Universités d’Été de l’Économie de Demain : jusqu’où Impact France porte l’adaptation climatique ?

Universités d'Été de l'Économie de Demain 2026, Impact France, Cité Internationale Universitaire de Paris

Les rendez-vous d’entreprises de la rentrée 2026

La REF, l’université d’été du MEDEFClimate Week NYC 2026 (en anglais)Natexpo 2026Produrable 2026SIAL Paris 2026Le Forum Biodiversité & Économie de l’OFBLes Journées de l’économie autrement

La rentrée politique de l’écologie

Adaptation climatique : notre analyse des partis et des entreprises, sont-ils prêts ? →Le programme des ÉcologistesLe projet du Parti socialisteLe programme de GlucksmannLa comparaison Mélenchon-TondelierLe programme insoumis au Capacity ScoreFaut-il débrancher Jancovici ?Les Français entre résignation et colèreLe pape Léon XIV est-il écolo ?Édouard Philippe et l’adaptationFrançois Ruffin et le travaillisme écologique

L’écosystème de la régénération

Les acteurs de la régénération en Auvergne-Rhône-Alpes : le Regenerative Circle de LyonLa cartographie des acteurs de la régénération : 873 fiches

Ce que nous portons

Le livre blanc de la régénérationLa croissance à impact régénératifLe Made in France contributifVotre Capacity ScoreLe Business Model Régénératif

La demande que nous portons

Le manifeste du made in France contributif, remis le 12 juin 2026 aux ministères de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce, tient en deux lignes. Sur le produit : que la contribution se lise sur l’emballage, la rémunération de celui qui produit, la biodiversité, l’emploi maintenu sur le territoire, la qualité réelle du produit. Du côté de l’État : qu’il fixe comment elle se compte, qui la vérifie, et ce que vaut chaque niveau atteint dans la commande publique et dans les aides.

Lire le manifeste du made in France contributifLes cent produits qui le démontrentLa recherche-action triple profitabilitéLa chaîne de valeur régénérative

Jusqu’où Impact France porte-t-il l’adaptation climatique des entreprises ? Jusqu’à restaurer les écosystèmes, les filières et les territoires dont leur activité dépend : 60 % au Capacity Score, le niveau de la restauration, contre 30 % pour La REF du MEDEF la veille.

Ce que donne la lecture. Le Capacity Score évalue la capacité à tenir ses trajectoires RSE, innovation et business, et identifie les leviers d’action prioritaires. Le résultat est de 60 %, au niveau de la restauration. Appliqué au programme des Universités d’Été de l’Économie de Demain, du 28 août, il donne le leadership personnel à 67 %, l’intelligence écosystémique à 61 %, la chaîne de valeur localisée à 61 %, l’innovation produit à 50 %, les dynamiques humaines à 72 % et la gouvernance et le financement à 50 %. Sur les cinquante-quatre sessions qui portent un sujet, vingt-sept portent sur la restauration, dont trois qui préparent la régénération, dix-huit sur la réduction et neuf sur la limitation : réparer les écosystèmes, coordonner les filières, ancrer les modèles dans les territoires.

Ce qui ouvre le passage à la régénération. L’innovation produit est le levier de bascule vers la régénération, avec une gouvernance et un financement partagés avec le territoire ; tous deux sont faiblement représentés, à 50 %. La souveraineté, thème de l’édition, passe par là, et un made in France qui fait prospérer son territoire en est le pas suivant.

Trois constats ressortent.
  1. La souveraineté est une qualité : ce qu’on produit, comment et avec qui, l’exigence sociale et environnementale devenant l’avantage.
  2. La contribution au vivant s’exerce à côté de l’activité, décidée en gouvernance : la MAIF y affecte 10 % de son résultat net, Crédit Mutuel Alliance Fédérale 15 %, et c’est un acquis de la restauration.
  3. Le pas suivant fait de cette contribution une source de la marge, portée par ce que l’organisation vend et par une gouvernance partagée avec le territoire.


Les options d’adaptation de la France tiennent en quatre approches. Protéger l’activité : le MEDEF réunit l’ADEME, Bpifrance et l’assurabilité autour de la continuité. Planifier et doter : les Écologistes inscrivent sept milliards d’euros par an d’ici 2032 au plan national d’adaptation, La France insoumise planifie par l’État et la conscription écologique. Restaurer les écosystèmes : les forêts, les milieux aquatiques et les sols au Parti socialiste, dix-sept mesures pour la forêt à La France insoumise, un plan national de résilience des forêts et des Parlements de l’eau chez Glucksmann. Adapter l’offre : Impact France, qui vend l’usage, allonge la vie de la matière et réemploie. Les projets de gauche financent ces options par des financements publics — fonds de sécurité climatique mutualisé, fiscalité carbone progressive, livret d’épargne pour la transition locale, caisse de défaisance des dettes de conversion, garantie universelle d’assurance climatique —, et la part de la réparation portée par l’offre elle-même reste à écrire.

La saison des universités d’été. Fin août, la série de la rentrée a lu quatre prises de parole au même Capacity Score, quatre niveaux, six leviers : deux partis, puis deux mouvements d’entreprises, dont celle-ci. À la fin de l’été, elle en comptait sept, avec Glucksmann, le PS, La France insoumise et les Écologistes (la comparaison Mélenchon-Tondelier se lit ici), La REF, Impact France et le plan du Shift Project en repère ; la synthèse de la rentrée en tire la lecture d’ensemble. Elle s’est poursuivie à l’automne avec les rendez-vous d’entreprises, de SIAL Paris aux Rencontres de l’Économie Régénérative, à 63 %. Ce que nous lisons est un programme : ce qu’un mouvement met à l’ordre du jour, distinct de ce que ses membres pratiquent.

Le 28 août, en deux lignes. À la Cité Internationale Universitaire de Paris, Impact France a réuni les dirigeants pour la huitième édition des Universités d’Été de l’Économie de Demain, sur le thème « Independence Day ». Qui a parlé et leur thèse se lisent aux sections 2 et 1.

Qui nous sommes. Nous Sommes Vivants est une association et un collectif de consultants qui accompagnent les dirigeants, de la conformité à la régénération. Nous portons des outils, le Capacity Score, le Business Model Régénératif et nos Fresques, des formations certifiées et un réseau, réuni aux Lauriers de la Régénération.

Notre position. Un made in France régénératif fait plus qu’un made in France d’origine : les capacités des écosystèmes et des personnes s’en trouvent renforcées. Nous formulons quatre demandes : rendre obligatoires les scores gradués dans leur périmètre, faire connaître les labels qui attestent une contribution, ajouter au calcul européen les indicateurs qui disent ce qu’une production rend, et conditionner l’argent public à la contribution du produit.

Au sommaire

Ce que le 28 août a mis sur la table

1. Universités d’Été de l’Économie de Demain 2026 : l’adaptation climatique au cœur de la souveraineté
2. Qui a parlé le 28 août : l’État, les entreprises, les praticiens
3. Le programme des UED 2026 décline la souveraineté par domaine, et répond par des modèles économiques et une règle du jeu
4. La moitié du programme porte sur la restauration, et trois sessions préparent la régénération

Notre apport, et ce que nous proposons

5. De l’adaptation à la régénération : notre apport au débat
6. L’enjeu politique du made in France contributif
7. Rendre la contribution lisible sur le produit
8. Nos quatre demandes, et la chaîne de valeur qui les porte
9. La fin de l’été est celle de la protection ; la régénération commence par une voix et une part

Partie I · Ce que le 28 août a mis sur la table

Universités d'Été de l'Économie de Demain 2026 lues au Capacity Score : 60 %, le niveau de la restauration, avec le détail des six leviers
Les Universités d’Été de l’Économie de Demain 2026 au Capacity Score : 60 %, le niveau de la restauration, et ce qui ouvre le passage à la régénération.

1. Universités d’Été de l’Économie de Demain 2026 : l’adaptation climatique au cœur de la souveraineté

Au Capacity Score, l’estimation pour les Universités d’Été de l’Économie de Demain 2026 est de 60 % : le niveau de la restauration. Pour La REF, la veille, elle est de 30 % : la réduction des impacts. À une journée d’intervalle, deux mouvements d’entreprises ont traité la même question de souveraineté à un niveau d’écart. Ce que nous estimons, c’est chaque programme publié dans son ensemble.

Le profil est resserré, vingt-deux points entre le levier le plus haut et le plus bas, contre vingt-cinq à La REF : la doctrine est tenue d’un bout à l’autre de la journée. L’innovation produit, levier du passage au niveau suivant, est faiblement représentée, à 50 %, à égalité avec la gouvernance et le financement.

Lecture experte du programme publié : 70 entrées au programme du 28 août, dont 54 sessions portant un sujet. Estimation sur documents publics ; la méthode est détaillée dans la FAQ du Capacity Score.

Quatre rendez-vous en huit jours

Fin août, quatre rendez-vous se sont suivis en huit jours. Marine Tondelier a ouvert à Grenoble le 21, Jean-Luc Mélenchon a clos les AMFIS dans la Drôme le 23 avec un discours consacré à l’écologie (la comparaison Mélenchon-Tondelier). Les mouvements d’entreprises ont suivi : le MEDEF a tenu La REF les 26 et 27 au stade Roland-Garros, sous le thème du Courage ; Impact France a tenu les Universités d’Été le 28 à la Cité Internationale Universitaire, sous le thème Independence Day. Plus de 13 000 participants à La REF en 2025, plus de 5 000 dirigeants attendus aux UED : les ordres de grandeur diffèrent, le sujet est le même, la souveraineté.

