il s’agit désormais de rendre robuste ce dont on vit, au-delà d’émettre moins. Ses effets se lisent sur les trois piliers à la fois : des sols qui retiennent l’eau, des forêts qui résistent au feu, des rendements qui tiennent (Jancovici est-il écologiste ?) — et, dans des villes végétalisées, des habitants mieux protégés de la chaleur. C’est pourquoi l’adaptation peut devenir le débouché de la demande de transformation profonde, voire radicale, que mesure l’enquête électorale, dès lors qu’elle se raconte par ce qui se gagne ensemble.

Partie II · Ce que la politique leur répond

Cette deuxième partie lit ce que la politique répond à cette demande : la présidentielle qui se dessine, ce qui rassemble et divise les électorats, les programmes de la gauche écologiste, la réponse du RN, le discours de protection qu’ils partagent, et la rue qui se mobilise faute de réponse à la hauteur.

Le Pen-Mélenchon, le duel annoncé : ce que disent les intentions de vote

La demande de solutions radicales se lit d’abord dans les intentions de vote. La part des Français qui jugent qu’il manque d’idées et de comportements radicaux pour faire avancer le pays est passée de 37 % à 48 % entre avril et septembre, et elle atteint 71 % chez les proches du RN et 56 % chez ceux de La France insoumise (LFI), selon l’enquête électorale. Les scénarios de premier tour dessinent la même polarisation. Marine Le Pen arrive en tête dans les six hypothèses testées, entre 33 % et 35 %, et Jean-Luc Mélenchon se qualifie pour le second tour dans quatre d’entre elles, entre 15,5 % et 17 %, les deux autres voyant Édouard Philippe le devancer lorsqu’il est seul candidat du bloc central. Ce sont aussi, avec Éric Zemmour, les deux personnalités que les Français situent comme les plus radicales : 80 % placent Marine Le Pen du côté des idées radicales, 71 % Jean-Luc Mélenchon.

La présidentielle se dessine ainsi autour des deux candidats qui répondent le plus directement à cette demande de radicalité, chacun depuis un bord. L’addition des intentions de vote de gauche — Nathalie Arthaud, Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel, Marine Tondelier et le candidat socialiste — dépasse celles de Marine Le Pen lorsque Raphaël Glucksmann est candidat (34 % à 36,5 %) et reste en deçà lorsque c’est Olivier Faure (29,5 % à 32 %) ; une addition d’intentions de vote reste distincte d’un report de voix.

La demande de transformation traverse tous les électorats : réformer en profondeur ou transformer radicalement la société réunit 73 % des proches des Écologistes, 81 % de ceux de La France insoumise, 84 % de ceux de LR et 92 % de ceux du RN, selon l’enquête électorale. Ce qui varie est sa forme : la transformation radicale est souhaitée par 43 % des proches du RN et 12 % des proches des Écologistes, qui se retrouvent plutôt dans une réforme en profondeur (61 %). Elle se distingue aussi de la priorité climatique, qui compte parmi les deux priorités de 79 % des proches des Écologistes, 58 % de ceux de La France insoumise, 43 % de ceux du PS, 17 % de ceux de LR et 10 % de ceux du RN.

Le paradoxe budgétaire se retrouve partout, avec des accents différents. La réduction des dépenses de l’État va de 50 % chez les proches de La France insoumise à 88 % chez ceux du RN et 92 % chez ceux de LR. La hausse de l’impôt sur les bénéfices des entreprises réunit 74 % des proches de La France insoumise et 66 % de ceux des Écologistes, mais aussi 36 % de ceux du RN et 31 % de ceux de LR ; la baisse des taxes sur les carburants réunit 88 % des proches du RN, et encore 53 % de ceux des Écologistes. Le clivage politique pèse, sans tout expliquer : chaque électorat veut à la fois moins d’État qui coûte et plus d’État qui protège, dans des proportions différentes.

Sous cette polarisation, un même attachement traverse les électorats : le retour au territoire. Les circuits courts sont revendiqués à gauche comme au RN ; le mot « nature » recueille 68 % de supporters et l’entraide 76 %, selon l’Observatoire des perspectives utopiques de l’ObSoCo. Ce qui départage les camps tient à ce que chacun protège dans ce territoire : une relation — les interdépendances entre ceux qui produisent, ceux qui achètent et les écosystèmes dont ils vivent — ou une appartenance, un périmètre qui dit qui a droit, jusqu’à la préférence nationale. Cette ligne traverse la suite : elle sépare les programmes, elle se lit dans l’opinion, et elle désigne ce que le made in France contributif propose de protéger. Reste à lire ce que chaque camp propose de faire de cette demande.

4. La gauche : un plan d’adaptation qui répond à la demande de transformation, et un discours qui protège

Les trois projets de la gauche écologiste ont la capacité de porter un plan d’adaptation, et ce plan répond sur le fond à la transformation profonde que demandent huit Français sur dix. Lus au Capacity Score dans la comparaison des six programmes et prises de parole, la plateforme des Écologistes s’estime à 63 %, le projet du Parti socialiste à 58 % et le programme de La France insoumise à 57 % : les trois se situent au niveau de la restauration. Ces pourcentages sont des estimations sur documents publics : chaque programme est lu sur les trente-huit questions du Capacity Score, pour ce qu’il rendrait possible aux entreprises. Le score situe une trajectoire, il ne note pas un parti et ne classe pas les programmes ; la méthode est détaillée dans la foire aux questions du Capacity Score.

Leurs mesures portent sur les mêmes écosystèmes et s’inscrivent dans la durée — sept milliards d’euros par an d’ici 2032 pour le plan national d’adaptation et soixante mille kilomètres de haies chez les Écologistes, la restauration des forêts, des milieux aquatiques et des sols au Parti socialiste, dix-sept mesures pour la forêt et un quart de la surface forestière en libre évolution à La France insoumise.

Les trois programmes de gauche au Capacity Score

LevierLes ÉcologistesParti socialisteLa France insoumise
Leadership62 %57 %52 %
Intelligence écosystémique67 %50 %61 %
Chaîne de valeur67 %67 %61 %
Innovation44 %39 %44 %
Dynamiques humaines67 %61 %50 %
Gouvernance72 %72 %72 %
Estimation globale63 % · restaurer58 % · restaurer57 % · restaurer

Leurs profils se ressemblent par leurs leviers. La gouvernance y atteint 72 % chez les trois, quand l’innovation reste entre 39 % et 44 % : ils savent qui doit décider, et il leur reste à dire ce qui sera produit. Leurs plans se financent par l’impôt, l’emprunt ou la règle, et chaque euro engagé se rediscute à la loi de finances suivante.

Pilier par pilier, les trois programmes se rejoignent sur l’environnement, où ils réparent les mêmes écosystèmes, et sur l’économique, où leurs mesures portent sur une valeur déjà produite, le modèle qui la produit restant hors de leur champ. Ils se distinguent sur le social, que les Écologistes et le Parti socialiste traitent sur une dizaine de chapitres, et sur le territoire, que le Parti socialiste aborde sans chapitre propre. Tous trois parlent aussi du travail et de l’industrie : un SMIC à 2 000 euros bruts et une garantie d’emploi après 55 ans chez les Écologistes, l’usure au travail au Parti socialiste, une Agence pour les relocalisations et des scieries rétablies chez les insoumis.

Entre La France insoumise et les Écologistes, les programmes rendent un rapprochement praticable. Les deux atteignent le niveau restaurer, et la comparaison des programmes de Mélenchon et Tondelier établit que leur écart est plus étroit que leur rivalité le laisse paraître : la convergence est accessible sur les mesures — une maille calée sur le bassin versant d’un côté, une composition des instances rouverte de l’autre — et plus difficile sur la manière d’exercer le pouvoir, décider pour d’un côté, décider avec de l’autre.

Leur discours, pourtant, reste en retrait de ce que leurs programmes écrivent : il parle de protection sociale et environnementale — mettre à l’abri, sécuriser, défendre —, quand l’adaptation qu’ils portent suppose de changer en profondeur les façons de produire, de vendre et de consommer. L’opinion en montre la conséquence : 63 % des Français estiment qu’aucun parti ne porte aujourd’hui une offre convaincante sur les conséquences du réchauffement, selon Destin Commun. Un récit de protection parle de ce qui est menacé ; un récit de contribution parle de ce qui va se gagner ensemble, et c’est ce passage que la comparaison des récits de la rentrée met en évidence.

5. Marine Le Pen et le RN face à l’été : climatiser, baisser les prix, alléger la règle environnementale

Les proches du Rassemblement national se distinguent dans l’enquête électorale : 43 % veulent transformer radicalement la société, 10 % seulement placent l’environnement parmi leurs deux priorités, 88 % veulent baisser les taxes sur les carburants, et 56 % jugent bonne l’idée d’un homme fort qui n’a pas à se préoccuper du parlement ni des élections, contre 39 % de l’ensemble des Français.

Le parti porte une autre réponse à l’été. Présenté le 30 juin 2026 comme un « droit à la fraîcheur pour tous » et un exemple d’« écologie pragmatique », son plan de climatisation prévoit 40 milliards d’euros sur dix ans en deux volets : 20 milliards pour climatiser les hôpitaux, les écoles et les maisons de retraite lors d’un premier quinquennat, puis l’ensemble des bâtiments publics, et 20 milliards pour faciliter l’installation de climatiseurs chez les particuliers, par des prêts à taux zéro remboursables jusqu’à 20 euros par mois pendant dix ans. L’État prendrait en charge des intérêts que Jean-Philippe Tanguy évalue entre 600 et 700 millions d’euros par an (franceinfo, LCP). Le parti promet de rompre avec la réglementation RE2020 et avec « tous les avatars bureaucratiques anti-climatisation », dont le diagnostic de performance énergétique (Public Sénat).

Son contre-budget pour 2026 supprime le Fonds vert, à l’exception des dépenses consacrées aux inondations et aux feux de forêt, ainsi que MaPrimeRénov’, remplacée par un prêt à taux zéro, et des agences comme l’Office français de la biodiversité et l’ADEME (Vert). Cette réponse rejoint une attente réelle et une réserve tout aussi nette : 84 % des Français jugent la climatisation efficace, et 78 % la considèrent comme peu respectueuse de l’environnement, selon l’enquête Ipsos bva d’avril. Pour le même logement, la climatisation est la première des quatre réponses que distingue le tableau des chocs de l’été, en section 3 : viennent ensuite les volets et l’isolation, les arbres et les haies du quartier, et un bâtiment dont la location finance ce qui répare le territoire.

À la pompe et sur l’assiette, la réponse suit la même logique : le prix et l’origine. Le RN veut ramener la TVA à 5,5 % sur l’énergie et les carburants, et la supprimer sur un panier de cent produits de première nécessité. Ses députés ont été les seuls à voter cette suppression lorsqu’ils l’ont présentée en amendement à l’Assemblée, en avril 2023 (Datan). Le parti défend aussi les circuits courts et la priorité aux acteurs locaux dans la commande publique (Rassemblement national). Cette baisse soulage le plein et le panier dès cette année ; comme toute protection financée par le budget, elle se repaie l’année suivante. Le 29 mai 2026, il a voté l’amendement de La France insoumise imposant des produits du territoire français dans la restauration collective publique ; les députés écologistes se sont majoritairement abstenus, Hendrik Davi préférant dans les cantines de Perpignan du bio venu d’Espagne à de l’agriculture française non bio (RSE Magazine). L’écart entre l’origine d’un produit et ce que sa production fait vivre traverse ce vote.

Lue sur les trois piliers d’impact et le territoire, à partir de ces prises de parole, de ces votes et du contre-budget — en l’attente d’un programme présidentiel publié, cette lecture reste sans estimation —, la réponse du RN se décrit ainsi. Sur le social, elle met les personnes à l’abri de la chaleur, du logement à l’école et à l’hôpital, baisse le prix du panier et de l’énergie, et demande, par une pétition de septembre 2026, l’instauration de la priorité nationale dans l’accès au logement social ; Marine Le Pen a aussi annoncé, à Hénin-Beaumont, l’abrogation de la loi SRU. Sur l’environnement, elle allège la règle — la RE2020, le diagnostic de performance énergétique, le Fonds vert hors inondations et feux de forêt, l’Office français de la biodiversité et l’ADEME — et laisse l’état des écosystèmes hors de sa réponse. Sur l’économique, elle fait porter le coût à l’État, qui prend en charge les intérêts des prêts, tout en réduisant ses recettes par la baisse de la TVA. Sur le territoire, elle équipe bâtiment par bâtiment et, tout en climatisant les écoles, retire aux collectivités un financement qui sert notamment à en rénover le bâti, selon Reporterre.

