Labels alimentaires · ce que le consommateur regarde vraiment · France 2026
Santé, origine, solidarité, environnement : Worldpanel y voit la hiérarchie des priorités du consommateur français, et l'environnement y passe en dernier. Nous lisons ces quatre moteurs autrement — non comme une échelle, mais comme un système de liens, puisqu'un sol vivant nourrit à la fois la santé, le territoire et la planète. Voici ce que disent les données sur les labels alimentaires que le consommateur reconnaît vraiment, et ce que nous en retenons pour une offre régénérative.
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Lire les signes La grille qui situe chaque label, score et étiquette sur la trajectoire de la responsabilité à la régénération. |
Concevoir son produit Le canvas et les cinq ateliers pour bâtir une offre en triple impact avec sa coalition de parties prenantes. |
Les preuves françaises Les produits et services régénératifs déjà commercialisés, évalués et documentés. |
La source. Entretien de Gaëlle Le Floch, directrice insights et communication France de Worldpanel by Numerator — l'ex-Kantar Worldpanel —, publié par l'Ilec le 30 juin 2026, et le document « Quelques chiffres » joint à l'entretien, présenté au Consumer Day 2026. Les mesures de notoriété portent sur 37 labels, 17 mentions et 5 scores auprès de 7 515 répondants (Panel Voice Labels et Mentions, avril 2025). Les données de marché et de notoriété présentées ici viennent de ces deux documents. Nos propres lectures sont signalées comme telles, et les autres sources citées sont nommées au fil du texte.
Quatre moteurs, une hiérarchie selon Worldpanel
Worldpanel identifie quatre moteurs de la consommation responsable, et les présente comme une hiérarchie de priorités :
① Santé « Une bonne qualité nutritionnelle, avec peu d'additifs et sans ingrédients réputés mauvais pour la santé » | ② Origine « Produits de PME / soutien aux filières locales et ingrédients d'origine France » |
③ Solidarité « Respect du vivant : prendre soin de l'homme et des animaux » | ④ Planète « Un effort environnemental via un label ou une mention d'une meilleure agriculture ou faisant des efforts sur le packaging » |
« Santé, origine, éthique, environnement : telle est la hiérarchie des priorités du consommateur », résume l'Ilec en chapeau de l'entretien. La question prioritaire porte sur la santé du produit. L'origine constitue le deuxième axe prépondérant. Le troisième tourne autour de la solidarité : la juste rémunération des agriculteurs, le bien-être animal. La préservation de l'environnement arrive en quatrième. Gaëlle Le Floch explique cet ordre par le fait que le consommateur pense d'abord à lui, puis en ordre décroissant aux autres et à la planète — et qu'il établit difficilement un lien direct entre ses actes d'achat d'aujourd'hui et leur impact futur sur l'environnement.
Cette hiérarchie décrit un ordre de demande d'information. L'entretien fournit lui-même de quoi la lire autrement, sur le cas du local. Acheter local relève du besoin de produits d'origine France, mais constitue aussi, dans l'esprit du consommateur, un gage de qualité et un bénéfice pour la santé. Le local bénéficie d'un a priori positif, sans avoir besoin d'être justifié ou démontré. S'y ajoute la dimension d'un geste civique pour la production locale, qui se combine avec le pilier de la solidarité. L'origine mobilise d'autant plus ces questions de solidarité et de qualité perçue depuis les crises récentes — Covid, Ukraine, inflation — qui ont placé la souveraineté alimentaire au cœur du débat et révélé la dépendance française aux importations sur les volailles ou les fruits et légumes. Un seul axe reste à part, et le document de données est direct : la consommation responsable ralentit, et les produits engagés pour la planète sont les premiers sacrifiés.
Notre lecture
Worldpanel hiérarchise ces quatre moteurs. Nous, nous les relions.
Nos quatre axes d'évaluation sont l'environnement, le social, l'économique, et la filière et le territoire — avec la santé qui les traverse tous les quatre plutôt que de former une colonne séparée. La découpe diffère de celle de Worldpanel, et l'écart est instructif : le consommateur reçoit la santé comme un moteur autonome, là où nous la lisons comme la capacité du vivant — celle d'un sol comme celle d'une personne. Sur un point, les deux grilles se rejoignent. Nous notions déjà, chiffres à l'appui, que le soutien aux producteurs locaux et la confiance dans la qualité devancent la réduction de l'empreinte carbone — 59 % et 57 % contre 29 %. La mesure Worldpanel 2026 le retrouve sur un autre panel et une autre méthode.