Impact France revendique le contraste, et le formule en ouverture : une partie du patronat érige la baisse des impôts en horizon unique du prochain quinquennat, et la journée se tient au lendemain de La REF. Deux réponses opposées à la même question, à vingt-quatre heures d’intervalle. Le plan du Shift Project de Jean-Marc Jancovici, lu au même Capacity Score et estimé à 25 %, sert de repère sur l’atténuation.

Deux patronats, deux questions

Les deux organisations posent la souveraineté autrement : la production d’un côté, la qualité de ce que l’on produit de l’autre. Le MEDEF situe son édition à moins d’un an des élections présidentielle et législatives et pose sa question ainsi : sommes-nous prêts à assumer les efforts nécessaires pour rester une nation libre, prospère et solidaire ? Le courage y est celui de produire, d’investir, de travailler, de former et de réformer. La REF pose la souveraineté en production : produire davantage, à des coûts compétitifs, en allégeant ce qui pèse sur la production — la charge normative, le coût du travail, la fiscalité de production (MEDEF, présentation de La REF 2026).

Impact France, qui se présente comme la première organisation patronale française d’intérêt commun, pose sa question autrement : dans un monde marqué par les dépendances, les fractures et les instabilités, sur quoi souhaitons-nous reprendre la main ? Créer, produire, investir ou transmettre dépend chaque jour davantage de contraintes extérieures, et les dirigeants ont un rôle central pour reconstruire les conditions de notre indépendance. Impact France la pose en qualité : ce qu’on produit, comment et avec qui, l’exigence sociale et environnementale devenant l’avantage (ued.eco).

Ce qui distingue la journée du 28

La REF met en avant l’effort et la réforme, les Universités d’Été la qualité et l’intérêt commun. La journée s’inscrivait dans la perspective des débats présidentiels de 2027, avec des espaces destinés à confronter les visions ; elle nourrit le programme présidentiel du mouvement, dont le dévoilement est annoncé pour novembre 2026.

Les leviers du mouvement

Au-delà de ses 30 000 adhérents, le mouvement dispose de trois leviers.

  • L’Impact Score — référentiel de mesure construit par et pour les dirigeants, qui outille la progression d’une organisation.
  • Sept communautés de chefs d’entreprise — innovation, énergie, finance, ESS, accompagnateurs, territoires, agri-alim, cette dernière réunissant une centaine de dirigeants présents sur toute la chaîne de valeur. L’ambition, réaffirmée lors de la reconduction de la coprésidence en avril 2026 : 100 000 entreprises et une reconnaissance patronale pleine à l’horizon 2029 (impactfrance.eco).
  • Une activité soutenue de plaidoyer — positions récentes sur la loi fast fashion, SFDR 2.0 et l’Industrial Accelerator Act.

La coprésidence : ce que chacun porte

Julia Faure, cofondatrice de Loom, marque de vêtements durables qui publie ses coûts de production et refuse les soldes. Sa thèse : la France perd la bataille du prix face aux pays à bas coûts, et sa force tient à ses normes sociales et environnementales, à condition qu’elles cessent d’être un désavantage compétitif. Son levier est la règle : bonus-malus sur les produits, éco-contributions modulées, loi contre la fast fashion adoptée en juin 2026, protectionnisme normatif aux frontières européennes. Elle a ouvert la journée sur ce raisonnement et intervenait l’après-midi au grand débat « Produire ou subir », aux côtés de Raphaël Glucksmann et de Gilles Attaf pour Origine France Garantie.

Pascal Demurger, directeur général de la MAIF. Le groupe a créé en 2023 un dividende écologique de 10 % du résultat net, orienté vers la régénération de la biodiversité et la solidarité climatique envers ses sociétaires. Au titre de 2025, il atteint 18,3 millions d’euros, dont près de 11 millions vers des projets de biodiversité, avec le Fonds MAIF pour le vivant et un suivi d’impact annoncé jusqu’en 2050. La MAIF est une mutuelle sans actionnaires, société à mission depuis 2020. C’est à son mouvement que l’on doit la conditionnalité du bilan carbone pour accéder aux 54 milliards de France 2030.

Un second mécanisme du même ordre a été annoncé à ces Universités d’Été. Impact France lance avec le Crédit Mutuel une coalition autour du Dividende Sociétal — 15 % du résultat net de Crédit Mutuel Alliance Fédérale depuis janvier 2023 —, avec l’objectif d’un appel collectif de cent dirigeants en 2027.

Deux mutuelles, 10 % et 15 %, une même décision : affecter une part du résultat à des projets d’intérêt général. C’est une contribution posée à côté de l’activité, décidée en gouvernance : elle relève déjà de la restauration, et c’est un acquis. Le pas suivant fait de la contribution au vivant une source de la marge, portée par ce que l’organisation vend et par une gouvernance partagée avec le territoire. Deux leviers, donc, tenus à hauteur de dirigeant : la règle du marché d’un côté, l’affectation du résultat de l’autre.

Leur thèse, posée en 2025

Leur manifeste de l’an dernier, #MakeTheFutureGreatAgain, en donne la formule (Impact France, août 2025) : un modèle de compétitivité fondé sur la qualité environnementale, sociale et sanitaire des entreprises, un droit juste qui refuse la loi du plus fort, une énergie décarbonée et la capacité à innover. Le raisonnement est économique : face à des importations qui transfèrent leurs coûts à la collectivité, l’exigence devient un actif dès lors que la concurrence est loyale.

Cette thèse s’accompagne d’un plaidoyer constant :

  • L’éco-conditionnalité des aides publiques, défendue dès 2021 lors des débats de la loi Climat.
  • Un Index d’impact publié chaque année et connu des consommateurs.
  • La loi contre la fast fashion, adoptée en juin 2026, dont il estime que le gouvernement doit transformer l’essai.
  • SFDR 2.0 et une finance de transition qui reste crédible.
  • Un critère d’origine renforcé dans sa portée industrielle et territoriale : sa note de juin 2026 sur l’Industrial Accelerator Act met en garde contre un Made in Europe de façade, où des produits de pays tiers seraient considérés comme européens sans contribution industrielle réelle au territoire.

L’édition 2025 avait produit un manifeste et deux rapports le jour même (Impact France, 29 août 2025). Le rapport Territoires en tirait deux recommandations qui touchent notre sujet : harmoniser les référentiels autour de la performance économique, sociale et environnementale ; réorienter la commande publique — 14 % du PIB français — vers des critères de proximité et d’impact, en équilibrant le poids du prix.

Leur programme pour 2026

Trois focus ont déployé cette thèse le 28 août (ued.eco). L’Université des Territoires de Demain part du principe qu’une économie plus indépendante se construit au niveau local, et cherche l’alignement entre collectivités et acteurs économiques sur l’immobilier, l’énergie, la mobilité et l’aménagement. L’Université de la Finance de Demain rassemble fonds, banques, sociétés de gestion et financeurs publics et privés pour soutenir l’économie réelle européenne. L’Université de l’Alimentation de Demain, nouvelle cette année, réunit pour la première fois agriculteurs, industriels et distributeurs aux côtés d’acteurs politiques, pour explorer les conditions d’une souveraineté alimentaire juste.

S’y ajoutent quatre assemblées Road to 2027, où les adhérents transforment leur expérience en propositions pour le débat présidentiel — le travail, les compétences, la qualité comme avantage compétitif, l’intelligence artificielle comme levier de souveraineté — et une coalition de réseaux de l’économie circulaire qui arrête trois mesures prioritaires. L’assemblée sur la qualité touche le plus directement notre sujet : rétablir une concurrence loyale face aux importations, en tenant ensemble les qualités sociale, sanitaire et environnementale. Ces assemblées nourrissent le programme présidentiel annoncé pour novembre 2026 : la fenêtre de rédaction court jusqu’à l’automne.

Pourquoi « Independence Day » : ce qui a changé en douze mois

Trois faits datés éclairent ce changement de thème.

Le périmètre de la conformité s’est resserré. La directive Omnibus I, entrée en vigueur le 18 mars 2026, relève les seuils d’assujettissement à la CSRD à 1 000 salariés et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires net, critères devenus cumulatifs : le nombre d’entreprises directement soumises passe d’environ 50 000 à environ 10 000 dans l’Union. Le second étage a été posé le 3 juillet 2026 avec la révision des ESRS, applicables aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027 (notre dossier Tendances RSE 2027).

La pression du low-cost a continué de fragiliser des filières entières. Le mouvement a soutenu la loi contre la fast fashion, adoptée en juin 2026. Nous avons documenté l’écart entre freiner les ventes des acteurs les plus agressifs et faire progresser celles des marques les plus responsables (notre analyse du dossier Shein).