6. Le discours de protection profite au RN et sert moins la gauche

Le discours de protection est devenu le registre commun de la rentrée, et il profite inégalement à ceux qui le tiennent. Gauche et RN parlent tous deux de protéger ; c’est le terrain sur lequel ils le font, ce qu’ils protègent et d’où vient la menace qui font la différence.

Ce terrain est celui des conditions de vie. Une écologie majoritaire se pense comme un tout, à partir de la façon dont les gens vivent. C’est la proposition de la note de Parlons Climat et de l’IDDRI sur le pivot majoritaire : une ligne de clivage autour des conditions de vie, pensées à travers le contrat social — travail, sécurité, consommation, démocratie — avec deux promesses, la sécurisation des parcours de vie et l’autonomie. Ce terrain traverse les bords politiques, comme l’a posé l’ouverture de cette partie.

Le RN occupe ce terrain par la protection des personnes, et il en tire un récit qui porte : ses réponses protègent tout de suite, chez soi. Ce discours fonctionne parce que le risque y est extérieur, et assumé comme tel : la chaleur, le prix du pétrole, l’immigration, l’Europe ou les élites viennent d’ailleurs, et la réponse consiste à s’en mettre à l’abri, en protégeant une appartenance. Il épouse le refrain de la rentrée — le choc vient du dehors — et laisse chacun vivre comme avant. Aux municipales de mars 2026, la sécurité a dominé les critères de vote, 44 % contre 28 % pour les services publics. La note sur le pivot majoritaire observe, en s’appuyant sur les travaux de Félicien Faury, qu’il lit le travail, le pouvoir d’achat, l’Europe et la transition à travers l’immigration et le rôle des élites technocratiques, et qu’il en a tiré un récit de contrat social alternatif.

Ce discours bute pourtant sur sa propre prémisse : un risque qui vient de dehors se traite à plusieurs. En Gironde, 14 500 entreprises ont été évacuées cet été : elles produisaient en France, avec leurs salariés, et c’est le territoire qui a cédé, à l’intérieur du périmètre protégé. Ce que la protection laisse dehors, la relation entre ceux qui produisent, ceux qui transforment et ceux qui achètent, est détaillé dans les six prises de parole lues au Capacity Score.

La gauche porte des mesures qui touchent les modes de vie, et son discours y trouve moins de prise, parce que le risque qu’elle désigne tient aussi au dedans — le dérèglement et ses effets sur les vivants chez les Écologistes, la captation du pouvoir au Parti socialiste, la prédation des écosystèmes et des humains à La France insoumise, pour qui l’empoisonnement résulte de décisions politiques. La dégradation des écosystèmes tient à nos façons de produire et de consommer, et s’en protéger demande de changer.

Préserver en réduisant les risques est la relation qu’installe le deuxième niveau du Capacity Score, réparer les écosystèmes dont l’activité dépend celle du troisième : les programmes de gauche ont la capacité du troisième et parlent avec le registre du deuxième (les programmes de gauche entre protection et réparation). Les programmes réparent, mais leur communication parle de protection — mettre à l’abri, sécuriser, défendre — et un récit de protection désigne d’abord ce qui est menacé. La norme, qui est leur outil principal, est aussi celui que l’opinion supporte le moins : 64 % des Français estiment que les autorités publiques disent trop ce qu’on doit faire en matière d’environnement, la proportion la plus élevée des pays enquêtés, selon le CEVIPOF.

La comparaison des programmes de La France insoumise et des Écologistes le montre : le discours de Jean-Luc Mélenchon présente un monde de liens par ce qu’il faudra abandonner, quand la plateforme des Écologistes raconte son projet par les bénéfices du bien vivre — une sécurité sociale écologique, un droit opposable à des protections solaires — et tient ensemble la fin du monde et la fin du mois.

Deux réponses face à face : le risque désigné, le programme, le discours

La gauche écologiste
face à
Le Rassemblement national
Le risque désigné
Intérieur autant qu’extérieur : nos façons de produire, de consommer et de décider
Extérieur : la chaleur, le prix du pétrole, l’immigration, l’Europe, les élites
Le programme
S’adapter en réparant : haies, forêts, sols et cours d’eau, sécurité sociale écologique, prix planchers
Mettre à l’abri : climatiser, baisser les prix, alléger la règle, donner la priorité aux Français
Le discours
Protéger, en retrait du programme : mettre à l’abri, sécuriser, défendre, là où le programme demande de changer
Protéger, en accord avec le programme : un abri promis contre une menace venue d’ailleurs
Le récit, selon le Capacity Score
Réparer ce que nous avons déréglé, dans les programmes ; dans les discours, renoncer pour préserver chez les insoumis, les bénéfices du bien vivre chez les Écologistes
Tenir face aux menaces venues du dehors
Ce que cela demande
Des efforts, sur le temps long : changer ses façons de produire, de consommer et de se déplacer, pour des bénéfices qui viennent plus tard
Rien à changer, sur le temps court : un climatiseur, une baisse de prix, une priorité, tout de suite
Ce que cela produit
Un registre de protection commun, qui dit ce qui va se perdre chez les insoumis ; le récit de ce qui se gagne ensemble, amorcé par les Écologistes, reste à porter pour tous
Un récit cohérent, qui porte, et bute dès que le choc franchit la frontière

La protection mobilise quand la menace est extérieure et qu’on peut s’en mettre à l’abri ; elle mobilise moins quand la menace tient à nos propres façons de produire. L’été a pourtant ouvert une prise, avec un élan de solidarité après les incendies que documente le bilan de l’été dans les six prises de parole. Un récit qui parle de ce qui se gagne ensemble — des écosystèmes réparés, des liens retissés entre les habitants, des activités et des emplois qui tiennent sur le territoire — y trouve son appui.

7. Mobilisations de la rentrée : le 26 septembre, le 29 septembre, le 17 octobre et les pompiers

La rue se mobilise, et sur tous les fronts à la fois. L’appel à marcher le samedi 26 septembre, adressé au président de la République « pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale », réunissait à la mi-septembre 36 181 signataires, dont 825 organisations (26septembre.org). Né des canicules de l’été, il est transverse : il réunit les causes que les programmes traitent chapitre par chapitre.

Il parle de protection. Son plan d’urgence demande des lieux frais dans chaque bassin de vie, des écoles, des hôpitaux et des EHPAD protégés de la chaleur, et la protection des travailleurs exposés.

Il parle aussi d’adaptation, c’est-à-dire de réparer les écosystèmes. Son plan d’adaptation rétablit le Fonds vert, rénove les logements, protège et restaure les forêts et les sols, replante des haies et traite rivières et nappes comme des communs ; un plan d’atténuation met fin aux subventions aux énergies fossiles.

Les autres mobilisations de la rentrée suivent le même mouvement. Le 17 octobre, les Gilets jaunes appellent à se mobiliser partout en France pour le blocage des prix, la récupération des superprofits pétroliers et le contrôle des marges ; depuis le 8 septembre, les sapeurs-pompiers sont mobilisés pour obtenir davantage de moyens après un été d’incendies. Les secteurs s’ajoutent les uns aux autres : des pêcheurs ont bloqué un dépôt pétrolier à Fos-sur-Mer le 15 septembre contre la hausse du carburant, les gaziers et les électriciens sont en grève, des policiers ont manifesté à Paris. Le même 15 septembre, plus de cinquante organisations ont réclamé devant Bercy un budget à la hauteur de l’urgence climatique, alors que le projet de budget 2027 prévoit des moyens en baisse pour l’écologie et de nouvelles suppressions de postes dans les agences de l’eau, à l’OFB, dans les parcs nationaux et à l’ADEME (Reporterre). Parmi les manifestants, Laure, qui a perdu son père pendant la canicule, demandait des financements pour l’adaptation ; pour l’épidémiologiste Kévin Jean, les morts de l’été résultent de « réactions politiques trop lentes et d’un manque d’adaptation » (Vert). La pompe, le caddie et le service public ont chacun leur marche. Le gouvernement craint une agrégation des colères, huit ans après la taxe carbone qui avait lancé les Gilets jaunes, et le RN dit comprendre l’exaspération des Français (franceinfo, 15 septembre 2026).

La pompe cristallise cette colère, et un sondage Odoxa pour Le Figaro et Backbone, publié le 16 septembre, en mesure l’ampleur. La hausse des carburants pèse déjà sur les budgets : 48 % des Français jugent son impact important, et 65 % dans les catégories populaires. 60 % pensent que, malgré le niveau du déficit, l’État doit consacrer davantage d’argent à la baisse des prix du carburant et aux aides aux Français. 88 % estiment que cette hausse pourrait provoquer un mouvement de colère comme celui des Gilets jaunes, et 93 % qu’elle deviendra un enjeu de la présidentielle, dont 38 % un enjeu prioritaire. Une majorité juge pourtant les principaux candidats incapables d’apporter de bonnes réponses ; Marine Le Pen est celle qui inspire le plus confiance sur ce sujet, avec 44 %, quinze points devant Édouard Philippe (29 %). Sur les réseaux sociaux, Véronique Reille-Soult, de Backbone, relève que la hausse a déclenché une colère plus large, autour du sentiment de déclassement : « Mettre du carburant pour aller travailler. Aller travailler pour mettre du carburant. » Les appels à un retour des Gilets jaunes montent en ligne, mais restent dispersés.

La gauche en fait un terrain de campagne. La France insoumise et le Parti socialiste menacent de censurer le budget 2027 et de soutenir les mobilisations contre la vie chère des 29 septembre et 17 octobre ; le communiste Fabien Roussel a appelé dès le 11 septembre à occuper les ronds-points (RFI, 16 septembre 2026), et Marine Tondelier assure qu’elle soutiendra un mouvement contre la vie chère « des deux mains et des deux jambes » (franceinfo). Elle fait ainsi campagne sur la colère sociale, quand ses programmes portent un plan d’adaptation que ce discours laisse au second plan.

Ce qui a le plus de chances de les réunir est la justice sociale. Toutes désignent la même cible : l’appel du 26 septembre finance ses plans par la taxation des superprofits des énergies fossiles et de l’armement et par un impôt climatique sur les grandes fortunes, et les Gilets jaunes réclament la récupération des superprofits pétroliers et le contrôle des marges. La question de qui paie, que les partis traitent chacun de leur côté, est celle qui rassemble la rue. Là où le RN équipe les personnes contre la chaleur, la rue réclame dans un même mouvement la protection des personnes, la réparation des écosystèmes et une répartition juste de l’effort. C’est aussi ce que les Français font d’eux-mêmes, en reliant logement, travail, santé et budget, et c’est de là que la réponse peut partir.

Partie III · Comment y répondre

Cette troisième partie cherche comment répondre à la demande de la rentrée, en partant de ce que les Français vivent plutôt que de ce qu’on voudrait leur faire accepter. Elle regarde ce qu’ils relient déjà, le territoire qui les rassemble et les divise, les manières d’habiter face à la chaleur, les acteurs à qui ils font encore confiance, et la question qui fâche : qui paie. Ce détour par l’écologie répond au pouvoir d’achat : ce qui fait monter les prix et fermer les usines tient à des écosystèmes et à des territoires qui encaissent mal, et c’est là que se trouve une réponse qui tienne dans la durée.