Et c'est aussi la définition même que nous donnons d'un produit régénératif : un produit dont la conception contribue plus qu'elle ne prélève — des sols plus vivants après qu'avant, des producteurs dont le revenu progresse, une biodiversité plus riche, des usagers en meilleure santé. Les quatre bénéfices sont produits ensemble, par construction.
Labels alimentaires : la jungle est réelle, et tous ne se valent pas
Année après année, la liste des labels et des mentions s'allonge. Les consommateurs le perçoivent et le disent : ils se sentent noyés sous cette profusion d'informations, alors qu'ils ont besoin de repères simples et clairs sur la transparence de l'information produit. Voici où en est la notoriété de ces signes :
| Famille de signes | Notoriété assistée moyenne | Les mieux connus |
|---|---|---|
| Mentions (17 étudiées) | 85 % · +1 pt vs 2023 | « Élevé en plein air » 97 % · « Sans sucre ajouté / teneur réduite » 96 % · « Sans huile de palme » 95 % · « Sans sel ajouté / teneur réduite » 95 % |
| Labels (37 étudiés) | 47 % · +4 pts vs 2023 | Label Rouge 97 % · Agriculture Biologique AB 96 % · Viande Française 96 % |
| Scores (5 étudiés) | 38 % · +4 pts vs 2023 | Nutri-Score 98 % |
Panel Voice Labels et Mentions, avril 2025, 7 515 répondants. Question posée : parmi les logos que l'on trouve sur les emballages alimentaires, hygiène-beauté ou entretien, lesquels avez-vous déjà vus ou lus ?
L'entretien explique le classement. Les mentions simples — « élevé en plein air », « sans huile de palme », « sans nitrites », « sans additifs » — ressortent facilement parce qu'elles sont faciles à comprendre. À ce titre, elles sont considérées comme les plus crédibles et remportent le plus facilement l'adhésion. Viennent ensuite les scores.
Le Nutri-Score, avec 98 % de notoriété, passe devant tous les signes. La raison avancée : il surperforme en clarté, avec ses codes couleur assortis des notes A à E. Le consommateur devine sur quoi il repose — les taux de matières grasses et de sucres. Sa portée s'arrête là : le degré d'ultra-transformation et la teneur en additifs restent en dehors du calcul.
Afficher un mauvais score fait mieux vendre que se taire
C'est le résultat le plus utile de l'ensemble. Près de 52 % des produits de grande consommation portent aujourd'hui le Nutri-Score. Et plus la note est orange ou rouge, moins les marques assument de l'afficher.
Part des produits affichant le logo, en nombre d'articles
| A 62 | B 66 | C 58 | D 43 | E 33 |
A, B et C se tiennent entre 58 et 66. Le décrochage se produit sur D et E.
Et les consommateurs favorisent les produits qui le portent. Worldpanel qualifie cette retenue de dommageable : les produits Nutri-Score D ou E qui osent afficher le logo sur leur packaging performent mieux que les produits D ou E qui ne l'affichent pas.
Le même effet joue sur l'origine. Afficher une provenance, même étrangère, obtient un résultat positif lié à la transparence — à l'instar du Nutri-Score, où un affichage D ou E n'empêche pas l'achat. Cela peut réguler la fréquence de consommation, mais l'affichage lui-même rapporte.
Un repère simple en face avant, plutôt qu'une note unique
Interrogée sur l'idée d'un score unique rassemblant tous les critères, Gaëlle Le Floch répond qu'une note unique concentrerait trop de dimensions et deviendrait très réductrice. Puisque le consommateur exige de la transparence, un score qui moyennise de multiples dimensions serait rapidement jugé suspect. Elle rappelle que le premier pilier reste la santé, et non une moyenne exhaustive.