L’opinion a bougé pendant l’été. Après les canicules, la préoccupation pour l’environnement atteint 32 % en juillet 2026, en hausse de 12 points par rapport à juin, en quatrième position derrière le pouvoir d’achat (47 %), l’avenir du système social (39 %) et la délinquance (34 %) — baromètre Ipsos bva-CESI pour La Tribune Dimanche. Une enquête Norstat présentée au World Impact Summit 2026 converge : 73 % des Français estiment qu’écologie et économie doivent être pensées conjointement.


2. Qui a parlé le 28 août : l’État, les entreprises, les praticiens

Trois familles d’intervenants se sont croisées, et leur composition dit déjà quelque chose de la journée. L’État est venu avec cinq représentants et une agence : le sujet est passé du plaidoyer à la décision publique. Les entreprises sont venues avec des dirigeants qui ont transformé leur offre, plutôt qu’avec des directions de la durabilité : le sujet se situe dans la fonction qui conçoit ce qui se vend. Les praticiens ont apporté les méthodes : le chiffrage des coûts reportés, la contractualisation de filière, la certification. Chacun agit depuis une posture, et nous en distinguons quatre : le garde-fou, l’optimisateur, l’architecte et le jardinier. Le garde-fou pose la limite, l’optimisateur allège le flux, l’architecte redessine le système, le jardinier fait prospérer le territoire. Nous les signalons au fil des niveaux.

L’État. Roland Lescure a ouvert la journée ; Sébastien Martin siégeait au débat sur le sol au titre de l’Industrie, David Amiel sur le financement du modèle social, Serge Papin au débat consacré à l’économie sociale et solidaire ; une conseillère de l’Élysée a rencontré le cercle Innovation. L’Ademe était présente par Baptiste Perrissin Fabert sur l’économie de la fonctionnalité. L’agence a tenu en mars 2026 un point presse au constat net : la logique de volume a atteint ses limites, et les externalités négatives menacent les équilibres écologiques comme la souveraineté économique et la pérennité même des organisations.

Les entreprises. Julia Faure, coprésidente et cofondatrice de Loom, a ouvert la journée sur une thèse constante : un pays privé du rapport de force américain comme des prix asiatiques garde une force propre, celle de ses normes sociales et environnementales. Raphaëlle Archambeaud-Sicot intervenait pour le groupe L’Occitane sur les achats locaux, Christophe Barnouin pour Ecotone sur la souveraineté alimentaire, Henri Godron pour Biocoop au débat sur le vrai coût.

Les praticiens. Christophe Alliot est venu pour le BASIC, qui établit les liens entre les modèles économiques dominants et leurs impacts sociaux, sanitaires et écologiques. Julie Stoll représentait Commerce Équitable France, dont elle décrit l’effet en deux temps : la contractualisation organise le partage du risque, et les collectifs rééquilibrent le rapport de force entre le paysan et l’industrie agroalimentaire. Thomas Breuzard intervenait pour norsys et B Lab France, Yannick Servant pour la Convention des Entreprises pour le Climat.

La séquence politique. Édouard Philippe, François Hollande, Gabriel Attal, François Ruffin, Marine Tondelier, Roland Lescure, Xavier Bertrand et Raphaël Glucksmann y ont pris la parole.

3. Le programme des UED 2026 décline la souveraineté par domaine, et répond par des modèles économiques et une règle du jeu

Nous avons lu le programme en entier : soixante-dix entrées, dont cinquante-quatre sessions portant un sujet ; les rencontres de networking, les cercles d’adhérents, les forums partenaires, l’introduction et la clôture forment le reste. Deux constats ressortent, sur les thèmes et sur les réponses.

Par pilier d’impact, deux fois plus de sessions portent sur le social et l’économie que sur l’environnement et le territoire. L’environnement dispose de moins de créneaux, comme le territoire, où les trois piliers se rejoignent : les ressources, l’eau, le sol et l’aménagement ont leurs sessions, et les trois piliers et le territoire se rejoignent dans une seule, « Le vrai coût de l’alimentation ».

Les thèmes : une souveraineté déclinée par domaine

Le sol, l’énergie, le numérique, l’alimentation, le soin, l’intelligence artificielle : chaque domaine a sa session, et chacune traite sa propre sécurisation. Le sol y est posé comme ressource indispensable à la production et à la souveraineté économique, l’énergie comme dépendance à réduire, les données comme actif à héberger chez soi. Relier ces sécurisations est le prochain chantier : l’eau qui manque à une usine et le sol qui s’appauvrit relèvent des mêmes écosystèmes.

Un déséquilibre s’y lit. La biodiversité figure dans une étiquette thématique partagée avec les ressources et le climat, et attend sa session propre. L’eau a la sienne, portée par Orée ; le sol aussi, comme facteur de production. Le financement de l’entreprise occupe une place large — exit à impact, fondations actionnaires, mécénat, accès au capital, sortie du fossile, financement des modèles agricoles : le financement de l’activité dispose de plus de créneaux que les écosystèmes dont elle dépend.

Les réponses : des modèles économiques, et une règle du jeu

Des modèles économiques. L’économie de la fonctionnalité a son grand débat, posée comme la solution à nos dépendances. L’économie circulaire dispose de sa coalition de plaidoyer. L’économie sociale et solidaire occupe quatre créneaux, dont un débat qui demande si elle est une arme de souveraineté délaissée. Les fondations actionnaires, qui relèvent de la propriété plutôt que du modèle, proposent d’inscrire la finalité dans le capital.

Une règle du jeu. Rétablir une concurrence loyale face aux importations qui transfèrent leurs coûts à la collectivité, réorienter la commande publique, encadrer les allégations environnementales sous la directive ECGT, sécuriser les standards sanitaires : c’est le levier que le mouvement porte le plus constamment.

4. La moitié du programme porte sur la restauration, et trois sessions préparent la régénération

Nous avons situé les sessions du 28 août sur les quatre niveaux du Capacity Score — limiter, réduire, restaurer, régénérer — à partir de ce que leurs descriptifs annoncent. Pour chaque niveau : ce que la souveraineté y signifie, les thèmes qui s’y rattachent, ce que les intervenants y apportent, et la posture de dirigeant que ce niveau appelle.

Une entreprise qui intervient dans une session située à la réduction peut être elle-même bien plus avancée : ce classement porte sur le sujet mis à l’ordre du jour ; ceux qui viennent en parler sont nommés pour leurs prises de parole.

NiveauCe que la souveraineté y signifieCe que le niveau produitCombien de temps cela tient
N1 · LimiterSécuriser l’accès et tenir le cadreUn cadre respecté, un accès garantiLe temps que la règle et le fournisseur tiennent
N2 · RéduireDécarboner, substituer, relocaliserUn flux allégé et déplacéPlus longtemps : l’exposition diminue
N3 · RestaurerRéparer les écosystèmes, coordonner la filièreUn écosystème réparé, une filière coordonnéeTant que la réparation suit la dégradation
N4 · RégénérerL’activité fait prospérer le territoire et ses habitantsDes êtres vivants dont les capacités s’élèventPlus longtemps encore : le point de départ remonte chaque année
Quatre postures de dirigeant : le garde-fou, l'optimisateur, l'architecte, le jardinier, avec leur changement de regard.
Les quatre postures de dirigeant que le Capacity Score distingue, et ce que chacune change dans le regard porté sur le vivant.

N1 · Limiter — se conformer et sécuriser l’accès

Imaginaire social : sobriété · Posture : le garde-fou · Récit : tenir et sécuriser.

Les thèmes. L’accès aux ressources indispensables et l’absorption des chocs, les règles du commerce international, la maîtrise des données et de l’hébergement, la solidité des normes sanitaires, le cadre des allégations environnementales.

Ce que les intervenants y apportent. L’atelier sur la directive ECGT réunit B Lab et 1% for the Planet avec trois marques — Tikamoon, Les Artistes, Aigle : des porteurs de standards face à une contrainte juridique nouvelle sur l’usage des logos et des labels. Le débat sur les standards sanitaires met deux industriels face à un collectif de transparence, sur les seuils davantage que sur les principes.

Les sessions de ce niveau portent la posture du garde-fou : comment tenir face aux polycrises, en gardant le modèle tel qu’il est. Elles mettent à l’ordre du jour la sécurisation de l’existant.

N2 · Réduire — alléger le flux et les dépendances

Imaginaire social : décroissance · Posture : l’optimisateur · Récit : renoncer pour préserver.

Les thèmes. Le coût de la décarbonation industrielle et sa répartition entre industriels, pouvoirs publics, financeurs et consommateurs ; la fin de la dépendance aux fossiles ; la réallocation de l’épargne ; le sourcing régional, les circuits courts industriels et les relocalisations ; la vente de l’usage ; l’économie circulaire, qui relève de ce niveau dans notre lecture des modèles économiques responsables.

Ce que les intervenants y apportent. Sur la décarbonation, l’industrie lourde, la solution technique et l’ETI agroalimentaire se répondent sur le prix de la tonne évitée et sur qui l’absorbe. Sur la finance, Reclaim Finance et l’Institut de la Finance Durable occupent deux positions publiquement opposées sur le rythme de sortie du fossile. La coalition circulaire, animée par Circulab, produit trois mesures prioritaires pour 2027 : le format le plus opérationnel de la journée. Sur l’économie de la fonctionnalité, l’Ademe apporte le cadre public, et quatre entreprises qui en ont fait leur modèle dès la conception — Lunii, Mob-Ion, Lib et Lou, Transitions_2050 — apportent le vécu du financement et de la relation client.