8. Pouvoir d’achat, santé et climat : les Français relient déjà les enjeux, et l’écologie populaire y trouve son terrain

L’écologie de l’alerte a atteint un plateau : l’importance accordée à l’environnement oscille entre 7,6 et 8,1 sur 10 depuis dix ans, selon l’ADEME, et les écogestes reculent, alors que les ménages modestes estiment déjà faire leur maximum. Elle a longtemps parlé par injonctions aux gestes individuels, que le logement, le travail ou le budget rendent souvent impossibles, et elle est devenue un marqueur de distinction sociale : le rejet vise ceux qui la portent autant que ce qu’ils portent. La note de Parlons Climat et de l’IDDRI, Vers un pivot majoritaire de l’écologie ? (juin 2025), en tire quatre pistes : diversifier ceux qui portent la cause, changer les environnements plutôt que les seuls comportements, organiser le clivage autour des conditions de vie, rendre la transition juste. Nous les avons détaillées dans notre article « Jancovici est-il écologiste ? ». Elles désignent le terrain de l’écologie populaire, qui part de ce qui compte pour le plus grand nombre — se nourrir, se loger, se soigner, travailler dignement — pour y trouver l’écologie, avec un critère simple : le territoire va mieux grâce à l’activité qui s’y exerce.

Les Français, eux, relient déjà les enjeux que l’écologie de l’alerte a longtemps séparés. L’étude qualitative de Parlons Climat sur l’été 2026, conduite auprès de vingt-quatre personnes, le montre dans le vécu. L’été a fait passer le changement climatique de l’abstrait au quotidien : des sorties annulées, du sport arrêté, des horaires de travail décalés, et une proximité nouvelle, géographique autant que temporelle, jusqu’à des habitants du Nord et de la Bretagne qui découvrent qu’ils sont eux aussi touchés. La chaleur se lit dans le corps — les troubles du sommeil, la fatigue — et dans l’inquiétude pour la santé des proches.

Elle relie ainsi ce qui se passe chez soi et ce qui relève de tous. Chez soi, les personnes interrogées ferment les volets, isolent, créent de l’ombre, s’équipent, envisagent de déménager ; Sylvie, retraitée du Sud-Ouest qui a vu un incendie approcher à quelques kilomètres, fait construire une pergola, parce que « ce n’est plus du soleil dont on a besoin, c’est de l’ombre », et Alain remplace son potager par des plantes méditerranéennes qui ne demandent presque plus d’eau. Dans l’espace collectif, elles demandent de végétaliser, de multiplier les fontaines, d’isoler les immeubles, de climatiser les écoles et les EHPAD, d’adapter les horaires de travail, de renforcer les moyens des pompiers. Et le budget traverse le tout : le statut d’occupation pèse à la fois sur l’exposition à la chaleur et sur la capacité à s’en protéger, et les locataires se déclarent perdants face à la chaleur.

Ce lien se fait quel que soit le rapport de chacun à l’écologie. Parlons Climat observe que l’été fait monter l’exigence en partant du niveau de chacun : les plus sensibilisés demandent une accélération et une place dans la présidentielle, les plus éloignés reconnaissent un enjeu important sans en faire une priorité, et même ceux qui rejettent le lien avec le changement climatique réclament de quoi se protéger d’une chaleur qu’ils ont vécue. Là où la note de 2025 appelait à sortir d’une écologie traitée comme un sujet isolé, l’étude de 2026 montre que les Français font ce lien d’eux-mêmes, à partir de ce qu’ils vivent : le logement, le travail, la santé, les services publics et le budget forment pour eux un seul et même sujet.

Ghislaine montre ce que l’écologie populaire peut atteindre : elle rejette le lien avec le changement climatique, et réclame pourtant des aides pour se protéger d’une chaleur qu’elle a vécue à 38 degrés dans son appartement. Ce qu’elle demande tient à un logement où l’on peut vivre l’été, bien plus qu’à une cause : c’est d’une telle demande de protection que peut partir la réparation.

9. Le territoire rassemble et divise : un lien à gauche, un périmètre au RN

La ligne posée en ouverture de la partie II, une relation ou une appartenance, se lit dans l’opinion. L’Observatoire des perspectives utopiques de l’ObSoCo mesure d’abord l’étendue de cet imaginaire à deux niveaux. Comme projet de société, l’écologie réunit 45 % des Français dans sa quatrième vague, à égalité avec l’identitaire-sécuritaire ; comme manière de vivre, elle rassemble bien davantage : « nature » arrive en tête des mots testés avec 68 % de supporters, et 76 % des Français veulent privilégier l’entraide sur la concurrence. Cet attachement au territoire rassemble et divise à la fois. Les décisions prises localement réunissent 67 % des Français très à gauche et 48 % des très à droite ; mais les uns y voient un réseau de liens à entretenir, les autres un périmètre qui dit qui a droit, et l’idée de « fermer les frontières » passe de 35 % en 2019 à 41 % en 2025. Le techno-libéral du bloc central est le seul modèle noté négativement (−0,3), et les trois seules propositions écologiques rejetées sont trois renoncements : la voiture, la viande, le revenu. Nous avons détaillé cette enquête dans les imaginaires de l’écologie au prisme de l’enquête ObSoCo.

La polarisation que l’ObSoCo mesure dans les imaginaires se retrouve à l’échelle où l’adaptation se réalise : la commune. Aux municipales de mars 2026, les Écologistes ont perdu Strasbourg et Besançon, quand Grenoble, qui accueillait leurs journées d’été, est dirigée par une majorité écologiste depuis le même scrutin. Pour les mêmes rues et les mêmes immeubles, les deux camps proposent deux choses différentes. À gauche, le territoire se répare et se partage : la plateforme des Écologistes ouvre un droit opposable à des protections solaires aux fenêtres, avec une réduction de loyer automatique à défaut, La France insoumise vise la rénovation de 700 000 logements par an, l’eau devient un bien commun collectivisé chez les insoumis et la forêt un commun géré par ses usagers chez les Écologistes (comparaison des programmes).

Au RN, le territoire s’équipe et se réserve : climatiser les bâtiments publics, instaurer la priorité nationale dans l’accès au logement social, et abroger la loi SRU, qui impose aux communes un quota de logements sociaux. C’est dans le logement que ces deux manières d’habiter se départagent. Le territoire y est à la fois un écosystème à réparer, un lieu où l’on vit et un lieu où l’on produit : c’est l’échelle où les trois piliers d’impact se rejoignent, comme la section 18 le montre.

10. Face à la chaleur : quatre relations à la nature, quatre manières d’habiter

Derrière chaque manière d’habiter se tient une relation au vivant, qui commande ce qui a de la valeur, donc ce que l’on fait. Les travaux de l’IPBES, complétés par ceux de la psychosociologue Nicole Huybens, en distinguent quatre, que la Fresque des Imaginaires met au travail. L’anthropocentrisme — vivre de la nature — traite le vivant comme une ressource au service du confort, dont on limite les prélèvements. Le biocentrisme — vivre dans la nature — reconnaît à chaque être une valeur propre, et le protège en le mettant à l’écart. L’écocentrisme — vivre avec la nature — tient l’écosystème pour un tout dont l’humain fait partie, et cherche à le maintenir et à le réparer. Le multicentrisme — vivre connecté à la nature — fait de l’humain un partenaire du vivant : chacun y intègre le point de vue des autres dans la recherche d’un intérêt mutuel, et l’activité augmente les capacités de ceux qui habitent un territoire. C’est l’imaginaire de la régénération, et les quatre correspondent aux quatre niveaux du Capacity Score.

Elles se lisent concrètement dans le logement, là où l’été s’est vécu. À Johannesburg, en 2002, Jacques Chirac lançait « notre maison brûle » ; déclinée sur les quatre relations, la formule montre que ce qu’on appelle la maison s’élargit de l’une à l’autre (Jancovici est-il écologiste ?). La même manière d’habiter prend alors quatre formes face à la chaleur.

De « ma maison brûle » à « la maison dans laquelle nous habitons au sein de la forêt »

La relation à la natureCe qu’on appelle la maisonCe qu’on fait
Anthropocentrisme« Ma maison brûle »On sauve les biens et les gens, on applique la norme
Biocentrisme« La maison commune brûle »On éteint, on évacue, on interdit ce qui a mis le feu
Écocentrisme« La maison est dans la forêt »On restaure la forêt et l’on aménage pour que ça tienne
Multicentrisme« La maison dans laquelle nous habitons au sein de la forêt »Chaque habitant y gagne en capacité, et le lieu aussi

Face à la chaleur, chaque relation rejoint une colonne du tableau des chocs de l’été, en section 3 : on climatise son logement, comme le « droit à la fraîcheur » du RN ; on protège les plus exposés et l’on réduit la chaleur subie ; on répare les écosystèmes du quartier, des haies aux îlots de verdure ; on habite un lieu qui fait vivre ce qui l’entoure, comme l’Éco-Domaine La Fontaine.

Les personnes interrogées par Parlons Climat passent de l’un à l’autre selon leurs moyens. Ceux qui le peuvent climatisent ou construisent de l’ombre, les autres improvisent. Le quatrième imaginaire existe déjà à l’échelle d’un domaine — l’Éco-Domaine La Fontaine, douze hectares face à l’océan, atteint 70 % d’autonomie en eau chaude avec un modèle économique qui tient —, et ETIC le porte à l’échelle d’un bâtiment et de son quartier, comme la section 14 le montre. C’est à cette échelle, celle du logement, de l’immeuble et de la commune, que les imaginaires se départagent en décisions concrètes.

Le logement est l’endroit où la demande de protection se forme : dans les entretiens de Parlons Climat, il concentre les réponses jugées claires et réalisables. L’enquête Ipsos bva pour Bouygues Immobilier en donne la mesure : 36 % des Français jugent que leur logement ne les protège pas efficacement contre les fortes chaleurs, et 22 % des acheteurs envisagent de déménager pour un habitat plus adapté.

Pour les locataires, la protection contre la chaleur passe par le bailleur. Claire a écrit à son bailleur social et s’est entendu répondre que rien n’était prévu. Celui de Ghislaine a commencé des travaux d’isolation puis les a arrêtés : « ils n’ont plus d’argent ». Nadia attend une isolation promise — « c’est prévu, mais bon, dans combien de temps ? ». Romain doute que son propriétaire installe la climatisation pour les huit logements de son immeuble. La note sur le pivot majoritaire l’avait anticipé : les aides ciblées font l’objet d’un regard social négatif parmi certaines classes populaires, pour qui ne pas en dépendre est un ressort de distinction, d’où la nécessité d’investir dans des infrastructures, des services publics et des dispositifs collectifs ; la transition ne sera perçue comme juste qu’en s’adaptant aux vécus et en redonnant du pouvoir d’agir.

Le logement se protège pourtant avec l’immeuble, le quartier et la commune qui l’entourent. C’est à cette échelle que se situent les demandes collectives recueillies par Parlons Climat, et elles débordent le clivage politique ; interrogés sur l’action des collectivités, 60 % des Français demandent davantage d’espaces verts, devant les points d’eau et l’adaptation des bâtiments publics, et 95 % connaissent le rôle de la végétalisation pour limiter les températures. Ces demandes rejoignent les mesures que les Français soutiennent pour leur commune, présentées en section 3. Selon un sondage Ifop pour le Réseau Action Climat et le Secours Catholique mené en décembre 2025, 52 % des Français jugent leur commune mal préparée aux impacts du changement climatique, 57 % dans les quartiers populaires. 63 % se disent gênés de voter pour un candidat qui remettrait en cause les mesures de transition déjà engagées localement, 64 % dans les quartiers populaires. Un arbre planté dans la rue rafraîchit l’immeuble, une rue végétalisée rafraîchit tout un quartier, quel que soit le bord de la majorité municipale.

11. Confiance : les Français se tournent vers les maires, les hôpitaux et les entreprises

La défiance vise d’abord la politique nationale. Le baromètre de la confiance politique du CEVIPOF mesurait dès janvier une confiance dans la politique tombée à 22 %, à 15 % pour les partis et à 20 % pour l’Assemblée nationale. Elle se reporte sur les acteurs proches : les maires en conservent 60 %, les conseils municipaux 58 %, les hôpitaux 79 %, et les entreprises 62 %. Parlons Climat montre pourquoi cette géographie compte : avec un acteur jugé capable d’agir, l’impuissance individuelle devient une demande d’action collective ; sans lui, elle nourrit le fatalisme.