Le QR code, souvent présenté comme la réponse au manque de place sur les packagings, ne concerne qu'une partie des consommateurs : le noyau très impliqué représente environ 13 % des Français. Dans son rapport à l'alimentation, le consommateur demande de la facilité et du plaisir, et dans les deux tiers des cas c'est l'émotionnel qui guide son choix. Sur le local, le travail mené autour d'Origin'Info est jugé intéressant — en dehors de lui, le consommateur dispose encore de peu d'informations accessibles pour comprendre où et comment son produit est fabriqué.
Notre lecture : les signes les plus connus s'arrêtent avant la régénération
Nous situons près de cent cinquante labels, scores et certifications sur onze secteurs, selon quatre niveaux d'engagement : limiter, réduire, restaurer, régénérer. En superposant ce classement à la mesure de notoriété de Worldpanel, la carte devient lisible.
| Nutri-Score (A-B) · 98 % | niveau 3, restaurer |
| Label Rouge · 97 % | niveau 2, réduire |
| Agriculture Biologique · 96 % | niveau 2, réduire |
| ROC, Demeter, Nature & Progrès | niveau 4, régénérer |
Le socle de notoriété est là, et il s'arrête au seuil qui compte. Le bio, connu de 96 % des Français, écarte la chimie de synthèse : un jalon utile, et le socle sur lequel les niveaux supérieurs se construisent. Les labels qui portent une finalité contributive — Regenerative Organic Certified, Demeter, Bio Équitable en France — existent et sont audités par des tiers, sans figurer parmi les signes les mieux connus. La place est à prendre, et la notoriété acquise par le bio montre qu'elle se gagne. Voir le classement complet, secteur par secteur →
Les attentes se portent sur les marques, la croissance vient des petites
C'est le titre même que l'Ilec donne à l'entretien : les attentes vis-à-vis des marques sont très fortes. Le détail de la mesure explique pourquoi. Interrogés sur qui peut vraiment jouer un rôle pour limiter les dommages sanitaires ou environnementaux, les consommateurs citent en premier les industriels, ensuite le gouvernement, puis seulement eux-mêmes. Ce classement dit deux choses à la fois : ils se sentent assez impuissants à leur propre échelle, et ils reportent d'autant plus l'attente sur ceux qui fabriquent.
Cette attente se traduit en résultats. Les études Worldpanel montrent que les marques qui communiquent sur leurs engagements RSE bénéficient d'une meilleure image et de meilleures performances que celles qui ne le font pas. La condition est posée clairement : que leurs promesses soient crédibles et avérées. C'est la même exigence de transparence qui disqualifie, aux yeux de l'entretien, le principe d'une note unique qui moyenniserait tout.
Le paysage concurrentiel, lui, s'est resserré par les deux bouts. Les grandes marques sont aujourd'hui prises en étau entre les marques de distributeurs et les petites marques alternatives qui émergent à la faveur des transitions en cours. Worldpanel isole ces dernières par un critère simple : un chiffre d'affaires inférieur à 50 millions d'euros par an. L'ensemble réunit trois profils distincts : des marques locales, des marques récentes, et des marques dites « RSE natives » — ces dernières étant les seules définies par un engagement présent dès la conception.
Le chiffre à retenir
Les marques de moins de 50 M€ de chiffre d'affaires cumulent 10 % du marché et affichent la plupart du temps des progressions supérieures à la moyenne. Ce qui renforce encore les attentes envers les marques installées, désormais face à des alternatives crédibles.
Notre lecture
Une précaution de lecture d'abord : le critère qui isole ces marques est la taille, pas l'engagement. L'ensemble mêle des marques locales, des marques récentes et des marques RSE natives, et leur croissance ne s'attribue donc pas au seul engagement.
Ce que les deux données établissent ensemble, en revanche, tient : la consommation responsable ralentit globalement, et une part du marché conçue autrement progresse plus vite que la moyenne. Le ralentissement ne frappe donc pas uniformément. C'est un point à vérifier offre par offre plutôt qu'à postuler — et c'est exactement ce que documentent, cas par cas, les produits que nous primons chaque année.
