
Produrable 2026, lecture d’un programme public — à situer parmi nos lectures de la rentrée.
Que montre Produrable 2026 de la réinvention du conseil RSE ? Qu’elle se joue sur la chaîne de valeur. L’essentiel de l’offre aide les entreprises à réduire leurs impacts négatifs et à maîtriser leurs risques : décarboner, dépendre moins des ressources, chiffrer le coût de l’inaction. Les fournisseurs qui cherchent à se réinventer y présentent l’étape suivante, la restauration : des filières, des engagements réciproques et de nouvelles façons de vendre, construits avec leurs clients. Lu au Capacity Score, le programme se situe à 48 %, en haut du niveau de la réduction, comme Climate Week NYC à New York (47 %), et en retrait des Universités d’Été d’Impact France (60 %). L’écart tient à la nature de l’événement : un salon de fournisseurs présente des méthodes, un mouvement d’entrepreneurs réunit des dirigeants qui disent où ils vont. Notre Baromètre Capacity Score 2026 situe les acteurs engagés, entreprises et consultants, à 63 %, au niveau de la restauration : la frange engagée du conseil y est déjà, et la gouvernance et le financement l’y retiennent.
La rentrée de l’écologie
Ce que nous portons
La demande que nous portons
« Made in France » dit où le produit a été fini. Il ne dit rien du revenu versé au producteur, des sols dont la vie biologique s’enrichit, du métier maintenu sur le territoire. Le manifeste demande que cette contribution devienne lisible en rayon : passer d’« assemblé ici » à « fait grandir le vivant ici ». L’État peut y contribuer en reconnaissant les labels qui l’attestent déjà — Regenerative Organic Certified, Demeter, Bio Équitable en France — dans la commande publique et dans la conditionnalité des aides ; le poids commercial, lui, se construit par les marques et les acheteurs. Lancé le 12 juin 2026 aux Lauriers de la Régénération, il a été remis aux ministères de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce.
Les rendez-vous de la rentrée. Fin août, deux partis politiques et deux mouvements d’entreprises ont tenu leur rendez-vous de rentrée, et nous avons lu leurs programmes au même Capacity Score : quatre niveaux, six leviers. Les publics et les enjeux diffèrent — des électeurs pour les partis, des adhérents pour les mouvements d’entreprises —, la lecture est la même. Les deux partis se situent à la restauration, Marine Tondelier à 63 % et Jean-Luc Mélenchon à 57 % ; côté entreprises, La REF du MEDEF s’estime à 30 %, les Universités d’Été d’Impact France à 60 %. Produrable prolonge cette rentrée avec un troisième public : les directions RSE et leurs fournisseurs — cabinets de conseil, éditeurs de logiciels, organismes de certification —, réunis par l’organisateur du salon. Nous lisons son programme de la même façon, comme ce que l’écosystème de la RSE propose aux entreprises, et non comme la pratique de ses exposants : il s’estime à 48 %, en haut du niveau de la réduction.
Les rendez-vous d’entreprises de l’automne 2026 au Capacity Score, de Climate Week NYC, à New York, au Forum Biodiversité & Économie de l’OFB : estimations sur les programmes publiés. Produrable en jaune.
Qui, et quoi. Les 30 septembre et 1er octobre, au Palais des Congrès de Paris, le Groupe AEF tient la 19e édition de Produrable, sous le haut patronage du ministère de la Transition écologique, sous le thème « Cultiver les équilibres : des trajectoires durables dans un monde en transition ». Au programme : 23 conférences officielles sur deux salles, 165 ateliers, 21 prises de parole sur une scène dédiée aux récits, et une architecture refondue en six parcours thématiques — le vivant, des modèles plus sobres, l’innovation responsable, les territoires bas-carbone, les talents et la société, la performance durable.
La thèse de l’organisateur. L’organisateur veut ouvrir le débat sur les arbitrages à construire entre performance, résilience et transition, en misant sur la coopération, le temps long et la résilience des organisations. L’édito pose que les organisations doivent simultanément innover, investir, transformer leurs modèles, répondre aux attentes sociétales et maintenir la performance ; la question devient celle des équilibres, et l’édito emprunte à François Jullien le « com-possible », celui du compromis pragmatique. Le ton a changé depuis 2022 : l’édition s’intitulait alors « L’heure des choix ! » ; celle de 2026 cultive les équilibres.
Notre position. Cultiver des équilibres permet de tenir ; la régénération fait grandir une capacité. Avec Olivier Hamant, nous l’avons formulé ainsi : la robustesse est la condition, la régénération est la direction. La restauration, que la robustesse complète, commence par observer l’état des écosystèmes dont l’activité dépend. La régénération, telle que nous la définissons, commence quand l’entreprise tisse des relations qui renforcent la capacité des écosystèmes, des personnes et des activités autour d’elle, et que sa rentabilité en vient. Les fournisseurs de la RSE montrent qu’ils cherchent à se réinventer : une partie d’entre eux met en avant le passage de la mesure du risque à la conception de ce qui se vend et à la coopération entre acteurs. C’est avec eux, et avec les directions achats qu’ils accompagnent, que le passage à la restauration peut s’étendre.
Nous étions au salon. Nous avons tenu les deux jours le Pavillon Fresques & Outils de sensibilisation, stand 15, avec nos trois fresques — des imaginaires, des émotions, du facteur humain. Le 30 septembre à 16 h 45, salle 342A, nous avons introduit le Capacity Score dans l’atelier de Conseil Regen. Le 1er octobre, de 14 h à 15 h, nous avons présenté sur notre stand le Baromètre Capacity Score 2026, « où en sont celles et ceux qui portent la régénération ? », dans le parcours du vivant.
Nos propositions. Aux entreprises présentes, une feuille de route en trois étapes, dont le saut unique consiste à suivre, produit par produit, l’état des sols, de l’eau et de la biodiversité dont leur activité dépend. À l’écosystème de la RSE, trois propositions : aux cabinets et aux plateformes déjà avancés sur la chaîne de valeur, un Regenerative Circle Écosystème, dont la première session est gratuite, pour faire franchir ce saut à leurs clients ; aux directions achats, le passage de la coopération au partage de la valeur ; à l’organisateur, un parcours du vivant qui devienne le fil de l’édition 2027. Elles sont détaillées en fin d’article.
Au sommaire
Ce que les 30 septembre et 1er octobre mettent sur la table
1. Produrable, la grande rentrée de la RSE côté fournisseurs
2. Qui parle à Produrable : des prestataires dans les ateliers, les invités de l’organisateur en conférence
3. Le programme de Produrable 2026 : l’adaptation vue comme un risque, le réglementaire en socle, le vivant et la coopération qui réparent
4. Produrable 2026 au Capacity Score : 48 %, en haut du niveau de la réduction
5. Produrable au Capacity Score, levier par levier : le leadership retient, l’intelligence écosystémique porte le passage
↳ Notre sélection : seize sessions en phase avec les enjeux de la rentrée
Notre analyse, et ce que nous proposons
6. Notre analyse : ce que la vitrine de Produrable montre de la réinvention du conseil RSE
7. Après Produrable, ce que nous proposons : aux entreprises, et à l’écosystème de la RSE
Partie I · Ce que les 30 septembre et 1er octobre mettent sur la table
1. Produrable, la grande rentrée de la RSE côté fournisseurs
Produrable est la grande rentrée de la RSE côté fournisseurs — cabinets de conseil, éditeurs de logiciels, organismes de certification —, et ces fournisseurs montrent qu’ils cherchent à se réinventer. Après les universités d’été, c’est un salon, où l’exposition et le programme se répondent. Les conférences officielles sont programmées par l’organisateur ; les ateliers sont portés pour la plupart par les fournisseurs de la fonction RSE — cabinets de conseil, éditeurs de logiciels de reporting, organismes de certification —, aux côtés de réseaux et d’acteurs publics, devant les directions RSE et les financeurs. Le programme montre donc ce que ces fournisseurs proposent aux directions RSE en 2026, et où ils cherchent à se réinventer. Ce que recouvre cette réinvention, et ce qu’elle dit du programme, fait l’objet de notre analyse.
2. Qui parle à Produrable : des prestataires dans les ateliers, les invités de l’organisateur en conférence
Deux types de sessions, deux façons de choisir qui parle. Les conférences officielles sont organisées par le Groupe AEF, qui organise le salon : il en choisit les thèmes et les intervenants, et l’on y entend des directeurs du développement durable de grandes entreprises, des élus, des scientifiques et des philosophes. Les ateliers sont organisés par des exposants, qui y présentent leurs méthodes et y font témoigner leurs clients, le plus souvent des directeurs RSE, parfois des directeurs achats.
Les conférences officielles posent les questions de l’organisateur
Les conférences officielles posent les questions de l’organisateur. Le salon s’ouvre, dans l’Amphi Havane, sur la gouvernance sous contraintes — « Comment prioriser sans renoncer ? » — et se referme sur l’architecture des équilibres en 2030 et, en parallèle, sur l’Heureux-scope de la durabilité 2027. Entre les deux, les conférences traitent de l’industrie et de l’énergie (urgence industrielle, matières critiques, mix énergétique), des chaînes de valeur (produire sans détruire, concevoir sans déchets, produits à plusieurs vies), du vivant (l’eau, le prix du vivant, One Health), du financement (qui pilotera la transition, les investissements), des territoires (ancrage local, neutralité carbone), du reporting et de la donnée (la responsabilité des entreprises, la CSRD et la souveraineté des données), du travail et de l’IA, de la défense et du leadership. Une seule conférence met la régénération dans son titre et son descriptif : Regen Model Style, qui demande comment passer de la réparation à la régénération.
