Les Écologistes sont-ils les plus écologistes ? Leur programme au Capacity Score, et la lecture des journées d’été de Grenoble

Le programme des Écologistes lu au Capacity Score : 63 %, niveau restaurer, l'innovation à 44 %, le levier de la prochaine étape

Les Écologistes, lecture d’un programme public — à situer parmi nos six lectures de la rentrée.

Le programme des Écologistes, lu au Capacity Score, s’estime à 63 %, au niveau de la restauration : le programme répare ce qui est dégradé — la biodiversité terrestre, les forêts, les océans et leurs artisans.

La rentrée politique de l’écologie

La rentrée politique de l’écologie 2026 : les six analysesLe projet du Parti socialisteLa comparaison Mélenchon-TondelierMélenchon, quelle écologie ?La REF 2026 · MEDEFUniversités d’Été de l’Économie de DemainFaut-il débrancher Jancovici ?

Ce que nous portons

L’écologie populaireL’enjeu politique de la régénérationLe livre blanc de la régénérationLes tendances RSE 2027Les 4 imaginaires de l’écologieLes Lauriers de la Régénération

La demande que nous portons

« Made in France » dit où le produit a été fini. Il ne dit rien du revenu versé au producteur, des sols dont la vie biologique s’enrichit, du métier maintenu sur le territoire. Le manifeste demande que cette contribution devienne lisible en rayon : passer d’« assemblé ici » à « fait grandir le vivant ici ». L’État peut y contribuer en reconnaissant les labels qui l’attestent déjà — Regenerative Organic Certified, Demeter, Bio Équitable en France — dans la commande publique et dans la conditionnalité des aides ; le poids commercial, lui, se construit par les marques et les acheteurs. Lancé le 12 juin 2026 aux Lauriers de la Régénération, il a été remis aux ministères de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce.

Lire le manifeste du made in France contributifLes cent produits qui le démontrentLa recherche-action triple profitabilitéLa chaîne de valeur régénérative

L’été 2026 a été le plus chaud jamais mesuré en France, et il a laissé deux traces. L’une se compte en hectares : les incendies de juillet ont parcouru 42 000 hectares en Gironde et dans les Landes, et France Assureurs a chiffré la facture à près de 500 millions d’euros pour 25 000 sinistres, dont plus de 1 800 pertes d’exploitation évaluées à 30 millions — survenues, dans la très grande majorité des cas, sans dégât matériel direct pour les entreprises. L’autre se mesure dans les têtes : l’Obseca établit que 2,6 millions de Français ont basculé en deux ans vers les formes les plus intenses d’éco-anxiété, et que plus de quinze millions sont aujourd’hui concernés.

Ce second chiffre dit quelque chose de politique. L’inquiétude écologique cesse d’être une position pour devenir une expérience — celle d’une canicule tenue dans un logement qui ne protège pas, d’une récolte perdue, d’un département évacué. Et l’ADEME, qui copublie ces travaux, désigne le passage à travailler : conduire cette charge vers l’éco-engagement plutôt que de la laisser peser. C’est la question que cette lecture pose aux programmes — ce qu’ils promettent d’action publique se juge à ce qu’ils rendent possible à ceux qui produisent, et à ce qu’ils donnent à faire.

La question du coût de l’adaptation s’en trouve rouverte. Le programme des Écologistes la chiffre plus précisément qu’aucun autre : sept milliards d’euros par an d’ici 2032 pour le plan national d’adaptation, six Français sur dix fortement exposés, un sur quatre en zone inondable, vingt millions de personnes concernées par le retrait-gonflement des argiles.

Payer les digues, les logements à rénover, les récoltes perdues, les forêts à replanter, les métiers qui se transmettent : la réponse passe par l’impôt, la norme et l’aide. Elle passe rarement par ce qui se vend.

Un projet politique fixe le cadre dans lequel les entreprises produisent : ce qu’on leur impose, ce qu’on leur finance, ce qu’on les autorise à vendre. Il décide donc, indirectement, de ce qu’elles peuvent concevoir — et c’est à ce titre qu’un diagnostic d’entreprise s’y applique.

Trois questions se posent alors au programme des Écologistes : que demande-t-il aux entreprises, que leur rend-il possible, et jusqu’où peut-il conduire un pays pris entre des écosystèmes qui se dégradent et un pouvoir de vivre qui recule ?

Le moment s’y prête. Le parti a publié son programme le 13 juillet 2026, tenu ses journées d’été à Grenoble du 20 au 22 août, et Marine Tondelier a ouvert la semaine des universités d’été le 21. Ce qui est écrit aujourd’hui est ce que le candidat désigné portera devant les électeurs, et ce qu’une majorité écologiste imposerait aux entreprises.

« Pour une prospérité écologique » compte plus de deux cents pages, huit parties et un avant-propos qui pose l’ambition. Le programme est le fruit de dix mois de travail et de cinquante mille contributions individuelles : quatre-vingt-sept pour cent des propositions ont été modifiées après consultation, soixante-huit ont été ajoutées, et un dixième relève de l’échelle européenne. Il est publié sur lesecologistes.fr, et c’est lui que le Capacity Score estime.

Les journées d’été ont eu lieu à Grenoble du 20 au 22 août. Quarante-deuxième édition, tenue à l’Université Grenoble Alpes, plus d’une centaine de rendez-vous et plus de deux mille participants, dans une ville dirigée par une majorité écologiste depuis mars 2026. Elles se lisent à part : elles disent ce que le parti met à l’ordre du jour, et elles ne reçoivent pas d’estimation.

Jusqu’où les Écologistes sont-ils à la hauteur de leur propre avant-propos ? Leur programme s’estime à 63 % au Capacity Score, au niveau de la restauration. Les trois projets de gauche s’y situent au même niveau, et ce qui les distingue se lit levier par levier. Il répare des écosystèmes dégradés, arbitre entre des usages et protège des trajectoires humaines abîmées : gain net de soixante mille kilomètres de haies d’ici 2030, trame de vieux bois et libre évolution en forêt, continuités écologiques développées pour les cours d’eau, sécurité sociale écologique ouvrant des droits à une alimentation saine et à un environnement non toxique. C’est aussi le seul des trois où la relation au vivant se pose comme condition de la liberté.

Il l’est au niveau de la restauration, et la régénération est le pas suivant. Réparer contribue déjà : la biodiversité terrestre, les océans et leurs artisans, les forêts reçoivent chacun leur chapitre, et le programme les conduit sur les deux versants à la fois — l’état des écosystèmes et les conditions de vie, avec dix chapitres consacrés à la sécurité sociale écologique. Régénérer demande autre chose : que l’activité elle-même fasse prospérer le territoire et ceux qui l’habitent, et que la rentabilité vienne de là. Ce que le programme finance, il le finance par la dépense publique, et une dépense s’arbitre chaque année contre les autres. Un revenu tiré de la vente de produits responsables, lui, ne dépend d’aucun budget annuel à revoter.

On n’attend pas d’un programme écologiste qu’il porte un SMIC à 2 000 € bruts, une garantie d’emploi après 55 ans et une sécurité sociale professionnelle où les droits survivent à la perte d’un emploi. C’est pourtant ce que fait la sécurité sociale écologique, sur dix chapitres — de la solitude au deuil, de la pauvreté aux familles. Que ce programme atteigne la restauration sur ce pilier n’a rien d’une surprise : il est aussi celui qui écrit le plus sur le produit lui-même — durée de vie, réparabilité, démontabilité, taux minimal de matières recyclées, indice de durabilité bloquant sous un certain seuil, fiscalité sur le cycle de vie. Chacun de ces éléments existe, chacun dans son chapitre — et aucun ne relie encore la conduite au champ à ce qui se vend en rayon.

Deux produits fabriqués en France ne font pas vivre la même chose. Le made in France contributif désigne celui dont la fabrication rémunère un producteur, régénère un sol et maintient un métier — près de cent produits français le démontrent déjà. C’est ainsi qu’une entreprise s’adapte sans y perdre : la contribution au territoire devient la source de sa marge plutôt qu’une charge à financer. Et c’est là que la souveraineté devient réelle — des sols qui produisent, des filières qui tiennent, des métiers qui se transmettent — plutôt qu’un périmètre à défendre.

Cette lecture s’inscrit dans la série des universités d’été et des programmes de rentrée analysés par Nous Sommes Vivants. Marine Tondelier a ouvert la semaine le 21 août, le programme insoumis et Jean-Luc Mélenchon ont suivi le 23, La REF du MEDEF les 26 et 27, les Universités d’Été de l’Économie de Demain le 28, le CamPuS du Parti socialiste les 28 et 29. Les trois projets de gauche ont été lus au même Capacity Score et au même format, ce qui les rend comparables levier par levier — notre comparaison ligne à ligne avec le programme insoumis le montre sur la gouvernance, la forêt et l’agriculture.

Le résultat au Capacity Score

63 % · Restaurer

Il reconnaît l’interdépendance et réglemente la conception des produits ; la contribution de l’offre n’entre pas dans le champ, et son financement ne passe jamais par la vente.

Leadership 62 %

Intelligence écosystémique 67 %

Chaîne de valeur 67 %

Innovation 44 % — le verrou

Dynamiques humaines 67 %

Gouvernance 72 %

Le prochain passage — d’une conception réglementée par l’impact à une conception qui parte de l’écosystème et de ceux qui en vivent.

Le contexte, l’enjeu, et la méthode

Le contexte. Fin août est la saison des universités d’été. La France insoumise tient ses AMFIS dans la Drôme le 23, le patronat suit avec La REF les 26 et 27 et les Universités d’Été de l’Économie de Demain le 28, le CamPuS socialiste ferme la semaine à Blois. Les Écologistes, eux, ont publié leur programme et tenu leurs journées d’été plus tôt dans l’été — le détail est donné plus haut.

L’enjeu. Après un été de canicules et d’incendies, la question posée à chaque projet politique est celle de l’adaptation : donne-t-il au pays les moyens de tenir avec des écosystèmes qui se dérèglent, et jusqu’où peut-il le conduire ? Une seconde question traverse la lecture : jusqu’où un projet politique peut-il transformer les règles sans transformer la finalité économique des organisations qui les mettent en œuvre ?

La méthode. Le Capacity Score est un diagnostic d’entreprise : trente-huit questions qui situent une activité sur une trajectoire de responsabilité — limiter, réduire, restaurer, régénérer — et désignent, levier par levier, ce qui limite sa progression. Les décideurs y répondent eux-mêmes en auto-évaluation ; nous conduisons ici l’autre exercice, la lecture externe sur documents publics.

Un programme électoral est une promesse d’action publique, et c’est à ce titre qu’il se lit ici : nous prenons les propositions telles qu’elles sont écrites, pour ce qu’elles rendraient possible aux entreprises. Ce que le parti fait par ailleurs, et ce qui serait effectivement appliqué, sortent du champ.

L’estimation porte sur le projet présidentiel, et sur lui seul, comme pour les deux autres projets de gauche. Le programme des journées d’été de Grenoble — cinquante-six ateliers sur sept salles et trois jours, avec leurs intervenants — éclaire la lecture sans entrer dans l’estimation. Nous en gardons ce que les titres eux-mêmes établissent. Ces sessions éclairent la lecture sans y entrer.

L’appliquer à un projet politique fait sens parce que ce programme porte précisément sur la responsabilité des entreprises — ce qu’on leur impose, ce qu’on leur finance, ce qu’on les autorise à vendre. La question devient : qu’est-ce que ce programme exige des entreprises, qu’est-ce qu’il leur rend possible, et qu’est-ce qu’il leur permet de concevoir ? Le score situe la capacité du projet à engager une trajectoire de transformation, selon les critères du Capacity Score.

Ce qui s’évalue ici est la capacité d’un projet politique à rendre possible une trajectoire — ce qu’il impose, ce qu’il finance, ce qu’il autorise à vendre. Un levier qui ne répond pas encore aux enjeux qu’il porte indique ce qui bloque le passage au niveau suivant, et non une lacune du texte. On ne monte pas d’un niveau, on débloque un levier. La méthode en détail dans la foire aux questions du Capacity Score.

Au sommaire

Partie I · Ce que le programme des Écologistes engage — sur les quatre niveaux, les quatre piliers du triple impact territorialisé, et les six leviers de capacité.

1. 63 % niveau restaurer : ce que le mot prospérité annonce, et ce que le programme en fait
2. Ce que les Écologistes engagent sur chaque pilier du triple impact territorialisé
3. Focus sectoriel : l’eau, la forêt, l’agriculture

Partie II · Depuis quel récit, et parmi qui — l’imaginaire du programme, ce qu’il demande aux siens, et sa place dans la rentrée.

4. Le portrait du militant écologiste que le projet et les Journées d’été dessinent
5. Lecture du programme des journées d’été : ce qu’il révèle du projet politique
6. Les six prises de parole de la rentrée, et la question du financement de l’adaptation

Partie III · Ce qui bloque, et ce que nous proposons — ce qui finance la transition aujourd’hui, ce qui l’en empêche, et les clauses à ajouter.

7. Ce qui finance la transition : la commande publique, l’aide, et pas la vente
8. Le Label Haie : une pratique rendue rémunérable, et par qui
9. L’éco-conception réglementée, et l’analyse qui l’oriente
10. Concevoir des produits régénératifs : ce que la contribution rend finançable
11. Nos propositions aux Écologistes : un critère aux aides, un objet à l’affichage

Partie I · Ce que le programme des Écologistes engage

1 · 63 % niveau restaurer : ce que le mot prospérité annonce, et ce que le programme en fait

La trajectoire, ses quatre niveaux et ses trois bascules

Les quatre niveaux de la trajectoire, et l’ambition que chacun désigne.
NiveauCe que l’activité y vise
N1 · LimiterSécuriser un périmètre, se conformer, se protéger d’une menace extérieure
N2 · RéduireAlléger un flux, amortir un choc, protéger les personnes exposées
N3 · RestaurerRéparer un écosystème dégradé, gérer des interdépendances, arbitrer entre usages
N4 · RégénérerL’activité fait prospérer le territoire et ses habitants, et la rentabilité vient de là — à deux conditions : avoir d’abord réduit ses impacts négatifs, et répondre à un besoin réel

Les trois bascules de la trajectoire vers la régénération

Première bascule — de limiter à réduire. Au premier niveau, on gère ses risques dans son propre périmètre. Au second, le vivant devient un objet extérieur qu’on protège, et les personnes sont préservées. Le levier moteur est le leadership : il donne au cap une direction, et les autres leviers la suivent.