Les sessions de ce niveau mettent à l’ordre du jour la posture de l’optimisateur : réduire les impacts en maintenant le modèle, et répartir le prix de la tonne évitée.

N3 · Restaurer — réparer les écosystèmes et coordonner la filière

Imaginaire social : adaptation · Posture : l’architecte · Récit : réparer pour que ça tienne.

C’est le niveau de l’adaptation. Réparer les écosystèmes dont l’activité dépend, c’est la réponse que la situation appelle après un été de canicules et d’incendies, et c’est celle que le programme travaille le plus.

Les thèmes. C’est le niveau le plus fourni de la journée. La crise territoriale y est posée comme une crise d’habitabilité — logements accessibles, coûts de mobilité, fatigue des infrastructures — avec des modèles de développement qui intègrent la gestion des ressources et le respect des limites écologiques. S’y ajoutent l’ancrage territorial des modèles d’entreprise, les dépendances à l’eau, le vrai coût de l’alimentation, la gouvernance partagée et les alliances entre concurrents. L’économie sociale et solidaire y occupe quatre créneaux.

Ce que les intervenants y apportent. Le grand débat « Territoires et entreprises sur le front de l’adaptation » réunit Serfim, Dalkia et Keolis aux côtés d’Agnès Pannier-Runacher : travaux, énergie, mobilité, trois façons dont un territoire continue ou cesse d’accueillir une activité. Sur l’eau, la session portée par Orée réunit un agroalimentaire, un constructeur, un opérateur d’eau et un paysagiste : toute la chaîne d’un même cycle. Sur le vrai coût de l’alimentation, le BASIC, Biocoop, le groupe Bel et Sweep occupent quatre positions sur qui paie.

Les sessions de ce niveau mettent à l’ordre du jour la posture de l’architecte, la plus représentée de la journée : reconnaître la dépendance au vivant et adapter le modèle pour réparer les écosystèmes dont l’activité dépend.

Ce qui prépare la régénération

Trois sessions préparent le quatrième niveau. Imaginaire social : régénération · Posture : le jardinier · Récit : contribuer.

Les thèmes. Les mécanismes qui sécurisent ensemble la demande, le revenu, l’accès à la qualité et la coopération entre maillons ; la qualité sociale, sanitaire et environnementale comme socle de compétitivité ; la finalité inscrite dans la propriété.

Ce que les intervenants y apportent. Sur les mécanismes de filière, Commerce Équitable France apporte le contrat, les Fermes de Chassagne l’amont et Belco l’importation de café. Sur la qualité comme avantage compétitif, Charlotte Emlinger pour le CEPII apporte l’analyse économique de la concurrence déloyale, Maud Sarda pour Label Emmaüs le réemploi, ING France le financeur. Sur les fondations actionnaires, Prophil apporte la doctrine, et deux dirigeants — KS Groupe et Adam — leur passage à l’acte. Léa Nature, 525 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025 et Laurier du Modèle Économique Régénératif 2026, a fait ce chemin : capital transmis à une fondation actionnaire, entreprise incessible, dividendes affectés à l’intérêt général.

Chacune travaille une pièce du modèle. Commerce Équitable France et Belco portent le mécanisme de prix qui rend la contribution finançable, les Fermes de Chassagne la conduite à l’amont, Léa Nature la propriété de l’entreprise. Réunies, ces pièces dessinent une activité dont la rentabilité vient de ce qu’elle fait prospérer ; leur convergence est le chantier ouvert.

Ces trois sessions préparent la posture du jardinier, avec sa question : d’où vient le profit, et l’état des écosystèmes et des personnes commande-t-il le résultat ? La tenir de bout en bout est le pas suivant.

Ce que cette lecture établit

Premier résultat : la moitié de l’ordre du jour porte sur la restauration. Sur les cinquante-quatre sessions, vingt-sept portent sur la restauration, dont trois qui préparent la régénération ; dix-huit sur la réduction et neuf sur la limitation. La régénération reste devant : elle est visée, et la session qui la porte de bout en bout reste à programmer.

L’estimation par leviers, elle, est de 60 %, au centre du niveau de la restauration. Les deux lectures se complètent : l’une dit de quoi parle le programme, l’autre comment il se tient sur les questions des six leviers.

Deuxième résultat : les postures de dirigeant suivent le même mouvement. Les sessions du premier niveau mettent à l’ordre du jour la posture du garde-fou, celles du deuxième l’optimisateur, celles du troisième l’architecte — la plus représentée de la journée —, et trois sessions préparent le jardinier.

Troisième résultat : les écosystèmes avancent plus vite que ce qui les finance. Ils sont travaillés à la restauration, quand les modèles économiques mis en avant y arrivent inégalement : l’économie circulaire allège un flux et l’économie de la fonctionnalité vend un usage, à la réduction ; l’économie sociale et solidaire atteint la restauration par sa gouvernance démocratique. Le lien aux écosystèmes et à leurs habitants, humains et non humains, est ce qui ferait monter chacun d’un niveau.

Deux détails du programme le montrent. La biodiversité étiquette neuf sessions, et entre une fois dans un titre ou un chapeau, par l’éclairage liminaire de Jean Guiony sur le passage du foncier aux sols vivants. Une seule session relie les trois piliers et le territoire dans une même chaîne : « Le vrai coût de l’alimentation » connecte sols, eau, santé, revenus agricoles et prix. Elle les relie par le coût reporté, ce qui la tient à la restauration ; les relier par ce qui se gagne appartient au niveau suivant.

Le territoire est l’échelle où le triple impact devient un seul compte. Une eau protégée à la source est un même fait, environnemental et social : le producteur payé conduit ses terres autrement, la terre tient, l’eau reste. Un seul mécanisme, trois résultats. Le programme y coordonne et y contractualise ; le pas suivant fait financer par la vente ce que l’amont entretient.

La lecture par leviers désigne ce qui commande la journée. Le leadership, l’intelligence écosystémique, la chaîne de valeur et les dynamiques humaines atteignent la restauration ; l’innovation produit et la gouvernance y sont faiblement représentées. Les deux sont à 50 %, et se lisent ensemble : l’innovation produit est le levier pivot du passage à la régénération, et la gouvernance et son financement le font tenir. Une offre conçue depuis un territoire tient si elle est décidée et financée avec lui. Le programme sait allonger l’horizon de l’argent et discuter de sa destination ; concevoir l’offre depuis le territoire et rendre sa contribution lisible est la marge disponible.

Reste la question posée en ouverture : sur quoi reprendre la main ? Le programme du 28 août répond en sécurisant les accès et en réparant les écosystèmes. Cette réponse tient aussi longtemps que les écosystèmes tiennent, et l’été a montré qu’ils peuvent céder. La seconde partie de cet article dit ce qui fait passer à la régénération.

Où en êtes-vous vraiment sur la trajectoire de la régénération ?

Le Capacity Score évalue votre capacité à tenir vos trajectoires RSE, innovation et business en 2027, et identifie vos leviers d’action prioritaires. 38 questions · un rapport que vous pouvez partager en comité · résultats immédiats. Pressé ? La version flash, en 10 minutes, donne le score et les six leviers.

Faire mon diagnostic · 38 questions

Partie II · Notre apport, et ce que nous proposons

5. De l’adaptation à la régénération : notre apport au débat

Régénérer, c’est donner au vivant les ressources dont il a besoin pour augmenter ses capacités — de la matière organique à un sol, du temps à un arbre, un prix qui tient à celui qui le conduit. Un écosystème sort alors de chaque cycle plus capable qu’il n’y est entré : plus d’eau retenue, plus de sol, plus d’espèces. La restauration ramène à l’état d’avant ; la régénération élève le point de départ à chaque cycle (notre dossier sur l’arbre déplie les définitions).

Les quatre niveaux sont quatre rapports au vivant, plus que des degrés de vertu. On se met en règle, on réduit sa pression, on répare ce qu’on a abîmé, ou l’on donne au territoire de quoi faire davantage qu’avant. Chacun suppose le précédent tenu.

Le passage au dernier s’ouvre par l’innovation produit, et tient par la gouvernance et le financement. Une offre conçue depuis le potentiel d’un territoire change la source du profit : la contribution devient un revenu. Une gouvernance qui associe ceux qui habitent le territoire et un financement partagé avec eux font tenir ce déplacement dans la durée. C’est ce que le Business Model Régénératif travaille, en cinq ateliers.

Le programme du 28 août travaille les trois premières ambitions : sécuriser un accès, réduire une exposition, réparer un écosystème. Toutes trois sont nécessaires, et connaître ses dépendances est le premier pas de toute trajectoire. Elles partagent une limite : elles protègent l’activité en gardant la même source de profit, et la dépense pour les écosystèmes et les personnes y reste une charge à défendre à chaque exercice.

Tenir, ou faire prospérer dans des liens mutuellement bénéfiques

Restaurer, c’est réparer pour ramener à un état antérieur qui fonctionnait — donc, dans un climat qui a changé, s’adapter. C’est un aboutissement stratégique légitime, et la plupart des organisations se situent entre réduire et restaurer.