Les ateliers : des fournisseurs de la fonction RSE et leurs clients
Les cartes ci-dessous rangent les porteurs d’ateliers en deux familles. En vert, les fournisseurs de la fonction RSE : cabinets de conseil, éditeurs de logiciels et plateformes, organismes d’audit, de certification et de labels, agences et organismes de formation. En jaune, les autres voix : des entreprises qui présentent leur pratique, des acteurs publics, des réseaux, des ONG et des médias. Pour chaque porteur, la carte indique qui il invite et sur quel sujet. Les agriculteurs et les élus locaux, qui vivent directement de l’état des sols, de l’eau et des forêts, y sont rares.
Les fournisseurs lisent le thème dans les termes de leur offre. Apave y voit une invitation à renforcer la résilience des organisations, et précisément son cœur de métier : équilibrer performance globale, conformité réglementaire et maîtrise des risques techniques et environnementaux.
Produrable est d’abord un salon d’exposants. Le salon annonce 350 exposants et partenaires — entreprises, start-up, ONG, acteurs publics —, sur des stands où se tiennent aussi des démonstrations, des quiz, des dédicaces et des tables rondes. Ces animations sur les stands restent hors de cette lecture, qui porte sur les conférences et les ateliers du programme.
3. Le programme de Produrable 2026 : l’adaptation vue comme un risque, le réglementaire en socle, le vivant et la coopération qui réparent
L’édito pose la régénération dans un cadre de tenue face aux crises
L’édito part d’un constat : en 2026, les entreprises avancent « dans un monde sous tension », et « jamais les opportunités de transformer nos modèles n’ont été aussi fortes ». Il nomme sept tournants — l’accélération climatique, des exigences réglementaires en mouvement, les transitions industrielles, la rupture des chaînes de valeur, la recomposition géopolitique, les bouleversements technologiques, la révolution de l’IA — et en tire une consigne : agir, anticiper, bâtir des fondations solides pour traverser les tempêtes, être agiles et ancrés.
Il définit ensuite ses deux mots. « Cultiver » dit l’effort, le soin, la résilience, l’anticipation, l’action, l’investissement et l’ancrage dans le temps long, et l’édito ajoute : « Faire grandir. Élever et s’élever. » « Les équilibres » expriment la complexité et la diversité des défis, et l’exercice de la nuance et du compromis pragmatique, le « com-possible » emprunté au philosophe François Jullien, qui ouvre le salon en keynote.
La dernière phrase fait apparaître la régénération : le salon veut permettre aux organisations de cultiver « les équilibres essentiels à leur régénération, à leur attractivité et à leur performance durable ». Le mot est donc posé par l’organisateur, dans un cadre qui est celui de la tenue face aux crises. La suite de la lecture instruit ce que le programme met derrière lui.
Six parcours pensés pour maîtriser ce qui menace l’activité
Le salon a fait évoluer son architecture : six parcours structurent désormais le plan, le rattachement des exposants et la programmation, et chacun porte un sous-titre qui dit son objet. Les conférences officielles s’y rattachent, les ateliers aussi, et l’Espace des Récits accueille des retours d’expérience. Les animations sur les stands restent hors de cette lecture.
Conférences officielles
Les grands débats, Amphi Havane et Salle Maillot
23 conférences programmées par l’organisateur, rattachées aux six parcours
Parcours · Le vivant
agro, santé, biodiversité
anticiper les risques liés au vivant — associé au verbe « régénérer »
Parcours · Des modèles plus sobres
production, consommation, circularité
réduire la dépendance aux ressources
Parcours · L’innovation responsable
tech, IA, R&D
innover en maîtrisant les risques
Parcours · Territoires bas-carbone
habitat, mobilité, énergie, climat
piloter la décarbonation territoriale
Parcours · Les talents & la société
social, savoirs, communication
aligner les parties prenantes
Parcours · La performance durable
finance, reporting, gouvernance
structurer la conformité ESG
Espace des Récits
Retours d’expérience et témoignages
21 prises de parole
Animations sur les stands
Démonstrations, quiz, dédicaces, moments conviviaux
hors de cette lecture
Les six sous-titres parlent de risque, de dépendance, de décarbonation, d’alignement et de conformité : l’architecture du salon est pensée pour maîtriser ce qui menace l’activité. Le parcours du vivant y ajoute un verbe. Son intitulé long, repris dans les annonces du salon, dit : « Anticiper les risques liés au vivant, régénérer les écosystèmes ». Ses ateliers, eux, réparent : solutions fondées sur la nature, restauration de la biodiversité, hydrologie régénérative. L’intitulé annonce la régénération, les ateliers pratiquent la restauration.
Panorama : l’organisateur annonce la transformation et organise la protection
Ce panorama décrit ce que l’écosystème de la RSE propose aux directions RSE et à leurs entreprises : les questions que l’organisateur pose à la tribune, les réponses que les fournisseurs proposent en atelier. Il donne les faits sur lesquels repose l’estimation de la section suivante.
L’édito annonce la transformation, les parcours organisent la protection. L’édito écrit que « jamais les opportunités de transformer nos modèles n’ont été aussi fortes » ; les sous-titres des parcours parlent de risque, de dépendance et de conformité. Seul le parcours du vivant annonce la régénération dans son intitulé, et ses ateliers pratiquent la restauration. À la tribune, l’organisateur ouvre des questions de restauration — la contribution au territoire, le coût du temps long, l’investissement ; dans l’architecture des parcours, il range l’offre des fournisseurs sous le signe du risque. Entre l’édito et les parcours se lit l’écart entre l’intention affichée et la capacité du programme.
L’été 2026 entre au programme comme un déclic et un risque, rarement comme une question d’écosystème. Les forêts, la chaleur, l’eau et la biodiversité mises à l’épreuve cet été sont présentes, surtout par ce qui les chiffre, et le sol reste en second plan. Sur vingt-quatre sessions consacrées à l’adaptation, dix-neuf la pensent comme un risque ou un coût à l’échelle du site ; cinq s’appuient sur les écosystèmes ou sur un territoire, et ce sont celles qui atteignent la restauration. L’animal entre par la santé et l’élevage, et la souffrance animale reste hors du programme.
Le pouvoir d’achat, sujet de la rentrée, entre à peine au programme. Le programme parle des coûts de l’entreprise plus que de ceux des ménages, et les personnes qu’il considère sont celles de l’entreprise : le travail, l’engagement.
Sur les enjeux structurants, les fournisseurs proposent de réduire les impacts négatifs et de maîtriser les risques, sur un socle de conformité. Le carbone, le reporting et le financement sont en tête des sujets, sur un socle réglementaire — reporting, audit, notation, allégations sous la directive EmpCo. Ces enjeux répondent à la réalité des entreprises, à l’échelle du site, quand l’été a mis à l’épreuve des forêts et des bassins versants. L’économie passe par le coût évité et la compensation, et ce qui se vend entre au programme par l’écoconception, désormais à l’échelle des portefeuilles.
Ce qui relie les trois piliers, c’est la coopération à l’échelle de la filière et du territoire. C’est là que l’économique rejoint l’environnement et les personnes — chez Agoterra, Fairtrade, Bartle —, et c’est là que la restauration commence. Le reste se raconte en pratiques ; les imaginaires se jouent à la tribune.
L’été 2026 entre au programme comme un risque, le pouvoir d’achat à peine
L’été 2026 entre au programme comme un déclic et comme un risque. C’est d’abord un déclic. Hability part de « l’été le plus chaud jamais mesuré en France » pour y voir une fenêtre qui remet la RSE au cœur des arbitrages, et EPSA part des incendies de Gironde, du Var et de Fontainebleau pour refuser la « green déprime ». Derrière le déclic, ce sont des écosystèmes mis à l’épreuve, et le programme les aborde par quatre portes.
La forêt est la plus directement touchée. Planète Urgence, avec l’Agence française de développement et Orange, part de sa fragilité, révélée cet été, pour plaider la priorité des forêts tropicales. L’ONF y applique, avec Charlène Descollonges, l’hydrologie régénérative, et Reforest’Action y cherche avec Arkema une résilience fondée sur la nature. À Bornéo, l’Alliance pour la préservation des forêts demande si l’on peut produire sans détruire, pendant que Fairtrade, le FSC et l’ATIBT discutent la place des labels.
La chaleur se vit au travail, que Demain 50°C prépare, dans les bâtiments, que Ramboll confronte aux canicules et au retrait-gonflement des argiles, et jusque dans les datacenters. L’eau revient souvent : elle a sa conférence, ouverte par Emma Haziza, et ses ateliers, du stress hydrique chez Oklima à l’eau circulaire chez Ecolab, en passant par la rareté qui menace la continuité des activités chez Dekra et l’empreinte eau des filières chez Agrosolutions.
La biodiversité s’aborde surtout par ce qui la chiffre : sa mesure, avec ACT Biodiversité, conçue par l’OFB et l’ADEME, son prix, débattu en conférence et proposé en crédits chez Removall, son business case, chez BeeOdiversity avec Nestlé. L’OFB la porte aussi, avec le WWF et Valrhona, à l’échelle des territoires. Le sol reste en second plan : il se lit dans les descriptifs, chez ReSoil, Oklima et Agoterra, plus que dans les titres, et l’agriculture régénératrice s’y affiche d’abord par le carbone, la lisibilité pour le consommateur et la valeur de filière.
L’animal entre par la santé, avec One Health, qui relie santé humaine, animale et environnementale, et par l’élevage, avec le fonds filière qu’Agoterra monte avec LVMH. La souffrance animale reste hors du programme que nous avons lu.
D’où l’adaptation, qui traverse vingt-quatre sessions, une sur neuf. Dix-neuf la pensent comme un risque ou un coût, à l’échelle du site, de l’actif ou de l’approvisionnement : le coût de l’inaction, l’assurabilité, l’immobilier, la rareté de l’eau, la mémoire des crises. Cinq s’appuient sur les écosystèmes ou sur les coopérations d’un territoire, et atteignent la restauration : Oklima, l’ONF, Reforest’Action, Utopies et WeCount. Le territoire a pourtant ses deux conférences, l’ancrage local et la neutralité carbone. Canicules, sécheresses et incendies se vivent à l’échelle d’un bassin versant ou d’une forêt, et c’est à cette échelle que l’adaptation devient une question de restauration.
À la réduction, l’été reste un déclic ou un risque à chiffrer, et la biodiversité un indicateur, un prix ou un crédit. Plus loin, des sessions réparent ce que l’été a mis à l’épreuve : l’hydrologie régénérative chez Oklima et à l’ONF, la résilience fondée sur la nature chez Reforest’Action, les sols et l’eau chez ReSoil, la biodiversité sur site chez BeeOdiversity, l’action collective de l’OFB dans les territoires, les forêts tropicales avec Planète Urgence et la production sans destruction à Bornéo avec l’Alliance pour la préservation des forêts.
Le pouvoir d’achat, le sujet de la rentrée, entre à peine au programme. L’expression n’apparaît dans aucun titre des 209 sessions, ni dans les descriptifs que nous avons lus. Le sujet passe par trois biais. Le consommateur qui arbitre, d’abord : l’observatoire présenté par Citeo et l’ObSoCo décrit des Français qui veulent « faire mieux, sans perdre, sans gaspiller et sans se compliquer la vie », et c’est la seule session qui parte du budget des ménages. Le coût de l’énergie, ensuite, mais pour l’entreprise : la conférence sur l’urgence industrielle parle de coûts énergétiques et d’une énergie « abordable et souveraine », celle sur les matières critiques de « l’acceptation sociale » de la sobriété. Les inégalités, enfin, par le travail : la conférence sur les nouveaux équilibres du travail veut accompagner les transitions « sans creuser les inégalités ». Le programme parle des coûts et des obligations de l’entreprise, rarement de ceux des ménages : son pilier social s’arrête aux portes de l’entreprise, alors que les personnes du triple impact sont aussi celles qui habitent le territoire. Comment l’offre régénérative tient-elle dans le budget des ménages ? C’est un prochain chantier de mesure.
Le pouvoir d’achat, en tête des préoccupations
Le pouvoir d’achat reste en tête des préoccupations des Français, à 47 % en juillet, selon le baromètre Ipsos bva que citent nos tendances RSE 2027.
Les enjeux structurants : réduire les impacts négatifs et maîtriser les risques, sur un socle réglementaire
Dans les titres des 209 sessions, le carbone et la décarbonation forment le premier sujet, devant le reporting et ses normes — CSRD, ESRS, VSME, EcoVadis —, le financement et l’adaptation ; viennent ensuite les achats et les fournisseurs, la biodiversité et le vivant, puis l’engagement et l’intelligence artificielle. Ce sont les sujets qui structurent la fonction RSE en 2026 : mesurer, rendre compte, financer, s’adapter. Une règle nouvelle traverse les parcours : la directive EmpCo, que plusieurs ateliers préparent pour parler juste de ses engagements. L’intelligence artificielle, elle, sert d’abord à mesurer et à rendre compte plus vite : chez Watershed, avec Forvis Mazars et Dataiku, elle doit sortir les directions RSE d’une phase de mesure où elles « s’essoufflent », et la conférence sur la CSRD et l’IA demande qui maîtrise les données. Son usage reste celui du reporting.
Le réglementaire forme le socle du programme. Le reporting et ses normes d’abord — CSRD, ESRS simplifiés, VSME, reporting volontaire, plateformes de données ESG —, avec Tennaxia, Workiva, SAP, Sweep, Act21 ou Pomelo-Paradigm. Puis la vérification et la notation : l’audit CSRD chez le Cabinet de Saint-Front et Baker Tilly, la vérification des bilans GES et des allégations chez Apave et l’AFNOR, EcoVadis chez Bureau Veritas et Ditto, B Corp et EcoVadis réunis chez B Lab. Puis les allégations sous la directive EmpCo, chez EY, EPSA avec l’ARPP et Bureau Veritas, et la conformité aux nouveaux textes — emballages, déforestation importée, justice transigée environnementale. C’est ce qui répond à l’obligation : rendre compte, prouver, se conformer. Ce socle réunit un cinquième des sessions. Ce socle réglementaire pèse sur la composition du salon plus que sur son niveau, que situe l’estimation globale.
Par pilier, l’environnement entre d’abord par le carbone — trajectoires, scope 3, électrification — et par les ressources : matières critiques, circularité, emballages. Le social entre par le travail et l’engagement : les nouveaux équilibres du travail, l’humain à l’heure de l’IA, l’employabilité des seniors chez Koeo, la diversité chez Dowino et Nicomak, la journée solidaire chez Unis-Cité. Ce sont les personnes de l’entreprise. À la réduction se tient l’essentiel : décarboner, dépendre moins des ressources, maîtriser les risques, sur le socle de la conformité. Plus loin, le social répare et fait coopérer : l’insertion des seniors chez Koeo, la co-construction chez Cause, la médiation chez Draw Align, les normes collectives chez Patte Blanche. Reste l’économie, qui dit d’où le salon attend la valeur.
L’économie : le coût évité domine, le modèle d’affaires s’ouvre par la coopération
À la réduction, l’économique passe d’abord par le coût évité et le risque : le coût de l’inaction chez Bartle, la mesure du risque par les banques, l’assurabilité chez Zurich, une décarbonation « déjà financée » par des gisements cachés chez EPSA. Il passe ensuite par la compensation et les crédits — France Crédits Biodiversité chez Removall, crédits carbone et biodiversité au WWF, co-bénéfices chez South Pole —, et par la valorisation, quand la directive EmpCo rend la communication « sécurisée et différenciante » chez EY. La Caisse des Dépôts demande pourquoi la transformation écologique est rentable.
Ce qui se vend entre au programme par sa conception. Le parcours des modèles plus sobres nomme la circularité, le réemploi, le reconditionnement et l’économie de la fonctionnalité, et fait surtout avancer l’écoconception : l’analyse de cycle de vie passe de quelques produits phares à des portefeuilles entiers, chez Maobi avec Schneider Electric, Manutan, Mobivia et Boulanger, puis avec Alain Afflelou, et Toovalu la relie aux arbitrages sur l’offre et les investissements. C’est la mesure des impacts négatifs de ce qui se vend.
Plus loin, quelques sessions touchent à ce qui fait le modèle d’affaires, et toutes passent par la coopération : l’économie de la fonctionnalité chez PACCT, où l’on vend un usage ou une performance plutôt que des volumes ; la circularité comme principe du modèle d’affaires chez Bartle, avec l’hôtellerie de LVMH ; une filière de reconditionnement construite collectivement chez Legrand ; la valeur construite à l’échelle d’une filière chez Agrosolutions et Agoterra ; la création de valeur mise à l’épreuve chez BL Evolution. C’est là que les fournisseurs montrent qu’ils cherchent à se réinventer : ils mettent en avant le passage de la mesure du risque à la conception de ce qui se vend et à la coopération entre acteurs.
Les trois piliers se rejoignent par la coopération, à l’échelle de la filière et du territoire. One Health relie santé humaine, animale et environnementale ; Fairtrade montre avec Sodexo et Lobodis que des conditions commerciales déséquilibrées, l’instabilité des revenus et la dégradation des écosystèmes fragilisent ensemble les chaînes d’approvisionnement ; Agoterra et LVMH posent qu’il faut, « en plus de sols vivants », des « agriculteurs vivants ». C’est à cette échelle que l’économique rejoint l’environnement et les personnes, et que la restauration commence.
L’Espace des Récits : ceux qui ont fait racontent
L’Espace des Récits donne la parole à ceux qui ont fait. Sodexo et Lobodis y racontent, avec Fairtrade, comment des achats équitables sécurisent leurs approvisionnements ; Dessica et Odyssée Environnement, avec PACCT, ce que change le fait de vendre un usage plutôt qu’un produit ; BigBen Connected, avec Toovalu, comment l’analyse de cycle de vie éclaire l’offre ; IKEA, quatre ans de livraisons parisiennes par la Seine. D’autres y présentent des outils, comme les services de l’ADEME ou le grand quiz de l’adaptation d’ekodev, ou des causes, comme l’engagement des collaborateurs pour la Fondation GoodPlanet et les labels forestiers pour le FSC et Fairtrade. Ces récits racontent des pratiques, pour l’essentiel à la réduction. Deux vont plus loin, parce qu’ils changent la relation : Fairtrade avec Sodexo et Lobodis, PACCT avec l’économie de la fonctionnalité. Les autres façons de voir, les imaginaires, se jouent à la tribune : c’est ce que développe notre analyse du salon.
4. Produrable 2026 au Capacity Score : 48 %, en haut du niveau de la réduction
De quelle analyse il s’agit. Le Capacity Score évalue la capacité d’une organisation à tenir ses trajectoires RSE, innovation et business, sur quatre niveaux — limiter, réduire, restaurer, régénérer — et sur six leviers de capacité. Chacun le remplit d’ordinaire pour son organisation, telle qu’il la vit : c’est un autodiagnostic.
Nous l’appliquons ici en lecture experte d’un collectif : le programme de Produrable 2026, soit 209 sessions consultées en ligne au 28 septembre.
L’analyse porte sur un programme, pas sur des entreprises. Elle situe la programmation que l’écosystème de la RSE — l’organisateur et les fournisseurs — propose aux entreprises, et non ce que celles-ci ou les cabinets pratiquent : une lecture d’entreprise se conduit sur d’autres documents, rapports de durabilité, comptes, plans de vigilance. La méthode en détail dans la FAQ du Capacity Score.
Le profil de Produrable 2026 par levier
Lecture externe du programme officiel de Produrable 2026 : 209 sessions portant un sujet — 23 conférences officielles et 186 ateliers en salle ou sur l’Espace des Récits —, lues au questionnaire Capacity Score. Les remises de prix, une formation réservée et les animations sur les stands restent hors de cette lecture. Estimation sur documents publics.
Le programme de Produrable 2026 s’estime à 48 % au Capacity Score, en haut du niveau de la réduction. La REF du MEDEF s’estime à 30 %, les Universités d’Été de l’Économie de Demain à 60 %. L’estimation porte sur les 209 sessions du programme. La lecture par leviers l’explique, levier par levier.
Le profil est resserré : vingt-trois points séparent le levier le plus haut, la chaîne de valeur à 61 %, du plus bas, le leadership personnel à 38 %. Trois leviers atteignent la restauration : la chaîne de valeur, puis l’innovation produit et les dynamiques humaines, au seuil de 50 %. Trois se tiennent à la réduction : l’intelligence écosystémique et la gouvernance à 44 %, et le leadership.
Le leadership personnel, levier le plus lent, désigne ce qui retient le programme à la réduction. Le passage à la restauration se joue sur l’intelligence écosystémique, à 44 % : c’est le levier qui ouvre le niveau suivant. On ne restaure que ce qu’on observe.
Où se situe le programme : ce qui le tient à la réduction, ce qui ouvre la restauration, ce qui vise la régénération
Plus de la moitié des sessions se situent à la réduction, un peu plus d’un cinquième atteignent la restauration. Un cinquième relèvent de la conformité, et trois visent la régénération. Le niveau du programme, lui, se lit sur les six leviers : l’estimation globale le situe à 48 %.
| Niveau | Sessions |
|---|---|
| Limiter | 42 |
| Réduire | 119 |
| Restaurer | 45 |
| Régénérer (visée) | 3 |
| Total | 209 |
Les 209 sessions du programme officiel de Produrable 2026, chacune située au niveau de ce qu’elle met en avant. Notre lecture du programme en ligne au 28 septembre.
Climate Week NYC compte 42 sessions sur 50 à la réduction, Produrable 119 sur 209, et les deux programmes se situent pourtant au même niveau : les leviers lisent la structure d’un programme, les sessions lisent ses sujets.
Ce qui tient le programme à la réduction. La décarbonation — scope 3, trajectoires SBTi, comptabilité carbone, électrification —, l’énergie et les matières critiques, l’économie circulaire, qui allège un flux sans changer d’où vient le profit, la compensation et les crédits, et surtout l’adaptation traitée comme un risque à chiffrer : le coût de l’inaction, l’assurabilité, la vulnérabilité des approvisionnements. La conférence d’ouverture en donne le ton : gouverner, c’est arbitrer sous contraintes. Sous ce niveau, un socle réglementaire — reporting, audit, notation, allégations — répond à l’obligation.
Ce qui ouvre la restauration. Les filières et les achats réciproques : BL Evolution avec Leroy Merlin, Fairtrade avec Sodexo et Lobodis, Legrand et sa filière de reconditionnement. L’ancrage territorial : la conférence sur l’ancrage local, Parangone, Bartle avec l’hôtellerie de LVMH, l’Office français de la biodiversité avec le WWF et Valrhona. Le parcours du vivant, qui répare : solutions fondées sur la nature, restauration de la biodiversité, hydrologie régénérative chez Oklima avec Simon Ricard et à l’ONF avec Charlène Descollonges, qui restaurent le fonctionnement hydrologique des territoires — ralentir, stocker, infiltrer. S’y ajoutent l’économie de la fonctionnalité chez PACCT, l’investissement dans la transition, les produits à plusieurs vies, et, côté personnes, l’insertion des seniors, les normes collectives et la coopération au travail. Ce qui ouvre la restauration travaille à l’échelle de la filière et du territoire : c’est à cette échelle que se lit l’état des sols et de l’eau. Le parcours du vivant se lit ainsi comme un signal local de restauration dans un programme qui se situe à la réduction : il montre où le passage s’amorce, dans un ensemble qui reste à la réduction.
Ce qui vise la régénération. Trois plateaux la visent. Regen Model Style, avec Fabrice Bonnifet et Amélie Deloche, demande comment passer de la réparation à la régénération, et son descriptif la définit encore par la restauration : réparer, restaurer, revitaliser. One Health relie santé humaine, animale et environnementale. L’atelier de Conseil Regen propose d’intégrer le régénératif au cœur des décisions. Les replays diront s’ils la franchissent.
5. Produrable au Capacity Score, levier par levier : le leadership retient, l’intelligence écosystémique porte le passage
La lecture par leviers désigne ce qui commande le salon. Le leadership personnel, à 38 %, est le levier le plus lent : il désigne ce qui retient le programme ; l’intelligence écosystémique, à 44 %, est le levier qui déclenche le passage à la restauration ; la chaîne de valeur, à 61 %, est le plus avancé. Pour chaque levier, voici ce qui situe le programme, puis ce qui ouvre le niveau suivant.
Leadership personnel · 38 % · le levier qui retient. La priorité posée est de limiter des risques identifiés : le coût de l’inaction chez Bartle, l’assurabilité chez Zurich, un sourcing exposé au climat chez Vertigo Lab avec Petit Bateau. L’adaptation en donne la mesure : dix-neuf des vingt-quatre sessions qui la traitent la pensent comme un risque ou un coût. La conférence d’ouverture pose que gouverner, c’est arbitrer sous contraintes ; le métier se joue dans l’arbitrage avec la direction générale et la finance, que Goodwill-management et Axys outillent, et le bilan attendu est celui d’arbitrages qui réduisent les risques : trajectoires, scope 3, plans d’adaptation.
Ce qui ouvre le niveau suivant. La tribune pose déjà les questions de la restauration : la conférence sur l’ancrage local demande comment mesurer la contribution d’une entreprise à son territoire, celle d’ouverture nomme les instabilités qu’aucune entreprise ne maîtrise seule, et Utopies plaide pour une adaptation territorialisée, faite de coopérations locales. Le pas suivant consiste à piloter l’adaptation du modèle, au-delà du risque chiffré.
Intelligence écosystémique · 44 % · le levier du passage. Le programme mesure toute la chaîne, scope 3 compris, chez Maobi ou Apave, mais d’abord en carbone, en eau et en énergie, et pour réduire des coûts et des risques. La viabilité à dix ans se pense en risques identifiés, avec la plateforme OCARA chez Haatch ou la financiarisation des risques chez BL Evolution, et quand les données contredisent la marge, le programme optimise sans toucher à l’offre. C’est ce que notre FAQ du Capacity Score nomme les « données sans pouvoir » : une mesure riche, qui documente avant d’arbitrer.
Ce qui ouvre le niveau suivant. Le savoir qui observe est dans la salle : les hydrologues — Emma Haziza en keynote, Charlène Descollonges, Simon Ricard —, l’écologue de Séché Environnement avec ACT Biodiversité, le biomonitoring de BeeOdiversity. Les indicateurs sociaux vont déjà plus loin avec l’insertion des seniors chez Koeo. Ceux qui vivent de l’état des sols et de l’eau restent peu présents : quatre producteurs agricoles, dont deux agriculteurs chez Agoterra. Faire entrer ce savoir dans les décisions de l’entreprise, avec ceux qui habitent le territoire, est le saut qui ouvre la restauration.
Chaîne de valeur localisée · 61 %. C’est le levier le plus avancé. Le programme contractualise les engagements avec les fournisseurs — BL Evolution avec Leroy Merlin, Zei avec l’Observatoire des achats responsables, Fairtrade avec Sodexo et Lobodis —, construit des filières ensemble — Legrand pour le reconditionnement, Agrosolutions avec InVivo et Soufflet — et adapte la chaîne avec les partenaires, chez WeCount avec SNCF Réseau et Valrhona. Ce levier a un visage, celui des directions achats : la directrice des achats de La Poste, la directrice du sourcing responsable de LVMH chez Bartle, la directrice mondiale du sourcing de Sodexo chez Fairtrade, le responsable de l’offre engagée de Leroy Merlin chez BL Evolution, et le Médiateur des entreprises, invité deux fois pour le label Relations fournisseurs et achats responsables. Reste à la réduction ce que la chaîne rend possible dans la durée, où l’on sécurise, substitue et recycle les matières critiques.
Ce qui ouvre le niveau suivant. La régénération commence avec le partage de la valeur entre les maillons : Bartle et l’hôtellerie de LVMH répartissent la valeur créée sur les territoires, et Agoterra relie avec LVMH sols vivants, revenu des agriculteurs et financement.
Innovation produit · 50 %, au seuil de la restauration. Le programme part de l’analyse de cycle de vie conduite à l’échelle des portefeuilles — Maobi avec Schneider Electric, Manutan, Mobivia et Boulanger, Toovalu avec BigBen Connected — et s’inspire de la circularité, de l’économie de la fonctionnalité et des produits à plusieurs vies. Les arbitrages de conception restent centrés sur le carbone, et les affichages servent à valoriser et à différencier sous la directive EmpCo, chez EY avec Belco ou chez Longtime by Ethikis.
Ce qui ouvre le niveau suivant. Le pas suivant étend l’analyse au social, de l’écoconception à l’éco-socio-conception, et change ce qui se vend : PACCT y montre avec Dessica et Odyssée Environnement ce que change le fait de vendre un usage plutôt que des volumes, et la conférence sur les produits à plusieurs vies demande si les entreprises renonceront à l’obsolescence comme moteur économique.
Dynamiques humaines · 50 %, au seuil de la restauration. Les équipes que décrit le programme sont sous tension : les directions RSE « s’essoufflent » dans la mesure chez Watershed, les freins viennent du décalage entre la direction et les métiers, et les émotions nommées sont la « green déprime » chez EPSA et le backlash chez Toovalu. Les récits y servent à vulgariser, raconter et valoriser des engagements. Le baromètre de WeCount, Bpifrance et Hability auprès de 500 responsables RSE montre pourtant que la mobilisation tient.
Ce qui ouvre le niveau suivant. Le programme va plus loin quand il fait coopérer : la co-construction chez Cause, la médiation des non-dits chez Draw Align, les normes collectives chez Patte Blanche avec Stéphane La Branche, et la Fresque des achats responsables, qui embarque tout l’écosystème des achats. Acteurs & Cie aborde l’engagement comme une ressource humaine qui « se cultive, se régénère, se préserve » : c’est la seule session où le verbe régénérer s’applique aux personnes. Le pas suivant fait sortir cette coopération de l’entreprise.
À la tribune, l’organisateur met les imaginaires en scène. Presque chaque conférence officielle s’ouvre sur un poète du collectif Les Poétiseurs, et la tribune accueille la philosophie : François Jullien, dont le « com-possible » inspire l’édito, Patrick Viveret sur le travail, Anne-Sophie Moreau (Philonomist) sur l’humain à l’heure de l’IA, Marion Genaivre (agence de philosophie Thaé) sur 2030. Regen Model Style, avec Amélie Deloche et Fabrice Bonnifet, fait des nouveaux narratifs son sujet même : embarquer citoyens, consommateurs, salariés et actionnaires. Corinne Lepage y pose un enjeu qui dépasse le salon : une bataille des représentations et des imaginaires, pour reprendre le récit de l’écologie.
Sur notre stand : trois fresques pour l’écart entre la tribune et les ateliers
Pendant les deux jours, nous avons présenté sur notre stand les trois fresques qui travaillent cet écart entre la tribune et les ateliers. La Fresque des imaginaires interroge la relation à la nature qui structure nos représentations, et donc nos décisions. La Fresque des émotions fait passer de l’émotion subie à l’émotion décodée. La Fresque du facteur humain travaille le passage du savoir au changement : savoir, vouloir, pouvoir, changer, persévérer.
Gouvernance et financement · 44 %. Le programme pilote des trajectoires de réduction chiffrées — Toovalu et Carbone 4 préviennent que les objectifs SBTi ont une date de péremption —, vise à dépendre moins des ressources, tient la gouvernance entre la direction et la fonction RSE, et limite la voix du vivant à la consultation.
Ce qui ouvre le niveau suivant. Le financement va déjà plus loin, pensé comme un investissement : la Caisse des Dépôts demande pourquoi la transformation écologique est rentable, la conférence sur les investissements traite de leur fléchage, et la coordination de filière met l’écosystème en mouvement. Le pas suivant associe les partenaires critiques à la gouvernance.
Face à la rentrée : l’offre cherche à se réinventer là où le programme est le plus avancé
Au Capacity Score, les fournisseurs montrent qu’ils cherchent à se réinventer là où leur offre accompagne déjà la transformation du modèle, et c’est là que le programme est le plus avancé. La chaîne de valeur, à 61 %, atteint la restauration par la coopération : des engagements contractualisés avec les fournisseurs, chez BL Evolution avec Leroy Merlin, chez Zei ou Fairtrade, et des filières construites ensemble, chez Agrosolutions, Agoterra ou Legrand. L’innovation produit, au seuil de 50 %, s’y ajoute avec l’analyse de cycle de vie conduite à l’échelle des portefeuilles, chez Maobi et Toovalu, et l’économie de la fonctionnalité chez PACCT. Ce sont les deux leviers que les fournisseurs portent.
Les sessions qui portent ces points forts sont réunies plus bas, dans notre sélection de seize sessions.
Le reste de l’offre aide à réduire les impacts négatifs et à maîtriser les risques — décarboner, dépendre moins des ressources, chiffrer le coût de l’inaction —, sur un socle réglementaire : il tient le programme à 48 %, en haut du niveau de la réduction. Le leadership, à 38 %, et l’intelligence écosystémique, à 44 %, y restent.
La rentrée demande une transformation profonde, et l’édito la nomme parmi ses équilibres. Au Capacity Score, cela veut dire deux passages. Le premier attend le salon : la restauration, c’est-à-dire suivre l’état des sols, de l’eau et des forêts que l’été a mis à l’épreuve, à l’échelle du territoire, et plus seulement le risque qu’ils font peser sur un site. C’est l’intelligence écosystémique, à 44 %. Le second est la régénération : un cap posé sur la contribution, une gouvernance ouverte aux partenaires, et un modèle économique qui augmente la capacité du vivant à prospérer, pour que le territoire et ses habitants prospèrent avec l’activité, et l’activité avec eux. Le salon en pose la question avec Regen Model Style ; ses six leviers se tiennent encore entre la réduction et la restauration.
Les noms cités illustrent ce que le programme met en avant ; ils illustrent sans valoir label ni validation de leurs porteurs ; la restauration précède la régénération.
Reste la question posée par l’édito : quels équilibres cultiver ? Le programme répond en mesurant, en réduisant et, dans son parcours du vivant, en réparant. La marche suivante porte sur l’observation de l’état des écosystèmes dont l’activité dépend, et c’est l’objet de la seconde partie de cet article.
Les trois leviers forment une seule trajectoire. Les fournisseurs se réinventent déjà sur la chaîne de valeur, à la restauration. Le programme y passera en observant l’état des écosystèmes dont l’activité dépend : c’est l’intelligence écosystémique, à 44 %. Ceux qui y sont déjà, comme l’écosystème engagé du Baromètre, butent ensuite sur la gouvernance et le financement. Nos propositions suivent cette trajectoire : l’observation de l’état des écosystèmes pour les cabinets et leurs clients, le co-investissement pour les directions achats.
Notre sélection : seize sessions en phase avec les enjeux de la rentrée
Parmi les 209 sessions, nous recommandons celles qui répondent le plus directement aux enjeux de cette rentrée : l’adaptation après l’été 2026, pensée à partir des écosystèmes ; une innovation qui change ce qui se vend et reste accessible ; des filières où l’économique rejoint l’environnement et les personnes ; le territoire, et la question de la régénération. Toutes ouvrent le niveau suivant, sauf une, retenue pour une autre raison : l’observatoire de Citeo et de l’ObSoCo, seule session qui parte du budget des ménages.
Et le 1er octobre, de 14 h à 15 h, nous avons présenté sur notre stand, Pavillon Fresques & Outils de sensibilisation, stand 15, le Baromètre Capacity Score 2026 : où en sont celles et ceux qui portent la régénération. Nos trois fresques — des imaginaires, des émotions, du facteur humain — y ont été présentées les deux jours.
Où en êtes-vous vraiment sur la trajectoire vers la régénération ?
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Faire le Capacity ScorePartie II · Notre analyse, et ce que nous proposons
6. Notre analyse : ce que la vitrine de Produrable montre de la réinvention du conseil RSE
Ce que montre la vitrine tient en une conclusion : réduire ses impacts négatifs en protégeant son chiffre d’affaires ne finance pas l’adaptation. Dix-neuf des vingt-quatre sessions consacrées à l’adaptation la traitent comme un risque, l’économie du programme passe par le coût évité, la rentrée politique finance l’adaptation par la règle et l’aide publique, et, au Baromètre, ceux qui veulent restaurer financent cette ambition comme on optimise. La question que pose le salon rejoint donc celle de la rentrée : avec quel modèle économique financer l’adaptation ? Les pages qui suivent y répondent.
Une partie du marché cherche à se réinventer vers la restauration, l’essentiel de l’offre se situe à la réduction
Se réinventer, c’est déplacer son point d’application. Le marché du conseil RSE se retourne parce que les entreprises ont cessé de financer l’écologie comme une obligation et cherchent ce qu’elle rapporte. Pour ces fournisseurs, cela veut dire passer de la limitation des dégâts en périphérie à la création de valeur au cœur de l’activité, et de la production de rapports à la transformation des offres, en travaillant la chaîne de valeur de chaque produit. Le sujet quitte la direction RSE pour la direction financière, les achats et l’industriel, et la question devient : de quoi mon activité dépend-elle pour continuer dans cinq, dix, vingt ans ? C’est ce que décrit notre analyse du marché du conseil RSE qui se réinvente, à partir de l’enquête de La Tribune de juillet.
Ce que la vitrine montre. Certains fournisseurs y présentent, au-delà de la réduction des impacts négatifs et de la maîtrise du risque, l’étape de la restauration : des engagements contractualisés avec leurs clients, chez BL Evolution avec Leroy Merlin, Zei ou Fairtrade ; des filières construites ensemble, chez Agrosolutions, Agoterra ou Legrand ; la vente d’un usage, chez PACCT ; la réparation des écosystèmes, chez Oklima, Reforest’Action ou BeeOdiversity. Au Capacity Score, c’est ce qui porte la chaîne de valeur à la restauration, à 61 %, et l’innovation produit au seuil, à 50 %.
Ce qu’elle montre aussi : l’offre d’un marché qui a grandi avec la réglementation. Les fournisseurs de la RSE — cabinets, éditeurs, organismes de certification — se sont dimensionnés sur la CSRD. La directive Omnibus a ramené son périmètre d’environ 50 000 à environ 10 000 entreprises dans l’Union, et les cabinets les plus adossés au réglementaire ont réduit la voilure, comme le décrivent nos tendances RSE 2027 : Ekodev a réduit ses effectifs de près de 40 %, Haatch son chiffre d’affaires de 20 %, et à trois mois du salon, plusieurs habitués avaient libéré leur stand, selon La Tribune. Le programme en porte la trace : un cinquième des sessions relèvent de la conformité, plus de la moitié de la réduction des impacts négatifs et de la maîtrise du risque. L’organisateur range cette offre dans des parcours placés sous le signe du risque, et ouvre la tribune plus loin : la contribution au territoire, le coût du temps long, l’investissement dans la transition.
Ce qui reste à mesurer. Une vitrine dit ce qu’un fournisseur choisit de mettre en avant, pas ce qu’il facture. Le programme établit qu’une partie du marché cherche à se réinventer ; savoir si elle vend déjà autre chose demande de lire les offres et le chiffre d’affaires des cabinets. C’est le prochain chantier de mesure.
Cinq rendez-vous d’entreprises, de Paris à New York, sur une même trajectoire
| Levier | Produrable 2026 | Climate Week NYC 2026 | UED 2026 | Forum Biodiversité & Économie | La REF 2026 |
|---|---|---|---|---|---|
| Estimation globale | 48 % | 47 % | 60 % | 62 % | 30 % |
| Leadership personnel | 38 % | 38 % | 67 % | 54 % | 14 % |
| Intelligence écosystémique | 44 % | 39 % | 61 % | 63 % | 28 % |
| Chaîne de valeur localisée | 61 % | 44 % | 61 % | 58 % | 39 % |
| Innovation produit | 50 % | 44 % | 50 % | 58 % | 39 % |
| Dynamiques humaines | 50 % | 67 % | 72 % | 71 % | 39 % |
| Gouvernance et financement | 44 % | 50 % | 50 % | 67 % | 22 % |
La REF réunit les adhérents du MEDEF autour du courage de produire et de la souveraineté, les Universités d’Été les entrepreneurs d’Impact France autour de l’indépendance, Produrable les directions RSE et leurs fournisseurs autour des équilibres à cultiver. Lus au même Capacity Score, ils se situent sur la même trajectoire : La REF à 30 %, en bas de la réduction, Produrable à 48 %, en haut, les UED à 60 %, à la restauration. Chacun en est là pour des raisons qui tiennent à ce qu’il est.
Climate Week NYC 2026 se situe au même niveau que Produrable. Lu au même Capacity Score, le programme officiel de Climate Group, à New York du 20 au 27 septembre, s’estime à 47 %, en haut de la réduction. L’intelligence écosystémique y reste aussi sous le seuil de la restauration, à 39 % : des deux côtés de l’Atlantique, les données servent le risque et le reporting avant de suivre l’état des écosystèmes. Climate Week va plus loin que Produrable sur les dynamiques humaines, à 67 % contre 50 %, et moins loin sur la chaîne de valeur localisée, à 44 % contre 61 %, où le programme de Produrable donne plus de poids aux approvisionnements. Notre lecture de Climate Week NYC 2026 (en anglais) le détaille.
Le Forum Biodiversité & Économie de l’OFB se situe à la restauration, comme les Universités d’Été. Lu au même Capacity Score, le programme des 3 et 4 novembre s’estime à 62 %, et ses six leviers atteignent la restauration. L’écart avec Produrable se lit d’abord sur l’intelligence écosystémique, à 63 % contre 44 % : les indicateurs que propose le forum portent sur les écosystèmes eux-mêmes, quand le salon chiffre surtout des risques. C’est le levier qui ouvre la restauration, et le forum de l’OFB montre à quoi il ressemble. Notre lecture du Forum Biodiversité & Économie le détaille.
Sur la chaîne de valeur et l’innovation produit, le programme se situe au même niveau que celui d’Impact France : 61 % et 50 % des deux côtés. Ce sont les deux leviers où la vitrine montre que le marché cherche à se réinventer.
Le financement est pensé comme un investissement. La Caisse des Dépôts demande pourquoi la transformation écologique est rentable, et la conférence sur les investissements traite de leur fléchage : sur cette question, le programme atteint la restauration. Ce qui tient sa gouvernance à 44 % est la question de qui décide, et avec qui.
La posture se construit avec les dirigeants. Le leadership se situe à 38 % et les dynamiques humaines à 50 % ; aux Universités d’Été, ces deux leviers atteignent 67 % et 72 %. La différence tient en partie au format : un mouvement d’entrepreneurs réunit des dirigeants qui disent où ils vont, ce qui est la matière même du leadership ; un salon de fournisseurs réunit des prestataires qui présentent des méthodes. La posture viendra des directions qui consultent ces fournisseurs, et c’est à elles que s’adresse la feuille de route.
Chaque programme a son levier à travailler. Pour La REF et Produrable, le leadership est le levier le plus lent (14 % et 38 %) et l’intelligence écosystémique celui du passage à la restauration (28 % et 44 %). Le parcours du vivant de Produrable suit déjà l’état des sols et de l’eau. Les UED, à la restauration, ont la gouvernance et le financement pour retenir le niveau, et l’innovation produit pour porter le passage à la régénération.
Ce que notre lecture répond à l’édito : l’équilibre se déplace
Depuis Alexander Nicholson (1933), l’écologie décrit l’équilibre de la nature comme un ajustement permanent plutôt que comme un état de constance. Viser un retour à l’équilibre pour continuer à prélever au même rythme revient donc à courir après un point qui se déplace. C’est ce que « cultiver les équilibres » laisse ouvert, et ce que l’équilibre des écosystèmes développe.
La régénération prolonge ce chemin sans le remplacer. Nous la définissons dans notre livre blanc : donner aux êtres vivants, dont les humains, les ressources leur permettant d’être en capacité d’atteindre leur plein potentiel dans leur environnement. L’édito parle de la régénération des organisations ; dans notre définition, seuls les êtres vivants se régénèrent, et l’entreprise tisse des relations mutuellement bénéfiques entre eux, de sorte que chacun renforce par son activité la capacité des autres. Le salon a fait le premier pas en posant le mot, et son parcours du vivant répare déjà.
Ce que le Baromètre ajoute : le verrou est la gouvernance, et il se lève par le modèle économique
Le Baromètre Capacity Score 2026, que nous avons présenté sur notre stand le 1er octobre, dit où en sont celles et ceux qui portent la régénération : 116 diagnostics complets menés au premier semestre 2026, dont 74 personnes en poste, qui décrivent leur organisation, et 42 consultants, qui décrivent leur posture d’accompagnement. L’écosystème engagé se situe à 63 %, au niveau de la restauration : la moitié des répondants s’y trouvent, un quart à la réduction, un quart à la régénération, et aucun à la seule conformité. Ses six leviers relèvent tous de la restauration.
| Levier | Baromètre 2026, ensemble des répondants |
|---|---|
| Estimation globale | 63 % |
| Leadership personnel | 71 % |
| Intelligence écosystémique | 60 % |
| Chaîne de valeur localisée | 62 % |
| Innovation produit | 66 % |
| Dynamiques humaines | 68 % |
| Gouvernance et financement | 54 % |
La conviction est installée ; elle cède là où il faut l’argent et le pouvoir. Le leadership et les dynamiques humaines sont les leviers les mieux installés : les dirigeants veulent faire de la contribution un moteur de différenciation, et quatre équipes sur dix tiennent que l’activité dépend de la vitalité du vivant. Le point de départ de l’innovation est déjà le potentiel des écosystèmes d’un territoire, et les engagements réciproques passent devant le prix dans les achats. Mais la donnée documente sans arbitrer, la valeur s’arrête avant le vivant, et l’éco-conception arbitre sur les coûts et les impacts négatifs pour près de six répondants sur dix, quand trois pour cent y priorisent la biodiversité et le bien-être humain.
La gouvernance, à 54 %, est le verrou. Elle s’ouvre facilement : la coopération et la consultation régulière des partenaires arrivent en tête, et la trajectoire affichée la plus fréquente est régénérative, pour un tiers des répondants. Elle engage difficilement : l’ambition qui guide réellement les décisions reste de tenir face aux polycrises, la transition se finance sur les marges ou pas du tout, et la voix du vivant n’entre dans aucune décision pour près de quatre répondants sur dix, quand une entreprise sur sept seulement la partage vraiment. La gouvernance s’ouvre pour s’informer ; elle cède rarement l’argent et le pouvoir.
Ce verrou a deux faces, et la seconde est le modèle économique. La gouvernance dit qui décide, le financement qui paie, et le modèle économique comment l’un et l’autre s’organisent pour que la contribution devienne une source de valeur plutôt qu’un coût. Aujourd’hui, la contribution reste un coût prélevé sur les marges pour 62 % des répondants, et une source de revenu pour 14 %. La tension est la plus forte au niveau de la restauration : ces organisations veulent réparer ce dont elles dépendent et financent cette ambition comme on optimise. Le déblocage n’est donc pas budgétaire : il suppose de passer d’un modèle où l’écologie doit rapporter des économies à un modèle où la contribution est d’abord un investissement partagé, puis une source de valeur — celui de l’économie de la mutualité.
Les consultants rencontrent le même verrou que les entreprises qu’ils accompagnent. Même score global, 63 %, et même gouvernance à 54 %. C’est pourquoi le conseil cherche à se réinventer par le modèle économique : transformer des offres plutôt que produire des rapports, en réunissant la chaîne de valeur d’un produit autour de quatre questions — qui fixe le prix, qui porte le risque quand la récolte est mauvaise, qui bénéficie quand le sol s’enrichit, qui a voix dans les décisions de la filière. Ces quatre questions sont celles de la gouvernance, et c’est là que le verrou se lève.
Ce que la rentrée politique attend des entreprises : l’adaptation, et ceux qui la vivent
Le salon s’ouvre le jour où le budget est déposé. Le projet de loi de finances pour 2027 arrive à l’Assemblée le 30 septembre, pour un arbitrage le 17 novembre, et la présidentielle suit dans sept mois. Après un été où près de 100 000 hectares ont brûlé — 25 000 sinistres et près de 500 millions d’euros selon France Assureurs —, 80 % des Français font de l’adaptation une priorité du prochain président. Notre lecture des six prises de parole de la rentrée l’établit : le débat est passé de la conditionnalité des aides au financement de l’adaptation.
Sur l’environnement, la capacité existe et le financement reste public. Quatre prises de parole sur six ont la capacité de porter un plan d’adaptation : les Écologistes le dotent de sept milliards d’euros par an et visent soixante mille kilomètres de haies, le Parti socialiste engage la restauration des forêts, des milieux aquatiques et des sols, La France insoumise porte dix-sept mesures pour la forêt. Toutes la financent par la règle, l’impôt ou l’aide publique, aucune par le débouché.
Sur les personnes, la demande est une transformation qui ne pèse pas sur les plus fragiles. 55 % des Français estiment que les plus en difficulté subissent davantage les conséquences du dérèglement, 26 % veulent transformer radicalement la société et 54 % la réformer en profondeur. Le refus porte sur la forme prescriptive — 64 % jugent que les autorités disent trop ce qu’on doit faire en matière d’environnement — et sur les renoncements ; l’adhésion va aux modes de vie et à ce qu’on gagne, comme « moins de consommation d’objets, plus de qualité », qui réunit 73 % des proches des écologistes et 40 % des Français situés très à droite.
Pour les entreprises du salon, la question porte sur le critère. La conditionnalité des aides publiques, 211 milliards d’euros par an, est écrite dans les trois programmes de gauche, et une large part de ces aides finance des diagnostics, des études et des investissements ciblés sans exigence de transformation du modèle économique : c’est le marché même des fournisseurs de la RSE. Passer d’une logique de guichet à une logique de capacité demande un critère, ce que le territoire et ses habitants gagnent parce que l’entreprise existe, et ce critère reste à écrire. Les ETI et les PME sorties du périmètre de la CSRD, qui poursuivent parce que leurs clients, leurs financeurs et leur activité le demandent, se posent la même question que l’État : avec quel modèle financer ce qui les rendra moins exposées ?
Les grands enjeux de l’année : la RSE entre dans le modèle économique
En 2027, la RSE se décide dans le compte de résultat. C’est la thèse de nos tendances RSE 2027. L’obligation légale a reculé, l’enjeu a changé de nature, et la question n’est plus « suis-je obligé de le faire ? », mais : est-ce que ce que je vends, et ce que j’achète pour le produire, rend les gens et les territoires plus riches — en santé, en revenus, en biodiversité ? Ces enjeux donnent sa forme concrète à la transformation profonde que la rentrée demande.
La dépendance au vivant entre dans les comptes. Les incendies de Gironde ont fait évacuer 14 500 entreprises, dont 13 000 à l’arrêt, et empêché plus de 130 000 salariés de travailler, parce que la ressource dont un département entier vit avait brûlé. Le vivant travaille gratuitement pour toutes les entreprises, et quand ce travail ralentit, l’écologie entre dans le compte de résultat par les opérations avant d’entrer dans le rapport de durabilité. Obtenir des moyens en 2027 demande donc un business case de transition : ce que la trajectoire coûte, ce qu’elle rapporte, à un an et à dix ans, et qui la finance.
La réduction des impacts négatifs plafonne. Elle était le premier pas, et son rendement se heurte à quatre limites : une perte évitée reste une perte évitée ; le gain par unité se dissout dans le volume ; l’échelle du problème dépasse celle de l’entreprise ; et le financement se rejoue à chaque exercice, prélevé sur les marges et justifié en coûts évités.
Des dépendances aux capacités. Ce dont l’économie dépend tient moins à des stocks qu’à des capacités de renouvellement — sols, eau, compétences, confiance —, et une entreprise peut les renforcer au lieu de les exploiter. L’indicateur change alors de nature : une capacité qui augmente plutôt qu’un impact négatif qui diminue. Le temps devient le vrai obstacle, parce qu’un sol ou une filière se reconstruisent en années quand l’entreprise se pilote en exercices, et le bilan bloque, parce que les normes comptables ne savent pas encore inscrire le capital naturel créé.
La contribution change de place dans le modèle. Restaurer produit déjà un effet réel ; le niveau suivant est un retournement de finalité : la contribution passe dans ce qui se vend, et se finance par la marge qu’elle crée plutôt que par les coûts qu’elle évite. Personne ne la porte seul : ce qui tient est le co-investissement, où plusieurs acteurs d’une même chaîne engagent ensemble la durée, le préfinancement et les outils de première transformation, puis se partagent la valeur créée. C’est qui le Patron ?! en donne le mécanisme, et la preuve fait le prix : en rayon, c’est la vérifiabilité qui est payée, avant le niveau atteint.
La rentrée politique finance l’adaptation par la règle et l’aide publique. Les six prises de parole de la rentrée financent la conduite par la règle ou par l’aide publique, aucune par le débouché ; Impact France est seul à plaider pour que le marché récompense ce qui contribue. Le débouché se construit à deux endroits : par l’État, qui peut reconnaître dans la commande publique et dans la conditionnalité des aides les labels qui attestent la contribution, et par les entreprises, dans leurs cahiers des charges, leurs contrats et leurs prix. C’est le sens du Made in France contributif.
Le marché de l’accompagnement cherche sa réponse dans le modèle économique. « On sort de la sensibilisation pour entrer dans le dur », résume Elisabeth Laville, qui dirige Utopies. Selon une étude Bain, 54 % des dirigeants citaient en 2024 les leviers business comme motivation de leurs actions pour l’écologie et le climat, contre 34 % en 2018, et les directions financières achètent désormais des transformations de modèle là où elles achetaient des rapports.
Les sessions qui répondent le mieux à ces enjeux sont réunies dans notre sélection, en fin de section 5.
7. Après Produrable, ce que nous proposons : aux entreprises, et à l’écosystème de la RSE
La rentrée 2026 est celle de la protection et de l’adaptation, et Produrable en est le salon professionnel. Il outille la réduction des impacts négatifs et la maîtrise des risques, sur un socle de conformité, et il ouvre, dans son parcours du vivant, la réparation des écosystèmes. C’est la condition de tout le reste.
Aux entreprises présentes au salon : une feuille de route en trois étapes
Pour celles qui se situent comme le programme, au niveau de la réduction, le levier du passage est l’intelligence écosystémique. Le saut à choisir est unique : suivre l’état des sols, de l’eau et de la biodiversité dont l’activité dépend, comme le font déjà les ateliers du parcours du vivant. Ce saut se traduit ensuite en décisions — un renoncement explicite, un arbitrage quand les données contredisent la marge, une modification de gouvernance ou d’offre —, que nos Fresques et le Business Model Régénératif accompagnent. C’est la méthode que pose notre FAQ du Capacity Score.
Deux formats y répondent, selon l’endroit où se trouve le verrou. S’il est dans votre chaîne, c’est le Business Model Régénératif, en cinq ateliers avec vos parties prenantes. S’il dépasse votre entreprise — un outil industriel manquant, des pratiques sur lesquelles personne ne s’est accordé —, ce sont les Regenerative Circles, qui réunissent les acteurs d’une filière, concurrents compris. Notre lecture de la chaîne de valeur régénérative détaille ce passage.
À l’écosystème de la RSE : trois propositions
C’est l’écosystème qui peut faire monter d’un niveau ce que le salon propose, et nous lui faisons trois propositions : aux fournisseurs, aux directions achats, à l’organisateur.
Aux cabinets et aux plateformes : franchir la marche avec leurs clients. Les cabinets BL Evolution, Utopies et Bartle et les plateformes Zei et WeCount portent déjà des sessions qui atteignent la restauration sur la chaîne de valeur, sur un marché qui se resserre. La frange engagée du conseil se situe déjà à la restauration, d’après le Baromètre ; l’offre que le marché porte au salon, à la réduction. C’est cette distance que la réinvention du conseil a à franchir. Nous leur proposons un Regenerative Circle Écosystème, dont la première session est gratuite, sur une seule question : comment faire passer vos clients de la mesure de leurs émissions au suivi de l’état des écosystèmes dont ils dépendent, produit par produit ? Le Capacity Score, qu’ils peuvent embarquer tel quel avec leurs clients en citant Nous Sommes Vivants, situe chaque client ; le Baromètre sert de référence ; la feuille de route en trois étapes trace le chemin. Pour leurs clients à la réduction, le passage s’ouvre par l’observation de l’état des écosystèmes ; chez l’écosystème engagé, déjà à la restauration, c’est la gouvernance qui le retient, et son accompagnement reste à construire selon le Baromètre. C’est là que la réinvention du conseil a le plus à gagner.
Aux directions achats : passer de la coopération au partage de la valeur. La directrice des achats de La Poste, les directions du sourcing de LVMH et de Sodexo, l’offre engagée de Leroy Merlin portent déjà la chaîne de valeur au salon. L’investissement est déjà au programme ; le pas suivant est le co-investissement de filière. Coordonner une filière la stabilise ; co-investir et partager équitablement les gains la fait prospérer. C’est l’économie de la mutualité : durée des engagements, préfinancement de la transformation, répartition de la valeur, triple comptabilité. C’est qui le Patron ?! en donne le mécanisme : un prix construit à partir du revenu du producteur, inscrit dans un contrat de cinq ans, 0,59 € le litre garanti sur 90 élevages, et 126 millions d’euros de chiffre d’affaires en hausse de 11,8 %. Un modèle contributif peut arriver en rayon au même prix : un lait équitable dont le prix se construit avec toute la filière arrive en rayon au niveau du lait non bio, comme le relèvent nos tendances RSE 2027. C’est une piste pour le pouvoir d’achat, et le chantier de mesure ouvert en section 3 dira jusqu’où elle tient.
À l’organisateur : faire du parcours du vivant le fil de l’édition 2027. C’est là que le programme observe déjà l’état des sols, de l’eau et des forêts, et c’est ce qui ouvre la restauration. Donner la tribune à ceux qui en vivent — agriculteurs, gestionnaires de forêts et de bassins versants, élus des territoires —, à côté des scientifiques invités cette année, ferait entrer ce savoir dans les décisions des entreprises. Nous tenons cette lecture au Capacity Score à la disposition du Groupe AEF pour préparer l’édition suivante.
La régénération commence où l’équilibre s’arrête. Donner au vivant les ressources dont il a besoin pour augmenter ses capacités : le modèle économique augmente la capacité du vivant à prospérer, pour que le territoire et ses habitants prospèrent avec l’activité, et l’activité avec eux — à deux conditions : avoir d’abord réduit ses impacts négatifs, et répondre à un besoin réel. La question qui la tranche est celle-ci : est-ce que le territoire et ses habitants se portent mieux grâce à votre activité économique ?
Votre activité économique a-t-elle la capacité de tenir avec ses écosystèmes ?
Le Capacity Score, gratuit, l’évalue sur les six leviers du Capacity Score et la situe sur les quatre niveaux de la trajectoire — dont la restauration, celui de la robustesse, un aboutissement stratégique légitime. Lisez aussi le Baromètre Capacity Score 2026, présenté sur notre stand le 1er octobre. 30 minutes · gratuit · résultats immédiats.
Faire le Capacity ScoreLire le Baromètre 2026Lire la stratégie de robustesse« Avec un made in France régénératif, le territoire et ses habitants prospèrent grâce à l’activité économique — pas malgré elle. »
Jérémy Dumont, Nous Sommes Vivants
Pour aller plus loin
- La rentrée politique de l’écologie 2026 au Capacity Score — les partis, les mouvements d’entreprises et le Shift Project, lus au même Capacity Score, de 25 à 63 %.
- Les Universités d’Été de l’Économie de Demain au Capacity Score — le programme d’Impact France : 60 %, au niveau de la restauration.
- Le Forum Biodiversité & Économie 2026 au Capacity Score — le programme de l’OFB : 62 %, au niveau de la restauration.
- La REF 2026 au Capacity Score — le programme du MEDEF : 30 %, où le leadership porte sa plus grande marge.
- Le Capacity Score — l’auto-évaluation qui situe votre activité sur les quatre niveaux et désigne le levier à travailler. Gratuit, 38 questions.
- Le Business Model Régénératif en 5 ateliers — la méthode pour transformer une offre avec ses parties prenantes.
- Les modèles économiques responsables vers l’économie régénérative — circularité, fonctionnalité, économie sociale et solidaire, situées une à une.
- Les Lauriers de la Régénération — près de cent produits et services qui démontrent la contribution.
Note de méthode. Cet article lit un programme, donc des intentions annoncées, dans son état en ligne au 28 septembre 2026. Ce que situe l’estimation : la programmation que l’écosystème de la RSE — l’organisateur et les fournisseurs — propose aux entreprises, et non la pratique des entreprises présentes ni celle des cabinets. Ce qui est lu : 209 sessions, soit les 23 conférences officielles programmées par l’organisateur, 165 ateliers portés par les partenaires exposants et 21 prises de parole à l’Espace des Récits. 170 sont lues sur leur descriptif publié dans le programme en ligne, 39 sur leur titre et leur plateau, le programme imprimé ne publiant pas de descriptif par atelier. Les constats sur qui prend la parole portent sur les conférences officielles, l’Espace des Récits et les ateliers des parcours du vivant, de la production, de la consommation et de la circularité, et des talents et de la société, dont nous avons lu les intervenants. Ce qui n’est pas lu : les animations sur les stands, les remises de prix (Grand Prix de la Marque Engagée, Trophées Talents for the Planet, Prix du livre pour dirigeant), la formation à accès réservé et le programme en ligne des pavillons. Comment le score est établi : chaque levier est lu sur ses propres questions, à partir de l’ensemble des 209 sessions ; la méthode est détaillée dans la FAQ du Capacity Score. Nous confronterons cette lecture aux replays des sessions.
Sources : programme officiel de Produrable 2026, Groupe AEF, 30 septembre et 1er octobre 2026 · Forum pour l’Investissement Responsable, « PRODURABLE 2026 : une 19e édition pour « Cultiver les équilibres » », 31 août 2026 · JDS, fiche du salon Produrable 2026 · La Tribune, « Le grand retournement du conseil RSE », 22 juillet 2026 · L’Info Durable, « PRODURABLE 2026 : « Cultiver les équilibres », fil rouge de la 19ème édition » · Carenews, fiche de l’événement Produrable 2026 · L’ADN, présentation de l’édition 2022, « L’heure des choix ! » · Apave, « Le Groupe Apave au salon Produrable 2026 » · programme en ligne de Produrable 2026, conférences officielles, parcours Agro / Santé / Biodiversité, Production / Consommation / Circularité, Finance / Reporting / Gouvernance et Social / Savoirs / Communication, descriptifs des sessions, consulté le 28 septembre 2026 · Nous Sommes Vivants : livre blanc « Ce que la régénération du vivant change pour les décisions d’entreprise » (mars 2026), questionnaire et matrice du Capacity Score, lectures au Capacity Score de La REF 2026, des Universités d’Été de l’Économie de Demain 2026, des programmes des Écologistes, du Parti socialiste et de La France insoumise, du plan du Shift Project, analyse de C’est qui le Patron ?!, Baromètre Capacity Score 2026, Tendances RSE 2027, « Réinventer le conseil RSE : la voie de la régénération » · directive (UE) 2024/825 dite EmpCo.

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