Deuxième bascule — de réduire à restaurer. Au second niveau, on allège une pression ; au troisième, l’état du vivant devient l’objet de la décision — on répare un cycle, on arbitre entre des usages, on maintient un capital critique. Le levier moteur est l’intelligence écosystémique : on restaure ce qu’on observe.

Troisième bascule — de restaurer à régénérer. Restaurer, c’est réparer et stabiliser un système abîmé pour qu’il résiste aux chocs. Régénérer, c’est inscrire l’activité dans des relations mutuellement bénéfiques avec le vivant d’un territoire. Le levier moteur est l’innovation, et le test tient en une question : la conception responsable de l’offre entre-t-elle dans la contribution au vivant ?

L’écologie tient ici ensemble le vivant et les conditions humaines — les humains en font partie : c’est pourquoi la santé au travail et la sécurité psychologique s’estiment au même titre que l’eau et les sols.

Le Capacity Score se lit sur l’écart entre les leviers, et c’est sa règle de lecture avant d’être un résultat. Un score global situe une capacité sans l’expliquer ; ce sont les six leviers qui désignent le point d’appui et l’endroit où porter l’effort. Le levier le plus bas d’un profil est le verrou, et celui qui ouvre le niveau suivant est le levier de bascule. Ces deux notions valent pour toutes nos analyses.

Deux de ces bascules concernent ce programme, et une seule est devant lui. La première est acquise. La deuxième l’est aussi, et c’est ce que le niveau atteint établit — l’état du vivant entre dans la décision. L’analyse qui suit se lit donc contre ces deux acquis et contre la troisième, la seule qui reste ouverte : la conception responsable de l’offre entre-t-elle dans la contribution au vivant ?

Le programme s’estime à 63 % au Capacity Score, au niveau de la restauration. Cette première section porte sur lui.

Ce qui situe le programme au niveau de la restauration

Ce qui situe le programme au niveau de la restauration, ce sont ses objectifs écrits sur les quatre piliers du triple impact territorialisé.

Sur l’environnement, il engage un gain net de soixante mille kilomètres de haies d’ici 2030, le maillage bocager reconstitué par démembrement des grandes parcelles intensives, et les continuités écologiques développées pour les cours d’eau. Sur le social, la sécurité sociale écologique, la mission One Health rattachée au Premier ministre, la garantie d’emploi après cinquante-cinq ans et la sécurité sociale professionnelle. Sur l’économique, le fonds souverain adossé à un livret industrie, les prêts à taux zéro et l’écart de rémunération de un à vingt conditionnant toute aide publique. Sur la filière et le territoire, les projets alimentaires territoriaux, les communautés énergétiques, la trajectoire biologique chiffrée et les paiements pour services environnementaux qui rémunèrent des pratiques tenues au champ.

Ces mesures agissent sur l’état d’un écosystème dégradé, sur les conditions de vie, sur l’orientation des capitaux et sur ce qu’une filière fait prospérer là où elle produit.

La forêt reçoit le même traitement. Diversification du couvert, trame de vieux bois dans les forêts anciennes, expérimentations de libre évolution, suppression des avantages fiscaux aux monocultures de résineux. Sur l’agriculture, la trajectoire biologique est chiffrée — vingt et un pour cent des surfaces en 2030, vingt-cinq en 2032 — et les paiements pour services environnementaux sont généralisés par redéploiement de quinze pour cent des aides versées aujourd’hui sans conditionnalité environnementale.

La capacité de porter un plan d’adaptation, et sa limite

Ce niveau donne la capacité de porter un plan d’adaptation qui se déploie. Trois conditions le rendent possible, et le programme les réunit : savoir de quoi l’activité dépend — quel bassin versant, quels sols, quelle main-d’œuvre ; agir sur les écosystèmes qui la portent plutôt que sur ses seuls flux ; en tenir compte quand on arbitre, y compris lorsque la donnée d’impact contredit le résultat de l’exercice.

Cette capacité fixe aussi la limite du plan. Un plan qui répare se finance par l’impôt, l’emprunt ou la règle : chaque euro qu’il engage se rediscute à la loi de finances suivante. Le programme y répond par la dotation annuelle du plan d’adaptation, le redéploiement de quinze pour cent des aides agricoles et le fonds souverain — et la commande publique est ce qui s’en approche le plus, sans passer par le marché.

Le titre du programme emprunte pourtant au registre du dernier niveau. Prospérité nomme un état à atteindre, quand la limitation, la réduction et la réparation se disent par ce qu’elles retirent ou remettent en état. Le mot est choisi, et le programme en donne la définition économique : distinguer le niveau de vie, mesuré par l’argent gagné, de la qualité de vie, mesurée par les besoins réellement couverts. Un mot employé par un programme n’établit jamais son niveau, et ce sont les trente-huit questions qui situent — elles situent ce programme à la restauration.

Deux stratégies nationales et un mandat élargi tiennent l’ensemble : une stratégie nationale basse empreinte matières s’ajoute à la stratégie bas carbone, et le mandat du Haut Conseil pour le Climat est élargi à la biodiversité. L’observation devient ainsi contraignante pour la décision économique.

Le score global situe ; les six leviers expliquent

L’estimation retient, pour chaque levier, la position que le programme documente sur ses questions propres. Gouvernance 72 %, intelligence écosystémique, chaîne de valeur et dynamiques humaines 67 %, leadership 62 %, innovation 44 %. Les cinq premiers portent ce que le programme sait faire ; le dernier dit ce qui limite sa progression.

Vingt-huit points séparent le levier le plus haut du plus bas, et cinq des six se tiennent dans un intervalle de dix points. Cinq leviers se tiennent dans un intervalle de dix points, et l’innovation seule s’en détache.

L’innovation est ici le point bas du profil et le levier qui ouvre le niveau suivant : c’est par la conception responsable de l’offre que la contribution devient une source de valeur. Le passage au niveau suivant se joue donc à un seul endroit.

Ce qui ferait monter chaque levier — ce que le programme permet d’engager.
Gouvernance · 72 %Une voix délibérative pour l’écosystème, et une part pour ceux qui l’entretiennent.
Intelligence écosystémique · 67 %Une donnée d’impact qui conduise à reconcevoir une offre, au-delà d’une trajectoire de réduction à tenir.
Chaîne de valeur · 67 %Un mécanisme où le volume vendu finance ce que l’amont entretient, au lieu que le service se paie à côté du produit.
Dynamiques humaines · 67 %Des résultats tangibles portés au récit, qui nourrissent une énergie contributive.
Leadership · 62 %Une contribution écologique posée comme moteur de viabilité économique, plutôt que comme un impact à réduire.
Innovation · 44 %D’où part la conception d’une offre, et un affichage qui dise ce que la fabrication fait vivre plutôt qu’un impact évité.

Ce qui répond aux enjeux du levier : la gouvernance, l’intelligence écosystémique, la chaîne de valeur, les dynamiques humaines

Gouvernance — 72 %. C’est le point haut du profil, à égalité avec les deux autres projets de gauche et par un geste différent. Les comités de bassin et les commissions locales de l’eau changent de mode de nomination pour supprimer la mainmise du préfet, intégrer une représentation de l’intérêt des écosystèmes et faire participer les citoyens qui n’appartiennent à aucune association d’usagers. Le statut de commun forestier développe la gestion par des communautés d’usagers soucieux de préserver la biodiversité et les services écosystémiques, avec interdiction de la détention spéculative notamment via les acteurs financiers, limite de surface par personne, droit de préemption pour restructurer les parcelles et mobilisation de l’épargne populaire. La codétermination attribue des postes de droit dans les conseils d’administration — deux au-delà de deux cent cinquante salariés, un tiers au-delà de mille, la moitié au-delà de cinq mille. S’y ajoutent des droits de vote renforcés pour les actionnaires de long terme, et la séparation obligatoire du directoire et du conseil de surveillance au-delà de cinq cents salariés.

Ce qui reste à écrire pour atteindre le dernier niveau est la voix du vivant. Une représentation de son intérêt dans un comité de bassin en approche ; un siège avec voix délibérative, dans l’instance qui décide, reste à créer. La personnalité juridique envisagée pour les mers et les océans va dans le même sens sans le combler : elle donne à une entité le moyen d’être défendue devant un juge, pas un siège dans l’instance qui décide.

L’intérêt des écosystèmes est représenté ; restent à créer un siège pour l’écosystème et une part pour ceux qui l’entretiennent.

Intelligence écosystémique — 67 %. Le programme mesure ce dont il dépend, et les indicateurs entrent dans la décision. La fertilité des sols est suivie pour les stocks de carbone organique et pour la lutte contre l’érosion, ce qui fait de l’état d’un sol un objet de politique publique plutôt qu’un résultat espéré. Sur les prix, la publication annuelle comparant l’évolution des prix de vente aux consommateurs et celle des tarifs négociés avec les fournisseurs rend visible où la valeur se capte. Et le contrôle renforcé des grandes coopératives agricoles porte sur un point précis : s’assurer qu’elles partagent équitablement la valeur avec les paysans affiliés.

Deux stratégies nationales et un mandat élargi tiennent l’ensemble : une Stratégie Nationale Basse Empreinte Matières s’ajoute à la quatrième Stratégie Nationale Bas Carbone, avec un objectif d’empreinte matières qui régule l’extraction de sables et de métaux, et le mandat du Haut Conseil pour le Climat est élargi à la préservation de la biodiversité.

Ce qui reste à écrire pour atteindre le dernier niveau est ce que ces données servent à décider. Elles pilotent une trajectoire de réduction et une répartition ; une donnée d’impact qui conduise à reconcevoir une offre reste à écrire.

L’observation est instituée jusque dans la décision budgétaire ; la valeur se crée là où cette observation reconçoit un produit.

Chaîne de valeur — 67 %. Elle tient d’un bout à l’autre, et c’est le pilier qui distingue les Écologistes. À l’amont, les prix planchers, les aides fondées sur le nombre d’actifs plutôt qu’à l’hectare avec plafonnement des grandes exploitations, et le contrat de transition qui garantit un revenu sur trois ans à ceux qui s’engagent. Sur la transformation, l’affichage obligatoire de la répartition des marges sur les produits alimentaires — personne d’autre ne le pose. À l’aval, le droit à l’alimentation de qualité, et la commande publique mobilisée comme levier de transformation, avec des taux de bio chiffrés et datés.

Les paiements pour services environnementaux y sont généralisés — prairie permanente maintenue, zone humide restaurée, bandes fleuries, haies bocagères replantées — et financés par le redéploiement de quinze pour cent des aides agricoles versées aujourd’hui sans conditionnalité environnementale. La certification Label Haie ouvre d’ailleurs droit à ces paiements. Ils rémunèrent une pratique tenue au champ, par la puissance publique et à côté du produit : c’est ce qui situe le levier à la restauration.

Le revenu est sécurisé et la marge est rendue lisible ; la place à prendre est un mécanisme où le volume vendu finance ce que l’amont entretient.

Dynamiques humaines — 67 %. Le programme pose l’interdépendance en ouverture — « nous cherchons à protéger tous les vivants car nous sommes interdépendant·es » — avec le principe d’Une Seule Santé qui ne sépare pas santés humaine et animale. Et la partie V déploie une sécurité sociale écologique sur dix chapitres, où deux objets n’ont d’équivalent nulle part : l’épidémie de solitude, et la solidarité face au deuil. Ils traitent l’état des personnes plutôt que leurs droits, ce qui est exactement le geste du troisième niveau.

Ce qui la rendrait mobilisatrice tient à ce qui se raconte. Le programme documente ce qui abîme et ce qui répare ; des résultats tangibles portés au récit nourriraient une énergie contributive.

L’interdépendance est reconnue et le soin est organisé ; ce qui reste à porter, ce sont les résultats qui donnent envie de suivre.

Ce qui n’y répond pas encore : le leadership et l’innovation

Leadership — 62 %. Le levier est installé dans la restauration. Une question y atteint le niveau de la régénération, celle des facteurs qui échappent au contrôle : le lien entre la santé humaine et celle des écosystèmes y est institué — mission interministérielle One Health rattachée au Premier ministre pour définir une stratégie nationale, nouveau Plan National Santé Environnement doté de moyens réels pour les agences régionales de santé, intégration de l’approche dans les référentiels de compétences des formations. La priorité annoncée, elle, organise la réduction des impacts : circularité, sobriété, substitution.

Ce levier monterait si le cap se formulait en contribution au territoire plutôt qu’en dépendances à réduire.

Innovation — 44 % · le verrou.

L’innovation, dans le Capacity Score, ne se mesure pas au nombre de produits nouveaux ni au degré de technologie qu’ils embarquent. Elle se mesure à ce qui décide de l’offre : d’où part sa conception, quelle analyse l’oriente, ce que son étiquette atteste, comment se répartit le gain de sa vente. Un produit entièrement nouveau conçu depuis un impact à réduire reste au même niveau ; un produit existant reconçu depuis un écosystème change de niveau. C’est pourquoi ce levier commande le passage de la restauration à la régénération.

Le programme réglemente abondamment la conception : écoconception encadrée pour allonger la durée des objets, démontabilité et réparabilité imposées avec stock et durée minimale de disponibilité des pièces détachées, taux minimal de matières premières recyclées et recyclables, documentation technique standardisée, indices de durabilité étendus au-delà des téléviseurs et des lave-linge et érigés en condition de mise sur le marché avec note minimale, réparabilité obligatoire des batteries de véhicules électriques avec pièces disponibles pendant vingt ans, fiscalité incitative sur le cycle de vie des objets, bonus réparation augmenté et labellisation gratuite pour les réparateurs, expérimentation d’un coût total de possession par produit ajoutant la consommation et les réparations au prix d’achat. Côté information : Nutriscore généralisé à l’ensemble des produits alimentaires, complété d’un scoring environnemental, et un logo pour chaque émulsifiant, colorant artificiel et conservateur à afficher sur le packaging.