Ce que ces données éclairent : la régénération se joue au niveau du produit
Le consommateur en magasin achète un produit, pas une raison d'être. Il regarde une étiquette, une origine, une mention. C'est exactement le niveau auquel nous situons la régénération : une entreprise ne bascule pas par une déclaration d'intention, elle bascule quand un produit régénératif est mis en vente. C'est l'offre qui transforme le modèle économique, puis l'entreprise entière suit, au fil des innovations.
L'ordre dans lequel une offre raconte ses bénéfices décide de sa portée — c'est le principe de notre méthode de communication régénérative : hiérarchiser les bénéfices par l'écart entre ce que le consommateur attend et ce que la concurrence dit déjà. En agroalimentaire, l'enquête de l'Organic Trade Association place la nutrition et la santé à 67 % d'importance pour 23 % de présence dans le marketing — 44 points d'écart — et la juste rémunération des producteurs à 55 % d'importance en restant quasi absente des messages. Le climat, lui, est tangible et mesurable mais saturé : nous le mobilisons comme preuve, plutôt que comme argument de différenciation.
Les deux enquêtes ne mesurent pas la même chose — l'OTA croise l'importance perçue et la présence dans les messages aux États-Unis, Worldpanel interroge les priorités déclarées en France. Elles se rejoignent sur le versant des attentes : la santé en tête, la juste rémunération des producteurs très haut, l'argument environnemental en retrait. Deux pays, deux méthodes, les mêmes attentes en tête.
Et c'est précisément là que le régénératif a un temps d'avance : il relie ma santé et la planète au lieu de les opposer. Un sol vivant donne un aliment plus dense en nutriments, qui nourrit une personne en meilleure santé. C'est une seule chaîne causale, visible et racontable — le récit Positive Food, identifié dans notre analyse de plus de 150 marques régénératives américaines, et celui qui convertit le mieux justement parce qu'il relie un bénéfice planétaire à un gain personnel immédiat.
Entrer par la santé ne revient donc pas à renoncer à l'argument écologique : c'est le faire entrer par le fil que le consommateur suit déjà. Surinvestir l'argument environnemental seul revient à se fondre dans le bruit ; le raccorder à la santé, à l'origine et à la juste rémunération revient à occuper le silence — avec trois portes ouvertes sur le même système.
Ce qu'est concrètement un produit régénératif — les deux mouvements de réduction et de contribution, la triple profitabilité, les repères pour distinguer une démarche solide d'un habillage — est détaillé dans notre décryptage : produit régénératif, le décryptage des Lauriers 2026 avec GenAct. On y retrouve une règle qui éclaire directement les données ci-dessus : on juge des pratiques, pas des promesses — ce qui est une autre façon de dire que les promesses doivent être crédibles et avérées.
Les preuves existent déjà
Les Lauriers de la Régénération ont récompensé plus de 90 produits et services régénératifs en trois éditions, tous secteurs confondus. En 2026, 38 lauréats couvrent quinze secteurs — un champagne et un moteur de recherche, une ville minière et un centre de santé, un t-shirt et une cantine de quartier. Des produits en vente, évalués sur leurs pratiques.
Le tableau complet
Ces données décrivent ce que le consommateur voit à l'arrivée. Ce qui se joue entre le champ et le rayon — pratiques agricoles, certifications, structuration de filière, modèles économiques qui tiennent — est traité dans notre analyse de référence, France et États-Unis, tous secteurs.
Du bio au régénératif : ce qui manque encore, du champ au produit en rayons →
Sources
• Ilec, « Les attentes vis-à-vis des marques sont très fortes » — entretien avec Gaëlle Le Floch, directrice insights et communication France, Worldpanel by Numerator (ex-Kantar Worldpanel), propos recueillis par Benoît Jullien (Icaal), 30 juin 2026.
• Organic Trade Association, enquête consommateurs présentée à l'Inside Organic Summit, octobre 2025 — citée via notre méthode de communication régénérative.
• Worldpanel by Numerator (ex-Kantar Worldpanel), Quelques chiffres — document joint à l'entretien, données présentées au Consumer Day 2026 : évolution des articles alimentaire et boissons, circuits généralistes hors EDMP, relevés du 24 mars 2024 au 22 mars 2026 ; Panel Voice Labels et Mentions, avril 2025, 7 515 répondants ; SDV CAM P12 2025.

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