La régénération prolonge les trois premières ambitions. Réparer un écosystème se décide en interne ; contribuer suppose que l’organisation entière s’y engage : une offre qui porte la contribution, un acheteur qui peut la voir et la payer, une gouvernance et un financement partagés avec le territoire. C’est la formule à laquelle nous sommes arrivés avec Olivier Hamant : la robustesse est la condition, la régénération est la direction.

La forêt en donne l’exemple le plus net. Une entreprise qui sécurise son bois achète certifié, trace ses parcelles, contractualise avec un fournisseur. L’année suivante, la sécheresse ou les scolytes ont dégradé la ressource, et l’arbitrage recommence à un niveau inférieur. Une entreprise qui fait conduire son massif autrement — prélèvement tige à tige, vieux arbres et bois mort laissés sur place, mélange d’essences — paie une conduite qui rend le peuplement plus capable après le passage qu’avant, et son point de départ remonte à chaque rotation. C’est la sylviculture régénérative : prélever en gardant les cycles qui produisent la ressource, et rémunérer cette conduite par ce qu’on vend.

Le produit vendu fait tenir la boucle. Une table en chêne régénérative tient en quatre maillons : une parcelle qu’on peut nommer, un cahier des charges qui dit comment on la conduit, une conception qui traduit cette conduite en choix techniques — massif, assemblage sans colle, démontable, épaisseurs qui permettent le reponçage —, et une étiquette qui le dit au client et permet de le rémunérer. Chaque maillon compte : le lieu évite de compenser, le cahier des charges engage, la conception respecte ce que la forêt peut donner, l’étiquette fait payer ce que le premier arbitrage supprimerait.

Plus l’entreprise vend, plus le milieu et les gens qui y habitent se renforcent.

À deux conditions : que l’entreprise ait d’abord réduit ses impacts négatifs, et que ce qu’elle vend réponde à un besoin réel.

La Gironde a montré ce que coûte l’écart. En juillet 2026, 14 500 entreprises y ont été évacuées, 13 000 se sont arrêtées, et plus de 130 000 salariés ont été empêchés de travailler ; le tourisme y pèse 7 % du PIB départemental, avec 80 % du chiffre d’affaires réalisé l’été. Ces entreprises produisaient en France, dans leur territoire, avec leurs salariés : leur activité dépendait d’un territoire dont la robustesse se joue à plusieurs. La CCI Bordeaux Gironde en a tiré une conclusion : il va falloir revoir tout le modèle économique.

La viabilité d’un modèle repose sur une capacité collective à maintenir des écosystèmes fonctionnels. Une souveraineté qui repose sur des écosystèmes laissés à eux-mêmes a une date de péremption. Cela vaut pour ce qui se cultive, se fabrique et se transmet ici ; les dépendances critiques — énergie, données, métaux — relèvent de la sécurisation, nécessaire et préalable.

Reste à ce que la contribution soit payée. Invisible pour l’acheteur, elle reste au bilan et se rediscute à chaque exercice difficile. Payée, elle change de nature : le prix payé à l’amont finance la conduite, la conduite rend les sols plus vivants, et ces sols donnent une matière singulière. Ce prix se tient de deux façons, souvent ensemble : la survaleur, quand l’acheteur reconnaît ce qu’il finance, et la suppression des surmarges de précaution entre les maillons, quand des contrats longs installent la confiance — le prix en rayon peut alors rester proche de celui du produit ordinaire. Environnementale, sociale, économique : les trois profitabilités se renforcent l’une l’autre, c’est la triple profitabilité. La question de l’affichage en est la conséquence directe.

Un dernier point sépare la contribution de l’équilibre. Traiter les dépendances à l’eau, le sol comme première ressource et le vrai coût de l’alimentation revient à poser que les capitaux se complètent sans se substituer : aucune valeur financière ne compense la destruction d’un écosystème. C’est la soutenabilité forte, que la double matérialité de la CSRD inscrit dans le droit. Réduire ses impacts minimise ; équilibrer les trois dimensions compense d’une colonne à l’autre ; régénérer fait de la contribution une source de valeur.

Un made in France régénératif : le temps, la chaîne, la France

Le temps : court et long sont les deux horizons d’une même transformation, et ils se planifient. Un cahier des charges, un contrat d’approvisionnement, une gamme à renouveler : la même décision produit un résultat cette année et une capacité dans dix ans. Entre les deux, un produit de transition tient l’économie pendant que la nouvelle chaîne de valeur se construit, ce que structure le Business Model Régénératif sur trois horizons. Un lait dont le prix se construit à partir du revenu du producteur sécurise une collecte dès le premier contrat et fait progresser les ventes la même année (C’est qui le Patron ?! au Capacity Score).

La chaîne : une part de ce que nous consommons vient d’ailleurs et continuera d’en venir — le café, le cacao, le coton. Un torréfacteur français dépend de la prospérité de ses coopératives productrices autant que celles-ci dépendent de son débouché. Renforcer ce lien sert la souveraineté : une matière qui existera encore, un fournisseur qui tient, un prix stable. L’indépendance se gagne en rendant les liens plus solides.

La France : c’est là que la chaîne se lit d’un bout à l’autre. Dans l’alimentation en premier lieu, ce qui se cultive ici se vend ici : le cahier des charges du champ se lit sur l’étiquette du rayon, et la valeur créée reste attribuable à ceux qui la produisent. La souveraineté s’y joue sur les trois piliers : des sols qui se refont ici, des emplois et des revenus qui tiennent ici, une valeur qui reste ici. La question porte sur la lisibilité d’une chaîne, plus que sur la fermeture d’un marché.

Un made in France régénératif fait plus qu’un made in France d’origine : des sols qui produisent davantage, des producteurs qui vivent de leur travail, des savoir-faire qui se transmettent. C’est ce que formalise le cadre du made in France régénératif.

Les modèles que la journée convoque limitent l’équation du volume — la matière pour l’économie circulaire, l’usage pour l’économie de la fonctionnalité, la finalité et la gouvernance pour l’économie sociale et solidaire (notre lecture des modèles économiques responsables les situe un à un). Le modèle économique régénératif déplace la question : aux trois premiers niveaux, la dépense pour les écosystèmes et les personnes se justifie ; au quatrième, le territoire et ses habitants, humains et non humains, prospèrent grâce à l’activité, et la rentabilité vient de là. Tout l’écart entre faire du bien en faisant du profit, et tirer son profit du bien que l’on fait.

Le modèle économique régénératif, et ce qui le documente

Depuis 2024, près de cent produits et services ont été primés aux Lauriers de la Régénération dans 21 secteurs, dont 38 pour la seule édition 2026, et sept d’entre eux portent la certification Regenerative Organic, qui réunit santé des sols, bien-être animal et juste rémunération sur l’étiquette. Tous sont en vente.

Le lait, au niveau de la régénération. C’est qui le Patron ?! montre le mécanisme : un prix construit à partir du revenu vital du producteur, voté par 7 365 votants parmi ses 16 270 sociétaires, inscrit dans un contrat de cinq ans et certifié par un tiers. Un seul mécanisme produit les trois impacts : 0,59 € le litre garanti sur 90 élevages, zéro résidu de pesticide, 126 millions d’euros de chiffre d’affaires en hausse de 11,8 % pendant que le marché du lait bio reculait de 5 %. La brique de lait bio est vendue 1,47 € le litre, dont 0,59 € reviennent à l’éleveur : un prix voté, certifié chaque mois par Bureau Veritas, et fixé pour la durée du contrat.

Ce cas et les lauréats des Lauriers montrent que des produits qui contribuent aux écosystèmes et aux personnes se vendent et que les modèles tiennent. Établir la part de la marge attribuable au développement de leur capital naturel et social est l’objet de notre recherche-action sur la triple profitabilité. Reste à comprendre pourquoi ce modèle progresse lentement : la réponse est financière, et politique.

6. L’enjeu politique du made in France contributif

Le plaidoyer d’Impact France, et ses trois piliers

Le mouvement a publié le 28 août une tribune qui fixe le cadre de la journée, en trois piliers. Signée par Julia Faure et Pascal Demurger avec les administrateurs, elle appelle à bâtir une économie des nouvelles sécurités, où la protection écologique, sanitaire et sociale devient le socle de la compétitivité et de la souveraineté.

Le premier pilier porte sur les ressources : assurer la capacité des territoires à garantir durablement l’accès aux ressources dont ils dépendent, en veillant à leur préservation sur place. On entretient un écosystème pour continuer à s’y approvisionner : c’est réparer une dépendance.

Le deuxième porte sur les prix : lever le voile sur la facture réelle du low-cost, et récompenser l’engagement des entreprises dans un haut niveau de qualité. Retirer un avantage indu au moins-disant rétablit une équité de concurrence.

Le troisième porte sur le financement : décupler les financements de la transition. Allonger l’horizon de l’argent est nécessaire ; ce que l’argent finance est la question suivante.

Les trois recouvrent les trois universités thématiques — les territoires, l’alimentation, la finance — et vont de la réduction à la restauration : sécuriser l’accès aux ressources répare une dépendance, rétablir une concurrence loyale et allonger l’horizon de l’argent protègent l’activité. La contribution portée par l’organisation et par ce qu’elle vend est le pas suivant.