Le sujet est donc présent, largement, et c’est ce qui rend ce levier bloquant plutôt que simplement en retrait. Le champ sémantique de la conception y est couvert d’un bout à l’autre. Aucune de ces mesures ne répond pourtant aux questions du levier — d’où part la conception d’une offre, quel type d’analyse de cycle de vie l’oriente, ce que l’affichage atteste. Chacune fixe un seuil que le produit doit franchir, et la question de ce dont part la conception reste entière.

Cette abondance ne déplace donc pas le niveau. Rendre l’écoconception obligatoire la généralise et en fait un plancher réglementaire. La conception y part de l’impact à réduire — durer plus longtemps, peser moins, se réparer —, et le potentiel d’un écosystème et de ceux qui en vivent reste ce dont la conception pourrait partir. L’environnemental et le social du produit y restent par ailleurs séparés : l’un dans la norme de conception, l’autre dans le droit social et l’affichage santé.

Ce n’est pas un oubli du programme. La gouvernance se légifère — un siège, un seuil, un droit de vote —, quand la conception d’une offre ne se légifère pas : elle se fait dans une entreprise, avec ceux dont elle dépend, produit par produit. Ce que le levier de l’innovation désigne n’est donc pas une lacune du texte, c’est la part du travail qui revient à ceux qui produisent.

Deux propositions touchent le produit de plus près. L’expérimentation d’un coût total de possession déplace le prix d’achat vers le coût d’usage, ce qui change ce que le fabricant a intérêt à concevoir. Et le scoring environnemental, s’il attestait une contribution plutôt qu’un impact évité, porterait à lui seul le maillon de l’étiquette.

Un produit se conçoit puis se vend, et quatre décisions le déterminent : d’où part sa conception, quelle analyse l’oriente, ce que son étiquette atteste, et comment se répartit le gain de sa vente. Le programme agit sur trois de ces quatre maillons — la matière et la durée du produit, l’indice de durabilité bloquant sous un seuil, l’étiquette équipée du Nutriscore et du scoring environnemental. La répartition du gain reste hors du texte.

Ce que l’innovation régénérative demande se lit sur une échelle qui commence là où le programme s’arrête. La ligne va de la sobriété à l’éco-conception, avec l’analyse de cycle de vie du produit sur seize critères ; puis à l’éco-socio-conception, avec une analyse de cycle de vie étendue au social selon l’ISO 14075 ; puis au design régénératif, avec une analyse de cycle de vie contributive. Le programme rend l’éco-conception obligatoire et laisse l’éco-socio-conception et le design régénératif entiers.

Le passage à la régénération demande une analyse qui compte ce que la fabrication apporte, et non le seul impact qu’elle évite. Une conception qui parte de l’écosystème, une analyse qui mesure la contribution en triple impact, un affichage qui l’atteste — le scoring environnemental peut le porter —, une répartition qui la partage entre les maillons : c’est l’innovation positive en triple impact, et c’est ce qui fait passer un modèle économique de la réduction à la régénération.

Trois questions du levier, et ce que le programme y répond

La question poséeCe que le programme documenteLe niveau retenu
D’où part la conception d’une offre ?De l’impact à retirer : durée allongée, démontabilité, réparabilité, taux minimal de matières recycléesRéduire
Quelle analyse l’oriente ?L’indice de durabilité érigé en condition de mise sur le marché, et une fiscalité assise sur le cycle de vie des objetsRéduire
Que l’affichage atteste-t-il ?Un impact évité : Nutriscore généralisé, scoring environnemental annoncé en complément, logo par additifRéduire

L’estimation retient, pour chaque question, la position que le programme documente. Ces trois-là se tiennent au deuxième niveau, et c’est ce qui situe le levier au niveau de la réduction quand les cinq autres atteignent la restauration.

Les trois questions reçoivent la même réponse, et c’est ce qui tient le levier à 44 %. Le programme réglemente la durée de vie, la réparabilité et les matières recyclées, et il annonce un scoring environnemental — toujours depuis l’impact à retirer. Ce qu’il ne demande jamais, c’est ce que la fabrication pourrait faire vivre : un sol, un métier, un revenu.

Les six leviers dessinent le profil d’un parti qui légifère sur le produit. Ce qu’il maîtrise se situe haut : la gouvernance, l’observation des écosystèmes, la chaîne de valeur adossée aux paiements pour services environnementaux. Ce qui le retient se situe bas : un cap qui organise la réduction, et une conception réglementée sur l’objet plutôt que sur ce qu’il fait vivre.

2 · Ce que les Écologistes engagent sur chaque pilier du triple impact territorialisé

Le triple impact territorialisé se lit sur quatre piliers : l’environnement, le social, l’économique, et la filière avec le territoire qui les relie. Un écosystème, ici, désigne un système vivant — un sol, un bassin versant, une forêt, un stock de poissons. Un territoire désigne un lieu habité, avec ses exploitations, ses ateliers, ses habitants et les métiers qui s’y exercent. La question de ce quatrième pilier est de savoir si ce territoire et ceux qui l’habitent, humains et non humains, prospèrent grâce à l’activité. C’est le fondement du Capacity Score : la régénération suppose que les quatre progressent ensemble, sur un territoire donné, et qu’aucun ne se gagne au détriment d’un autre. Une filière qui restaure des sols en appauvrissant ses producteurs reste au troisième niveau ; l’inverse aussi.

Ce que le programme engage sur chacun des quatre piliers, et le niveau que cet engagement atteint.
Le pilierCe que le programme y engageLe niveauCe qui le situe
EnvironnementGain net de 60 000 km de haies d’ici 2030, Label Haie, continuités écologiques développées, trame de vieux bois, expérimentations de libre évolutionrestaurationle programme agit sur l’état des écosystèmes, pas seulement sur les pressions
SocialSécurité sociale écologique, mission One Health, SMIC à 2 000 € bruts, écart de un à vingt, garantie d’emploi après 55 ans, sécurité sociale professionnellerestaurationil répare des trajectoires abîmées et institue le lien entre les écosystèmes et les corps
ÉconomiqueTaxation du capital, fonds souverain et livret industrie, prêts à taux zéro, Community Reinvestment Act, plan d’adaptation dotéau seuildes financements orientés vers une valeur déjà produite ; le modèle qui la produit reste hors du champ
Filière et territoireProjets alimentaires territoriaux, communautés énergétiques, trajectoire biologique chiffrée, paiements pour services environnementaux, Label Haie ouvrant droit à un paiementrestaurationl’eau, le foncier et le modèle agricole y ont chacun leur chapitre

Les piliers ne reçoivent pas de score — ils disent où va l’attention, et jusqu’où va l’ambition sur chacun. Trois atteignent la restauration, un se tient au seuil.

L’environnement — au niveau de la restauration

Ce qui le situe à la restauration : le programme agit sur l’état des écosystèmes, pas seulement sur les pressions qu’ils subissent. Restaurer la biodiversité, prendre soin des océans et de leurs artisans, protéger les forêts et l’économie sylvicole — les titres de chapitres portent le geste. C’est là que le programme engage le plus de mesures, huit chapitres dans la seule partie I.

Ce qui ouvre la suite : que la production fasse vivre ces écosystèmes, plutôt qu’elle les abîme moins.

Le social — au niveau de la restauration

Ce qui le situe à la restauration : il répare des trajectoires abîmées et institue le lien entre les écosystèmes et les corps. Dix chapitres composent cette partie, dont deux n’ont d’équivalent nulle part — l’épidémie de solitude, et la solidarité face au deuil. Ils traitent l’état des personnes plutôt que leurs droits, ce qui est exactement le geste du troisième niveau.

Ce qui ouvre la suite : une activité dont la conduite ferait grandir ceux qui l’exercent.

L’économique — au seuil de la restauration

Ce qui le tient au seuil : des financements orientés vers une valeur déjà produite. Le geste allège une charge et la répartit ; le modèle qui produit cette valeur reste hors du champ.

Ce qui ouvre la suite : le point de départ de la conception, et ce que l’étiquette atteste.

La filière et le territoire — au niveau de la restauration

Ce qui distingue ce pilier tient au fait qu’une pratique y devient rémunérable. L’eau, le foncier et le modèle agricole ont chacun leur chapitre, ce qui n’existe ni chez les socialistes ni chez les insoumis.

Ce qui ouvre la suite : que le volume vendu finance ce que l’amont entretient, et que la contribution soit lisible sur le produit.

Ce qui manque pour que les quatre produisent ensemble

Les trois piliers et le territoire avancent en parallèle. L’environnement restaure des écosystèmes, le social ouvre des droits, l’économique oriente des flux financiers, la filière et le territoire relient un écosystème et ceux qui en vivent, sans que cette liaison remonte jusqu’aux trois autres. Le facteur qui les traverse tous les quatre est la puissance publique — elle finance, régule et redéploie. Un financeur commun ne suffit pas : c’est un mécanisme de liaison qui ferait produire les quatre ensemble.

Le bloc alimentaire aurait pu les tenir ensemble, avec les pratiques au champ, le revenu du producteur et la qualité de ce qui arrive en rayon : la trajectoire biologique, les paiements pour services environnementaux et l’affichage y sont traités séparément.

L’entreprise comme force à border : seuils, écomodulations, calendriers

Le programme dit lui-même la position qu’il tient. Livré à lui-même, écrit-il, le marché ne protégerait ni les travailleurs, ni le climat, ni la biodiversité — d’où des marchés encadrés par des seuils et des calendriers fixés démocratiquement. L’entreprise y est une force dont il faut borner les effets, et elle est valorisée pour ce qu’elle accepte de cesser.

Trois registres organisent cette relation. La contrainte : normes d’écoconception, indices de durabilité bloquants sous un certain seuil, fiscalité sur le cycle de vie, écomodulations, conditionnalité des aides à l’écart de un à vingt. Le soutien : fonds souverain, livret industrie, prêts à taux zéro, Community Reinvestment Act. La gouvernance : codétermination graduée selon la taille, droits de vote renforcés pour les actionnaires de long terme, soutien aux reprises en Scop et en Scic.

Une quatrième position ouvre, et c’est l’avant-propos qui la porte. Intégrer la protection de la nature au cœur du modèle économique des entreprises suppose que l’entreprise soit une partie à une relation. C’est la porte d’entrée vers les deux leviers qui commandent la suite.

La section suivante prend trois écosystèmes pour voir ce que ces piliers donnent en pratique : l’eau, la forêt, l’agriculture, puis l’aval sous l’angle de ce que la commande publique peut financer.

3 · Focus sectoriel : l’eau, la forêt, l’agriculture

Un revenu paysan qui ne tient pas, des pratiques à changer, une souveraineté alimentaire à retrouver : le sujet est celui des trois projets de gauche. L’été a rendu la question plus vive — la FNSEA demandait en août un plan de plusieurs milliards face à la plus faible récolte de maïs depuis quarante-cinq ans. Les premiers chiffres de Bercy situent l’ampleur et désignent l’agriculture : les vagues de chaleur coûteraient 0,1 point de produit intérieur brut en 2026, et la production agricole reculerait de 8 % en valeur — la moitié du recul de 2003.

L’eau : la table change, le périmètre reste

Les comités de bassin et les commissions locales de l’eau existent depuis 1964. Le programme en change les modes de nomination pour supprimer la mainmise du préfet, y intègre une représentation de l’intérêt des écosystèmes, prévoit la participation de citoyens hors associations d’usagers et améliore les capacités d’initiative de ces instances. Les systèmes d’information sont unifiés entre les agences et le ministère. Le périmètre reste hérité — le bassin versant tel qu’il est administré — et c’est la table qui change.

Ce qu’une eau régénérative y ajoute. Notre analyse du cas Volvic le montre par contraste : Eau de Paris agit à la source plutôt qu’en bout de chaîne, et le résultat est chiffré. La régie accompagne les exploitants de ses aires de captage vers le bio, par un régime de paiements pour services environnementaux — le seul notifié à la Commission européenne. Entre 2019 et 2023, les surfaces bio y ont quadruplé, de 2 800 à 11 800 hectares ; les pesticides ont reculé de 77 % dans les exploitations engagées ; les concentrations dans les eaux brutes de la vallée de la Vanne ont baissé de moitié. Le coût est trois fois inférieur à celui du traitement d’une eau polluée.

Une exploitation le montre à son échelle. L’Éco-Domaine La Fontaine, sur douze hectares face à l’océan, a creusé une douzaine de mares et conduit son parcellaire de façon à retenir l’eau et à héberger le vivant. L’autonomie hydrique n’y est pas un objectif affiché : c’est le résultat d’un aménagement, et il se finance par ce que le domaine vend.

Une eau se joue pourtant sur trois périmètres, et chacun reste muet sur les autres. La bouteille — recyclage, carbone de l’emballage. L’eau elle-même — qualité sanitaire, pureté à la source. La ressource et son territoire — prélèvement, biodiversité du bassin, sols agricoles de l’impluvium. Le programme agit sur le troisième, l’entreprise communique sur le premier, et rien ne les relie. Une nappe préservée par la puissance publique ne se lit nulle part sur le produit.

La forêt : réorienter les pratiques, ouvrir la gestion

Le programme pose la diversification du couvert, une trame de vieux bois dans les forêts anciennes, des expérimentations de libre évolution et la suppression des avantages fiscaux aux monocultures de résineux et aux forêts en dépérissement. Le statut de commun forestier ouvre l’autre moitié : il confie la gestion à des communautés d’usagers soucieuses de préserver la biodiversité et les services écosystémiques, avec interdiction de la détention spéculative notamment via les acteurs financiers, limite de surface par personne, droit de préemption pour restructurer les parcelles et mobilisation de l’épargne populaire. Une campagne invite les propriétaires inactifs à céder leurs petites parcelles à des structures à but non lucratif. Trois quarts de la forêt française appartiennent à des propriétaires privés : le statut ne les exproprie pas, il rend la gestion collective possible et rentable.