Cette confiance s’accompagne d’une attente. Interrogés sur qui peut limiter les dommages sanitaires et environnementaux, les Français citent les industriels en premier. 59 % choisissent des marques qui reflètent leurs valeurs personnelles, quinze points de plus qu’en 2013, selon les Global Trends d’Ipsos, et 59 % veulent donner aux entreprises plus de confiance et de liberté face à l’État, selon l’analyse que l’Institut de l’Entreprise publie du baromètre du CEVIPOF. Cette liberté prend son sens dans ce qu’elles mettent en vente, et dans ce que cette vente fait vivre : les écosystèmes, ceux qui produisent et le territoire.

À l’échelle du territoire, la confiance reste à gagner : 39 % des Français font confiance à leur territoire pour s’adapter, selon l’Observatoire des territoires de l’ObSoCo, et les locataires dépendent de leur bailleur pour protéger leur logement de la chaleur. Les maires, les bailleurs et les entreprises qui rénovent, ombragent, végétalisent et vendent ce qui fait vivre un territoire sont les acteurs de cette échelle. C’est là que l’adaptation se réalise, et c’est là que la résignation peut céder.

12. Financer l’adaptation au changement climatique : qui paie ?

Se mettre à l’abri, réduire, réparer : trois dépenses à distinguer

La question de qui paie suppose de savoir ce qu’on paie, et trois dépenses différentes sont en jeu. Se mettre à l’abri d’abord : climatiser une école, rehausser une digue, indemniser une récolte perdue. C’est le niveau limiter, qui met à l’abri pour cette année et se repaie l’année suivante. Réduire les impacts ensuite : décarboner l’industrie, sortir du fossile, rénover les logements pour consommer moins d’énergie, passer à la voiture électrique. C’est l’atténuation, et elle relève de la réduction : elle allège une pression sans changer ce dont on vit. S’adapter enfin, c’est-à-dire réparer les écosystèmes dont on dépend : replanter des haies, diversifier une forêt, rendre aux sols leur capacité à retenir l’eau. C’est la restauration, et elle protège des années suivantes. Le plan de climatisation du RN et le plan national d’adaptation doté par les Écologistes financent ainsi deux choses différentes.

Reste le partage entre le social et l’environnemental. Les deux se financent le plus souvent séparément : d’un côté les retraites, les minima sociaux, la santé, l’accès au logement ; de l’autre les forêts, l’eau, la biodiversité. Certaines dépenses les combinent, et c’est là qu’un même euro produit deux effets : rénover un logement mal isolé baisse la facture et protège de la chaleur ceux qui l’habitent ; un paiement pour services environnementaux rémunère l’agriculteur et replante une haie ; une sécurité sociale écologique ouvre un droit à une alimentation saine et à un environnement non toxique. Distinguer ce qu’on finance éclaire les réponses qui suivent : chacune paie une part de ces dépenses, et la totalité reste à répartir.

Qui paie l’adaptation aujourd’hui : les ménages, les partis et les patronats

Les ménages paient d’abord, avec un budget déjà serré par le plein et les courses, et ils achètent de quoi se mettre à l’abri. Selon une enquête Ipsos bva pour Bouygues Immobilier menée en avril auprès de 1 000 Français, 80 % ressentent au moins une fois par an un inconfort lié à la chaleur ; 22 % ont installé une climatisation, 13 % ont fait isoler leur logement, et 27 % cherchent la fraîcheur hors de chez eux (ce qui change dans les comportements des Français). Les personnes interrogées par Parlons Climat qui le peuvent s’équipent ou envisagent de déménager, et les autres improvisent. Les locataires, exclus des aides réservées aux propriétaires, dépendent de leur bailleur.

La rue, elle, veut faire payer les superprofits et les grandes fortunes, pour obtenir à la fois de la protection et de la réparation des écosystèmes. Les partis et les organisations patronales répondent chacun à leur manière.

La gauche écologiste : le budget public, la loi et la justice fiscale

Les programmes de la gauche écologiste financent par le budget public et la loi. Les Écologistes prévoient sept milliards d’euros par an d’ici 2032 pour le plan national d’adaptation, une caisse nationale de sécurité climatique qui socialise la couverture des risques, et l’obligation pour les collectivités et les entreprises d’intégrer une trajectoire à +4 °C dans leurs investissements. La France insoumise prévoit de planifier, de rendre des moyens au Cerema, à l’Office national des forêts, à l’Office français de la biodiversité et à Météo-France, et de conditionner les aides d’État — un enjeu de 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises chaque année, selon le Sénat, où le débat porte désormais sur le critère plus que sur le principe.

Ce que ces programmes financent se partage en deux. Le chapitre d’adaptation des Écologistes protège d’abord des personnes et des biens — la caisse de sécurité climatique, les bâtiments publics rafraîchis, les protections solaires aux fenêtres —, ce qui relève de la réduction. La réparation des écosystèmes, qui est l’adaptation proprement dite, passe par d’autres mesures — un quart de la forêt laissé en libre évolution chez La France insoumise, des haies replantées, des communs forestiers et des paiements pour services environnementaux financés par redéploiement de 15 % des aides chez les Écologistes (comparaison des programmes de La France insoumise et des Écologistes).

Le débat budgétaire de la rentrée remet la justice fiscale au centre. Le 16 septembre, le groupe socialiste de l’Assemblée nationale a présenté son contre-budget pour 2027 : retour de la taxe Zucman, un impôt minimum de 2 % pour les patrimoines d’au moins 100 millions d’euros, création d’une CSG sur les très gros héritages et hausse du smic (franceinfo). En février, la commission des finances du Sénat avait établi que 13 335 foyers détenteurs d’au moins 1,3 million d’euros de patrimoine immobilier net affichaient un impôt sur le revenu nul en 2024, tout en acquittant d’autres impôts et cotisations, précise le rapporteur général (Public Sénat).

La note sur le pivot majoritaire le rappelle : une transition se rejette quand elle répartit ses contributions de manière inéquitable. La justice fiscale conditionne donc l’acceptabilité de l’adaptation ; elle laisse ouverte la question de ce qui la financera dans la durée, puisqu’un impôt se revote à chaque loi de finances. Ces financements relèvent ainsi d’un modèle économique du niveau réduire : plus de taxes, prélevées sur une valeur déjà produite, et des règles qui freinent les ventes de ce qui abîme — l’indice de durabilité bloquant chez les insoumis, la fiscalité modulée selon le cycle de vie chez les Écologistes, le Nutri-Score obligatoire au Parti socialiste, que la section 17 détaille.

Le RN : l’État paie davantage et encaisse moins

Le Rassemblement national fait payer l’État par le crédit, pour obtenir de l’équipement. Il baisse les prix par la fiscalité — TVA ramenée à 5,5 % sur l’énergie et les carburants, TVA nulle sur cent produits de première nécessité — et refuse tout nouvel impôt, taxe Zucman comprise (Public Sénat, Euronews). L’État paierait donc davantage, des intérêts des prêts à l’équipement des bâtiments publics, tout en encaissant moins, avec la baisse de la TVA et des impôts de production.

Le MEDEF : alléger la charge pour tenir

Les organisations patronales se distinguent l’une de l’autre, et les deux universités d’été de la fin août le montrent à vingt-quatre heures d’intervalle. À La REF, les 26 et 27 août, le MEDEF place la rentrée sous le thème du courage — celui de tenir plutôt que de changer. Sa consultation « Cap sur 2027 », menée avec OpinionWay auprès de 65 872 dirigeants, en donne le climat : 82 % se disent pessimistes sur la politique économique du prochain quinquennat, 66 % estiment que leur entreprise se fragilisera si rien ne change. Les cinq priorités qui en ressortent portent toutes sur l’environnement de l’entreprise, et laissent de côté ce qu’elle produit : baisse de la fiscalité et des charges (83 %), réindustrialisation, simplification des normes (75 %), réduction de la dette, stabilité des règles. Le MEDEF y réclame la fin de la surtaxe sur les bénéfices et la baisse des impôts de production.

Ce que le MEDEF veut faire de l’adaptation tient dans ce cadre : une matinée entière la traite avec l’ADEME, Bpifrance et l’Office français de la biodiversité, mais la question de qui la paie reçoit la même réponse que le reste — l’État allège, et l’entreprise finance ce qu’elle peut sur ses marges. Une adaptation payée ainsi se rediscute à chaque exercice difficile (La REF 2026 au Capacity Score).

Impact France : faire payer ceux qui reportent leurs coûts, et flécher l’épargne

Le lendemain, Impact France réunit les dirigeants de son mouvement — plus de trente mille entrepreneurs, sous la coprésidence de Julia Faure, cofondatrice de Loom, et de Pascal Demurger, directeur général de la MAIF — et répond autrement à la question de qui paie. Sa tribune du 28 août appelle à une « économie des nouvelles sécurités » sur trois piliers : garantir durablement l’accès des territoires aux ressources dont ils dépendent, lever le voile sur la facture réelle du low-cost, qui transfère ses coûts à la collectivité, et décupler les financements de la transition. Ce qu’il veut faire en découle : moduler la TVA selon la qualité des produits, généraliser les bonus-malus écologiques et flécher l’épargne vers les filières de la transition. La charge se déplace alors vers ceux qui produisent à bas coût en reportant leurs coûts sur les autres, et le financement vers l’épargne et la fiscalité.

Certaines entreprises mises en avant par le mouvement paient déjà sur leur propre résultat : la MAIF affecte 10 % de son résultat net à la biodiversité et à la solidarité climatique, soit 18,3 millions d’euros au titre de 2025, et Crédit Mutuel Alliance Fédérale 15 % à son Dividende Sociétal. Ce sont des décisions de gouvernance, prélevées sur la marge, et elles se rediscutent à chaque exercice. Le programme présidentiel du mouvement doit être dévoilé en novembre 2026 (les Universités d’Été de l’Économie de Demain au Capacity Score).

Ce mouvement a un précédent. Aux États-Unis, quand l’abrogation de l’impôt sur les successions était en discussion au début des années 2000, sa défense a été portée aussi par des fortunes qui y étaient soumises : Bill Gates Sr., Warren Buffett et plus de mille deux cents signataires d’une pétition de Responsible Wealth ont demandé son maintien. Impact France fait le même pas du côté des entreprises, et l’économie régénérative le prolonge : la contribution y cesse d’être un prélèvement consenti pour devenir ce que la vente finance.

Ce que ces réponses ont en commun

Ces réponses se distinguent par ce qu’elles financent et se rejoignent sur la manière. Les programmes de gauche financent par l’impôt et la dépense publique, le RN par le crédit et la baisse des recettes, le MEDEF demande d’alléger la charge, et Impact France propose que la fiscalité récompense ce qui contribue. Toutes financent par la règle ou par l’aide publique ; toutes laissent la contribution hors de l’offre, où elle deviendrait un revenu qui croît avec les ventes (le financement des six prises de parole comparé).

L’adaptation se paie à plusieurs : la réponse passe aussi par ce qui se vend

Chacune de ces voies bute sur l’opinion, dont la section 3 a montré le paradoxe : moins de dépense publique, plus de protection, et un seul prélèvement que les Français veulent voir augmenter, l’impôt sur les bénéfices des entreprises (46 % pour la hausse, 18 % pour la baisse). À la pompe, climat et pouvoir d’achat se heurtent de front : 73 % veulent baisser les taxes sur les carburants, quand l’appel du 26 septembre demande la fin des subventions aux énergies fossiles.

Les regards se tournent donc vers les entreprises, et leur contribution a de quoi se financer : au deuxième trimestre 2026, les grandes entreprises cotées françaises ont versé 61 milliards d’euros de dividendes, le montant le plus élevé d’Europe et le deuxième au monde derrière les États-Unis, dont un versement exceptionnel de 4,2 milliards d’euros de Bolloré SE, selon le gestionnaire d’actifs Janus Henderson (Le Monde, franceinfo). La question se déplace alors vers le partage de la valeur créée : ce qui revient aux actionnaires, et ce qui revient à ceux dont l’activité dépend — les producteurs, les filières, le territoire. C’est à cette question que répond le partage entre maillons décrit en section 18.