La tribune est cosignée par Estelle Brachlianoff (Veolia), Daniel Baal (Crédit Mutuel), Catherine Touvrey (Harmonie Mutuelle), Adrien Geiger (L’Occitane en Provence), Anne-Sophie Carrier (Bel France), Henri Godron (Biocoop) et Lucie Basch. Le programme présidentiel du mouvement est annoncé pour novembre 2026 : le cadre est arrêté, les mesures restent ouvertes.

Ce que l’argent de tous construit

Le vivant est le socle de toute continuité, plus qu’un décor, une externalité ou un poste de coûts. Une question traverse dès lors ces débats, celle de la justice fiscale comme celle de la fin des chèques en blanc : quel est le sens de l’effort collectif si l’argent de tous sert à construire une économie qui profite à quelques-uns ? Dans un contexte de restrictions budgétaires, la fiscalité devient un point de cristallisation, parce que l’équité perçue du système est en cause. Quand la finalité collective de l’impôt devient illisible, le consentement s’érode, et avec lui la capacité démocratique à engager des transformations de long terme.

Le panorama des financements de la transition établi par Haatch et Bloomr le documente : une large part des aides soutient des diagnostics, des études ou des investissements ciblés, en laissant hors du contrat la transformation des modèles. L’argent public agit alors comme un amortisseur conjoncturel, là où il pourrait être un levier de capacité (notre plaidoyer sur l’enjeu politique).

D’une logique de guichet à une logique capacitaire

Le déplacement que nous proposons : se demander ce qu’une aide permet réellement de renforcer. Le principe vaut pour les aides publiques comme pour les incitations fiscales : soutenir une organisation dépendrait de sa capacité démontrée à régénérer les ressources dont elle dépend, davantage que de sa taille, de son secteur ou de ses difficultés du moment.

Les entreprises avancent à des rythmes différents. Un critère de capacité récompense donc une trajectoire et son rythme, plutôt qu’un état atteint : il entraîne celles qu’il s’agit d’entraîner.

Ce déplacement place l’entreprise en position de levier politique, à côté de l’État. Elle est un lieu central de décision, d’allocation de ressources, de structuration des chaînes de valeur et de relations territoriales : quatre domaines où se joue ce que l’argent public produit. C’est ce qui rend le sujet légitime dans une salle de dirigeants, et ce qui donne son poids au programme présidentiel qu’Impact France prépare.

Le prochain chantier de mesure : objectiver la capacité à durer. Les indicateurs financiers classiques restent aveugles aux dépendances écologiques et sociales, et les indicateurs de transition demandent à être stabilisés, comparables et auditables pour fonder des décisions d’allocation publique. C’est là que se joue la crédibilité d’un pilotage par les capacités.


7. Rendre la contribution lisible sur le produit

Le plaidoyer porte une mesure fiscale qui appelle ce levier : moduler la TVA suivant la qualité des produits et des services. Elle figure parmi les propositions nouvelles annoncées, aux côtés de la généralisation des bonus-malus écologiques et du fléchage de l’épargne vers les filières de la transition.

Moduler une taxe produit par produit suppose un critère chiffré et vérifiable au niveau du produit. Ce critère reste à poser : le Planet-Score est facultatif, l’affichage de la contribution volontaire, et la méthode européenne pénalise les productions les plus vertueuses. La mesure a besoin d’une assiette. Les quatre demandes qui suivent en sont les conditions techniques, et le programme présidentiel annoncé pour novembre en fait un chantier praticable.

Le levier disponible

En 2025, la France a enregistré 179 fermetures de sites industriels pour 116 ouvertures, soit une perte nette de 63 usines, un niveau jamais atteint depuis 2013. Brandt était Made in France, et le consommateur le savait : il a acheté moins cher, faute de voir ce que cette usine faisait vivre.

La demande existe, documentée. La qualité des produits motive 57 % des acheteurs et le soutien aux producteurs locaux 59 %, quand l’empreinte carbone en mobilise 29 %. Sur l’affichage environnemental, 51 % placent la biodiversité en tête, devant le climat à 43 %. 78 % des consommateurs jugent l’affichage environnemental utile, 64 % déclarent qu’il changerait leurs choix, 65 % acceptent de payer jusqu’à 10 % de plus pour un produit dont la contribution est vérifiée. Cette survaleur finance l’amont ; elle se combine avec la baisse des surmarges de précaution que la confiance entre acteurs fait disparaître, ce qui explique qu’un produit qui y contribue arrive parfois au prix du conventionnel (ce que le consommateur regarde en rayon).

Les outils existent aussi. Planet-Score a publié en janvier 2026 la première analyse de la qualité environnementale de l’offre alimentaire française, sur plus de 135 000 produits de l’application QuelProduit de l’UFC-Que Choisir : 16 % obtiennent une note verte, 1 % la note A, et 67 % du marché se situe en D ou E. L’outil fonctionne ; l’obligation le rendrait visible en rayon.

Deux voies s’offrent à la règle, et elles produisent deux comportements chez les marques. Interdire écarte le pire : la loi contre la fast fashion freine les acteurs les plus agressifs. Rendre lisible fait progresser le meilleur : un affichage obligatoire donne à l’acheteur le moyen de distinguer deux produits, et transforme une pratique en revenu pour celui qui la tient.

Deux approches de la règle : réduire la demande du pire par la contrainte, ou faire croître la demande du meilleur par l'affichage.
Deux approches de la règle, et le comportement que chacune produit chez les marques — notre analyse du dossier Shein.

Le made in France contributif : ce que l’étiquette dit, et ce qu’elle peut dire

Le 12 juin 2026, aux Lauriers de la Régénération, nous avons lancé le manifeste du made in France contributif et l’avons remis aux ministères de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce. Il définit un produit fabriqué et consommé en France dont la production contribue sur trois plans à la fois : un emploi durable et ancré et une juste rémunération tout au long des chaînes de valeur ; un climat préservé, des sols vivants et une biodiversité renforcée ; la santé, la qualité de vie et des relations justes entre celles et ceux qui font et celles et ceux qui consomment.

Le déplacement tient en une formule : passer d’« assemblé ici » à « fait grandir le vivant ici ». Ce qui fait grandir un territoire est la chaîne entière — un amont qui fait vivre des sols et des producteurs proches, une transformation qui forme et emploie sur le territoire, une distribution qui retisse le lien direct, une fin de vie qui reste dans la boucle. C’est le raisonnement qu’Impact France porte à l’échelle européenne contre un Made in Europe de façade.

C’est l’étiquette qui décide. Au rayon, deux yaourts fabriqués en France se présentent à l’identique, quand l’un fait vivre un éleveur payé au-dessus de son coût de production et des prairies qui abritent la biodiversité, et l’autre appauvrit ses sols.

SecteurMade in France — l’origine garantieMade in France contributif — ce que la production fait vivre
ChampagneUne bouteille dont la fabrication française est garantieTelmont — certifié Regenerative Organic, sols régénérés et biodiversité dans les vignes
ÉnergieLes fournisseurs « électricité française »elmy — électricité renouvelable et française, société à mission, bénéfices réinvestis dans la production locale
TextileLes marques relocalisées qui réduisent leurs impactsPicture Organic — coton biologique certifié GOTS et filière tracée du champ au vêtement
TourismeLes hébergements « séjour en France »Éco-Domaine La Fontaine — douze mares creusées, la nappe se recharge

Ces quatre produits sont primés aux Lauriers de la Régénération. Seul le premier porte un label qui atteste sa contribution ; les trois autres la documentent, et un référentiel qui la certifie reste à construire dans leur secteur.

Un référentiel existe déjà. Le Regenerative Organic Certified réunit dans un seul cahier des charges la santé des sols, le bien-être animal et la juste rémunération des producteurs. En France, il est délivré par Ecocert, et il correspond au quatrième niveau du Capacity Score. Sept lauréats de l’édition 2026 le portent — Telmont, Clarins, Davines, le Domaine des Hautes Glaces, Wild Orchard, Ecoidées et Patagonia — sur des produits que tout sépare : champagne, cosmétique, whisky, thé, sucre de canne, textile. Tous sont vendus en France. La méthode et la preuve existent ; reste à décider l’obligation de rendre cette information visible en rayon, à côté de l’origine.


La tomate d’Impact France : payée à son coût, d’ici, lisible en rayon ; le sol vivant reste à relier

Le programme des Universités d’Été met à l’ordre du jour une tomate dont le prix tient jusqu’à l’amont et dont le vrai coût se lit. Le Parti de la Tomate pose une seule question à chaque candidat ; pour un événement, elle devient : quelle tomate le programme met-il à l’ordre du jour ? L’article sur la tomate, enjeu de 2027 détaille la preuve ; ici, la tomate d’Impact France passe six questions, celles qu’un acheteur se pose devant le rayon.

Une tomate payée à son coût. Commerce Équitable France apporte le mécanisme de prix et de contrat : la contractualisation organise le partage du risque, et les collectifs rééquilibrent le rapport de force entre le paysan et l’industrie agroalimentaire.