Le débouché suit, relié à une pratique. La hiérarchie des usages du bois — bois d’œuvre d’abord, puis réemploi, puis énergie —, les labels de qualité et le label bas carbone portés par la commande publique font préférer un bois conduit autrement. C’est un débouché adossé à des pratiques, sur le seul carbone ; le relier à ce qui protège le sol et la biodiversité est le pas suivant.

Ce qu’une forêt régénérative y ajoute. Soustraire des surfaces protège un peuplement sans le rendre vivant. Neuf millions d’hectares de forêt privée française sont déjà peu récoltés — 43 % seulement de leur production biologique y est prélevée. Le résultat n’est pas un sanctuaire : ce sont des accrus, essences pionnières, faibles diamètres, presque pas de vieux arbres ni de bois mort. Ils accumulent du volume sans produire ce qui fait une forêt riche.

L’arbre est un pilier du vivant : il tient ensemble l’eau, le sol, les bêtes et les gens d’un même lieu. Il ne l’entretient pas depuis l’extérieur, il l’habite et il le nourrit — l’eau qu’il infiltre fait vivre le sol, ce sol retient davantage d’eau et nourrit l’arbre, qui étend son couvert. Chaque tour renforce le suivant, et c’est ce qui distingue régénérer de restaurer. Prélever sans rompre ces cycles porte un nom : la sylviculture régénérative. Quatre maillons la rendent finançable — une parcelle qu’on peut nommer, un cahier des charges qui dit la conduite, une conception de produit qui la traduit, une étiquette qui la rend rémunérable. Le lait, l’huile d’olive, le thé et le champagne ont déjà franchi ce pas : la place est à prendre sur le bois.

L’agriculture : le service rendu au champ, et qui le paie

Le programme ajoute aux prix planchers un second mécanisme, et c’est ce qui le distingue des deux autres projets de gauche. Les paiements pour services environnementaux sont généralisés par redéploiement de quinze pour cent des aides versées aujourd’hui sans conditionnalité environnementale : une prairie maintenue, une zone humide restaurée, une haie replantée deviennent des services rémunérés. S’y ajoutent la trajectoire biologique chiffrée — vingt et un pour cent des surfaces en 2030, vingt-cinq en 2032 —, le contrat de transition avec revenu garanti sur trois ans, la régulation des SAFER, la commission foncière départementale, les offices fonciers solidaires élargis, le scrutin proportionnel aux Chambres d’agriculture et l’affichage obligatoire de la répartition des marges.

La haie devient l’unité de compte de cette politique. Le gain net de soixante mille kilomètres d’ici 2030 s’accompagne d’une préservation rigoureuse de l’existant, de la revalorisation du bonus Haie de la PAC et d’un Label Haie qui ouvre droit aux paiements pour services environnementaux. Une pratique agricole y devient un objet de politique publique, avec sa mesure, son label et son financement.

Ce mécanisme rémunère des pratiques tenues au champ, et c’est un progrès réel sur la seule règle de prix. Il les rémunère par la puissance publique, à côté du produit. Le revenu du paysan ne dépend donc pas de ce que le produit fait vivre : il dépend d’une aide redéployée, et si l’aide s’arrête, les pratiques s’arrêtent. C’est ce qui situe la chaîne de valeur à la restauration.

Ce qu’une agriculture régénérative y ajoute. Le programme oriente les pratiques ; l’agriculture régénérative en fait le moteur du revenu. Elle repose sur trois leviers agronomiques — couverts végétaux permanents, allongement des rotations, réduction du travail du sol — et sur un principe que Robert Rodale formulait dès 1983 : accroître la base de production biologique des terres à des niveaux de productivité croissants. L’effet est démultiplicateur : une seule pratique bien choisie, le pâturage tournant dynamique, agit simultanément sur les sols, l’eau, le climat, le bien-être animal, la qualité du produit et l’économie rurale.

Trois mécanismes rémunèrent ces services, et le programme n’en retient qu’un. Les paiements pour services environnementaux rémunèrent la pratique sur mesures vérifiées — c’est celui qu’il généralise. L’insetting permet à une entreprise de financer ces services dans sa propre chaîne plutôt que sur un marché carbone externe. Et la structuration de filière crée de la valeur par elle-même : collecte mutualisée, tri qualitatif, traçabilité, contrat pluriannuel.

Le déséquilibre que tout cela cherche à corriger est documenté. Sur le prix final d’une brique de lait demi-écrémé, la part revenant à l’éleveur a baissé de quatre pour cent entre 2001 et 2022, quand celle des entreprises agroalimentaires augmentait de soixante-quatre pour cent et celle de la distribution de cent quatre-vingt-huit. Un prix plancher relève le minimum ; il ne redistribue pas cette pente.

Partie II · Depuis quel récit, et parmi qui

4 · Le portrait du militant écologiste que le projet et les Journées d’été dessinent

Trois jours d’ordre du jour, sept salles et cinquante-six ateliers, croisés avec la composition des tables, dessinent un portrait à l’instant T — celui d’un militant, pas d’une psychologie. Celui qui vient à Grenoble choisit, le vendredi à quatorze heures, entre sept ateliers simultanés. Les Journées d’été ne reçoivent pas d’estimation : le score porte sur le projet présidentiel.

Quatre traits composent ce portrait : ce dont ces militants se savent dépendants, ce qu’ils acceptent de perdre, ce qu’ils veulent réparer et ce qu’ils gardent devant eux.

C’est un militant qui se sait dépendant, et qui en fait sa liberté. Il ne se pense pas hors du vivant : il dépend d’une température, d’un cycle de l’eau, de sols fertiles, des océans, des forêts et des pollinisateurs, et il en tire que connaître ces liens permet de choisir son cap. C’est la seule des trois lectures où cette question atteint le niveau de la régénération, et elle change le ton de tout le reste — l’écologie s’y raconte par les bénéfices avant l’alerte.

Il tient l’eau comme une question de propriété. « Raréfaction, contaminations, confiscation, restrictions : l’eau fait-elle encore partie du patrimoine commun de la nation ? » — le titre tient les quatre atteintes au cycle et la question qui les commande, avec un député, un sénateur et l’autrice d’un texte sur le droit à l’eau bafoué en outre-mer.

Il sait aussi qu’il n’habite pas seul le territoire dont il vit, et il institue la place des autres. Les comités de bassin donnent une représentation à l’intérêt des écosystèmes, le commun forestier confie une gestion à des communautés d’usagers, la codétermination fait entrer les salariés au conseil d’administration. Le territoire y comprend ses habitants, humains et non humains, et c’est ce qui distingue ce programme d’une écologie de la protection.

Il renverse le regard sur les territoires. « Quartiers populaires : l’écologie est déjà là ! » ne cherche pas à convertir, il constate une pratique. « Les territoires méprisés de la République » et « Habiter et faire vivre les territoires de montagne » suivent le même mouvement — avec le président de la mission d’information sur la loi montagne et un collectif citoyen du Vercors.

Il sait renoncer, et il renonce sur la matière. Suppression des avantages fiscaux aux monocultures de résineux, expérimentations de libre évolution en forêt, taux minimal de matières recyclées, indices de durabilité qui ferment l’accès au marché sous un seuil, écart de rémunération plafonné de un à vingt. Le renoncement porte sur des pratiques et sur des seuils, et il situe haut — plus haut qu’à La REF, où aucune session ne nommait un renoncement.

Il agit par la norme, et il la manie plus finement que les deux autres. Là où un programme interdit, celui-ci module : une fiscalité sur le cycle de vie des objets, des écomodulations, un redéploiement de quinze pour cent des aides agricoles vers les pratiques, une note minimale de durabilité. Il oriente autant qu’il ferme.

Il pose la question de l’entreprise sans la traiter en adversaire. « Changer l’entreprise pour changer la société » est le seul intitulé de la rentrée à en faire un levier. Aux AMFIS, l’entreprise est un pouvoir à contenir ou un outil public à reprendre ; à Blois, un employeur ou un périmètre à relocaliser. Ici, elle est ce par quoi la société change.

Il relie le travail au dérèglement, et c’est nouveau. « Droit du travail à l’heure du dérèglement climatique » réunit la FSU, l’UFSE-CGT et la vice-présidence de la métropole Aix-Marseille-Provence : une condition de travail y devient l’objet d’un écosystème qui se dérègle, pas seulement d’un rapport de force.

Il accueille les autres à sa table. Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, siège le samedi sur les leçons du mouvement des gilets jaunes, aux côtés du vice-président des Verts allemands. Aurélien Lecoq, député insoumis, et Arthur Delaporte, député socialiste, siègent ensemble le vendredi sur l’unité de la gauche. Ce brassage ne se lit pas dans les intitulés, et ni Blois ni les AMFIS ne le pratiquent au même degré.

Son pilier économique reste mince. Six ateliers sur cinquante-six, dont trois seulement atteignent la restauration. Les prix alimentaires y sont ouverts — « Ce que la grande distribution ne veut pas que vous sachiez » réunit le BASIC, Inside Track, UFC-Que Choisir et une sénatrice —, et ce qui se conçoit reste hors du champ.

Reste ce qu’il demandera demain, et c’est ce que le produit fait vivre. Il sait ce qu’un objet ne doit plus être — court, jetable, opaque, toxique. Ce que sa vente peut faire pousser, et comment le gain se répartit entre ceux qui l’ont produit, entre dans un registre de décision qu’il garde ouvert devant lui. C’est pourquoi l’innovation reste le seul levier à ne pas répondre aux enjeux de ses questions.

Le militant écologiste de l’été 2026 tient le territoire avec ses habitants, et son geste s’arrête à la porte de l’atelier. Il a la relation, la mesure et les instances ; ce qui vient ensuite est ce que l’on conçoit et ce que l’on vend.

5 · Lecture du programme des journées d’été : ce qu’il révèle du projet politique

Le programme des journées d’été de Grenoble est un second texte du parti, et il se lit au même Capacity Score que le projet présidentiel. Ce qu’il expose révèle le registre depuis lequel le parti parle — celui que le discours de Marine Tondelier du 21 août énonce. Seul le projet présidentiel entre dans l’estimation.

Ce que les cinquante-six ateliers mettent à l’ordre du jour

Les journées d’été communiquent ; le projet présidentiel engage. Voici ce que les cinquante-six ateliers de Grenoble, répartis sur sept salles et trois jours, mettent à l’ordre du jour, pilier par pilier.

L’environnement — au niveau de la restauration. Au premier niveau, aucun atelier : l’environnement n’y est jamais traité comme un périmètre à sécuriser ou une conformité à tenir — cohérent pour un parti écologiste, et sans équivalent à Blois ni aux AMFIS. Au deuxième, six ateliers limitent une exposition — l’assurance face au climat, une contamination aux PFAS traitée par ses effets sur les corps, la précarité énergétique, les grands projets polluants à stopper, les inégalités de genre face à la transition, le numérique et son emprise. Au troisième, six ateliers font de l’état du vivant l’objet : « Raréfaction, contaminations, confiscation, restrictions : l’eau fait-elle encore partie du patrimoine commun de la nation ? » tient les quatre atteintes au cycle et la question de propriété qui les commande — la session la plus complète du pilier ; la pêche en haute mer arbitre entre un usage et l’état d’une ressource ; l’approche One Health met à l’ordre du jour le principe que le programme pose en ouverture de sa partie I ; et trois autres portent les droits des animaux, l’extinction de la biodiversité et les épizooties, avec une éleveuse de la Confédération paysanne. Au quatrième, rien : ce que la production peut faire vivre n’est l’objet d’aucun atelier.

Le social — au niveau de la restauration. Au premier niveau, cinq ateliers défendent contre une menace institutionnelle — la politique pénale répressive, la protection des mineurs non accompagnés, les circulaires migratoires, les dominations héritées, la loi intégrale contre les violences sexistes. Au deuxième, cinq ateliers protègent une population exposée — la financiarisation de la santé, les rythmes de l’enfant, la précarité des personnes en situation de handicap, les accouchements, la couverture maladie. Au troisième, sept ateliers réparent une trajectoire abîmée, et c’est ce qui situe le pilier : « La lutte contre la solitude : une lutte contre le capitalisme », qui met en scène un chapitre du programme en le reliant à un modèle économique ; un service public territorial de santé mentale ; le logement comme droit « effectif » ; la jeunesse ultramarine ; les territoires méprisés de la République ; et « Quartiers populaires : l’écologie est déjà là ! » — seul intitulé de la rentrée à poser que ces territoires pratiquent déjà, plutôt qu’à convertir. Au quatrième, rien.

L’économique — au seuil de la restauration. Au premier niveau, un atelier pose un cadrage doctrinal — « L’écologie est-elle anticapitaliste ? ». Au deuxième, le numérique et son emprise. Au troisième, quatre ateliers, et l’un n’a d’équivalent nulle part : « Changer l’entreprise pour changer la société » pose la transformation de l’entreprise comme moyen d’un projet politique — aux AMFIS, l’entreprise est un adversaire ou un outil public ; à Blois, un employeur ou un périmètre à relocaliser ; ici, elle est un levier, exactement le terrain du Capacity Score. Les trois autres portent la répartition des prix dans la grande distribution, la fiscalité comme levier d’égalité, et le droit du travail à l’heure du dérèglement climatique — avec la FSU, l’UFSE-CGT et la vice-présidence de la métropole Aix-Marseille-Provence. Au quatrième, rien : six ateliers sur cinquante-six, et c’est ce qui retient le pilier au seuil malgré la qualité des quatre.

La filière et le territoire — au seuil de la restauration. Aucun atelier au premier niveau ; au deuxième, « Trop cher le train ? » ralentit une perte. Au troisième, quatre ateliers, et ils y atteignent tous ce niveau : la politique alimentaire du local à l’Europe, dont le plateau réunit un agronome directeur Alimentation, une conseillère municipale porteuse de la sécurité sociale de l’alimentation, un député européen et une chercheuse en systèmes alimentaires ; l’eau comme patrimoine commun, qui relie un cycle, ses usagers et l’économie qui le capte ; les territoires de montagne, portés par le président de la mission d’information sur la loi montagne avec un collectif citoyen du Vercors ; et les prix de la grande distribution, comptés aussi ici parce qu’ils portent le maillon que les deux autres universités d’été ignorent. Au quatrième, rien — mais c’est ici que les journées d’été s’approchent le plus : trois ateliers touchent au prix, à la chaîne et au territoire habité, ce qui n’existe ni à Blois ni aux AMFIS. Ce qui retient le pilier au seuil : rien sur la durée des engagements, le préfinancement ou la répartition des gains créés entre maillons.