Faire payer un seul acteur montre la même limite que les autres voies. Les ménages paient déjà ce qu’ils peuvent pour se mettre à l’abri, l’impôt se revote à chaque loi de finances, le crédit se rembourse, une dépense prélevée sur les marges se rediscute à chaque exercice difficile, et une taxe sur les bénéfices finance l’État sans changer ce que l’entreprise produit. Les Français, eux, sont prêts à contribuer : 73 % accepteraient des contraintes personnelles si elles contribuaient à lutter contre le changement climatique là où ils vivent, pourvu qu’elles soient évaluées (29 %), accompagnées d’aides (29 %), socialement équitables (26 %), précédées d’une consultation (24 %) ou co-construites avec les habitants et les acteurs du territoire (20 %), selon l’Observatoire des territoires de l’ObSoCo. Une contribution payée par l’impôt ou prélevée sur la marge reste une dépense, qui se rediscute ; une contribution portée par le produit devient un revenu, et la marge qu’elle dégage finance la suite. C’est ce que les entreprises peuvent apporter, avec ceux dont leur activité dépend, et c’est l’objet de la dernière partie.

Partie IV · Ce que les entreprises et les collectivités peuvent apporter : des solutions aux attentes de la rentrée

Les Français attendent des réponses concrètes à ce qu’ils vivent : un plein et des courses qui pèsent moins, un logement où l’on peut vivre l’été, des usines qui restent ouvertes et un travail dans de bonnes conditions, un territoire plus vivable. Ce sont aussi des marchés, et les entreprises peuvent y apporter les solutions attendues. À la pompe, une voiture électrique pour ceux qui peuvent en changer, un emploi proche et des voies vertes, jusqu’au pneu dont l’hévéa pousse en agroforesterie. Dans le caddie, un lait bio au prix du lait ordinaire. Dans l’immeuble et le quartier, un bâtiment réhabilité qui répare sa friche, et demain des bailleurs, des rénovateurs et des paysagistes dont la prestation rafraîchit la rue. À l’usine, un made in France qui maintient des emplois durables et ancrés. Dans la forêt, un bois dont la vente finance une forêt plus diverse et moins inflammable.

Les chocs sont nationaux, et ces cas n’en ont pas la taille : ils illustrent un mécanisme, que près de cent produits primés aux Lauriers de la Régénération mettent en œuvre dans des secteurs différents. L’échelle, elle, passe par la commande publique, qui pèse 14 % du PIB, et la section 18 y revient. Les collectivités, elles, aménagent, achètent et co-décident à l’échelle où ces solutions se déploient. Cette dernière partie montre comment ces solutions se conçoivent et se financent. C’est la régénération : son modèle économique finance l’adaptation en triple impact par ce qui se vend, et va au-delà. Elle change de nature plutôt que de degré : là où réduire et restaurer traitent un impact ou une réparation, régénérer inscrit l’activité dans des relations mutuellement bénéfiques avec le vivant d’un territoire. Les sections 13 à 17 montrent ce que les entreprises peuvent vendre et comment ces solutions se conçoivent ; la section 18, avec qui et comment les financer.

13. Les entreprises face à la rentrée : elles bougent sur la RSE, et leur prochain pas se situe dans l’offre

Elles le font d’abord pour leur propre activité. En 2024, 54 % des dirigeants citaient les leviers business comme motivation de leurs actions climat, contre 34 % en 2018 (tendances RSE) ; et quand la directive Omnibus réduit le périmètre de la CSRD, celles qui poursuivent se concentrent sur ce qui touche leur activité — l’eau qui manque, le sol qui se dégrade, le fournisseur qui décroche. L’été 2026 y a ajouté la chaleur et le feu : des entreprises évacuées en Gironde (La REF 2026 au Capacity Score), des horaires de travail décalés dans les récits recueillis par Parlons Climat. Mais une trajectoire financée sur les marges se rediscute à chaque exercice difficile : sur cent seize diagnostics Capacity Score complets, près des deux tiers financent leur trajectoire sur leurs marges, sans modèle dédié, ou ne la financent pas du tout.

Leur prochain pas se situe dans l’offre. Le baromètre CSRD 2026 de BL Évolution compte, sur cent rapports du SBF 120, 69 % d’entreprises dotées d’un objectif climat validé, contre 45 % l’année précédente, et peu d’offres explicitement conçues pour contribuer à la transition (le business case de la RSE). Le point de passage est le même que pour les prises de parole politiques : on sait davantage dire ce qu’il faut préserver que ce qu’il faut apprendre à produire. Une offre conçue pour contribuer se juge sur les trois impacts à la fois : ce que les écosystèmes y gagnent, ce que les personnes y gagnent, ce que l’activité y gagne.

Le pouvoir d’agir des Français se joue aussi à cet endroit. Dès 2021, dans l’enquête menée par Nous Sommes Vivants avec Ipsos, 34 % citaient des alternatives de consommation écologiques accessibles à tous parmi ce qui ferait évoluer durablement leurs comportements, devant les réglementations sanctionnant les comportements négatifs (26 %). En 2026, la demande commence à se déplacer : 57 % des acheteurs d’un logement considèrent sa capacité à faire face aux fortes chaleurs comme un critère important, selon l’enquête Ipsos bva pour Bouygues Immobilier.

14. Pompe, caddie, logement, usine, forêt : les solutions régénératives attente par attente

Le climatiseur fixe la barre, et il garde un avantage décisif : l’installer grâce à une aide laisse toutes les habitudes intactes. Une solution qui contribue s’adopte aussi facilement quand elle en demande aussi peu, avec le même usage et une offre ou une infrastructure qui a changé en amont. Chaque attente se lit ensuite sur les niveaux du tableau des chocs de l’été.

À la pompe. Le coût tient d’abord à l’environnement du ménage : la distance entre son logement et son travail, les transports dont il dispose. La voiture électrique fait la bascule de la réduction : elle garde le même usage et sort de l’exposition au pétrole, quand le gazole augmente de 36,4 % sur un an et l’électricité de 1,1 %, selon l’Insee. Cette bascule est déjà engagée : en août, 38 % des voitures neuves vendues en France étaient électriques, un record porté par le leasing social relancé le 16 juillet, et 30 % depuis janvier (AAA Data). Sur les petites voitures, l’écart de prix avec le thermique s’est réduit de moitié en un an, de 10 000 à 5 200 euros en moyenne, et certains segments approchent la parité (baromètre Numerama, relayé par Économie Matin). À l’usage, recharger à domicile revient à environ 3 euros les 100 km, contre plus de 11 euros pour une essence équivalente (Fournisseurs-electricite.com, septembre 2026). Les conducteurs font eux-mêmes le calcul : l’un, interrogé par TF1, dit économiser plus de 700 euros par an, un autre évalue ses 100 kilomètres à environ 8 euros, contre 14 ou 15 euros en thermique, et une spécialiste souligne qu’un véhicule électrique d’occasion revient désormais moins cher. La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, parle d’une « victoire majeure » (TF1 Info).

La restauration passe par le territoire : un emploi maintenu près de chez soi, des voies vertes et des pistes cyclables que 65 % des Français soutiennent pour leur commune. La régénération se lit jusque dans le pneu, comme le montre l’analyse de Michelin au Capacity Score : un hévéa cultivé en agroforesterie sur un territoire nommé, des planteurs associés à la valeur par des contrats pluriannuels, leur santé et leur qualité de vie au travail suivies comme le rendement, et une usure qui émet moins de particules pour ceux qui respirent le long des routes. Elle se lit aussi dans l’électricité : elmy vend en circuit court une électricité renouvelable et française, co-investit avec les producteurs et les collectivités, implique les riverains et installe ses centrales sur des friches réhabilitées. La pompe reçoit ainsi une réponse que peut entendre la colère qui se mobilise le 17 octobre pour le pouvoir d’achat.

Dans le caddie. C’est qui le Patron ?! le montre : on a seulement demandé aux acheteurs de choisir une brique plutôt qu’une autre, au même endroit, sans consommer moins ni adhérer à une cause — un achat plutôt qu’une opinion, gratuit en identité, et dont la vente fait vivre les élevages du territoire. Une étude de Retail and Detail pour la Maison de la Bio, présentée le 8 septembre, élargit la question à tout le panier. Elle compare d’une part les fruits et légumes bio au conventionnel, d’autre part les produits bio les plus accessibles du réseau spécialisé, en marques de distributeur et en marques nationales, aux marques phares de la grande distribution : sur ce second panier de dix produits, le bio revient environ 3 euros moins cher. Circuits Bio juge le résultat en demi-teinte et rappelle ses partis pris de méthode, puisque le bio le plus accessible y est comparé aux marques les plus connues plutôt qu’aux premiers prix. Le bio peut donc arriver au prix du conventionnel, sur certains produits et dans certains circuits. Les achats suivent. Le marché alimentaire bio atteint 12,6 milliards d’euros, en progression de 3,6 % sur un an, et cette croissance ne repose plus seulement sur les prix : les volumes vendus progressent de 2 %, après une baisse continue depuis 2022. Les magasins spécialisés bio progressent de 8,5 %, représentent 30 % du marché et concentrent les deux tiers de la croissance ; la grande distribution renoue avec la croissance (+1,2 %) pour la première fois depuis 2021, après quatre années de baisse. Les fruits et légumes frais progressent de 7,3 %, les œufs de 9,5 %, et la boulangerie, les boissons végétales et les produits laitiers retrouvent une dynamique positive. L’alimentation biologique représente désormais 5,8 % de la consommation alimentaire des ménages (Maison de la Bio), et 35 % des Français en consomment chaque semaine, contre 30 % un an plus tôt, dans toutes les catégories de population (Agence Bio, baromètre réalisé avec l’ObSoCo).

Dans le logement et le quartier. Pour la chaleur, les solutions s’ordonnent dans le temps, comme la ligne chaleur du tableau des chocs de l’été le montre : le climatiseur met à l’abri, les volets et l’isolation réduisent la chaleur subie, les arbres et les haies du quartier réparent, et un bâtiment dont la location finance ce qui répare le territoire régénère, comme ETIC, présenté plus bas. Le chemin de l’arbre à la forêt qui résiste au feu est détaillé dans l’arbre, pilier du vivant.

Le logement décide pour une large part de qui meurt de la chaleur. Vivre sous les combles multiplie par quatre le risque, selon une étude de Santé publique France menée après la canicule de 2003, et Basile Chaix, directeur de recherche à l’Inserm, n’estime pas aberrant d’attribuer 70 % de la mortalité liée à la chaleur au logement. Les inégalités s’y cumulent : être ouvrier multiplie le risque par 3,6, et la mortalité est 18 % plus élevée dans les communes les moins arborées, selon le climatologue Philippe Drobinski. Alita Barletta a perdu son frère de 65 ans dans la nuit du 26 au 27 juin : « il a fait tous les rituels recommandés », mais il vivait sous les toits. Les gestes recommandés aident à passer une journée ; ce qui protège dans la durée tient au logement et au quartier (Vert).

La demande se forme dans le logement, l’immeuble et la commune, et l’offre régénérative y existe déjà. ETIC, foncière solidaire de l’économie sociale et solidaire, réhabilite des friches industrielles et des bâtiments délaissés en tiers-lieux, qu’elle loue à des organisations à impact : dix sites sur dix territoires, 176 organisations hébergées, un patrimoine de 64 millions d’euros financé à 100 % par la finance solidaire, auprès de 222 actionnaires dont 205 particuliers, et des bénéfices réinvestis en totalité. Ce qu’elle vend, un lieu où travailler, finance ce qui répare le territoire. Au Château de Nanterre, Laurier Architecture 2025, elle a créé des technosols fertiles sur des surfaces imperméabilisées et polluées, où un potager en permaculture de 1 000 m² est cultivé par les résidents ; à Lille, le tiers-lieu de Fives est né d’une concertation avec les habitants ; dans chaque site, les comités de résidents co-décident des travaux et des dépenses. Nous l’avons située à 76 % au Capacity Score, au niveau de la régénération.

La même logique appelle d’autres offres à l’échelle où la chaleur se vit : ce que vendraient un bailleur, une entreprise de rénovation ou un paysagiste urbain si leur prestation finançait aussi la végétalisation et la fraîcheur de la rue, et si les habitants et les résidents en co-décidaient comme à Nanterre.