Une tomate d’ici. L’Université de l’Alimentation de Demain, nouvelle en 2026, réunit pour la première fois agriculteurs, industriels et distributeurs ; le Cercle Agri-Alim rassemble une centaine de dirigeants présents sur toute la chaîne de valeur.

Une tomate dont le vrai coût se lit. La session « Le vrai coût de l’alimentation » connecte sols, eau, santé, revenus agricoles et prix, avec le BASIC et Biocoop.

Une tomate arrosée avec une eau comptée. La session portée par Orée traite les dépendances à l’eau, avec un agroalimentaire, un constructeur, un opérateur d’eau et un paysagiste.

Une tomate dont les allégations se tiennent. L’atelier sur la directive ECGT réunit B Lab et 1% for the Planet avec trois marques — Tikamoon, Les Artistes, Aigle — face à la contrainte juridique sur l’usage des logos et des labels.

Une tomate dont le sol vit. Le sol vivant entre une fois dans un titre ou un chapeau, par l’éclairage de Jean Guiony sur le passage du foncier aux sols vivants ; relier la tomate au sol par ce qui se gagne appartient au niveau suivant.

Et le mouvement la finance comment ? Par le prix payé à l’amont, et par des contributions posées à côté de l’activité : le dividende écologique de la MAIF, 10 % du résultat net, et le Dividende Sociétal de Crédit Mutuel Alliance Fédérale, 15 %. Le programme présidentiel d’Impact France, annoncé pour novembre, précisera les mesures.

8. Nos quatre demandes, et la chaîne de valeur qui les porte

Le deuxième pilier du plaidoyer tient deux décisions distinctes. Lever le voile sur la facture réelle du low-cost retire un avantage indu au moins-disant : c’est le travail du BASIC. Récompenser l’engagement dans un haut niveau de qualité suppose que quelqu’un paie, donc que l’acheteur voie ce qu’il paie. C’est la question de l’étiquette : une différence lisible en rayon se rémunère.

Nos quatre demandes

Elles sont publiques depuis le 12 juin, dans le manifeste du made in France contributif remis aux ministères de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce — le texte complet se lit dans la tribune —, et portent sur quatre indicateurs qui mesurent ce qui se passe au champ et à l’atelier :

  • La rémunération — celui qui produit vit-il de son travail ?
  • La biodiversité — ce produit y contribue-t-il ?
  • L’emploi territorial — maintient-il des emplois en France ?
  • La qualité fonctionnelle — est-il ce qu’il prétend être, durée de vie et transformation réelle comprises ?

1. Rendre obligatoires les scores gradués dans leur périmètre. Nutri-Score sur tous les produits alimentaires, Planet-Score sur l’offre en rayon, Clear Fashion et Cyclescore dans leurs secteurs. Quand un score gradué existe et fonctionne, l’obligation rend l’avantage à ceux qui supportent leurs coûts.

2. Faire connaître les labels qui attestent une contribution, et les afficher sur l’étiquette, à côté de l’origine. Cinq labels atteignent le niveau régénératif — Regenerative Organic Certified, Demeter, Nature & Progrès, Bio Équitable en France, Biopartenaire —, et des campagnes publiques disent ce que chacun garantit. Les certifications de pratiques vérifiées par des tiers sont des jalons échelonnés sur la trajectoire : PEFC et FSC au deuxième niveau, celui de la réduction ; GOTS, Fairtrade et Agri-Éthique au troisième ; ROC, Demeter et ATES au quatrième. Elles méritent de figurer sur le produit, dans un affichage intégral, harmonisé et lisible ; là où elle manque, elle reste à construire (lire les labels comme les jalons d’une trajectoire).

3. Ajouter au calcul européen les indicateurs qui disent ce qu’une production rend. Révision du PEF, passeport produit numérique obligatoire dès 2027, affichage après le retrait de la directive Green Claims : la bataille se joue à Bruxelles autant qu’à Paris. Le PEF actuel pénalise le bon produit — un gigot élevé à l’herbe en France y obtient 5 010 points quand un poulet en batterie importé en obtient 778, parce que la méthode mesure des flux par kilo produit et laisse les pratiques hors de son champ. Peser sur cette révision commande la portée des deux demandes précédentes.

4. Conditionner l’argent public à la contribution du produit. Trois circuits, le même principe : le soutien suit ce que le produit contribue plutôt que le statut ou le secteur de l’entreprise. Les opérateurs publics — ADEME, Bpifrance, agences de l’eau, chambres consulaires —, les aides aux entreprises décidées en loi de finances, que le mouvement défend depuis 2021 et que conditionner à une croissance en triple impact suppose de savoir, produit par produit, ce que cette croissance fait vivre, et la commande publique — restauration scolaire et hospitalière en premier. Les trois ont besoin d’une preuve qu’un agent public puisse vérifier, et les labels la fournissent déjà.

Une valorisation de bout en bout de la chaîne de valeur

Le cahier des charges d’un produit, la durée des engagements, la répartition des gains créés : ces décisions se prennent entre l’amont et l’aval. L’Université de l’Alimentation de Demain a réuni pour la première fois agriculteurs, industriels et distributeurs aux côtés d’acteurs politiques, et le Cercle Agri-Alim rassemble une centaine de dirigeants présents sur toute la chaîne de valeur : c’est la configuration que nous préconisons.

Ces demandes tiennent si la valorisation court de bout en bout, du cahier des charges au champ jusqu’à l’étiquette en rayon. Cinq pièces se sont croisées le 28 août, dans des salles différentes : B Lab et 1% for the Planet pour le cadre juridique des allégations ; Commerce Équitable France pour le mécanisme de prix et de contrat qui rend la contribution finançable ; le BASIC pour le chiffrage des coûts reportés ; les décideurs publics pour l’obligation ; les entreprises dont l’offre porte déjà la contribution.


9. La fin de l’été est celle de la protection ; la régénération commence par une voix et une part

Les partis et les mouvements d’entreprises qui ont pris la parole à la fin de l’été l’ont fait sous le même mot d’ordre, souveraineté et indépendance, et nous avons lu leurs programmes au même Capacity Score, avec le plan du Shift en repère. Chacun désigne sa menace — la concurrence déloyale, la dépendance énergétique, le dérèglement, la contrainte réglementaire — et trace la barrière correspondante : un droit de douane, une norme chiffrée et vérifiable, une sortie du fossile, un allègement du cadre. La réponse est la même : protéger.

Les prises de parole de fin août, au même Capacity Score

Nous lisons deux séries distinctes, que nous gardons séparées : les programmes de partis proposent des choix collectifs, les programmes des mouvements d’entreprises proposent des capacités aux dirigeants.

Les mouvements d’entreprisesEstimationNiveauCe qui la situe
La REF · MEDEF30 %réduction des impactsprotéger l’entreprise et ses salariés
Impact France · UED60 %restaurationles écosystèmes dont l’activité dépend
Les partisEstimationNiveauCe qui la situe
Glucksmann · Place publique55 %restaurationrestaurer les forêts, les eaux et le revenu de ceux qui produisent
Mélenchon · AMFIS57 %restaurationles écosystèmes protégés de leurs usagers
Parti socialiste58 %restaurationrestaurer les écosystèmes et partager la valeur
Tondelier · journées d’été63 %restaurationl’interdépendance reconnue
En repèreEstimationNiveauCe qui la situe
Le plan du Shift · Jancovici25 %réduction des impactsen repère sur l’atténuation

Estimations sur documents publics : sept lectures au même Capacity Score. La série s’est poursuivie à l’automne, avec le programme de Raphaël Glucksmann, Produrable, Climate Week NYC, Natexpo, SIAL Paris, le Forum Biodiversité & Économie, les Journées de l’économie autrement et les Rencontres de l’Économie Régénérative ; la synthèse de la rentrée en tire la lecture d’ensemble.

La rentrée politique de l'écologie 2026 : sept prises de parole lues au même Capacity Score — les partis : Les Écologistes 63 %, Parti socialiste 58 %, La France insoumise 57 %, Glucksmann avec Place publique 55 % ; les organisations d'entreprises : Impact France 60 %, La REF du MEDEF 30 % ; en repère, le plan du Shift Project 25 % ; cinq atteignent la restauration, deux la réduction des impacts
Rentrée politique 2026 · les sept prises de parole lues au même Capacity Score. Impact France est estimé à 60 %, au niveau de la restauration.

Protéger est la réponse adaptée quand la menace vient d’ailleurs : une frontière arrête un flux, une norme arrête un produit. C’est une réponse légitime dans un contexte de dépendances et de tensions sur les ressources, et l’été y a ajouté le climat, dont l’activité fait partie.

L’été 2026 pose pourtant un problème d’une autre nature. En Gironde, 14 500 entreprises ont été évacuées, 13 000 arrêtées, plus de 130 000 salariés empêchés de travailler. Elles produisaient en France, dans leur territoire, avec leurs salariés, et leur activité dépendait de ce territoire et de ses écosystèmes : on fait partie de ce dont on voudrait se protéger, et la robustesse y est collective.

Cette logique de protection traverse tous les acteurs de la fin de l’été. Les quatre partis protègent les populations contre les risques et encadrent l’activité par la règle ; le programme de La REF, à 30 %, demande le courage de produire et de réformer ; le plan du Shift, à 25 %, chiffre une trajectoire de décarbonation. Elle traverse même les entreprises que nous distinguons : notre analyse de Léa Nature établit qu’une posture explique tout son profil — les producteurs sécurisés par un prix plancher, l’entreprise par des titres incessibles, le consommateur par des formulations sans substances nuisibles.

Cette logique atteint partout la même limite. La protection s’exerce sur quelqu’un ou sur quelque chose : le producteur reçoit un prix garanti, l’écosystème une règle, l’acheteur un produit sûr. Chacun y gagne une sécurité. Les partis ouvrent la décision — la gouvernance atteint 72 % à La France insoumise, chez les Écologistes et au Parti socialiste, 56 % chez Glucksmann — ; ce qui reste à écrire est le partage de ce qui est décidé et, du côté des mouvements d’entreprises, la décision elle-même, à 50 % pour Impact France et 22 % pour La REF.

Trois raisons la retiennent en deçà de la régénération. La première tient à la forteresse, et la Gironde l’a montré : protéger une entreprise laisse exposé le territoire dont elle dépend, quand chaînes de valeur et écosystèmes sont intriqués. La deuxième tient à l’objet visé : protéger cherche à tenir un état, quand le vivant est en mouvement, ce qui est l’écart même entre restaurer et régénérer. La troisième tient à la posture : gérer la pénurie, calculer des quotas et limiter la casse installe une position réactive, pauvre en imaginaires désirables et en modèles économiques nouveaux.

Le retournement se formule simplement : la sécurité vient de ce qu’on contribue à la santé des écosystèmes et des personnes, plus que de ce qu’on s’en isole. Des interdépendances choisies et mutuellement bénéfiques le long de la chaîne de valeur tiennent plus longtemps qu’une frontière : la robustesse est la condition, et ce que la régénération fait prospérer la renforce à chaque cycle.

Le niveau suivant tient dans la décision complémentaire, celle de donner du pouvoir : associer les producteurs aux décisions qui les engagent, faire siéger la voix du vivant dans les instances qui arbitrent l’usage des écosystèmes, donner à l’acheteur les moyens de savoir ce que son achat finance. Une voix et une part, l’une et l’autre.

La fin de l’été 2026 est celle de la protection, et cette protection est bien conduite : elle sécurise des accès, répare des écosystèmes, organise des filières. Elle installe l’adaptation, qui est la condition de tout le reste. Ce qui reste devant, c’est un modèle économique dont la rentabilité vient de ce qu’il fait prospérer autour de lui.

C’est là que la régénération commence : donner au vivant les ressources dont il a besoin pour augmenter ses capacités, concevoir l’offre depuis le potentiel d’un territoire, décider et financer avec ceux qui l’habitent. La contribution devient alors un revenu, qui se reconduit d’un exercice à l’autre.

Pour ce qui se cultive, se fabrique et se transmet ici, une souveraineté qui repose sur la protection tient le temps que tiennent les écosystèmes ; une souveraineté qui repose sur ce qu’elle fait prospérer élève son point de départ à chaque cycle. C’est la marche que nous proposons de franchir ensemble, d’ici au programme présidentiel et au-delà, et la question qui la tranche est celle-ci : est-ce que le territoire et ses habitants se portent mieux grâce à votre activité économique ?

Où en êtes-vous, et quel levier travailler en premier ?

Le Capacity Score évalue votre capacité à tenir vos trajectoires RSE, innovation et business en 2027, et identifie vos leviers d’action prioritaires. Un rapport que vous pouvez partager en comité, et une prochaine étape nommée. Confidentiel, sans engagement.

Faire mon diagnostic · 38 questionsOu la version flash · 10 minutesViser la robustesse plutôt que la régénération


« Avec un made in France régénératif, le territoire et ses habitants prospèrent grâce à l’activité économique — pas malgré elle. »

Jérémy Dumont, Nous Sommes Vivants

Note de méthode. Cet article lit un programme, donc des intentions annoncées : soixante-dix entrées, dans son état publié à la mi-août 2026. Le programme en ligne en comptait soixante et onze au 27 août ; l’entrée ajoutée reste hors de notre lecture. L’estimation porte sur le programme dans son ensemble, à distinguer de ce que pratiquent les organisations présentes. Les propositions des assemblées Road to 2027 et le programme présidentiel annoncé pour novembre sont le prochain chantier de mesure.

Les questions sur les Universités d’Été de l’Économie de Demain 2026

Jusqu’où Impact France porte-t-il l’adaptation climatique des entreprises ?

Jusqu’à restaurer les écosystèmes, les filières et les territoires dont l’activité dépend : au Capacity Score, l’estimation du programme des Universités d’Été est de 60 %, au niveau de la restauration. La gouvernance et son financement posent un problème pour passer au niveau suivant, et l’innovation produit en est le levier de bascule.

Qu’est-ce que les Universités d’Été de l’Économie de Demain ?

Le 28 août 2026, à la Cité Internationale Universitaire de Paris, Impact France a réuni les dirigeants pour la huitième édition, sur le thème « Independence Day ». Le mouvement fédère plus de 30 000 entrepreneurs, sous la coprésidence de Julia Faure (Loom) et Pascal Demurger (MAIF), et pose l’exigence sociale et environnementale comme un avantage économique.

Quel écart avec La REF du MEDEF ?

Trente points au Capacity Score : 60 % pour Impact France contre 30 % pour La REF, soit un niveau d’écart, la restauration contre la réduction des impacts. L’écart se creuse sur le leadership (67 % contre 14 %) et sur la gouvernance (50 % contre 22 %), et se resserre sur l’innovation produit. Notre lecture de La REF 2026 détaille ce profil.

Que demande Nous Sommes Vivants à partir de cette lecture ?

Quatre demandes, remises aux ministères de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce le 12 juin 2026 : rendre obligatoires les scores gradués dans leur périmètre, faire connaître les labels qui attestent une contribution, ajouter au calcul européen les indicateurs qui disent ce qu’une production rend, et conditionner l’argent public à la contribution du produit. Le manifeste s’adresse aussi aux organisations d’entreprises, dont Impact France et le MEDEF, pour porter la contribution lisible sur le produit auprès de leurs adhérents.

Sources : programme et pages des Universités d’Été de l’Économie de Demain 2026, ued.eco, dans leur état publié à la mi-août, et programme en ligne consulté le 26 puis le 27 août 2026, soixante et onze entrées sur trois pages · Communiqué de presse du Mouvement Impact France, 28 août 2026, et tribune « Pour une économie des nouvelles sécurités » signée par Julia Faure, Pascal Demurger et les administrateurs, Les Échos, 28 août 2026 · Coalition Dividende Sociétal, Impact France et Crédit Mutuel Alliance Fédérale · Shift Project, « Réussir la transition dans l’incertitude », avril 2026, analysé dans notre article « Faut-il débrancher Jancovici ? » · Discours de rentrée de Marine Tondelier (Grenoble, 21 août 2026) et de Jean-Luc Mélenchon (AMFIS, 23 août 2026), analysés dans notre article « Mélenchon pour La France insoumise, Tondelier pour les Écologistes : quelle écologie ? » · CCI Bordeaux Gironde, déclaration de Patrick Seguin après les incendies de l’été 2026 · Trendeo, ouvertures et fermetures de sites industriels en France, bilan 2025 · Baromètre politique Ipsos bva-CESI École d’ingénieurs pour La Tribune Dimanche, juillet 2026 · Enquête Norstat présentée au World Impact Summit 2026 · Fréquentations annoncées de La REF 2025 et des UED 2026 par leurs organisateurs · La REF 2026, MEDEF : page de présentation (medef.com) et programme en ligne (laref.org) · Universités d’Été de l’Économie de Demain 2025, « Retour vers le futur » · Mouvement Impact France, manifeste #MakeTheFutureGreatAgain et rapports Territoires et Finance, août 2025 · Manifeste « 5 ans pour faire de la France une Impact-Nation » · Mouvement Impact France, notes de position « Industrial Accelerator Act », loi fast fashion et SFDR 2.0 (2026) · Commerce Équitable France, définition légale du commerce équitable · Le BASIC, coûts sociétaux du système alimentaire français, 2024 · Haatch × Bloomr, panorama des financements de la transition, septembre 2025 · Collège des Directeurs du Développement Durable, « La régénération au service de la résilience des entreprises », 2025 · Étude Tennaxia, 13e édition, 2025 · Planet-Score, première analyse de la qualité environnementale de l’offre alimentaire française, 20 janvier 2026, sur plus de 135 000 produits de l’application QuelProduit (UFC-Que Choisir) · Worldpanel by Numerator pour l’Ilec, Consumer Day 2026 · MAIF, dividende écologique et Fonds MAIF pour le vivant · Insee Analyses n° 98, novembre 2024 · SEEA-EA, Commission de statistique des Nations unies, 2021 · Paiements pour Services Environnementaux, ministère de la Transition écologique et agences de l’eau · Délégation sénatoriale à la prospective, octobre 2025 · Olivier Hamant, « Antidote au culte de la performance » · Nous Sommes Vivants : livre blanc, manifeste et tribune du made in France contributif, baromètre Capacity Score 2026, Lauriers de la Régénération, analyses de filières lait et laine, 2026

Laisser un commentaire