Le registre : la liberté par les dépendances connues

L’imaginaire qui porte ce programme est écocentrique, et le programme l’écrit lui-même en ouverture : « nous cherchons à protéger tous les vivants car nous sommes interdépendant·es », et « notre prospérité dépend autant des insectes pollinisateurs que de notre régime juridique ». La prospérité y est donc conditionnée par l’état du vivant, et pas seulement par ce qui se produit. C’est la même chose que dit la définition économique du titre : le programme distingue le niveau de vie, mesuré par l’argent gagné, de la qualité de vie, mesurée par les besoins réellement couverts.

« L’écologie est la condition de la liberté. »Marine Tondelier, devant les chefs d’entreprise réunis par le MEDEF, 27 août 2026.

Le discours de Grenoble en donne la formule. Marine Tondelier y consacre un long développement au mot liberté, celui que ses adversaires opposent aux écologistes : « il y aurait d’un côté la liberté, de l’autre l’écologie. Mais c’est exactement l’inverse. » Elle emprunte l’image à Lauriane Mouysset, directrice de recherche au CNRS, dont le livre La liberté des limites paraît à la rentrée. Un navigateur dépend du vent, des courants, des marées ; il ne peut décider qu’un récif n’existe pas. Sa liberté ne réside pas dans l’absence de contraintes, mais dans sa connaissance du monde réel et dans ce qu’il en fait. « Nous ne sommes pas libres malgré nos dépendances aux écosystèmes. Nous ne pouvons être libres que si nous les connaissons et si nous en prenons soin. »

Le renversement porte aussi sur la puissance. D’un côté celle qui consiste à s’affranchir du monde, accélérer, dominer, repousser les limites — le Titanic, lancé à pleine vitesse et réputé insubmersible, dont l’histoire tient en une phrase : on peut se croire insubmersible, l’iceberg n’est pas tenu de partager votre opinion. De l’autre celle qui consiste à connaître le monde et à protéger les conditions d’y vivre libre. « La puissance dont nous avons besoin, ce n’est pas celle que l’on exhibe. C’est celle que l’on organise. »

Et le surendettement climatique relie l’écologique au portefeuille. Une économie qui vit à crédit sur les limites de la planète enferme aussi des millions de ménages dans le remboursement perpétuel de leur dépendance au gaz, au pétrole et à l’électricité. Cette dette frappe d’abord ceux qui ont le moins contribué à la faire monter — « les plus responsables sont les plus protégés, les moins responsables sont les plus exposés ». D’où l’appel à en finir avec les privilèges climatiques, et la relecture de la devise républicaine : préserver les conditions qui permettent à chacun de choisir sa vie, c’est la liberté ; faire qu’elles ne soient pas réservées à ceux qui peuvent se les acheter, c’est l’égalité ; comprendre que nous dépendons les uns des autres et du vivant, et en prendre soin ensemble, c’est la fraternité.

Un premier signal de terrain confirme que ce registre a de l’espace devant lui. Dans la quatrième vague de l’Observatoire des perspectives utopiques, l’ObSoCo soumet trois projets de société aux Français : le récit éco-solidaire, Ligara, et le récit identitaire-sécuritaire, La Citadelle, recueillent chacun de l’ordre de quarante-cinq pour cent d’adhésion ; le récit techno-libéral, Eden Capital, en recueille dix. Le mot nature arrive en tête des termes testés avec soixante-huit pour cent de supporters. La présentation ayant changé en 2025, cette vague se compare mal aux précédentes, et l’enquête mesure des adhésions à des propositions, pas des intentions de vote.

Ce que ce registre peut mobiliser, et où il bute

Un signal d’opinion touche la norme, par laquelle le programme agit principalement. L’enquête du Cevipof établit que soixante-quatre pour cent des Français estiment que les autorités publiques disent trop ce qu’on doit faire en matière d’environnement — la proportion la plus élevée des pays enquêtés, devant la santé. Et l’ObSoCo mesure que les trois seules propositions écologiques qui basculent en négatif sont trois renoncements : les quotas carbone, les protéines végétales, la baisse des rémunérations. Trois pertes annoncées avant tout gain.

L’adhésion se trouve du côté des modes de vie, et le registre du programme y est déjà. Une proposition comme « moins de consommation d’objets, plus de qualité » réunit soixante-treize pour cent chez les proches des écologistes et quarante pour cent chez les Français situés très à droite. Le navigateur parle cette langue-là : celle de ce qu’on gagne à connaître ses dépendances. C’est le socle sur lequel une écologie populaire se construit — ce que la production fait vivre là où les gens habitent.

Ce que ces enquêtes disent tient en une phrase : le refus porte sur la forme, pas sur la finalité. La norme est l’outil principal de ce programme, et c’est l’outil que l’opinion supporte le moins.

La question devient alors celle du partage de la charge : qui paie, à quel moment, et pour quel gain. Ce programme répond par la norme et par la dépense publique. La norme fait porter celui qui produit, la dépense se revote chaque année. Un prix qui incorpore la contribution la répartit au moment de l’échange, entre ceux qui en reçoivent le gain.

Le registre vise plus haut que les moyens qui le servent. Prospérité et bien vivre nomment un état à atteindre ; le modèle économique proposé reste celui de la réduction des impacts, avec la solidarité posée comme règle du jeu plutôt que comme source de rentabilité.

C’est pourquoi le levier qui débloque le niveau suivant est l’innovation produit, à 44 % ici. Tant que la contribution se paie sur la marge ou se rattrape par une aide, elle reste une charge à répartir. Incorporée dans l’offre, elle devient un revenu qui croît avec le volume vendu — et le scoring environnemental annoncé est l’endroit où cette contribution pourrait s’écrire.

Ce récit dit la dépendance, et il en tire une réparation. Les quatre relations à la nature nomment la suite : l’écocentrisme pose que tous les vivants interagissent autour des ressources nécessaires à la vie ; le multicentrisme ajoute que chacun intègre le point de vue des autres dans la recherche d’un intérêt mutuel. C’est l’imaginaire de la régénération, et il demande un pas de plus — non pas mieux réparer ce dont on dépend, mais faire de l’intérêt de ceux qui habitent un lieu le principe de ce qu’on y décide. Baptiste Morizot le formule depuis le vivant : les sols et les pollinisateurs ne rendent pas un service, ils font tenir le monde.

Connaître ses dépendances rend libre ; y chercher un intérêt mutuel rend prospère. Ce récit tient la première moitié.

6 · Les six prises de parole de la rentrée, et la question du financement de l’adaptation

Côté partis : trois projets de gauche au même niveau

Cette section compare les six lectures de la rentrée, chacune portant sur le texte de référence de son auteur.

Les Écologistes se situent au même niveau que les deux autres projets de gauche et que le programme d’Impact France : celui de la restauration. Le programme de La REF travaille la réduction des impacts. Ce que ce projet ajoute aux autres tient à la relation au vivant et aux indicateurs — une liberté posée comme conditionnée à la connaissance de ses dépendances, et le produit intérieur brut écarté au profit d’indicateurs de vivant. Ce qui lui reste à ouvrir est ce dont part la conception.

La rentrée politique de l'écologie 2026 : six prises de parole lues au Capacity Score, de 25 % à 63 %, l'innovation en retrait partout
Rentrée politique 2026 · les six prises de parole lues au même Capacity Score. Le programme des Écologistes s’y estime à 63 %.
Les six prises de parole de la rentrée, et ce qui situe chacune.
La prise de paroleEstimationNiveauCe qui la situe
La REF · MEDEF30 %réduction des impactsprotéger l’entreprise et ses salariés
Mélenchon · LFI57 %restaurationles écosystèmes protégés de leurs usagers
Parti socialiste58 %restaurationréparer par la loi et par le budget
Impact France · UED60 %restaurationles écosystèmes dont l’activité dépend
Les Écologistes63 %restaurationl’interdépendance reconnue
Le plan du Shift25 %réduction des impactsen repère sur l’atténuation

Estimation sur documents publics. Chaque lecture porte sur un objet distinct — un projet présidentiel, un programme d’événement, un plan sectoriel d’atténuation. Un point d’écart entre deux lectures ne veut rien dire : chacune porte une incertitude de l’ordre de deux points. La lecture du plan du Shift et du récit qui le porte est publiée dans Faut-il débrancher Jancovici ?

La souveraineté est le mot commun des six prises de parole, et il ne désigne pas la même chose. Chez les uns, un périmètre à défendre — produire ici, dépendre moins. Chez les autres, une capacité à reprendre la main sur ce dont on dépend. Ce programme emploie surtout la seconde acception, avec le Community Reinvestment Act et les communautés énergétiques.

Les trois projets de gauche, levier par levier

Les six leviers, dans les trois projets de gauche.
LevierLes ÉcologistesLa France insoumiseParti socialiste
Leadership62 %52 %57 %
Intelligence écosystémique67 %61 %50 %
Chaîne de valeur67 %61 %67 %
Innovation44 %44 %39 %
Dynamiques humaines67 %50 %61 %
Gouvernance72 %72 %72 %
Estimation globale63 %57 %58 %

La gouvernance ferme le haut des trois profils au même chiffre — 72 % partout, par trois gestes différents. La codétermination par paliers chez les Écologistes, le tiers des instances aux salariés et la maille du bassin versant chez les insoumis, les administrateurs salariés à la moitié des sièges au Parti socialiste. Trois partis, trois chemins, un seul résultat.

L’innovation ferme le bas, et l’égalité y est presque parfaite — 44 % chez les Écologistes et les insoumis, 39 % au Parti socialiste. Réglementer ce qui se conçoit relève du même geste, quelle que soit la relation au vivant qui le commande : on borne un produit existant, et la question de ce que sa vente fait vivre reste entière.

Ce qui distingue les trois se loge dans les quatre leviers du milieu, et chacun y a son point faible propre. Les Écologistes tiennent l’intelligence écosystémique et les dynamiques humaines à 67 % ; le Parti socialiste descend à 50 % sur l’observation des écosystèmes, La France insoumise à 50 % sur le pouvoir des salariés. Le débat public ne va chercher ni l’un ni l’autre. Et la chaîne de valeur sépare le trio en deux : Écologistes et socialistes à 67 %, insoumis à 61 % — les premiers engagent l’amont par les paiements pour services et par l’affichage des marges, les seconds par le prix plancher seul.

Quatre leviers sur six atteignent la restauration chez les trois, et deux s’arrêtent au seuil — l’intelligence écosystémique au Parti socialiste, les dynamiques humaines à La France insoumise, à 50 % chacune. Vingt-huit à trente-trois points séparent le levier le mieux tenu du plus faible, sur trois programmes que tout oppose par ailleurs.

Le résultat qui compte est celui que les trois partagent. Trois programmes construits séparément, par trois partis différents, sur trois traditions distinctes, butent au même endroit et à peu près au même degré : ce qui se conçoit et ce qui se vend. Ce terrain n’appartient donc à aucun des trois en particulier — il est vacant à gauche.

Les trois lectures portent sur le texte de référence de chaque parti — « Pour une prospérité écologique » de juillet 2026 pour les Écologistes, le Projet socialiste adopté en juin, « L’Avenir en commun » dans son édition 2025 pour La France insoumise.

La comparaison détaillée des deux projets présidentiels de gauche est publiée à part. Mélenchon et Tondelier, les deux programmes comparés les compare ligne à ligne sur la gouvernance, la forêt, l’agriculture et l’adaptation, et montre que les mêmes 72 % de gouvernance s’atteignent par des chemins opposés.

Où en êtes-vous sur la trajectoire de la régénération ?

Les mêmes trente-huit questions qui situent ce programme situent votre activité : sa position sur les quatre niveaux, son profil sur les six leviers, et celui qui limite sa progression. Il ne mesure pas une performance et ne classe pas. Trente minutes, gratuit, résultats immédiats.

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Côté patronal : deux universités d’été, deux positions

La REF du MEDEF, les 26 et 27 août, travaille la réduction des impacts et s’estime à 30 %. L’innovation y ouvre le profil à 39 %, à égalité avec la chaîne de valeur et les dynamiques humaines ; le leadership le ferme à 14 %. On y sait ce qu’on vend, et le cap reste à poser — l’inverse exact du profil des trois projets de gauche.

Les Universités d’Été de l’Économie de Demain, le 28 août, atteignent la restauration à 60 %. Impact France y porte un bonus-malus qui agit sur le prix par la fiscalité, et le leadership y atteint la restauration quand La REF s’en tient à la réduction.

Le plan du Shift Project, publié en avril 2026, s’estime à 25 %, au bas du niveau de la réduction des impacts. Il ne cherche pas à installer une relation au vivant : c’est un plan d’atténuation, en repère sur le carbone, et il sert ici de repère plutôt que de projet comparable.

Tondelier devant le patronat, et l’argument qu’elle y a choisi

Le 27 août, Marine Tondelier a répondu aux questions de cinq dirigeants d’entreprise — Julie Neuville, Éric Malenfer, Joris Brajon, Vincent Furlan et Colombe Lecoufle — sur le court Philippe-Chatrier, en clôture de La REF. Le thème de l’année était « le courage », et les questions avaient été construites à partir de la consultation « Cap sur 2027 » du MEDEF. Trois candidats de gauche face à quatre de droite, devant une salle de chefs d’entreprise, pendant plus de trois heures.

Elle y a redit la formule du registre — « l’écologie est la condition de la liberté » — devant ceux qu’elle vise. C’est le seul moment de la semaine où cette phrase a été prononcée dans une salle de dirigeants.

Sur le reste, elle a tenu le social. Un salaire minimum à deux mille euros bruts, dans un pays qui compte onze millions de pauvres et un million et demi de travailleurs pauvres — « on peut se dire que ce n’est pas un problème, moi je vous dis que c’est un sujet ». L’abrogation de la réforme des retraites de 2023. Et un constat sur les services : maternités qui ferment, hôpital public qui se désagrège, inspecteurs du travail moins nombreux, Fonds vert de nouveau coupé.