À l’usine et au travail. Le made in France contributif ancre en France un emploi durable, avec une juste rémunération tout au long de la chaîne de valeur, et fait vivre les métiers et les sites que les fermetures emportent. Le Minor tricote en Bretagne sur une filière reconstituée (La REF 2026 au Capacity Score). Le travail montre aussi ce que la régénération fait vivre : chez ETIC, l’absentéisme interne est de 0,6 % contre 6,7 % en moyenne en France, 82 % des salariés se disent satisfaits, l’écart entre le salaire le plus élevé et le plus bas est de 3,48, et le chantier de Fives a mobilisé 4 400 heures d’insertion, avec 64 % de sorties positives. La santé, l’épanouissement et la juste rémunération de ceux qui produisent se mesurent, et ce sont eux qui font tenir les usines et les métiers.

Dans la forêt. Une table en bois régénérative fait payer, par la vente, le renouvellement d’une forêt plus diverse et moins inflammable, et c’est le travail de filière que nous proposons d’ouvrir (l’arbre, pilier du vivant).

15. Restaurer ou régénérer : ce que chacun change pour les écosystèmes et les personnes

Restaurer et régénérer apportent deux natures de solutions. Restaurer, c’est la capacité à réparer et à stabiliser un système abîmé pour qu’il tienne face aux chocs, en gardant des réserves plutôt qu’en optimisant. C’est un coût d’investissement pour ramener les ressources à leur état initial, rentabilisé par la pérennité de l’activité, mais qui pense encore séparément l’environnemental, le social et l’économique. Régénérer, c’est la capacité à inscrire l’activité dans des relations mutuellement bénéfiques avec le vivant d’un territoire, de façon durable : atteindre ses objectifs en devient le résultat. On y fait prospérer un capital — naturel, social et économique à la fois — qui rapporte et dont la valeur se répartit équitablement.

Il existe ainsi deux innovations. Une innovation de robustesse, qui répare et consolide ce dont l’activité dépend pour tenir face aux crises ; une innovation régénérative, qui renforce la capacité de l’activité dans le temps en contribuant et en ouvrant des futurs viables avec ceux dont elle dépend. La robustesse, telle qu’Olivier Hamant la décrit, apprend à tenir dans un monde instable en renonçant à l’optimisation ; la régénération y ajoute la capacité à contribuer. La performance économique y devient la conséquence d’une capacité collective à coopérer, à créer une valeur située et à durer sans s’épuiser.

La différence se lit sur ce que chacun renforce. Restaurer répare ce dont la production dépend : on suit la fertilité des sols, le cycle de l’eau et la biodiversité utile à l’approvisionnement, pour stabiliser les écosystèmes et sécuriser la continuité de l’activité. On engage ses fournisseurs sur des volumes garantis et des contrats pluriannuels pour tenir ensemble face aux chocs. Côté humain, on répare des trajectoires fragilisées — l’insertion, le maintien dans l’emploi, la prévention de l’usure professionnelle. Une activité peut ainsi restaurer ses écosystèmes sans régénérer la biodiversité au-delà de ce dont elle a besoin, ni la capacité des personnes à s’épanouir.

Régénérer va jusque-là : la santé biologique des sols, la qualité de l’eau, la biodiversité et les habitats naturels se renforcent au-delà des besoins de la production. Les fournisseurs sont choisis pour leur capacité à régénérer les écosystèmes et les communautés, même à un prix plus élevé. Côté humain, ce qui compte devient l’épanouissement au travail, la santé physique et mentale, la qualité des relations, la vitalité du territoire et une juste rémunération tout au long de la chaîne de valeur. Restaurer rend une activité robuste ; régénérer augmente les capacités de ce qui vit autour d’elle, humains compris. L’adaptation a donc sa limite : elle répare les écosystèmes et fait tenir l’activité, mais elle peut aussi faire tenir plus longtemps un système qui les abîme. C’est la question que pose la redirection écologique : certaines activités sont à fermer, à démanteler ou à réaffecter, et la régénération propose la suite, des activités qui tiennent économiquement en générant la vitalité de leur territoire.

Le tableau des chocs de l’été, en section 3, se lit en colonnes. Les deux premières répondent au choc de l’année : on se met à l’abri, on bloque un prix, on économise, et la dépense revient au prochain été, à la prochaine sécheresse, à la prochaine hausse du pétrole, payée par le budget des ménages ou par celui de l’État. La troisième répare ce dont l’activité dépend — un arbre, un cycle de l’eau, des contrats qui tiennent — et rend le territoire plus robuste : c’est un investissement pour revenir à un état initial, qui fait tenir l’activité sans faire prospérer de capital. La quatrième change la source du financement : c’est la location d’un bâtiment, la vente d’un lait ou d’une électricité qui paie ce qui refait le sol, répare le territoire et fait vivre ceux qui produisent, et le capital ainsi régénéré rapporte. Lu en lignes, il montre que les cinq chocs de la rentrée, de la chaleur à l’usine, ont chacun leur réponse à ce niveau, et c’est la colonne où les entreprises apportent ce que personne ne peut faire à leur place.

16. Un autre moyen de financer l’adaptation : l’économie régénérative, en triple impact, et au-delà

À côté de l’impôt et de la règle, l’adaptation peut aussi se financer par ce qui se vend. Le quatrième niveau change la place de l’offre dans le modèle économique. Aux trois premiers, ce qu’une entreprise fait pour le vivant s’ajoute à ses coûts : cela se justifie, et se rediscute à chaque exercice difficile. Au quatrième, c’est l’offre qui porte la contribution : plus on vend, plus le milieu et les gens qui y habitent se renforcent, et la rentabilité vient de là — à deux conditions, avoir d’abord réduit ses impacts négatifs et répondre à un besoin réel (les modèles économiques vers l’économie régénérative).

L’économie régénérative raisonne en triple capitaux orientés vers le vivant, et s’appuie sur le moteur économique de la mutualité, le profit mutuel entre ceux qui produisent, ceux qui transforment et ceux qui achètent : on passe de faire du bien en faisant du profit à tirer son profit du bien que l’on fait. C’est un modèle économique qui finance l’adaptation en triple impact, et qui va au-delà : la vente paie la réparation des écosystèmes et la régénération de la biodiversité, mais aussi la santé et l’épanouissement de ceux qui produisent, une juste rémunération tout au long de la chaîne de valeur, la vitalité du territoire et la rentabilité de l’activité qui les porte — un modèle économique qui rapporte en triple impact. L’écologie dont il s’agit s’étend ainsi au-delà de l’environnement : elle tient ensemble le vivant et les conditions humaines, puisque les humains en font partie.

Les produits primés entrent déjà dans le quotidien d’une famille, à différents niveaux de la trajectoire : La Revue en a fait le portrait avec la famille Régen’, dont l’alimentation, l’énergie, la cosmétique et la mode viennent des lauréats des Lauriers de la Régénération 2025, du vin du Château Galoupet à l’électricité d’elmy. Près de cent produits français distingués aux Lauriers de la Régénération montrent que la trajectoire vers ce modèle est engagée dans des secteurs que tout sépare.

L’innovation régénérative : concevoir à partir du territoire et de ceux qui l’habitent

Ce modèle suppose une autre manière de concevoir. La conception de produits se lit sur une échelle : la sobriété ; l’éco-conception, avec l’analyse de cycle de vie du produit sur seize critères ; l’éco-socio-conception, avec une analyse étendue au social selon l’ISO 14075 et un objectif de net zéro ; le design régénératif enfin, avec une analyse de cycle de vie contributive, qui mesure ce qu’on régénère en plus autant que ce qu’on dégrade en moins. Le point de départ se déplace avec elle : une innovation qui part de l’impact à réduire produit une version moins nuisible de ce qui existe, quand une innovation qui part du potentiel des écosystèmes et des communautés d’un territoire crée une valeur partagée. Et la contribution se paie à condition de se lire : l’étiquette qui l’atteste est ce qui permet à l’acheteur de la choisir.

17. Freiner les ventes du pire ou faire croître celles du meilleur : deux approches du marché

Les réponses publiques de la rentrée partagent une même approche du marché : freiner ce qui abîme. Dans le logement, l’interdiction de louer les logements les moins performants énergétiquement recueille 64 % d’adhésion, selon l’Observatoire des territoires de l’ObSoCo. Ailleurs, la loi contre la fast fashion, adoptée en juin 2026, instaure un bonus-malus et des éco-contributions ; La France insoumise rend l’indice de durabilité bloquant à la mise sur le marché, les Écologistes réglementent l’écoconception et modulent la fiscalité selon le cycle de vie, le Parti socialiste rend le Nutri-Score obligatoire. Ces mesures sont nécessaires, et elles relèvent de la réduction : elles écartent le pire sans tracer de cap pour le meilleur. Un score qui épingle pousse d’ailleurs le mauvais élève à se cacher, comme ces industriels qui retirent le Nutri-Score de leurs produits mal notés tant qu’il reste volontaire.

L’autre approche fait croître la demande du meilleur : elle rend la contribution lisible et rentable au moment de l’achat, et donne au bon élève une raison de s’afficher. Dans le textile, plus de 300 marques ont choisi l’affichage de Clear Fashion, dont le Fashion Score évalue 150 critères, et Picture Organic Clothing l’affiche sur chaque fiche produit au même niveau que le prix (freiner Shein, soutenir les marques responsables). Dans le logement, c’est une rénovation qui rafraîchit l’immeuble et sa rue, et qu’on choisit parce qu’elle améliore la vie de ceux qui l’habitent. L’affichage qui fait croître le meilleur gagne à dire les trois impacts à la fois — ce que la fabrication fait aux écosystèmes, à ceux qui produisent et au territoire —, comme le demande le manifeste du made in France contributif.

C’est l’approche que nous portons : accompagner les entreprises dont les produits contribuent — situer leur trajectoire avec le Capacity Score, distinguer leurs produits aux Lauriers de la Régénération, construire avec leur chaîne de valeur le modèle économique qui rend cette contribution rentable, et demander, avec le manifeste du made in France contributif, que la contribution devienne lisible en rayon.

Freiner le pire, ou faire croître le meilleur

Freiner les ventes du pire : ce que portent les réponses publiquesFaire croître les ventes du meilleur : ce que nous portons
La logiqueRéduire la demande de ce qui abîmeFaire croître la demande de ce qui contribue
Les outilsBonus-malus, éco-contributions, indice de durabilité bloquant, normes d’écoconception, interdictionsAffichage au moment de l’achat, labels qui attestent une contribution, co-investissement dans la chaîne de valeur
Qui la porteLa puissance publique, par la contrainteLes entreprises engagées, par l’initiative, avec la puissance publique pour garante
L’effet sur les marquesLe mauvais élève cherche à se cacherLe bon élève a une raison de s’afficher
Ce qu’elle produitLe pire est écarté, sans cap pour le meilleurLe marché est tiré vers le haut par l’intérêt à mieux produire
Sa limiteLente et contestée, elle se rediscute à chaque loiVolontaire, elle laisse de côté ceux qui restent en retrait — d’où la demande de rendre les scores obligatoires dans leur périmètre

Les deux approches se complètent : freiner ce qui détruit, et rendre la contribution visible et rentable au moment de l’achat. Seule la seconde débloque le levier de l’innovation, parce qu’elle transforme une pratique en revenu pour celui qui la tient — à condition que l’offre qui contribue soit aussi simple à adopter que ce qu’elle remplace, comme les solutions de la section 14 le montrent.

18. Collectivités, État et co-investissement : financer la régénération des territoires

Collectivités et État : aménager, acheter, co-porter, conditionner les aides

Les collectivités sont attendues sur ce terrain. Les maires gardent 60 % de confiance, 52 % des Français jugent leur commune mal préparée aux impacts du changement climatique, et 63 % seraient gênés de voter pour un candidat qui remettrait en cause les mesures de transition déjà engagées localement. Elles peuvent apporter trois choses, et l’État une quatrième. Aménager, d’abord : les haies, les jardins partagés, les sols désimperméabilisés et les îlots de verdure que les Français soutiennent relèvent de leurs décisions, et selon l’Observatoire des territoires de l’ObSoCo, 67 % jugent que l’aménagement protège les personnes et les biens, quand 43 % seulement connaissent de tels aménagements près de chez eux.

Acheter, ensuite, et rendre ces aménagements visibles : la commande publique pèse 14 % du PIB, et le rapport Territoires d’Impact France propose de la réorienter vers des critères de proximité et d’impact, en équilibrant le poids du prix (les Universités d’Été de l’Économie de Demain au Capacity Score). Le manifeste du made in France contributif demande que l’État reconnaisse, dans la commande publique, les labels qui attestent déjà la contribution.

Co-porter, enfin : à Paris, ETIC a co-porté son tiers-lieu du 20e arrondissement, consacré à la résilience climatique, avec l’Agence nationale pour la rénovation urbaine et NovESS, et le programme des Écologistes inscrit les projets alimentaires territoriaux et les communautés énergétiques dans son pilier filière et territoire.

L’État, lui, peut conditionner : les aides publiques aux entreprises représentent 211 milliards d’euros par an selon le Sénat, et elles peuvent récompenser ce qui contribue. Nous proposons qu’une entreprise ne bénéficie d’un soutien public qu’à condition de démontrer que le territoire va mieux parce qu’elle existe, et que les labels qui attestent déjà la contribution entrent dans les critères d’attribution (conditionner les aides aux entreprises pour une croissance en triple impact).

Le triple impact s’y territorialise par une action collective, où chacun agit à sa place : les collectivités aménagent et achètent, l’État conditionne ses aides, les entreprises conçoivent et vendent avec les maillons de leur chaîne de valeur, les habitants co-décident et choisissent ce qu’ils achètent — les comités de résidents d’ETIC co-décident des travaux et des dépenses, et 20 % des Français demandent des mesures co-construites avec les habitants. Le territoire est l’échelle où les trois piliers d’impact cessent d’être trois comptes séparés : une eau protégée à la source, un revenu paysan et une filière qui tient y sont un même fait.

Une entreprise répond donc de ce que son activité fait au territoire où elle s’exerce, et le Capacity Score le demande en une question : si votre activité cessait demain, l’état du territoire serait-il fragilisé, inchangé, meilleur ou dégradé ? L’écologie populaire en donne le critère le plus simple : le territoire va mieux grâce à l’activité qui s’y exerce. C’est là que collectivités, entreprises et habitants se rejoignent, dans l’immeuble, le quartier, la filière et le bassin de vie, là où la colère et la résignation se forment : le territoire et ses habitants prospèrent grâce à l’activité économique, et non malgré elle.

Le financement : la vente finance l’adaptation en triple impact, et va au-delà

La question de qui paie se règle ici : une contribution portée par le produit devient un revenu, qui croît avec les ventes. Appliquée à l’adaptation, elle désigne l’offre que la rentrée attend des entreprises : une offre qui rend un logement, un quartier ou une filière plus vivable sous la chaleur, dont la vente finance cette adaptation, et qui se juge sur les trois impacts à la fois — ce que les écosystèmes y gagnent, ce que les habitants y gagnent, ce que l’activité y gagne.

Le partage juste des coûts et des gains se lit sur une brique de lait : chez C’est qui le Patron ?!, les consommateurs votent le cahier des charges et la part revenant à l’éleveur, sur un contrat de cinq ans, et le lait arrive en rayon au prix du lait non bio, comme le détaille la comparaison des financements de la rentrée.

Ce partage répond aux deux questions que la rentrée laissait ouvertes. La demande de justice, d’abord : là où l’appel du 26 septembre et les Gilets jaunes réclament la récupération des superprofits et le contrôle des marges, le partage de la valeur créée entre les maillons règle la répartition dans le prix lui-même, sans passer par l’impôt. Le décalage de temps, ensuite : l’achat du jour paie un engagement de cinq ans, et l’effort immédiat finance directement le changement long.

Ce financement est collectif par construction. On co-investit et on se partage équitablement les gains : des engagements de durée entre les maillons, un préfinancement des pratiques qui mettent des années à produire leurs effets, une participation aux outils de première transformation, une répartition de la valeur créée, et un atterrissage comptable en triple comptabilité. C’est ce que le business model régénératif en cinq ateliers met en place avec les partenaires d’une chaîne de valeur, et ce que notre recherche-action sur la triple profitabilité documente sur les comptes des entreprises. L’adaptation cesse alors d’être une dépense à répartir entre les ménages, l’État et les budgets des entreprises : elle se finance par la marge que dégage ce qui se vend, partagée entre ceux qui en reçoivent le gain.

Conclusion : la colère cherche un débouché, la résignation une prise, et la réponse est collective

L’humeur de la rentrée porte deux demandes. La colère cherche un débouché : la rue le 26 septembre pour le climat, le 17 octobre pour le pouvoir d’achat, et une présidentielle qui se dessine autour des deux candidats perçus comme les plus radicaux. La résignation, elle, vise la capacité à agir plus que le vote : 67 % des Français se disent certains d’aller voter, et 89 % jugent que les responsables politiques parlent trop et n’agissent pas assez. L’une et l’autre attendent la même chose, une prise sur ce qui arrive, et la confiance qui subsiste se trouve à l’échelle où l’adaptation se réalise : les maires, les hôpitaux, les entreprises.

La politique leur répond d’abord par la protection, et ce discours sert inégalement ceux qui le tiennent. Le RN le tient de bout en bout : le risque vient du dehors, et la réponse met à l’abri sans rien demander de changer. La gauche écologiste porte des programmes qui s’adaptent en réparant les écosystèmes, et les raconte dans le registre commun de la protection : La France insoumise y ajoute le récit de ce qu’il faudra abandonner, quand les Écologistes racontent leur projet par les bénéfices du bien vivre. L’été l’a montré en Gironde : le risque s’est installé à l’intérieur même du périmètre protégé. La transformation est portée par les programmes ; elle attend le récit qui la rattache au quotidien, celui de ce qui se gagne ensemble.

Les Français, eux, ont déjà fait une partie du chemin. Leurs premières préoccupations sont économiques et sociales — le pouvoir d’achat, le travail, la crainte du déclassement, dans un pays qui a enregistré une perte nette de 63 usines en 2025 — et ils relient d’eux-mêmes leur logement, leur travail, leur santé et leur budget. Huit sur dix demandent une transformation profonde de la société, et l’écologie des modes de vie leur est majoritaire, même quand le projet de société qui la porte a perdu sa majorité. Une transformation proposée concrètement et localement est acceptée : les aménagements qui réparent les écosystèmes de leur commune recueillent de 65 % à 74 % d’adhésion, 89 % pour des îlots de verdure en ville. Le territoire les rassemble et les divise à la fois : un réseau de liens à entretenir pour les uns, un périmètre à défendre pour les autres.

La ligne rouge de cette rentrée tient dans un décalage de temps. Les changements que les Français souhaitent se jouent sur le temps long ; les efforts qu’ils supportent pèsent maintenant, et de façon inédite, à la pompe, dans le caddie et dans le logement. Les taxes inquiètent tout le monde et semblent dérisoires face aux problèmes de fond, et les entreprises paraissent désignées pour porter la charge, quand c’est leur innovation qui rendra les changements tangibles au quotidien. Face aux réponses du RN, qui protègent par l’équipement et par l’appartenance, l’alternative consiste à retisser du lien au sein du territoire français avant de chercher à se protéger des menaces extérieures : le parapluie contre les dangers, mais aussi le grand cercle des solidarités écologiques entre ceux qui produisent, ceux qui achètent et les écosystèmes dont ils dépendent. À côté de l’impôt et de la règle, qui se revotent à chaque budget, l’adaptation peut se financer par l’activité économique elle-même : chaque vente paie aujourd’hui ce qui renforce le territoire dans la durée. L’offre régénérative résout ce décalage : l’achat du jour paie un engagement long, comme chez ETIC, présentée en section 14, où la location d’un lieu de travail finance ce qui répare le territoire et où les bénéfices sont réinvestis en totalité.

L’adaptation révèle une limite du modèle actuel : nous savons organiser la protection et financer la réparation, mais nous n’avons pas encore conçu suffisamment d’activités dont le développement économique finance directement la capacité du territoire à vivre avec les chocs. C’est pourquoi l’adaptation se paie à plusieurs. Les ménages paient déjà pour se mettre à l’abri, l’impôt se revote, le crédit se rembourse, une dépense prélevée sur les marges se rediscute, et toutes les réponses de la rentrée financent par la règle ou par l’aide publique. Les entreprises y apportent ce que personne ne peut faire à leur place : une offre qui porte la contribution, co-investie avec leurs fournisseurs, leurs clients et les territoires dont elles dépendent, et dont la vente fait vivre le territoire qui la produit, à la pompe comme dans le caddie — plus on vend, plus le milieu et les gens qui y habitent se renforcent. Encore faut-il rendre les solutions aussi simples à adopter qu’un climatiseur, des volets à la forêt, et faire croître les ventes de ce qui contribue plutôt que seulement freiner celles de ce qui abîme.

Le made in France contributif en donne la forme : le manifeste pour un made in France contributif, présenté en ouverture de cet article, demande de rendre visible sur le produit ce que sa fabrication fait vivre, en donnant force de marché aux labels qui la prouvent déjà. Il tranche ainsi la ligne qui traverse la rentrée : il donne au retour au territoire le contenu d’une relation plutôt que celui d’une appartenance. Il dessine une France plus autonome et plus souveraine, qui garde ses usines et ses métiers parce qu’elle entretient ce dont elle dépend. Pour le budget des ménages, cela se lit concrètement : un lait qui fait vivre les élevages au prix du lait ordinaire, des emplois maintenus sur le territoire, une valeur partagée entre ceux qui produisent plutôt que versée en dividendes. Avec un made in France contributif, le territoire et ses habitants prospèrent grâce à l’activité économique, et non malgré elle.

Ce qu’il faut retenir

La rentrée se paie à la pompe, dans le caddie et au travail : sur un an en août, l’énergie augmente de 16,7 % et les produits frais de 5,9 %, ces derniers sous l’effet des vagues de chaleur, et la France a enregistré une perte nette de 63 usines en 2025. L’humeur oscille entre inquiétude et colère, et 80 % des Français demandent une transformation profonde, dans un pays qui encaisse de moins en moins bien les chocs.

La politique répond par la protection, et ce discours sert d’abord le RN : le risque y vient du dehors, et ses réponses mettent à l’abri sans rien demander de changer. La gauche écologiste porte des programmes qui réparent les écosystèmes, et les raconte dans le registre de la protection.

Sous cette polarisation, un même attachement au territoire traverse les électorats. Ils se départagent sur ce qu’ils y protègent : une relation entre ceux qui produisent, ceux qui achètent et les écosystèmes dont ils vivent, ou une appartenance qui dit qui a droit.

La transformation que demandent huit Français sur dix est portée par les programmes de gauche, et elle attend le récit qui la rattache au quotidien : celui de ce qui se gagne ensemble. Proposée concrètement, elle est acceptée : sur le climat, 73 % des Français placent l’adaptation au même niveau que la lutte contre le réchauffement, ou devant elle, et les aménagements qui réparent les écosystèmes de leur commune recueillent de 65 % à 74 % d’adhésion, 89 % pour des îlots de verdure en ville.

L’adaptation se paie à plusieurs. L’impôt se revote, le crédit se rembourse, une dépense prélevée sur les marges se rediscute, et toutes les réponses de la rentrée financent par la règle ou par l’aide publique. L’économie régénérative apporte un modèle économique qui finance l’adaptation en triple impact : une contribution portée par ce qui se vend devient un revenu, qui fait vivre à la fois les écosystèmes, ceux qui produisent et l’activité.

Les entreprises gardent la confiance de 62 % des Français, avec les maires et les hôpitaux, à l’échelle où l’adaptation se réalise. Leur offre peut faire vivre le territoire dans le caddie, à la pompe et dans le quartier, et le made in France contributif demande de rendre cette contribution visible sur le produit, en donnant force de marché aux labels qui la prouvent déjà.