Le moment le plus commenté a porté sur l’immigration, où elle a répondu à Marine Le Pen en citant Patrick Martin lui-même : lors des débats sur la loi immigration de 2023, le président du MEDEF estimait que le système français avait besoin de 3,9 millions de salariés. L’argument a été applaudi par la salle.

Une seule de ses propositions touche à ce que l’entreprise fait, et elle vient en clôture : un impôt plus juste pour les petites entreprises et pour celles qui s’impliquent dans la transition écologique, avec un plan d’aide aux TPE et aux PME. C’est le seul moment où elle propose un traitement fiscal différencié selon l’engagement — le geste s’approche du bonus-malus que porte Impact France, sans en faire un mécanisme.

Le déplacement ne modifie pas l’estimation, qui porte sur le projet présidentiel. Il déplace en revanche ce que ce projet rend praticable : un texte qui borne l’entreprise par le seuil s’expose autrement quand celle qui le porte vient en débattre devant ceux qui produisent. Ce qu’elle y a défendu relève pourtant du salaire, de la main-d’œuvre et de la fiscalité — pas de ce que l’entreprise conçoit.

Le grand oral du 27 août : qui paie l’adaptation

Les cinq priorités remises aux sept candidats portent toutes sur le cadre : baisse de la fiscalité et des charges pour 83 % d’entre eux, réindustrialisation 81 %, simplification des normes 75 %, réduction de la dette 75 %, stabilité des règles fiscales et sociales 74 %. Aucune ne concerne ce que l’entreprise produit — et les projets de gauche répondent sur le même terrain, par l’inverse. Le débat s’enferme ainsi dans une seule alternative : alléger le cadre ou l’étendre.

Ce chapitre descend jusqu’aux corps, et c’est ce qui le distingue. Il rafraîchit les bâtiments publics — hôpitaux, EHPAD, établissements de santé, crèches, écoles — par la rénovation et l’installation de climatiseurs dans les principaux lieux de vie. Et il crée un droit opposable à des protections solaires aux fenêtres, avec réduction de loyer automatique à défaut : un locataire qui subit un logement invivable obtient un recours, là où la canicule se vit d’abord sous les toits. S’y ajoute l’obligation de prendre en compte une trajectoire à +4 °C dans tous les projets d’investissement des collectivités et des entreprises.

Un seul des six chiffre l’adaptation, et c’est ce programme : sept milliards d’euros par an d’ici 2032 pour le plan national, une caisse nationale de sécurité climatique, des secteurs nommés du bâtiment au réseau ferroviaire, et la question de l’assurabilité posée. C’est exactement ce que Tondelier oppose au reproche du coût — « combien coûte une forêt qui brûle, une récolte perdue, une maison fissurée par la sécheresse ? » —, en rappelant que l’inaction climatique coûte au moins cinq fois plus cher que l’action.

Ce qui sépare vraiment les six tient pourtant à une seule question : qui paie. Le MEDEF demande d’alléger les charges, Impact France propose que le marché récompense ce qui contribue par un bonus-malus, les trois projets de gauche financent par l’impôt et la dépense publique. Trois réponses, et aucune ne fait dépendre une part de ce financement de ce qui se vend.

Alléger le cadre déplace la charge sur la puissance publique ; l’étendre la déplace sur celui qui produit ; l’aide la déplace sur le budget. Aucun de ces trois gestes ne la répartit entre ceux qui reçoivent le gain — et c’est ce que fait un prix qui incorpore la contribution. C’est aussi pourquoi l’innovation ferme les six profils : c’est le levier qui débloque le passage à la régénération. Le programme s’en approche par l’écomodulation, qui fait varier un prix selon la qualité du produit, sans dire encore ce que cette qualité doit attester. La rentrée politique de l’écologie 2026 réunit les six lectures et les compare levier par levier.

Partie III · Ce qui bloque, et ce que nous proposons

7 · Ce qui finance la transition : la commande publique, l’aide, et pas la vente

L’aval : ce que la commande publique peut financer

C’est ici que le programme touche le plus près ce que la vente peut financer. Cent pour cent de bio dans la restauration collective d’ici 2040, cinquante pour cent de bio local et végétal dans la restauration commerciale en 2032, et un Fonds d’innovation alimentaire qui finance les légumeries, les conserveries et les plateformes logistiques. S’y ajoutent les caisses locales de sécurité sociale de l’alimentation, les groupements d’achats, les épiceries sociales, la tarification sociale dans la restauration publique et les cantines à un euro.

Une commande publique à cent pour cent bio crée un débouché qui rémunère des pratiques, et le Fonds d’innovation alimentaire finance l’outil qui la transforme. Le programme met donc en place sous forme publique deux conditions qu’une filière peine à réunir seule — la participation aux outils et un débouché de durée.

Ce qui vient ensuite tient en une clause. Le prix payé au producteur est sécurisé par la règle, le service rendu à l’écosystème est payé par l’aide, le débouché est ouvert par la commande publique. Reste à faire dépendre le revenu de ce que le produit fait vivre, et à répartir entre les maillons les gains obtenus ensemble.

Ce que chaque niveau demande à une exploitation, et ce qui le finance.
Le niveauAu champCe qui le finance
LimiterSe conformer aux seuils d’intrants et de pollutionLe contrôle et la sanction
RéduireBaisser les engrais et pesticides de synthèse, alléger la pression sur l’eauLa norme et l’aide à la conversion
RestaurerRotations allongées, couverts permanents, haies replantées, sol qui reprend en matière organiqueL’aide publique et le paiement pour services environnementaux
RégénérerDes pratiques qui font gagner le sol et le revenu ensemble, attestées et payées par l’acheteurChaque vente

Nos analyses sectorielles montrent où se situe chaque filière et ce que la bascule y demande. L’alimentation régénérative suit la chaîne du sol à la santé et recense les produits qui la démontrent en rayon ; le passage du bio au régénératif déplie ce qui manque du champ au produit ; la modélisation de la filière laine chiffre ce qu’une filière structurée change — d’un cours export à un contrat pluriannuel documenté, le prix éleveur est multiplié par vingt sans subvention, dans une modélisation à visée prospective ; les enjeux du textile régénératif tiennent la même chaîne sur la fibre.

Un prix, un affichage, une conditionnalité, une norme — et aucun engagement entre les maillons

Quatre mesures existent déjà dans ce programme, et aucune n’engage les maillons d’une chaîne de valeur les uns envers les autres. Le prix, avec les paiements pour services environnementaux et les écomodulations qui font varier un coût selon la qualité du produit. L’affichage, avec le scoring environnemental annoncé et l’indice de durabilité. La conditionnalité, avec l’écart de rémunération de un à vingt qui commande l’accès aux aides publiques. La conception, avec l’écoconception réglementée sur la durée de vie, la réparabilité et les matières recyclées. Chacun agit sur un point de la chaîne, depuis la puissance publique ; reliés par un engagement autour de ce que le produit fait vivre, ils formeraient un modèle économique — un mécanisme qui crée de la valeur, et pas seulement une source de financement.

Ce qui les relierait est une relation entre maillons, mutuellement bénéfique. Un fabricant qui s’engage sur un volume et une durée permet à un transformateur de tenir son outil ; cet outil permet au producteur de tenir des pratiques ; ces pratiques sont ce qu’un label atteste, donc ce qui justifie le prix payé — et le produit qui en sort se vend mieux parce qu’elles sont tenues. Chaque maillon y gagne quelque chose que les autres lui apportent, et c’est ce qui rend la boucle reproductible.

Le programme finance sa transition par la dotation du plan d’adaptation, un fonds souverain adossé à un livret industrie, des prêts à taux zéro et un Community Reinvestment Act à la française. Quatre traits caractérisent le modèle économique qui en résulte, et ils se retrouvent ensuite à l’identique chez les cinq autres.

Les modèles économiques proposés sont des modèles de réduction. On allège un flux, on encadre un prix, on module une taxe, on interdit une substance. C’est le deuxième niveau de la trajectoire, et il est tenu avec sérieux — la valeur y reste produite comme avant, et l’écologie s’y ajoute comme une contrainte à absorber.

L’innovation produit vise la réduction des impacts. Durer plus longtemps, peser moins, se réparer, contenir moins de substances : la conception part de ce qu’il faut retirer. D’où elle pourrait partir autrement — le potentiel d’un écosystème et de ceux qui en vivent — est la question qu’aucun des six ne pose.

Le financement passe par l’aide publique. Taxation du capital, fonds souverain adossé au livret industrie, prêts à taux zéro, Community Reinvestment Act, redéploiement de quinze pour cent des aides agricoles : six financements publics, et la vente n’y entre pour rien. Une contribution financée par l’aide reste une dépense, et une dépense s’arbitre chaque année contre les autres, le plan d’adaptation le premier.

Le produit reste à penser comme pouvant contribuer à la nature au même titre qu’à la société. Le social du produit est écrit — un revenu, une condition de travail, un droit d’accès ; l’environnemental l’est aussi — un impact évité, une norme respectée. Les deux restent séparés, et ce qui se vend peut faire gagner l’écosystème et ceux qui en vivent d’un même mouvement.

Le verrou comptable, et ce qu’il produit

Un verrou comptable explique pourquoi le financement passe par l’aide. Les normes permettent d’inscrire une dette environnementale au passif, sans autoriser à porter à l’actif la valeur créée : une ferme dont les sols gagnent en fertilité enregistre un capital naturel accru que rien ne permet d’inscrire. La Délégation sénatoriale à la prospective a chiffré ce que cette cécité coûte, en relevant que plus de quarante pour cent des titres détenus par les institutions financières françaises dépendent d’au moins un service écosystémique.

Deux analyses d’entreprise montrent ce que ce blocage produit, sur deux trajectoires inverses. Michelin, à 45 %, dispose des cadres de mesure les plus avancés de son secteur, et sa RSE n’a pas soutenu l’économie quand les ventes ont reculé : quatre-vingt-dix-huit pour cent du chiffre d’affaires repose sur la vente de pneus, et le reste vient de l’économie de la fonctionnalité, pas d’une activité à triple impact positif. Patagonia, à 68 %, a la Terre pour actionnaire unique et son chiffre d’affaires croît de 6 % — ses émissions de 2 %. La RSE documente sans relier : elle n’a pas protégé l’économie chez l’un, elle n’a pas découplé les impacts chez l’autre.

Ce que les entreprises apportent, et que la loi ne peut pas écrire

Ce qui vient ensuite ne relève plus du programme : un engagement entre maillons se contracte, il ne se légifère pas. Il porte un nom, le co-investissement. Engagements de durée entre maillons, préfinancement, participation aux outils de première transformation, partage équitable des gains créés, avec un atterrissage comptable en triple capitaux — c’est ce qui distingue le partage d’un résultat de la mutualisation d’un risque et d’un gain. Le statut de commun forestier en ouvre la porte : confier une gestion à des communautés d’usagers pose la question suivante d’elle-même — quel débouché rémunère les pratiques qu’ils tiennent, et comment les gains se répartissent entre ceux qui la produisent.

Ce mécanisme a une source, et c’est l’économie de la mutualité. Bruno Roche la formule en une question : les entreprises ont besoin de capital financier, mais aussi de capital humain, social et naturel — pourquoi maximiser la production du premier aux dépens des autres, et que se passerait-il si la relation reposait sur des relations mutuelles plutôt que sur des relations de pouvoir ? Toute activité économique suppose un avantage mutuel, et l’optimum s’y définit comme la situation où l’avantage de chaque partie est maximisé pour un surplus mutuel maximum.

C’est ce que le business model de l’entreprise régénérative met en œuvre : l’entreprise n’y agit plus seule, elle est un acteur au sein d’une coalition qui délivre des services socio-écosystémiques sur un territoire — climat, eau, sols, biodiversité, nutrition, juste rémunération. Le cinquième atelier en fixe l’atterrissage : co-investissements, gains collectifs en triple impact et engagements mutuels lissés dans le temps, en triple comptabilité.

Ce mécanisme se lit mieux sur une pratique précise, et le programme en fournit une. La haie se plante à l’amont, et sa valeur se réalise à l’aval — dans un produit qui se vend mieux parce qu’elle est là. Entre les deux, il faut quelqu’un qui avance le coût, qui s’engage sur les quinze ans que met une haie à produire ses effets, et qui partage le gain quand il arrive. C’est le co-investissement, et la section suivante le suit sur un cas.

8 · Le Label Haie : une pratique rendue rémunérable, et par qui

Ce que soixante mille kilomètres de haies supposent

L’état du linéaire dit l’ampleur de ce que l’objectif suppose. La France compte environ 750 000 kilomètres de haies, et les surfaces en haies et alignements d’arbres ont diminué de 70 % depuis 1950. Le rythme s’est aggravé : 10 400 kilomètres perdus par an entre 2006 et 2014, 23 571 par an entre 2017 et 2021 selon le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux, pour environ 3 000 kilomètres plantés chaque année. L’Afac-Agroforesteries résume que les haies régressent six fois plus vite qu’on ne les reconstitue.

Un précédent public existe, et il est instructif. Le Pacte en faveur de la haie, présenté en septembre 2023 dans le cadre de la planification écologique, vise un gain net de 50 000 kilomètres d’ici 2030 avec 110 millions d’euros par an — quand l’Afac-Agroforesteries chiffrait le besoin à 250 millions par an sur sept ans. Le Label Haie est par ailleurs porté par cette association et déjà financé sur fonds publics : il interdit le brûlis et encadre l’épareuse. Le programme n’invente donc pas l’outil, il en élargit la portée et relève l’objectif.

Une mesure de ce programme fait déjà ce que nous demandons, à un détail près qui décide de tout. Le gain net de soixante mille kilomètres de haies d’ici 2030 s’accompagne de la revalorisation du bonus Haie de la PAC et d’un Label Haie qui ouvre droit aux paiements pour services environnementaux. La chaîne est complète : une pratique tenue au champ, un label qui l’atteste, un paiement qui la rémunère.

C’est la structure exacte d’un mécanisme contributif, et aucun des deux autres programmes ne la porte. Le projet socialiste et le programme insoumis garantissent un prix ou plafonnent une marge ; ici, des pratiques précises deviennent rémunérables parce qu’elles sont prouvées. Le label fait le travail que l’affichage produit devrait faire : rendre visible ce que la fabrication entretient.

Une pratique à effet domino

Ce qui rend ce cas intéressant tient à la nature de la pratique. Planter une haie produit plusieurs effets à la fois, et par un seul geste : elle retient l’eau et ralentit le ruissellement, elle abrite des auxiliaires de culture et des pollinisateurs, elle protège le sol de l’érosion et du vent, elle stocke du carbone, elle donne du bois et de l’ombre au bétail, et elle rend un paysage habitable. Une seule pratique, quatre piliers touchés en même temps — l’environnement, le social par le métier qu’elle demande, l’économique par ce qu’elle produit, le territoire par ce qu’elle dessine. C’est ce que nous appelons un effet domino, et c’est ce qui distingue une pratique régénérative d’une mesure de réduction, qui n’agit que sur un flux.

La filière laine en donne l’équivalent chiffré. Notre modélisation de la filière laine française suit le même mouvement : une pratique tenue au champ, une filière structurée pour la transformer, un contrat pluriannuel documenté — et le prix éleveur multiplié par vingt sans subvention, dans une modélisation à visée prospective. Le mécanisme est le même que celui de la haie, à ceci près que le payeur y est un acheteur, pas un budget.

Une haie ne tient pourtant que si elle sert, et c’est la condition que l’objectif ne dit pas. Entretenue et taillée, elle donne du bois de chauffage, des plaquettes pour les litières, du fourrage, parfois des fruits — et l’agriculteur a une raison de la garder. Plantée sans usage ni entretien, elle disparaît en trois ans, et l’on aura compté des kilomètres pour rien. Notre dossier sur l’arbre pilier du vivant le documente : entre 2017 et 2021, vingt-trois mille cinq cents kilomètres ont été perdus par an pour trois mille plantés. Marie-France Barrier, fondatrice de Des Enfants et des Arbres, en donne la formule — on court très vite pour faire du sur-place pendant qu’on se fait aspirer par le siphon de la baignoire.

La chaîne du Label Haie, telle que le programme l’écrit.
Le maillonCe que le programme prévoit
La pratiqueUne haie plantée, un maillage bocager reconstitué, une prairie maintenue
La preuveLe Label Haie, qui atteste les pratiques tenues sur la parcelle
Le paiementLes paiements pour services environnementaux, auxquels le label ouvre droit
Le financeurLa puissance publique, par redéploiement de quinze pour cent des aides
Ce qui manqueUn acheteur qui rémunère les mêmes pratiques parce qu’elles sont visibles sur le produit

Ce que le financeur change

Le paiement vient de l’aide publique, et cela fixe la durée du mécanisme. Quinze pour cent des aides versées aujourd’hui sans conditionnalité environnementale sont redéployées vers ces paiements : la haie est financée tant que le redéploiement tient. Un arbitrage budgétaire, un changement de majorité, une renégociation de la politique agricole commune, et la haie cesse d’être payée alors qu’elle continue de rendre le service.

Un domaine montre ce que les mêmes pratiques deviennent quand la vente les rémunère. Nectar Oléiculture conduit mille hectares en bio-régénératif en Occitanie, en agroforesterie, avec sept kilomètres de haies, sept mares et six cent cinquante nichoirs, en partenariat avec Des Enfants et des Arbres. Ces travaux ne sont pas financés par un redéploiement d’aides : ils le sont par ce qui se vend, et l’huile qui en sort porte cette conduite. Ces travaux se financent par la vente.

Bonneterre ajoute ce que Nectar n’affiche pas, et c’est l’étiquette qui le montre. La marque plante des haies au-delà de ce que le cahier des charges bio exige, et elle porte la mention sur le produit : ce que la fabrication fait pour la biodiversité se lit en rayon. L’attestation cesse d’ouvrir droit à une aide pour devenir un argument de vente — c’est exactement le déplacement que le Label Haie rendrait possible, et il se fait ici sans attendre qu’un budget le finance.

Un score le rend possible aujourd’hui, et un seul. Le Planet-Score note la biodiversité séparément du carbone, et c’est la seule façon actuelle de faire apparaître un arbre sur une étiquette. C’est ce qui permet à une mention de dire une pratique plutôt qu’un impact évité — et ce que le scoring environnemental annoncé par le programme pourrait porter à son tour.

Le même label peut être payé par un acheteur. Un fabricant qui construit son prix sur des pratiques labellisées, et qui l’affiche sur son produit, transforme la haie en argument de vente plutôt qu’en ligne budgétaire. La preuve existe déjà, le paiement change de source — et il devient proportionnel à ce qui se vend.

Le bio et la haie ne font pas le même geste, à l’intérieur du même niveau. Le bio retire — les intrants de synthèse, les OGM, les traitements ; c’est un cahier des charges d’exclusion. La haie ajoute — elle retient une eau, abrite un auxiliaire, protège un sol, produit un bois. On peut être bio sans une seule haie, et une exploitation conventionnelle peut en planter soixante kilomètres. Les deux relèvent de la restauration ; ce qui les sépare est que le premier réduit ce qui abîme, quand la seconde installe ce qui fait vivre.

Ce que la commande publique en fait, et ce qui lui manque

La commande publique est le second appui, et le taux atteint aujourd’hui mérite d’être posé. La loi EGalim fixe 20 % de bio en restauration collective depuis le 1er janvier 2022. Pour les achats 2024 télédéclarés, le ministère de l’Agriculture relève un taux de 11,8 % de produits biologiques, et 29,5 % de produits durables et de qualité pour une cible de 50 %. Le programme propose donc de multiplier par huit un taux qui n’atteint pas la moitié d’un objectif fixé quatre ans plus tôt.

Ce constat ne disqualifie pas la mesure, il en désigne la condition. Un débouché public obligatoire ne suffit pas par lui-même ; ce qui manque est ce qui rend l’achat préférable plutôt que contraint — un prix construit avec les maillons, une preuve des pratiques, une répartition des gains. C’est ce que notre dossier sur l’alimentation régénérative établit du sol à la santé, avec les produits qui le démontrent déjà en rayon ; le passage du bio au régénératif en déplie la chaîne, du champ au rayon.

Le programme tient la moitié de ce passage avec sa commande publique chiffrée. Un débouché de durée est ainsi créé, et le Fonds d’innovation alimentaire finance les légumeries, les conserveries et les plateformes logistiques qui le servent.

Le programme met donc engagé le débouché sur quinze ans et financé l’outil qui le sert. Ce qui reste à écrire est le prix construit avec les maillons, et la répartition entre eux des gains obtenus ensemble.

9 · L’éco-conception réglementée, et l’analyse qui l’oriente

Le programme réglemente l’éco-conception, et c’est le seul des six à le faire à ce degré. Il en donne la raison chiffrée : la fabrication d’un produit électrique ou électronique représente 78 % de son empreinte carbone, et 39 % des aspirateurs, 48 % des télévisions et 71 % des smartphones sont renouvelés alors qu’ils sont encore fonctionnels. Le constat qui en découle est juste — le recyclage concentre l’essentiel des efforts au détriment des leviers qui agissent à l’amont : l’éco-conception, la sobriété, le réemploi, l’allongement de la durée de vie.

Ce qu’il impose au produit couvre toute la conception. Objets du quotidien démontables et réparables, stock et durée minimale de disponibilité des pièces détachées, taux minimal de matières premières recyclées et recyclables, documentation technique standardisée, fiscalité incitative assise sur le cycle de vie. La matière, la durée et le démontage d’un produit entrent dans la loi.

Ce que le programme impose là, les gens le demandent déjà. Un objet conçu pour durer et pour se réparer est un bénéfice à l’achat avant d’être une contrainte écologique : quatre-vingt-huit pour cent des Français attendent des produits plus résistants et réparables, quitte à ce qu’ils coûtent plus cher. C’est l’attente la plus forte mesurée sur le produit, et elle place cette mesure du côté de ce qui se gagne plutôt que de ce qui se renonce — à la différence des propositions que la même enquête voit basculer en négatif, toutes présentées comme des renoncements : un quota, un remplacement, une baisse de rémunération.

Le programme pense donc la fin de vie et l’anticipe, et c’est ce qui le distingue : la pièce détachée, le démontage, la matière récupérable y sont écrits dès la conception. Ce qu’il n’anticipe pas encore, c’est le début — ce dont la conception part, et ce que la fabrication peut faire vivre pendant qu’elle a lieu.

L’ambition est écrite dans la stratégie économique elle-même. Il faut, dit le programme, « éco-concevoir les biens pour qu’ils soient sobres en énergie, démontables, réparables, réemployables et recyclables », et substituer à la compétitivité-coût une sobriété compétitive qui récompense les entreprises économes en ressources. Trois principes garantissent la cohérence de cette stratégie, et le premier porte sur le modèle économique des entreprises lui-même.

La compétence suit la règle, et c’est rare. Les enjeux et les compétences liés à la circularité sont intégrés aux formations existantes — CAP, BEP, BTS, écoles d’ingénieurs et de design —, avec un fonds régional pour des formations qualifiantes et certifiantes, et des métiers de la réparation financés par les éco-organismes. Le programme ne se contente pas d’imposer une conception : il forme ceux qui conçoivent.

Et il nomme lui-même le conflit qu’il faut lever. La réforme de la Responsabilité Élargie des Producteurs est justifiée en ces termes : le cadre actuel « crée un conflit d’intérêt entre un modèle économique fondé sur le renouvellement des produits et l’objectif de réemploi et de réparation ». C’est le constat de cette lecture, écrit par le parti — un modèle économique peut travailler contre l’objectif qu’on lui assigne.

L’analyse de cycle de vie y mesure un impact à réduire

Le cycle de vie apparaît trois fois, et toujours dans le même emploi. Une fiscalité incitative assise sur le cycle de vie des objets. Des conditionnalités environnementales strictes dans les marchés publics, dont les émissions carbone et le cycle de vie des produits. Et une Stratégie Nationale Basse Empreinte Matières, avec un objectif d’empreinte matières qui régule l’extraction de sables et de métaux.

Une fiscalité qui le taxe, un marché public qui le conditionne, une stratégie qui le plafonne : l’analyse de cycle de vie y sert à mesurer ce qu’il faut retirer. C’est l’analyse du produit sur ses critères d’impact, et c’est le premier degré de l’échelle.

C’est le troisième degré de l’échelle de conception posée plus haut : après l’éco-conception que le programme rend obligatoire, et après l’éco-socio-conception qui joint l’environnemental et le social, le design régénératif compte ce que la fabrication apporte plutôt que le seul impact qu’elle évite.

Le programme rend l’éco-conception obligatoire et laisse l’éco-socio-conception et le design régénératif entiers. L’environnemental du produit y est réglementé, le social y est traité par le droit du travail et par l’affichage santé — les deux restent séparés. Ce que l’éco-socio-conception ajoute est précisément leur jonction : une même analyse qui compte le sol et le producteur.

Et le point de départ ne change pas. Durer plus longtemps, peser moins, se démonter, se réparer : la conception part de ce qu’il faut retirer. D’où elle pourrait partir autrement — le potentiel d’un écosystème et de ceux qui en vivent — reste la ligne suivante.

10 · Concevoir des produits régénératifs : ce que la contribution rend finançable

Une entreprise ne bascule pas par une déclaration d’intention : elle bascule quand elle met en vente un produit régénératif. C’est l’offre qui transforme le modèle économique, puis l’entreprise entière suit, produit après produit. Sans produit en vente, il y a une intention, pas une bascule.

Un produit régénératif se construit en deux mouvements qui s’additionnent, et le second ne remplace pas le premier. Réduire les impacts d’abord — alléger l’empreinte sur les ressources, piloté par l’analyse de cycle de vie. Augmenter les capacités du vivant ensuite — sur la santé biologique des sols, les habitats naturels, la santé humaine, la qualité de vie au travail. Le programme des Écologistes tient le premier mouvement, et il le tient d’un bout à l’autre du produit.

Deux indicateurs absents de l’analyse de cycle de vie classique deviennent alors centraux : la biodiversité et la santé humaine. Ce n’est pas un détail de méthode. L’ACV traditionnelle se concentre sur le carbone, l’eau et les déchets, et elle désigne le fabricant comme l’étape aux plus gros impacts : l’attention se porte sur le packaging, quand les enjeux du vivant se logent dans ce que le produit contient et dans ce qu’il fait à ceux qui le consomment. Regarder la biodiversité fait apparaître les fournisseurs d’ingrédients — les champs, les sols, les filières amont. Regarder la santé humaine fait apparaître les usagers.

C’est exactement l’écart de ce programme. Le cycle de vie y sert à taxer, à conditionner un marché public et à plafonner une extraction — carbone, eau, matières. La biodiversité y est traitée dans un autre chapitre, la santé dans un troisième, et jamais dans l’analyse qui oriente la conception d’un produit.

La boucle du produit, appliquée à la haie

Sur la haie, cette valeur se construit en boucle, et chaque maillon dépend du suivant. Un acheteur qui paie le blé plus cher permet à un collecteur de s’engager sur plusieurs récoltes ; cet engagement permet à l’agriculteur de planter et d’entretenir ses haies ; et ces pratiques sont ce que le Label Haie atteste, donc ce qui justifie le prix payé. La boucle se ferme à la vente du pain, et elle finance sa propre continuité.

Ce déplacement est un travail, et il se conduit avec les maillons de la filière. Cartographier les dépendances d’une activité, réunir les maillons de sa chaîne de valeur, construire un prix avec eux, chiffrer ce que chacun y gagne : nos cinq ateliers du business model régénératif le conduisent, de l’analyse de la chaîne actuelle à l’atterrissage comptable en triple capitaux. Il ne demande ni majorité, ni consensus, ni alternance — il se décide dans une entreprise, avec ceux dont elle dépend, produit par produit.

Ce que la demande attend, et ce qu’elle est prête à payer

Ce que les gens attendent d’un produit est documenté, et le programme n’en utilise qu’une part. Worldpanel identifie quatre moteurs d’achat qui se recouvrent — la santé, l’origine, la solidarité, la planète —, et c’est nous qui les relions à la trajectoire. Une offre peut être meilleure pour la santé, soutenir une filière et réduire les pressions environnementales tout en restant désirable pour des raisons qui commencent ailleurs que par « sauver la planète ».

Le blocage se situe au pouvoir plutôt qu’au vouloir, et les cinq temps du changement le montrent — savoir, vouloir, pouvoir, changer, persévérer. Les deux premiers sont acquis : trois Français sur quatre se déclarent assez informés sur ce qu’ils peuvent faire, et plus des trois quarts se disent prêts à changer. Ils désignent par ailleurs qui doit agir, et l’ordre est constant : les industriels en premier, le gouvernement ensuite, eux-mêmes en dernier.

La demande porte une préférence, et c’est cette part-là que le programme n’utilise pas. Dans les labels lus comme des jalons, cinquante-neuf pour cent des personnes interrogées placent les producteurs locaux en tête de leurs attentes et cinquante-sept pour cent la qualité, quand le carbone en réunit vingt-neuf. L’origine et la qualité sont donc des arguments de préférence.

Et sur ce que les marques en disent, un silence reste à occuper. Sur les attentes que nous avons mesurées, la juste rémunération pèse cinquante-cinq pour cent d’importance et reste quasi absente des discours ; le climat, lui, est saturé. C’est un espace politique autant que commercial — ce que le consommateur regarde en rayon déplie les quatre moteurs qui l’organisent, et le baromètre de la sobriété montre que le premier levier de changement cité par les Français est une offre accessible, pas une injonction.

Ce que les Écologistes laissent ouvert, les six prises de parole de la rentrée le laissent ouvert avec eux — et c’est ce que démontrent les produits que nous distinguons. C’est qui le Patron ?!, que nous situons à 91 %, construit le prix de sa brique de lait sur le revenu du producteur : son chiffre d’affaires progresse de 11,8 % en 2024, à 126 millions d’euros, quand le marché du bio en grande surface recule de 5 %. Près de cent produits français primés depuis 2024 dans vingt et un secteurs conjuguent croissance économique et impacts positifs.

Ce que la triple profitabilité ajoute tient dans un mot : les trois ne s’additionnent pas, elles se renforcent. Un sol vivant produit des ingrédients plus actifs, un producteur bien rémunéré sécurise une filière, un consommateur qui perçoit sa contribution achète davantage. C’est ce cercle que le modèle économique régénératif recherche, et c’est ce qui le distingue d’une réduction d’impacts bien conduite.

11 · Nos propositions aux Écologistes : un critère aux aides, un objet à l’affichage

La conditionnalité des aides est écrite et maniée, et il lui manque un critère. L’écart de un à vingt conditionne toute aide publique, le redéploiement de quinze pour cent des aides agricoles va aux paiements pour services environnementaux, et le score environnemental des constructeurs conditionne l’aide automobile. La mesure existe, secteur par secteur.

En l’état, l’aide récompense la conformité et non la contribution. Une entreprise qui régénère un sol et une qui se contente de tenir l’écart de un à vingt accèdent aux mêmes financements, aux mêmes conditions. Rien ne distingue celle qui fait mieux.

Le critère existe déjà sous forme de labels, et il suffirait de les y intégrer. Regenerative Organic Certified, Demeter, Bio Équitable en France attestent de bonnes pratiques et de leur rémunération, pas seulement d’un impact évité. Les reconnaître comme condition d’accès donne au critère un contenu vérifiable, sans créer de dispositif nouveau.

Brancher la conditionnalité sur un gain mesuré en triple impact change l’échelle. Les 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises — chiffrés par un rapport sénatorial, en augmentation trois fois plus rapide que le produit intérieur brut en vingt ans — passeraient de la logique de guichet à la logique capacitaire.

La commande publique, premier client des filières

La commande publique est le second levier, et le programme en tient déjà la porte. Les taux de bio y sont chiffrés et datés, et le Fonds d’innovation alimentaire finance légumeries, conserveries et plateformes logistiques. Y ajouter un critère de contribution prouvée fait du débouché public le premier marché des filières régénératives.

Ce que l’affichage doit attester

L’affichage est le plus avancé des trois, et son objet reste à déplacer. Nutriscore généralisé, scoring environnemental annoncé en complément, logo par additif sur le packaging, labels de qualité et label bas carbone portés par la commande publique : l’information produit y couvre plusieurs familles de produits. Chacun de ces signes dit ce que le produit évite ou contient, aucun ne dit ce que sa fabrication fait vivre.

Le déplacement tient dans l’objet de l’attestation, et il ne demande aucun outil nouveau. Un scoring qui porterait le revenu versé au producteur, la surface menée autrement et le métier maintenu changerait ce que le consommateur compare en rayon — et il rendrait payable par la vente les pratiques que les paiements pour services environnementaux financent aujourd’hui par l’aide.

Un troisième chantier est ouvert par le statut de commun forestier. Confier une gestion à des communautés d’usagers appelle la question du débouché : quel prix rémunère les pratiques qu’elles tiennent, et comment les gains créés se répartissent entre ceux qui les produisent.

Chaque mesure part de ce que le programme écrit, et ajoute une clause. C’est ce qui la rend inscriptible. Le manifeste du made in France contributif demande que la mention d’origine porte ce que la fabrication rémunère, régénère et maintient sur le territoire, en donnant force de marché aux labels qui le prouvent déjà. Lancé le 12 juin 2026 aux Lauriers de la Régénération, il a été remis aux ministères de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce.

Ce qui manque au débat est une preuve de terrain : chiffrer le delta entre une filière régénérative et une filière conventionnelle, maillon par maillon. C’est le travail que nous conduisons avec le groupe économie régénérative en triple impacts localisés, et une campagne présidentielle est un bon moment pour le rendre public.

L’enjeu de la rentrée a changé en un an. À la rentrée 2025, le débat portait sur la conditionnalité des aides aux entreprises et sur la juste répartition de l’effort fiscal. Il porte aujourd’hui sur le financement de l’adaptation : comment payer ce qui permettra au pays d’encaisser les étés qui viennent, sans que les entreprises y perdent leurs objectifs économiques. Une contribution payée par l’impôt reste une dépense ; une contribution portée par le produit devient un revenu — et c’est la seule réponse qui ne se rediscute pas à chaque loi de finances.

Ce qu’il faut retenir

Le programme des Écologistes s’estime à 63 %, au niveau de la restauration, où les trois projets de gauche se tiennent ensemble. Cinq de ses six leviers se tiennent dans un intervalle de dix points, et l’innovation seule s’en détache.

C’est le seul des six dont la relation au vivant atteint le dernier niveau. Nous dépendons d’une température, d’un cycle de l’eau, de sols fertiles, des océans, des forêts et des pollinisateurs, et nous ne sommes libres qu’à condition de les connaître et d’en prendre soin. Deux titres de chapitres tiennent l’écosystème avec ceux qui en vivent — les océans et leurs artisans, les forêts et l’économie sylvicole.

C’est aussi le seul à faire des indicateurs du vivant la boussole de la politique économique, en écartant la croissance du produit intérieur brut au profit de l’espérance de vie en bonne santé, de la réalisation des droits et de l’empreinte matière. Et le seul à chiffrer l’adaptation : sept milliards par an d’ici 2032, une caisse nationale de sécurité climatique, la question de l’assurabilité posée.

Le programme réglemente la conception d’un bout à l’autre — durée de vie, démontabilité, réparabilité, pièces détachées, matières recyclées, fiscalité sur le cycle de vie. Il forme ceux qui conçoivent, en intégrant la circularité aux écoles d’ingénieurs et de design. Et il nomme lui-même le conflit à lever : un modèle économique fondé sur le renouvellement des produits travaille contre l’objectif de réemploi.

Ce qu’il impose là, les gens le demandent déjà. Un objet conçu pour durer et se réparer est un bénéfice à l’achat avant d’être une contrainte écologique — quatre-vingt-huit pour cent des Français l’attendent, quitte à payer plus cher. Le programme pense la fin de vie et l’anticipe ; ce qu’il n’anticipe pas encore, c’est le début.

Le verrou tient à l’analyse qui oriente cette conception. Le cycle de vie y sert à taxer, à conditionner un marché public et à plafonner une extraction — carbone, eau, matières. Deux indicateurs en restent absents, et ce sont ceux qui décident : la biodiversité, qui fait apparaître les filières amont, et la santé humaine, qui fait apparaître les usagers.

Une mesure du programme fait pourtant déjà ce que nous demandons, à un détail près qui décide de tout. Le Label Haie ouvre droit à un paiement : une pratique précise devient rémunérable parce qu’elle est prouvée. Aucun des deux autres projets de gauche ne porte cette chaîne. Le payeur est l’aide publique — et une haie ne tient que si elle sert : entretenue, elle donne du bois, du fourrage, parfois des fruits ; plantée sans usage, elle disparaît en trois ans.

La gouvernance atteint 72 % par un geste propre : rouvrir la composition d’instances qui existent déjà. Comités de bassin dont les modes de nomination changent, commun forestier confiant la gestion à des communautés d’usagers, codétermination graduée jusqu’à la moitié des sièges. Ce qui reste à écrire pour atteindre le dernier niveau est la voix du vivant : son intérêt y est représenté, un siège avec voix délibérative reste à créer.

Les deux propositions que nous portons y sont amorcées. La conditionnalité des aides est maniée — l’écart de un à vingt, le redéploiement agricole —, et il lui manque le critère : démontrer que le territoire va mieux parce que l’entreprise existe. L’information produit y couvre plusieurs familles de produits, et il lui manque son objet : que le scoring environnemental atteste ce que la fabrication fait vivre, et pas seulement ce qu’elle évite.

L’avant-propos du programme nomme lui-même le passage : intégrer la protection de la nature au cœur même du modèle économique des entreprises, et découpler la croissance de la valeur de son impact matériel. Les propositions qui suivent n’y répondent pas encore.

Ce qui reste à écrire tient en un mécanisme. Une contribution payée par l’aide reste une dépense, et une dépense s’arbitre chaque année. Portée par le produit, elle devient un revenu qui croît avec le volume vendu — et c’est la seule réponse qui ne se rediscute pas à chaque loi de finances.

Cette lecture est ouverte, et elle s’actualisera. Le discours de Grenoble et les journées d’été éclairent le score sans y entrer ; une version actualisée du programme rejoindra la même lecture, avec une seule estimation et un seul score.

« Avec un made in France régénératif, le territoire et ses habitants prospèrent grâce à l’activité économique — pas malgré elle. »

Jérémy Dumont, Nous Sommes Vivants

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Le dossier · la politique et l’écologie

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la comparaison Mélenchon-Tondelier — les deux programmes présidentiels comparés ligne à ligne.

le programme de La REF du MEDEF — l’autre bout de la chaîne.

le programme des Universités d’Été de l’Économie de Demain — la souveraineté abordée par les modèles économiques.

Faut-il débrancher Jancovici ? — le plan du Shift et le récit qui le porte, en repère sur l’atténuation.

l’enjeu politique de la trajectoire des entreprises — notre plaidoyer côté politique.


Sources : Obseca, baromètre de l’éco-anxiété, 4 septembre 2026, avec l’ADEME · consultation « Mobilisation des Entreprises de France – Cap sur 2027 », MEDEF-OpinionWay, 65 872 dirigeants interrogés du 15 avril au 15 juillet 2026 · Eau de Paris, paiements pour services environnementaux des aires de captage, données 2019-2023 · jugement du tribunal judiciaire de Paris du 23 juin 2026 sur les allégations Volvic · Lauriers de la Régénération, palmarès 2026 — Bonneterre pour les haies plantées au-delà du cahier des charges bio et la mention biodiversité en rayon, Nectar Oléiculture pour les sept kilomètres de haies et les sept mares en Occitanie, l’Éco-Domaine La Fontaine pour l’autonomie hydrique · Politis, « Devant le Medef, dans le bourbier des droites, les gauches s’épargnent », 28 août 2026, pour le déroulé du grand oral et les propos de Marine Tondelier · L’Insoumission, 28 août 2026, pour le dispositif du grand oral et les cinq dirigeants d’entreprise · Les Écologistes, « Pour une prospérité écologique », programme publié le 13 juillet 2026, lesecologistes.fr — huit parties, avant-propos, chapitres sur l’adaptation à +4 °C, la sécurité sociale écologique, la biodiversité terrestre, les forêts, l’agriculture et l’alimentation, l’économie et le travail · ministère de l’Économie, premiers chiffres de l’impact des vagues de chaleur de l’été 2026 · France Assureurs, premier bilan des incendies de l’été, 28 août 2026 · Marine Tondelier, discours des Journées d’été des Écologistes, Grenoble, 21 août 2026 · Journées d’été des Écologistes, 42e édition, Université Grenoble Alpes, 20-22 août 2026, page de présentation et structure du programme consultées avant bascule du site sur l’édition suivante · Lauriane Mouysset, La liberté des limites · Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux, « La haie, levier de la planification écologique », 2023 ; Afac-Agroforesteries et Solagro pour le linéaire · ministère de l’Agriculture, Pacte en faveur de la haie, septembre 2023, et campagne de télédéclaration ma cantine, achats 2024 · L’ObSoCo, Observatoire des perspectives utopiques, vague 4 · Cevipof, baromètre de la confiance politique · Délégation sénatoriale à la prospective · Nous Sommes Vivants : de l’agriculture régénérative au business model régénératif, livre blanc, Capacity Score, FAQ du Capacity Score, analyses du Parti socialiste, de La REF 2026, des Universités d’Été de l’Économie de Demain, du programme insoumis et du plan du Shift, C’est qui le Patron ?!, Michelin, Patagonia, lecture des labels comme jalons, ce que le consommateur regarde en rayon, sobriété et régénération, Lauriers de la Régénération, manifeste du made in France contributif.

Capacity Score® — lecture d’un programme public conduite par Nous Sommes Vivants, 31 août 2026. Les analyses et les niveaux attribués engagent Nous Sommes Vivants.

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