Passer à l’action en trois temps

1. Se situer. Le Capacity Score évalue votre capacité à tenir vos trajectoires RSE, innovation et business, et identifie vos leviers d’action prioritaires. Trente-huit questions, six leviers, résultats immédiats et gratuits. Faire le diagnostic Capacity Score.

2. Concevoir l’offre qui finance l’adaptation. Le business model régénératif se construit en cinq ateliers, de l’analyse de la chaîne de valeur actuelle à la mesure des impacts en triple comptabilité, avec les acteurs de votre chaîne de valeur et de votre territoire. Découvrir le business model régénératif en cinq ateliers.

3. Avancer avec d’autres. Entreprises et collectivités peuvent être accompagnées par les consultants du collectif, quel que soit leur niveau de départ, pour co-investir avec ceux qui produisent, achètent et habitent le territoire. Faire appel à nos consultants

Sources

Enquêtes et études d’opinion

Ipsos bva – Cesi École d’ingénieurs pour Le Monde, le CEVIPOF, la Fondation Jean Jaurès et l’Institut Montaigne, Enquête électorale française 2026, vague 3, septembre 2026 (13 060 inscrits, 3-9 septembre 2026), notice déposée à la Commission des sondages.

Parlons Climat, Canicule, incendie, sécheresse : ce que l’été 2026 a fait bouger — ou pas — dans le rapport des Français au climat, étude qualitative, septembre 2026 (24 entretiens individuels semi-directifs, 25-27 août 2026 ; l’échantillon diversifie l’exposition aux événements de l’été et la sensibilité climatique préalable, il identifie des mécanismes sans en mesurer la fréquence, et les prénoms sont modifiés), avec le soutien de l’European Climate Foundation, de la Fondation Carasso, de Domorrow et de la Fondation de France.

Parlons Climat et IDDRI, Vers un pivot majoritaire de l’écologie ?, 30 juin 2025 (Lucas Francou, Mathieu Saujot, Marion Bet).

L’ObSoCo, Observatoire des perspectives utopiques, vague 4, rapport détaillé (terrain du 26 mars au 8 avril 2025, 4 000 personnes de 18 à 75 ans, publication mars 2026).

L’ObSoCo, avec l’ADEME, Grand Paris Aménagement et RTE, Observatoire des usages et représentations des territoires, vague 5, « Changement climatique et vie quotidienne en France : qui pourra vivre où, et à quelles conditions ? », principaux enseignements — enquête en ligne auprès de 4 000 personnes de 18 à 75 ans, du 31 octobre au 14 novembre 2025.

CEVIPOF, Baromètre de la confiance politique, vague 17, réalisé par OpinionWay du 12 au 28 janvier 2026, publié le 9 février 2026 ; données sur l’entreprise commentées par l’Institut de l’Entreprise, partenaire du baromètre.

Ifop pour le Réseau Action Climat et le Secours Catholique – Caritas France, Le regard des Français sur la transition écologique et sociale à l’échelle municipale, terrain du 3 au 15 décembre 2025 (1 004 personnes représentatives et 1 050 habitants de quartiers populaires).

Ipsos bva pour Bouygues Immobilier, enquête sur les fortes chaleurs et le logement, avril 2026, 1 000 Français.

Ipsos, Ipsos Global Trends — Un monde en reconfiguration, édition 2025 (43 pays), résultats France publiés le 17 novembre 2025.

Destin Commun, « Été brûlant – canicules, incendies, sécheresse : les Français face au choc climatique », août 2026 (2 000 personnes interrogées du 31 juillet au 5 août), cité par l’étude de Parlons Climat ; Ipsos, enquête sur les canicules et incendies de l’été 2026.

Baromètre politique Ipsos bva-CESI pour La Tribune Dimanche, juillet 2026, cité dans notre article sur les Universités d’Été de l’Économie de Demain.

CEVIPOF, note du baromètre de la confiance politique sur le trumpisme, mars 2025, enquête sur 3 500 personnes, citée dans le libéralisme autoritaire et la trumpisation de la France. Critères de vote aux municipales de mars 2026, cités dans notre lecture de L’Avenir en commun au Capacity Score.

Données économiques et budgétaires

Insee, Indice des prix à la consommation, résultats définitifs, août 2026, Informations Rapides n° 218, 15 septembre 2026. L’Express et 6Médias, « Fruits et légumes biscornus, moins d’œufs, prix en hausse… », 14 septembre 2026.

Public Sénat, « Nous n’avons plus de gras : le gouvernement divise par deux son estimation de croissance pour 2026 », 11 septembre 2026, et « Une croissance plus faible, c’est une dette plus difficile à gérer », 15 septembre 2026. Agence Europe, « L’engagement de réduction du déficit public pour 2026 ne sera pas tenu, admet Roland Lescure », septembre 2026. Les Échos, « Le déclassement de la France devient de plus en plus douloureux », éditorial, septembre 2026.

Trendeo, ouvertures et fermetures de sites industriels en France, bilan 2025, cité dans notre article sur les Universités d’Été de l’Économie de Demain ; liquidation de Duralex et reprise de Brandt, citées dans notre lecture de La REF 2026.

Janus Henderson, rapport sur les dividendes mondiaux du deuxième trimestre 2026 (1 500 premières capitalisations), relayé par Le Monde et franceinfo le 15 septembre 2026.

Programmes, votes et mobilisations

Rassemblement national. Rassemblement national : plan de climatisation présenté le 30 juin 2026 (franceinfo, 1er juillet 2026 ; LCP et Public Sénat, « Plan Clim : le Rassemblement national détaille son projet à 40 milliards », 30 juin 2026 ; Reporterre, 8 juillet 2026) ; contre-budget 2026 (Vert, 24 octobre 2025 ; Public Sénat, « Contre-budget du RN : des propositions qui manquent de crédibilité économique, mais trahissent une véritable cohérence doctrinale », 24 octobre 2025) ; amendement sur la suppression de la TVA sur cent produits de première nécessité (Datan, 2023) ; pétition sur la souveraineté alimentaire ; pétition « Logement : avec Marine Le Pen, appliquons la priorité nationale », septembre 2026, consultée le 16 septembre 2026. ; 24matins, « Logement, APL, loi SRU : ce que Marine Le Pen veut changer », 14 septembre 2026 ; RSE Magazine, « Alimentation : les députés approuvent l’augmentation des produits français dans les cantines », 1er juin 2026.

Gauche, budget et fiscalité. RFI, « Présidentielle française 2027 : la gauche fait campagne sur la colère sociale », 16 septembre 2026. franceinfo, « Retour de la taxe Zucman, augmentation du smic, taxation des gros héritages… Le PS propose son contre-budget à l’Assemblée nationale », 16 septembre 2026. Euronews, « Budget 2026 : la taxe Zucman enterrée par l’Assemblée nationale », 31 octobre 2025. Public Sénat, « Plus de 13 000 millionnaires ne paient pas d’impôt sur le revenu, selon des données gouvernementales obtenues par le Sénat », 18 février 2026.

Mobilisations et colère sociale. Mouvement du 26 septembre, appel à mobilisation nationale, 26septembre.org, consulté le 16 septembre 2026. franceinfo, « Face à la montée des tensions, le gouvernement veut éviter un nouvel embrasement social », 15 septembre 2026. Reporterre, « « Je suis furax » : plus de 50 organisations réclament devant Bercy un budget à la hauteur de l’urgence climatique », septembre 2026. Odoxa pour Le Figaro et Backbone, « La hausse des prix du carburant, son impact sur le budget des ménages et sur la présidentielle… et le risque qu’elle provoque un réveil des « gilets jaunes » », 16 septembre 2026. Ouest-France, « Colère sociale : le déclassement se vit dans des situations très concrètes », entretien avec Fanny Parise, septembre 2026. Vert, « Plus de 8 000 morts pendant les canicules : « C’est le résultat de réactions politiques trop lentes et d’un manque d’adaptation » », 17 septembre 2026. Le Monde, « Qui sont les morts de la canicule ? Le Monde raconte des vies derrière les chiffres », 16 septembre 2026, d’après les données de Santé publique France.

Entreprises et offres. AAA Data, communiqué du 1er septembre 2026 sur les immatriculations d’août ; Numerama, baromètre des prix des voitures électriques, 4 juin 2026, relayé par Économie Matin, « Voiture électrique : les prix chutent face au thermique », 5 juin 2026 ; Fournisseurs-electricite.com, « Voiture électrique : prix, autonomie, recharge et économies en 2026 », septembre 2026 ; TF1 Info, « C’est moins cher d’avoir un véhicule électrique que thermique : un coût au quotidien bien différent », septembre 2026 ; Flotauto, « Août 2026 : l’électrique concerne 38 % des immatriculations », septembre 2026. Maison de la Bio, chiffres du marché alimentaire biologique, septembre 2026 ; Agence Bio, communiqué du 16 juin 2026 sur les chiffres du marché et de la production bio 2025 ; Agence Bio et ObSoCo, Baromètre des produits biologiques en France 2026, février 2026. Agra, « Bio : la Maison de la bio relativise le surcoût des produits alimentaires bio », 14 septembre 2026 ; Circuits Bio, « La Maison de la Bio veut démontrer que manger bio ne coûte pas toujours plus », septembre 2026. elmy, « Circuit-court de l’énergie au cœur des territoires » ; Energies Assist, présentation d’elmy et de ses installations sur terrains dégradés réhabilités. Institute for Policy Studies, « Fixing and Expanding the Estate Tax: Intervening to Reduce Wealth Inequality » ; Forbes, « Papa Gates On Death And Taxes », 20 janvier 2003 ; Dollars & Sense, « « Death Tax » Deception », 2003 — pétition de Responsible Wealth pour le maintien de l’impôt fédéral sur les successions.

Analyses de Nous Sommes Vivants

Adaptation climatique : partis et patronats comparés au Capacity Score, analyse comparée des six prises de parole de la rentrée, 13 septembre 2026 : surfaces brûlées, solidarité et envie d’agir après l’été, projet de loi de finances pour 2027, aides publiques aux entreprises (rapport sénatorial), baromètre Capacity Score.

Comparaison des programmes de La France insoumise et des Écologistes, et lectures au Capacity Score du programme des Écologistes, du projet socialiste et de L’Avenir en commun, fin août 2026 (tableaux des quatre piliers).

La REF 2026 au Capacity Score (bilan des incendies de Gironde d’après la CCI Bordeaux Gironde, lecture des prises de parole de la rentrée).

Les Universités d’Été de l’Économie de Demain au Capacity Score, 4 septembre 2026 : tribune d’Impact France, dividendes sociétaux de la MAIF et de Crédit Mutuel Alliance Fédérale, rapport Territoires.

Jancovici est-il écologiste ? Son plan, son récit, et ce qui rendrait l’écologie populaire, mis à jour le 30 août 2026 : plateau de l’ADEME, pivot majoritaire, dépendance énergétique de la France, deux robustesses, atténuer, s’adapter, restaurer.

Les imaginaires de l’écologie : ce que révèle l’enquête ObSoCo, 16 août 2026 : écologie comme projet et comme manière de vivre, trois formes d’attachement, mots en hausse et en recul.

Freiner les ventes de Shein et augmenter les ventes des marques de textile les plus responsables, mis à jour le 26 juin 2026 : Fashion Score, Picture Organic Clothing.

ETIC : une foncière immobilière régénérative d’après le Capacity Score, 16 juin 2026 : dix tiers-lieux, finance solidaire, Château de Nanterre et technosols, concertation de Fives, co-portage avec l’ANRU et NovESS.

La régénération comme modèle : de l’arbre au modèle économique du vivant (incendies de juillet 2026 d’après Sud Ouest et la CCI Bordeaux Gironde, gestes d’adaptation en ville, sylviculture régénérative).

Omnibus Ipsos pour Nous Sommes Vivants, août 2021, lu dans notre article Transition écologique : ce qui change dans les comportements des Français.

Questionnaire et matrice du Capacity Score : niveaux, récits associés, restauration et régénération, innovation de robustesse et innovation régénérative.

La Revue, « Vous connaissez la famille Régen’ ? », édition 2025 : le quotidien d’une famille composé des lauréats des Lauriers de la Régénération 2025.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Nous sommes vivants, le collectif de la transition écologique

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture