Tondelier ou Mélenchon : qui est le plus écologiste ? Les deux atteignent la restauration — La rentrée politique de l’écologie 2026 : les six analyses · 63 % pour le programme des Écologistes, Le programme insoumis au Capacity Score, le détail par levier étant publié dans les analyses dédiées. Ils n’appellent pourtant pas écologie la même chose : Jean-Luc Mélenchon protège le vivant de ce qui le détruit, par deux appareils distincts ; Marine Tondelier tient le vivant humain et non humain ensemble, et pose que connaître ses dépendances libère, et permet de tisser de nouvelles relations. Cet article compare les deux projets ligne à ligne — la gouvernance, la forêt, l’agriculture, l’adaptation — et nomme le point où ils s’arrêtent tous les deux : ce qu’un produit fait vivre reste invisible en rayon.
Analyse · 25 août 2026
Mélenchon pour La France insoumise, Tondelier pour les Écologistes : quelle écologie ?
Le programme de La France insoumise comparé à celui des Écologistes, lus aux quatre relations à la nature
La rentrée politique de l’écologie
La rentrée politique de l’écologie 2026 : les six analysesLe programme des ÉcologistesLe projet du Parti socialiste
La REF, l’université d’été du MEDEFFaut-il débrancher Jancovici ?Universités d’Été de l’Économie de Demain
Ce que nous portons
L’écologie populaireL’enjeu politique de la trajectoire des entreprises vers la régénérationLes 4 imaginaires de l’écologieLe livre blanc de la régénération Les tendances RSE 2027
La demande que nous portons
« Made in France » dit où le produit a été fini. Il ne dit rien du revenu versé au producteur, des sols dont la vie biologique s’enrichit, du métier maintenu sur le territoire. Le manifeste demande que cette contribution devienne lisible en rayon : passer d’« assemblé ici » à « fait grandir le vivant ici ». L’État peut y contribuer en reconnaissant les labels qui l’attestent déjà — Regenerative Organic Certified, Demeter, Bio Équitable en France — dans la commande publique et dans la conditionnalité des aides ; le poids commercial, lui, se construit par les marques et les acheteurs. Lancé le 12 juin 2026 aux Lauriers de la Régénération, il a été remis aux ministères de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce.
Lire le manifeste du made in France contributifLes cent produits qui le démontrentLa recherche-action triple profitabilitéLa chaîne de valeur régénérative
Nous passons les deux programmes présidentiels au Capacity Score — quatre niveaux, six leviers, et une matrice de seize lignes adossée aux quatre relations à la nature issues de l’éthique environnementale. Le plan du Shift Project, publié en avril, sert de repère extérieur. Nous lisons un programme politique avec un outil d’entreprise, et c’est délibéré : la question posée est ce que ce programme exige des entreprises, ce qu’il leur rend possible et ce qu’il leur permet de concevoir.
L’objectif n’est pas de noter les candidats, mais de rendre visibles les forces, les angles morts et les leviers de transformation de chaque projet. La question posée à un programme est celle-ci : quelle capacité transformatrice du système propose-t-il de développer, jusqu’à permettre un changement de finalité des entreprises et de leur contribution au vivant ?
Ce que l’analyse établit tient en une phrase : ces projets protègent. Ils protègent les populations contre les risques, les milieux contre leurs usagers, les producteurs par la règle du marché — et ils le font sérieusement, sur un besoin réel que l’été a rendu urgent. Ils atteignent tous deux la restauration, et un cran les sépare sur la relation au vivant : la plateforme des Écologistes tient l’humain et le non-humain ensemble, le programme insoumis protège les écosystèmes d’un côté et les gens de l’autre.
Une conséquence politique en découle. Les deux programmes se situent au même niveau du Capacity Score, la restauration, et leurs profils par levier se recoupent : gouvernance à 72 % chez les deux, innovation à 44 % chez les deux, chaîne de valeur et intelligence écosystémique à quelques points l’une de l’autre. Les écarts se logent sur deux leviers — le leadership et les dynamiques humaines. L’écart programmatique entre La France insoumise et les Écologistes est donc plus étroit que leur rivalité ne le laisse voir, ce qui rend un rapprochement plus praticable qu’il n’y paraît à l’approche de 2027.
Reste ce que la lecture rend visible : restaurer un milieu et concevoir une activité qui le fait prospérer sont deux gestes différents, pas deux degrés d’un même effort. Sans cette distinction, un projet qui répare paraît faire ce qu’un projet qui régénère ferait, en moins. C’est la place ouverte aux deux programmes, et il ne tient ni à un manque d’ambition ni à un défaut d’appareil : ce qu’une entreprise conçoit et vend ne se légifère pas. C’est ce que cet article ajoute à la lecture des deux discours — une grille qui situe chaque programme sur une trajectoire plutôt que sur une échelle d’engagement, et qui nomme l’endroit où le passage se joue.
Cet article répond à sept questions.
De quelle écologie chacun parle-t-il ? Les deux atteignent la restauration, et ils n’appellent pas écologie la même chose. Une lecture issue de l’éthique environnementale permet de le dire sans procès d’intention.
Que demande chacun aux entreprises, aux citoyens et à l’État ? L’adaptation est le mot de cette rentrée, et les deux programmes n’en répartissent pas la charge de la même façon.
Qui décide, et avec qui ? L’un redécoupe l’État sur les bassins versants, l’autre rouvre la composition d’instances existantes. Les deux atteignent 72 % par des chemins opposés.
Où l’écart se lit-il le mieux ? Sur la forêt et sur l’agriculture, où les deux programmes développent le plus. L’un fixe un prix, l’autre paie une pratique.
Pourquoi ces deux projets plafonnent-ils dans l’opinion ? Le monde qu’ils décrivent est un monde de liens, et il se présente par ce qu’il faudra abandonner. L’écologie populaire part de ce que les Français désirent déjà.
À quoi ressemble la France de chacun dans dix ans ? Les deux programmes datent et chiffrent assez de choses pour qu’on puisse décrire le pays qu’ils promettent — et ce qu’aucun des deux ne décrit.
Qu’apportent les entreprises que la loi n’apporte pas ? C’est là que se joue la différence entre protéger un territoire et augmenter les capacités de ceux qui l’habitent. La régénération est notre proposition côté entreprise, et l’autre face de la première.
Le contexte, l’enjeu, et la méthode
Le contexte. Fin août est la saison des universités d’été. Les Écologistes tiennent les leurs à Grenoble, où Marine Tondelier parle le 21 ; La France insoumise ses AMFIS dans la Drôme, où Jean-Luc Mélenchon clôt le 23. Le patronat suit — La REF les 26 et 27, les Universités d’Été de l’Économie de Demain le 28 — avec un même mot d’ordre, la souveraineté.
L’enjeu. Les incendies de juillet ont parcouru 42 000 hectares en Gironde et dans les Landes et contraint plus de 260 000 personnes à évacuer, portant le bilan des sept premiers mois à plus de 115 000 hectares brûlés contre 30 000 l’année précédente. Derrière les hectares, des forêts anciennes, une faune qui a fui ou péri, des sols stérilisés, et des gens qui ont perdu leur travail ou leur maison. La question posée à chaque projet est donc double : que protège-t-il, et pendant combien de temps cela tient-il ?
La méthode. La cotation porte sur le programme, et sur lui seul — L’Avenir en commun édition 2025 pour La France insoumise, Pour une prospérité écologique pour les Écologistes. Les discours de rentrée éclairent la lecture sans entrer dans la cotation. Chaque dimension reçoit un niveau, et c’est la répartition d’ensemble qui qualifie le projet. La méthode en détail dans la foire aux questions du Capacity Score.
Au sommaire
Partie I · Ce que chacun appelle écologie
1. Quatre relations à la nature · 2. Ce que Mélenchon appelle écologie · 3. Ce que Tondelier appelle écologie
Partie II · Ce que les programmes installent
4. Le même niveau, le même sujet · 5. Les quatre piliers d’impact · 6. L’adaptation : qui porte quoi · 7. La forêt · 8. L’agriculture · 9. Qui décide, et avec qui · 10. Peuvent-ils converger ? · 11. La France de chacun dans dix ans
Partie III · Notre lecture, et ce que nous proposons
12. Le seuil, et ce qui le lève · 13. Ce que les Français attendent · 14. Le récit et le modèle · 15. Ce que seules les entreprises apportent · 16. Ce que le produit prouve · Ce que la lecture établit · Ce qu’il faut retenir · Annexe · les seize lignes
Partie I · Ce que chacun appelle écologie
Les quatre relations à la nature, et la définition que chaque projet en retient.
1. Quatre relations à la nature, quatre façons d’être écologiste
L’écologie est d’abord une science : celle des relations des êtres vivants entre eux au sein de leur habitat — et la notion d’écosystème y est inclusive des activités humaines (aux racines de l’écologie). Il n’y a pas à sauver le climat, il ne craint rien : ce sont les vivants qui doivent être protégés de ses dérèglements, humains compris, puisque nous sommes interdépendants.
Et la relation de l’humain à la nature structure les imaginaires. C’est pourquoi un projet écologique se qualifie par la relation au vivant qu’il installe, plutôt que par l’intensité de ses mesures.
Cette relation est l’objet de l’éthique environnementale, le champ qui interroge la valeur accordée au vivant et la place que les humains s’y donnent. L’IPBES en a établi quatre modalités, complétées par les travaux de Nicole Huybens : vivre de la nature, vivre dans la nature, vivre avec la nature, vivre connecté à la nature. Chacune valorise une entité différente, et cette entité commande ce qu’on décide (notre masterclass sur les nouveaux imaginaires).
Les quatre relations, et ce que chacune valorise
Quatre relations à la nature structurent cette analyse. L’anthropocentrisme place l’humain au centre et la nature autour, comme ressource ou comme limite. Le biocentrisme étend la valeur à tout ce qui vit, et protège le vivant de l’humain. L’écocentrisme tient l’humain et le vivant dans un même système dont les équilibres commandent. Le multicentrisme reconnaît une multitude de centres qui se renforcent mutuellement, chacun poursuivant sa propre évolution.
Cette partition commande les futurs que chaque relation rend pensables. Les deux relations qui séparent les humains de la nature produisent des récits de fin ; celles qui les intègrent ouvrent un futur habitable — notre lecture des six récits post-capitalistes de Socialter le montre sur des fictions.
« Notre maison brûle » : quatre réponses à la même phrase
Une même situation, quatre relations — et donc quatre imaginaires. Ce qui change de l’un à l’autre, c’est ce qu’on appelle la maison. Ma maison : on sauve les biens et les gens, on applique la norme incendie. La maison commune, où chaque vivant habite : on éteint, on évacue, on interdit ce qui a mis le feu. La maison est dans la forêt et forme un même ensemble avec elle : on restaure et l’on aménage pour tenir — c’est le geste de l’adaptation. La maison dans laquelle nous habitons au sein de la forêt : chaque habitant y gagne en capacité, et le lieu avec lui.
Les deux premières réponses supposent que la maison brûle et organisent la réaction. Les deux suivantes travaillent les conditions dans lesquelles le feu reste dehors — la troisième en réparant le milieu, la quatrième en augmentant les capacités de ceux qui habitent le territoire.
Le feu reste ainsi du côté gauche du plateau, et ce placement porte du sens. Les deux relations qui séparent les humains de la nature produisent des récits de fin : l’une mène à l’effondrement d’une civilisation qui a épuisé ce dont elle vivait, l’autre à l’effacement de l’humain devant un vivant qu’il ne peut que laisser tranquille. Les deux relations qui l’intègrent tiennent les deux dimensions ensemble, et ce sont les seules qui ouvrent un futur habitable. La ligne de partage est donc celle des futurs qu’ils rendent possibles : dystopiques à gauche du plateau, utopiques à droite. La question posée à un projet écologique n’est donc pas son intensité, mais la relation au vivant qu’il installe.
Deux précisions de vocabulaire
Deux précisions de vocabulaire commandent la suite. Ces quatre mots s’emploient ici au sens de l’éthique environnementale, où chaque relation se reconnaît à l’entité qu’elle valorise : le biocentrisme vise des entités supra-individuelles — l’espèce, le fleuve, la forêt — et se traduit essentiellement par des interdictions ; l’écocentrisme vise l’écosystème et sa continuité, où chacun vaut par la place qu’il occupe. La distinction tient à ce qui a de la valeur, non au degré d’engagement écologique.
Et le vivant, ici, comprend les humains. Une écologie qui traiterait les milieux sans les gens protégerait un décor. On ne régénère pas un écosystème en soi : on régénère les êtres vivants qui l’habitent, humains compris — la juste rémunération d’un producteur et la santé d’une communauté sont des contributions au même titre que la vie d’un sol.
C’est ce qui distingue les niveaux. Aux trois premiers, on limite, on réduit, puis on répare — et la contribution, quand elle apparaît, porte sur une dimension à la fois, pour tenir. Au quatrième, les trois impacts sont portés ensemble par un même mécanisme économique, et la contribution devient la condition de la viabilité.
La question de la valeur y tient une place particulière. Ce qui compte change avec le mode de relation : l’usage de la nature, puis la vie de chaque être, puis l’écosystème et sa continuité, puis la capacité de chaque vivant à s’épanouir et à contribuer. La lecture économique suit le même mouvement, des stocks aux flux, puis aux ressources, puis aux capitaux vivants.
De la même architecture nous avons tiré une matrice de lecture — la matrice qui décline seize dimensions d’un projet sur les quatre relations : profil de leadership, échelle d’intervention, posture et rôle, type de relation, imaginaire social, récit, soutenabilité, nature de la valeur, dynamiques humaines, logique d’action, économie et retour sur investissement, offre et innovation, comptabilité, trajectoire, action de rupture, processus évolutif. Deux usages d’un même cadre : le diagnostic se remplit par l’intéressé, la matrice sert à lire de l’extérieur un rapport, une filière, une ville imaginaire ou un modèle agricole — et ici un discours.
2. Ce que Jean-Luc Mélenchon appelle écologie : protéger le vivant de ce qui le détruit
Ce qu’il propose, en treize questions
Comment cadre-t-il le sujet ? Comme un changement d’ère. Il écarte le terme de changement climatique, qu’il juge presque rassurant, et lui substitue l’image d’un débarquement prochain sur une autre planète. Il en tire l’impératif de tout modifier dans les manières de vivre, de produire et d’échanger, puis nomme la séquence d’action : identifier, prévoir, organiser, discipliner. La planification écologique y devient une exigence de survie.
Qu’est-ce qu’une écorégion ? Une région redécoupée sur les bassins versants, l’eau étant posée comme le cycle fondamental. Elle serait compétente sur l’eau, l’air, les côtes, les forêts, la fertilité des sols, les mobilités et la santé environnementale, avec un pouvoir normatif envisagé et des assemblées élues pour la diriger.
Que veut dire « créer l’État écologique » ? Changer la nature de l’État plutôt que lui ajouter une politique : la finalité écologique commanderait le découpage administratif, les compétences et la norme.
Qu’est-ce que la conscription écologique ? Un service dont les conscrits formeraient une garde régionale de sécurité civile, mobilisable pendant les crises, avec pour objectif une réserve nombreuse et formée, dotée d’une culture écologique pratique.
Que dit-il de la santé ? Que la santé des populations est d’abord celle des milieux. Il avance quarante mille décès annuels attribués à la pollution de l’air, et chiffre à 9,6 milliards d’euros les bienfaits économiques du respect des normes de l’Organisation mondiale de la santé, dont 4 milliards pour la Sécurité sociale.
Que propose-t-il sur la loi Duplomb ? Son abrogation, inscrite en niche parlementaire.
Que propose-t-il sur la forêt ? Dix-sept mesures, dont un quart de la surface nationale laissé en libre évolution, l’interdiction des coupes rases et du dessouchage au bénéfice des sols, la diversification des essences et des âges. Côté filière : coopératives de petits producteurs, rétablissement des scieries, reconstruction du secteur de la transformation du bois, formation professionnelle publique, et augmentation de la part des forêts publiques par préemption.
Que propose-t-il sur le revenu agricole ? Des prix planchers et l’interdiction des ventes à perte, des coefficients multiplicateurs et un encadrement des marges de l’agroalimentaire et de la distribution, une caisse de défaisance reprenant les dettes des exploitations converties au bio, une réforme agraire, et trois cent mille emplois agricoles visés.
Que propose-t-il sur le pouvoir dans l’entreprise ? La représentation des salariés portée à un tiers au moins des instances de décision des grandes entreprises, élargie à d’autres parties prenantes dont les associations environnementales et de consommateurs ; un veto suspensif du comité d’entreprise sur les licenciements ; un droit de préemption permettant la reprise en coopérative.
Qu’est-ce que la règle verte ? Sa proposition doctrinale de fond, portée depuis 2017 : ne pas prélever à la nature davantage que ce qu’elle peut reconstituer. Elle demeure dans l’édition 2026, et les écorégions lui donnent une maille d’application.
A-t-il un plan d’adaptation ? Pas de document autonome portant ce nom. Les mesures existent, réparties dans les 149 propositions écologiques du programme : un plan global de rénovation des infrastructures pour les adapter au changement climatique, un diagnostic national des ouvrages d’art — ponts, viaducs, digues, barrages — et leur consolidation, une politique forestière adaptée par conditionnalité des aides publiques au maintien du stockage de carbone, et des moyens rendus au Cerema, à l’Office national des forêts, à l’Office français de la biodiversité et à Météo-France pour leur rôle de planification. La règle verte serait inscrite dans la Constitution, et des lois-cadres instaureraient une planification écologique coordonnant le national et le local.
Et le reste du programme pour 2027 ? La planification écologique, une sortie progressive du nucléaire et le passage à cent pour cent d’énergies renouvelables, l’interdiction des voitures à essence d’ici 2030, la rénovation de 700 000 logements par an.
Et sur l’économie et l’État ? Taxation des superprofits et des grandes fortunes, gel des dettes détenues par la Banque centrale européenne, relance de la consommation populaire par les salaires ; et un État impartial, débarrassé des cabinets de conseil privés et du pantouflage.
Ce que ce programme soustrait au marché
Il ne met pas l’entreprise hors marché : il soustrait certains biens à l’échange — l’eau, l’air, l’énergie collectivisés — et il encadre le marché intérieur par les prix planchers, l’interdiction des ventes à perte et l’encadrement des marges. L’entreprise y opère dans un marché borné par la règle de prix, à l’échelle nationale.
3. Ce que Marine Tondelier appelle écologie : la liberté par les dépendances connues
Marine Tondelier a prononcé son discours aux journées d’été des Écologistes deux jours plus tôt, le 21 août 2026.
Ce qu’elle propose, en treize questions
Comment cadre-t-elle le sujet ? Comme un surendettement climatique — une économie qui vit à crédit sur les limites et qui enferme les ménages dans le remboursement de leurs dépendances aux fossiles. Elle en tire un projet nommé, la prospérité écologique, et une définition de la liberté : nous dépendons d’une température, d’un cycle de l’eau, de sols fertiles, des océans, des forêts et des pollinisateurs, et nous ne sommes libres qu’à condition de les connaître et d’en prendre soin. La formule, empruntée à Lauriane Mouysset, tient dans une image : c’est parce qu’il connaît le vent et les courants que le marin choisit son cap.
Qu’est-ce qu’un comité de bassin recomposé ? Une instance existante dont le mode de nomination change pour supprimer la mainmise du préfet et intégrer une représentation de l’intérêt des écosystèmes, aux côtés des usagers et des citoyens. La maille n’est pas refaite ; c’est la composition de la table qui l’est.
Que veut dire « intégrer la protection de la nature au modèle économique » ? La formule de l’avant-propos demande de la placer au cœur du modèle des entreprises plutôt qu’en périphérie, et de découpler complètement la croissance de la valeur de son impact matériel. C’est la phrase la plus avancée des trois projets de gauche sur ce terrain.
Qu’est-ce que la sécurité sociale écologique ? Un droit ouvert à une alimentation saine et à un environnement non toxique, adossé à une mission interministérielle One Health rattachée au Premier ministre, à un plan national santé-environnement doté pour les agences régionales de santé, et à l’intégration de cette approche dans les référentiels de formation en urbanisme, en ingénierie et en agroalimentaire.
Que dit-elle de la santé ? Que la santé humaine et celle des écosystèmes forment une même question, et elle l’institue plutôt qu’elle ne l’affirme : c’est le mandat interministériel, et c’est ce qui distingue ce programme du précédent sur ce point.
Que propose-t-elle sur les pesticides et les intrants ? L’écoconception réglementée en amont, les indices de durabilité opposables, les écomodulations, et une trajectoire biologique chiffrée — vingt et un pour cent des surfaces agricoles en 2030, vingt-cinq en 2032, cent à la fin du siècle.
Que propose-t-elle sur la forêt ? Une trame « vieux bois » dans les forêts anciennes, les forêts en libre évolution soutenues, les avantages fiscaux supprimés pour les monocultures de résineux et les forêts en dépérissement, une hiérarchie des usages du bois — œuvre, réemploi, énergie — et un statut de commun forestier confiant la gestion à des communautés d’usagers, avec détention spéculative interdite et surface plafonnée par personne.
Que propose-t-elle sur le revenu agricole ? Des paiements pour services environnementaux généralisés, financés par le redéploiement de quinze pour cent des aides versées aujourd’hui sans conditionnalité environnementale ; un gain net de soixante mille kilomètres de haies d’ici 2030 avec le Label Haie ouvrant droit à ces paiements ; une grande loi foncière qui démocratise les SAFER et élargit les offices fonciers solidaires.
Que propose-t-elle sur le pouvoir dans l’entreprise ? La codétermination, avec des postes de droit dans les conseils d’administration — deux au-delà de deux cent cinquante salariés, un tiers au-delà de mille, la moitié au-delà de cinq mille — et un écart de rémunération plafonné de un à vingt, conditionnant toute aide publique.
Quelle est sa proposition doctrinale de fond ? Abandonner la croissance du produit intérieur brut comme boussole de la richesse nationale, au profit d’indicateurs de prospérité écologique nommés : espérance de vie en bonne santé, réalisation des droits, évolution des émissions et de l’empreinte matière. Le produit intérieur brut ne sert plus qu’à la stratégie budgétaire.
A-t-elle un plan d’adaptation ? Un chapitre entier, « Adapter la France à +4 °C », doté de sept milliards d’euros par an d’ici 2032, avec des plans de prévention des risques révisés sur cette trajectoire, la construction neuve interdite dans les zones les plus exposées, une caisse nationale de sécurité climatique socialisant la couverture, le trait de côte anticipé et la transformation des territoires de montagne. Et une obligation qui n’attend aucune subvention : la prise en compte d’une trajectoire à quatre degrés dans tous les projets d’investissement des collectivités et des entreprises.
Et le reste du programme pour 2027 ? Un salaire minimum à deux mille euros bruts dès 2027, une garantie d’emploi pour les chômeurs de plus de 55 ans par essaimage de Territoire Zéro Chômeurs, une sécurité sociale professionnelle où personne ne perd ses droits en perdant son emploi, trente pour cent des zones maritimes protégées par des aires marines, dont dix pour cent strictement.
Et sur l’économie et l’État ? Taxation du capital, fonds souverain adossé à un livret industrie, prêts à taux zéro pour les petites et moyennes entreprises, et un Community Reinvestment Act à la française puis européen obligeant les banques à réinvestir dans l’économie réelle de la région où l’épargne est collectée.
Ce que ce programme borne sur le marché
Ce dispositif ne soustrait rien à l’échange : il borne le marché par le seuil et par le prix. Les indices de durabilité deviennent une condition de mise sur le marché avec note minimale — un produit qui passe sous la note n’entre pas, quelle que soit sa provenance —, les écomodulations renchérissent ce qui dure peu, et la fiscalité sur le cycle de vie déplace le coût vers ce qui pèse.
L’avant-propos y ajoute une formule qui mérite d’être lue de près : substituer à la compétitivité-coût une sobriété compétitive qui récompense les entreprises économes en ressources. Le verbe y est — récompenser plutôt qu’imposer —, et ce qu’il récompense reste la sobriété du prélèvement. Une entreprise économe en ressources prélève moins ; elle ne fait pas encore prospérer ce dont elle dépend.
Le profil complet est publié dans l’analyse de la plateforme des Écologistes au Capacity Score — 63 %, le plus haut des trois projets de gauche, avec l’innovation à 44 % comme au programme insoumis.
Partie II · Ce que les programmes installent, et où cela se situe
4. Le même niveau, la restauration — et le même sujet, l’adaptation
Les deux programmes atteignent la restauration, et ce niveau est un aboutissement stratégique : c’est celui où se pose la question de l’adaptation d’un pays. Le passage au suivant demande deux conditions — avoir d’abord réduit ses impacts négatifs, et répondre à un besoin réel. La première est remplie par les trois textes, et sérieusement : c’est ce que la réduction organise, et c’est ce qui rend le pas suivant praticable.
Deux lectures, deux questions. Les seize lignes de la matrice disent ce que chaque projet installe comme rapport aux autres et à la nature — c’est ce qui sépare Jean-Luc Mélenchon de Marine Tondelier, et c’est l’objet des sections précédentes. Les six leviers disent dans quelles conditions un projet se met pour obtenir ses impacts — c’est ce qui permet de le situer parmi les six prises de parole de la rentrée, quelle que soit leur famille politique.
Les six leviers : où l’écart se loge
Les deux extrêmes sont identiques. La gouvernance ferme le haut des deux profils à 72 %, l’innovation ferme le bas à 44 % — et rien ne sépare les deux programmes sur ces deux leviers. Ce qui les distingue tient entièrement dans les quatre du milieu.
Le plus grand écart porte sur les dynamiques humaines : dix-sept points. La plateforme des Écologistes est à 67 %, le programme insoumis à 50 %. L’explication est dans le dispositif : la codétermination place des salariés au conseil d’administration avec voix délibérative, quand la protection insoumise s’exerce par le droit du travail et la sécurité sociale, sans toucher à qui décide dans l’entreprise.
Le leadership suit, à dix points. Soixante-deux pour cent contre cinquante-deux. Les Écologistes instituent la santé des milieux — mission interministérielle, indicateurs de prospérité substitués au produit intérieur brut —, quand le programme insoumis l’affirme sans lui donner d’appareil équivalent.
L’intelligence écosystémique et la chaîne de valeur se tiennent à six points, 67 contre 61 chacune : les deux programmes observent l’état des milieux et engagent l’amont, avec des instruments différents — les paiements pour services environnementaux d’un côté, les prix planchers de l’autre.
Ce que la lecture par leviers montre est donc l’inverse de ce que la rivalité laisse voir : les deux programmes butent au même endroit, et les écarts se logent là où le débat public ne va pas les chercher — dans le pouvoir des salariés et dans l’appareil d’État.
Les deux projets se tiennent au même niveau, et ce qui les distingue est ailleurs
Restaurer, c’est réparer les milieux, arbitrer entre les usages, coordonner à l’échelle d’un bassin ou d’une filière. Les deux programmes y sont installés. Ce qui les distingue à l’intérieur de ce niveau porte sur le rapport aux autres et à la nature — reconnue et gérée d’un côté, protégée comme un objet extérieur de l’autre.
Les deux projets encadrent le programme des Universités d’Été de l’Économie de Demain, donné à 60 %, et se tiennent trente points au-dessus de celui du MEDEF. Le clivage politique ne passe donc pas là où on l’attend.
Les six prises de parole de la rentrée, au même Capacity Score
Le détail levier par levier est publié dans les analyses dédiées — Le programme insoumis au Capacity Score et celui des Écologistes, chacun sur ses six leviers et ses trente-huit questions.
Les trois projets politiques et le programme d’Impact France se tiennent au même niveau, celui de la restauration. Les trois partis réparent, et ils ne réparent pas la même chose : les milieux chez les Écologistes, le territoire à La France insoumise, le droit et le partage de la valeur au Parti socialiste.
| La prise de parole | Estimation | Niveau | Ce qui la situe |
|---|---|---|---|
| La REF · MEDEF | 30 % | réduction des impacts | protéger l’entreprise et ses salariés |
| La France insoumise | 57 % | restauration | le milieu protégé de ses usagers |
| Parti socialiste | 58 % | restauration | restaurer les milieux et partager la valeur |
| Impact France · UED | 60 % | restauration | les milieux dont l’activité dépend |
| Les Écologistes | 63 % | restauration | l’interdépendance reconnue |
| Le plan du Shift | 25 % | réduction des impacts | en repère sur l’atténuation |
Estimation sur documents publics. Les trois partis sont lus sur leur programme — « L’Avenir en commun », édition 2025 pour La France insoumise, la plateforme de juillet 2026 pour les Écologistes, le Projet socialiste adopté en juin pour le Parti socialiste ; les deux mouvements d’entreprises sur le programme de leur université d’été ; le Shift Project sur son plan.
5. Les quatre piliers d’impact : sur quoi chaque programme agit
L’environnemental est au même niveau chez les deux, la restauration. Stratégie de biodiversité chiffrée, interdictions opposables, restauration des cycles de l’eau : les deux programmes agissent sur l’état des milieux, pas seulement sur les pressions.
Le social les sépare, et c’est le miroir des dynamiques humaines. Les Écologistes atteignent la restauration parce que la santé des personnes y est un objet en soi — un droit ouvert, un mandat interministériel, un plan doté ; le programme insoumis se tient au seuil, où la protection sociale répare les effets sans que l’état des personnes devienne l’objet d’un dispositif.
L’économique est le pilier où les deux ont le plus de marge, et pour la même raison : ni l’un ni l’autre ne pose une activité dont le fonctionnement fait prospérer ce dont elle dépend. Les instruments y sont redistributifs — taxation, encadrement, conditionnalité — et ils portent sur la répartition d’une valeur déjà créée.
Le territoire est le quatrième, et c’est celui qu’aucun des deux ne traite pour lui-même. La filière et le lieu apparaissent comme le cadre où les mesures s’appliquent, pas comme l’objet d’un dispositif : ce qui se décide entre les maillons d’une chaîne de valeur — durée des engagements, préfinancement, répartition des gains — reste à construire dans les deux programmes.
Les deux programmes s’estiment à 57 % pour La France insoumise et 63 % pour les Écologistes, tous deux au niveau de la restauration. Dans la série de la rentrée : le plan du Shift à 25 %, La REF du MEDEF à 30 %, le programme insoumis à 57 %, le projet du Parti socialiste à 58 %, Impact France à 60 %, la plateforme des Écologistes à 63 %.
Une cotation par parti, sur le programme présidentiel, lue aux trente-huit questions du Capacity Score. La matrice de seize lignes sert à comparer les projets entre eux ; les six leviers servent à les situer dans la série de la rentrée. Estimation sur documents publics.
6. L’adaptation climatique : qui porte quoi, et pour quels secteurs
Les Écologistes consacrent à l’adaptation un chapitre entier — Adapter la France à +4 °C — avec un chiffrage, des secteurs nommés et un mécanisme de partage du risque. La France insoumise la traite par la planification et par la conscription écologique, sans chapitre dédié.
| Qui porte quoi | La France insoumise | Les Écologistes |
|---|---|---|
| Ce que l’État prend en charge | planification écologique, moyens rendus au Cerema, à l’ONF, à l’OFB et à Météo-France, règle verte constitutionnalisée | 7 milliards par an d’ici 2032 pour le Plan national d’adaptation, Plans de prévention des risques révisés sur une trajectoire à +4 °C, construction neuve interdite dans les zones les plus exposées |
| Ce qui est demandé aux entreprises | conditionnalité des aides d’État, remboursement en cas de non-respect — rien hors du périmètre de l’aide | conditionnalité des aides — écart de un à vingt, score environnemental des constructeurs — et, hors aide, prise en compte obligatoire d’une trajectoire à +4 °C dans tous les projets d’investissement |
| Ce qui est demandé aux citoyens | conscription écologique — une garde régionale de sécurité civile mobilisable en crise | droit opposable à des protections solaires aux fenêtres, réduction de loyer automatique à défaut |
| Le partage du risque | non traité comme tel | Caisse nationale de sécurité climatique socialisant la couverture des risques, cotisation climatique obligatoire remplaçant Cat-Nat, rachat des résidences submersibles |
| Les territoires exposés | non traité comme tel | trait de côte anticipé et loi Littoral révisée, transformation des territoires de montagne dont l’économie dépend de la neige |
| Les secteurs nommés | forêt, eau, agriculture, énergie | bâtiment et santé — hôpitaux, EHPAD, crèches, écoles rafraîchis —, routes, ponts, réseau ferroviaire, tourisme de montagne, assurance |
Le chiffrage et le diagnostic
Les Écologistes posent les ordres de grandeur : six Français sur dix fortement exposés aux risques climatiques, un sur quatre en zone inondable, vingt millions concernés par le retrait-gonflement des argiles, une sinistralité des cinq dernières années supérieure de dix à vingt pour cent à celle des quarante précédentes. Et ils en tirent une conséquence que le programme insoumis ne pose pas : des territoires entiers ne seront plus assurables.
Ce que chacun demande aux entreprises
Les deux manient la conditionnalité des aides, et ils la manient à peu près également : chez les Écologistes, l’écart de un à vingt conditionne toute aide publique, les aides aux constructeurs automobiles sont conditionnées au score environnemental et à la relocalisation de 75 % des composants en Europe, et les soutiens agricoles reçoivent des critères écologiques et sociaux ; chez La France insoumise, les aides d’État sont conditionnées avec remboursement en cas de non-respect. Dans les deux cas, la conditionnalité dit où va l’argent public, pas ce qu’une entreprise doit faire de son côté.
Une mesure sort de ce cadre, et elle n’a pas d’équivalent chez l’autre. Les Écologistes rendent obligatoire la prise en compte d’une trajectoire de réchauffement à +4 °C en 2100 dans tous les plans environnementaux et projets d’investissement des collectivités et des entreprises privées et publiques. Elle n’attend aucune subvention pour s’appliquer, et elle porte sur l’horizon de décision de l’entreprise elle-même.
C’est la seule des deux qui engage une entreprise sur son propre effort. Elle lui demande de savoir à quoi son activité sera exposée ; elle ne lui demande pas encore ce que cette activité peut faire vivre.
Ce que chacun demande aux citoyens
Les deux programmes font du citoyen un électeur, un délibérant, un usager et un ayant droit. Chez La France insoumise : référendum d’initiative citoyenne, assemblées citoyennes régionales sur les projets d’aménagement, sécurité sociale de l’alimentation, et une conscription écologique qui forme une garde régionale de sécurité civile. Chez les Écologistes : codétermination dans les conseils d’administration, communs forestiers gérés par des communautés d’usagers, projets alimentaires territoriaux, droit opposable à des protections solaires et rachat des résidences submersibles.
Aucun des deux n’en fait un acheteur dont le choix oriente ce qui se produit. Les deux traitent la demande par l’accès — cantines à un euro, caisses locales, droit à l’alimentation — et le moyen de préférer reste à lui donner : ce qu’un produit fait vivre reste invisible en rayon.
Ce que l’adaptation prépare, et ce qu’elle laisse en l’état
S’adapter prépare une activité aux chocs : sécuriser un approvisionnement, dimensionner une infrastructure, couvrir un risque. C’est nécessaire, et cela situe le chapitre à la réduction des impacts, quel que soit son montant — les sept milliards annuels du Plan national d’adaptation protègent des personnes et des biens.
Ce que ce niveau ne permet pas encore d’atteindre est la restauration : agir sur l’état d’un milieu, et non sur l’exposition d’une activité. Un sol plus fertile, une nappe plus pleine, une filière dont la conduite change demandent une décision qui porte sur l’écosystème lui-même. Le programme en a les moyens ailleurs — les haies, les communs forestiers, les paiements pour services environnementaux les portent —, et le chapitre d’adaptation, lui, en reste au bouclier.
7. La forêt : ce que le programme insoumis soustrait à l’exploitation, ce que celui des Écologistes réoriente
La forêt est le meilleur terrain de comparaison, parce que les deux programmes y consacrent un chapitre entier et que tout s’y tient : l’arbre, la biodiversité, la santé des sols, une activité économique et des emplois. Dix-sept mesures chez La France insoumise, six blocs chez les Écologistes.
| Ce qui est en jeu | La France insoumise | Les Écologistes |
|---|---|---|
| L’arbre | un quart de la surface nationale en libre évolution, dessouchage interdit, essences et âges diversifiés | trame « vieux bois » dans les forêts anciennes, forêts en libre évolution soutenues |
| La biodiversité | conditionnalité des aides au maintien du stockage de carbone et à la préservation des écosystèmes | mandat de protection de la biodiversité priorisé à l’ONF, forêts mosaïques, bocages forestiers, forêts en libre évolution |
| La santé des sols | dessouchage interdit au bénéfice des sols et des puits de carbone | avantages fiscaux supprimés pour les monocultures de résineux et les forêts en dépérissement |
| L’activité économique | reconstruction des outils de première transformation — scieries, filière bois, coopératives | hiérarchie des usages du bois — œuvre, réemploi, énergie ; labels de qualité et label bas carbone portés par la commande publique |
| L’emploi | transparence des autorisations de coupes, retraite anticipée préservée pour les forestiers | postes rétablis à l’ONF, salaires et conditions de travail des opérateurs sylvicoles protégés, formation des maîtres d’œuvre |
| La propriété | la propriété privée ne prévaut plus sur la protection de la forêt | statut de commun forestier, détention spéculative interdite, surface plafonnée par personne, droit de préemption |
Deux façons de protéger un arbre
La France insoumise soustrait : un quart de la surface nationale laissé en libre évolution, le dessouchage interdit, la propriété privée empêchée de prévaloir sur la protection de la forêt. Les Écologistes réorientent : une trame « vieux bois » maintenue, les forêts en libre évolution soutenues, les avantages fiscaux retirés aux monocultures de résineux et aux forêts en dépérissement.
Le premier retire des surfaces à l’exploitation, le second change la conduite sur les surfaces exploitées. Les deux gestes appartiennent à la restauration, et ils ne produisent pas le même effet sur l’économie sylvicole.
Là où l’économie entre, et où elle s’arrête
La France insoumise reconstruit l’outil : scieries, filière bois, coopératives de petits producteurs. Les Écologistes organisent le débouché : hiérarchie des usages du bois — œuvre d’abord, réemploi ensuite, énergie en dernier —, labels de qualité et label bas carbone portés par la commande publique et par une fiscalité incitative, exportation de chêne brut interdite hors Union européenne.
C’est le passage le plus avancé des deux programmes sur ce que la vente peut financer — un label de qualité porté par la commande publique fait préférer un bois conduit autrement. Ni l’un ni l’autre ne relie ce débouché à la conduite qui protège le sol et la biodiversité.
Qui gère, et pour le compte de qui
Trois quarts de la forêt française appartiennent à des propriétaires privés — 11,6 millions d’hectares répartis entre 3,5 millions de personnes. Les deux programmes s’y confrontent différemment. La France insoumise renforce le service public et empêche la propriété de primer sur la protection. Les Écologistes créent un statut de commun forestier qui confie la gestion à des communautés d’usagers, interdisent la détention spéculative, plafonnent la surface détenue par une personne et ouvrent un droit de préemption pour restructurer les parcelles.
La forêt est aussi le terrain où l’arbre se lit comme pilier du vivant : planté pour l’ombre il relève de l’adaptation, planté pour tenir le sol et l’eau de la robustesse, et rémunéré par une filière dont la vente le fait pousser, il change de niveau.
8. L’agriculture : prix planchers contre paiements pour services
Les deux programmes y consacrent leur développement le plus long, et c’est là que leurs logiques se séparent le plus nettement. Le sujet est le même : un revenu paysan qui ne tient pas, des pratiques à changer, une souveraineté alimentaire à retrouver. Les moyens ne le sont pas.
| Ce qui est en jeu | La France insoumise | Les Écologistes |
|---|---|---|
| Le revenu du paysan | prix planchers, interdiction des ventes à perte, coefficients multiplicateurs, encadrement des marges de l’agroalimentaire et de la distribution | prix planchers, affichage obligatoire de la répartition des marges, blocage des prix en cas d’inflation anormale, publication annuelle comparant prix de vente et tarifs fournisseurs |
| La conversion | reprise des dettes des exploitations converties au bio par une caisse de défaisance | 21 % de surfaces bio en 2030, 25 % en 2032, 100 % à la fin du siècle, revenu garanti sur trois ans à qui s’engage dans un contrat de transition agroécologique |
| Le service rendu au milieu | conditionnalité des aides au maintien du stockage de carbone et à la préservation des écosystèmes | paiements pour services environnementaux généralisés — prairie maintenue, zone humide restaurée, haie replantée — par redéploiement de 15 % des aides |
| L’installation | trois cent mille emplois agricoles visés, réforme agraire | Dotation Nouvel Agriculteur sans critère d’âge, tests d’activité financés, contrats de transmission de fermes |
| L’outil de transformation | scieries, filière bois, coopératives de petits producteurs reconstruites | Fonds d’innovation alimentaire — légumeries, conserveries, plateformes logistiques, cuisines centrales |
| Le débouché | sécurité sociale de l’alimentation, accès posé comme droit | 100 % de bio dans la restauration collective d’ici 2040, 50 % de bio local et végétal dans la restauration commerciale en 2032 |
| La gouvernance de la filière | contrôle public, propriété privée empêchée de prévaloir | scrutin proportionnel dans les Chambres d’agriculture, contrôle des grandes coopératives sur le partage de la valeur |
La règle appliquée à l’aval, ou le service rendu et payé
La France insoumise sécurise le revenu par la contrainte sur ceux qui achètent : prix planchers, ventes à perte interdites, coefficients multiplicateurs, marges de l’agroalimentaire et de la distribution encadrées. Le paysan gagne parce que l’aval ne peut plus descendre en dessous d’un seuil.
Les Écologistes ajoutent aux prix planchers un second mécanisme : le paiement pour services environnementaux, généralisé par redéploiement de 15 % des aides versées aujourd’hui sans conditionnalité. Une prairie maintenue, une zone humide restaurée, une haie replantée deviennent des services rémunérés.
Le premier fixe un prix, le second paie une pratique. C’est la différence la plus opératoire entre les deux programmes, et elle vaut au-delà de l’agriculture.
Ce que le paiement pour services environnementaux rémunère, et par qui
Il rémunère une conduite tenue au champ — et c’est un progrès réel sur la seule règle de prix. Mais il la rémunère par la puissance publique, à côté du produit. Le revenu du paysan ne dépend toujours pas de ce que le produit fait vivre, il dépend d’une aide redéployée. Si l’aide s’arrête, la conduite s’arrête.
Le débouché, et ce que les Écologistes ont de plus
La France insoumise pose l’accès comme droit, par la sécurité sociale de l’alimentation. Les Écologistes y ajoutent une commande publique chiffrée — 100 % de bio dans la restauration collective d’ici 2040, 50 % de bio local et végétal dans la restauration commerciale en 2032 — et un Fonds d’innovation alimentaire qui finance les légumeries, conserveries et plateformes logistiques.
C’est le passage le plus avancé des deux programmes sur ce que la vente peut financer. Une commande publique à 100 % bio crée un débouché qui rémunère une conduite. La conduite y trouve un débouché ; sa rémunération reste adossée à la commande publique.
9. Qui décide, et avec qui : l’écorégion contre les comités de bassin
Le programme insoumis redécoupe l’État. Le programme redécoupe les Régions à partir des bassins versants et leur confie l’eau comme première responsabilité, avec un objectif de zéro pollution et zéro épuisement de la ressource. La commune devient l’échelon d’appui, des défenseurs de la nature sont institués au niveau communal pour l’eau, l’air, la forêt, la végétalisation et la perméabilité des sols, et des assemblées citoyennes régionales délibèrent des projets d’aménagement. Le mot écorégion et l’extension des compétences — air, côtes, forêts, fertilité des sols, mobilités, santé environnementale — viennent du discours et de l’allocution de juillet, pas du texte. Le geste est celui d’une carte administrative refaite sur un cycle écologique, avec une compétence générale.
La plateforme des Écologistes ne touche pas à la carte, elle change qui siège. Les comités de bassin existent déjà ; le programme modifie leurs modes de nomination pour supprimer la mainmise du préfet et y intégrer une représentation de l’intérêt des écosystèmes. Même logique pour la forêt avec le statut de commun forestier, qui confie la gestion à des communautés d’usagers, et pour les aires marines protégées gérées localement. Le geste est celui d’une instance existante dont on rouvre la composition.
Ce que cela change
L’un donne à l’écosystème une administration à son échelle, avec un pouvoir normatif et un budget — le vivant y est mieux administré, et il y est administré plutôt qu’associé. L’autre lui donne une place à la table, sans lui donner de territoire propre — le vivant y devient un intérêt représenté, dans une instance qui décide de son état.
Pourquoi les deux atteignent 72 % sur la gouvernance
La question porte sur l’ouverture de la décision, et les deux y répondent au cran de la coopération stratégique élargie, par des chemins différents. Ce qui les tient également en deçà du dernier cran est le même : ni l’un ni l’autre ne crée un siège avec voix délibérative pour le milieu de vie. Le défenseur des biens communs insoumis publie un rapport annuel, il ne vote pas ; la représentation de l’intérêt des écosystèmes chez les Écologistes est une intégration consultative.
La base militante insoumise l’a d’ailleurs identifié. La synthèse des contributions citoyennes de juillet 2026 fait remonter une proposition nouvelle : un défenseur des biens communs à l’échelle locale, doté d’un pouvoir de blocage. Elle n’entre pas dans le programme coté, et elle nomme exactement le cran qui manque.
Ce que chacun aurait à prendre à l’autre
Les comités de bassin des Écologistes n’ont pas de maille refaite ni de compétence générale — ils décident sur un périmètre hérité. Les Régions redécoupées du programme insoumis n’ont pas de représentation du vivant dans leur assemblée — leur pouvoir normatif s’exerce sans lui. La maille chez l’un, la place chez l’autre.
10. Les deux programmes peuvent-ils converger ?
Les quatre terrains examinés donnent le même résultat : les deux projets ne se contredisent pas, ils se complètent. Chacun tient l’instrument que l’autre n’a pas, et sur aucun des quatre l’un ne défait ce que l’autre construit.
| Le terrain | Ce que La France insoumise apporte | Ce que les Écologistes apportent | Ce que les deux donneraient |
|---|---|---|---|
| L’adaptation | l’appareil d’État et la planification | le chiffrage, les secteurs nommés, le partage du risque assurantiel | un plan doté qui s’applique à une maille refaite |
| La forêt | des surfaces soustraites à l’exploitation et l’outil reconstruit | une conduite réorientée sur les surfaces exploitées et un débouché organisé | des scieries qui transforment un bois conduit autrement |
| L’agriculture | des prix planchers et des marges encadrées | des paiements pour services et une commande publique chiffrée | un revenu tenu par la règle et par le débouché |
| La gouvernance | une maille calée sur le bassin versant, avec pouvoir normatif | une composition rouverte et une représentation de l’intérêt des écosystèmes | une instance à la bonne échelle où le milieu a une voix |
Une convergence de programme est accessible
Rien dans ces quatre lignes n’exige d’arbitrage doctrinal. Une écorégion peut accueillir des comités de bassin à composition rouverte ; des prix planchers peuvent coexister avec des paiements pour services ; un plan d’adaptation doté peut s’appliquer à une maille refaite. Les mesures s’additionnent sans se neutraliser.
Deux choses ne convergent pas : la façon de voir et la façon d’exercer le pouvoir
La relation au vivant diffère, et elle ne se négocie pas comme une mesure. Protéger le vivant de ce qui le détruit et reconnaître qu’on en fait partie sont deux positions, pas deux degrés. La première conduit à soustraire, la seconde à rouvrir. On peut voter les mêmes textes en pensant deux choses différentes ; on ne peut pas gouverner longtemps ainsi.
Et l’exercice du pouvoir diffère plus encore. D’un côté un État refondé qui décide pour le compte du peuple, avec un pouvoir normatif à la maille du bassin ; de l’autre des instances existantes dont on rouvre la composition pour que ceux qui vivent d’un milieu y siègent. Décider pour et décider avec ne s’assemblent pas par une addition de mesures.
C’est la limite réelle d’une convergence. Elle est praticable sur les programmes, et difficile sur la manière.
11. À quoi ressemble la France de chacun dans dix ans
Les deux programmes datent et chiffrent assez de choses pour qu’on puisse décrire le pays qu’ils promettent. Ce qui suit ne contient que des objectifs écrits dans les textes.
La France de La France insoumise en 2036
Un quart de la forêt nationale est laissé en libre évolution, le dessouchage est interdit et les scieries ont été reconstruites. L’eau et l’air sont des biens communs collectivisés, et la propriété privée ne prévaut plus sur leur protection. Les Régions ont été redécoupées à partir des bassins versants, dirigées par des assemblées élues, avec pour première responsabilité l’eau — zéro pollution, zéro épuisement de la ressource.
Trois cent mille emplois agricoles ont été créés, les prix planchers tiennent le revenu paysan, les ventes à perte sont interdites et les marges de la distribution encadrées. Les voitures à essence ne se vendent plus depuis 2030, sept cent mille logements sont rénovés chaque année, l’électricité vise le cent pour cent renouvelable. Chaque jeune a effectué une conscription écologique et peut être mobilisé dans une garde régionale de sécurité civile.
Les richesses sont partagées et la consommation populaire relancée par les salaires, les superprofits et les grandes fortunes sont taxés, le travail détaché est interdit. Les agriculteurs ont un prix rémunérateur et une retraite digne, les forestiers ont conservé leur retraite anticipée, et le salarié en reconversion garde sa sécurité. Une sécurité sociale de l’alimentation garantit à chacun l’accès à une nourriture de qualité, et la santé est pensée par l’environnement — l’eau, l’air, l’alimentation.
C’est un pays où l’État a repris la main sur ce qui fait vivre. Le marché y opère dans un périmètre borné par la règle de prix et par la liste des biens qui lui échappent, et la protection des personnes passe par le droit et par le revenu.
La France des Écologistes en 2036
Vingt-cinq pour cent des surfaces agricoles sont en bio depuis 2032, soixante mille kilomètres de haies ont été gagnés, les paiements pour services environnementaux rémunèrent les prairies maintenues et les zones humides restaurées. Trente pour cent des zones maritimes sont protégées par des aires marines et dix pour cent le sont strictement, une trame « vieux bois » est maintenue et des communautés d’usagers gèrent des communs forestiers.
Le salaire minimum est à deux mille euros, l’écart de rémunération est plafonné de un à vingt pour toute entreprise qui reçoit une aide publique, et les salariés siègent aux conseils d’administration. Une caisse nationale de sécurité climatique a remplacé le régime des catastrophes naturelles. Les indices de durabilité ferment l’accès au marché sous une note minimale, et le produit intérieur brut ne sert plus qu’à piloter le budget — l’espérance de vie en bonne santé et l’empreinte matière ont pris sa place.
Une sécurité sociale professionnelle fait que personne ne perd ses droits en perdant son emploi, les chômeurs de plus de cinquante-cinq ans ont une garantie d’emploi par essaimage de Territoires Zéro Chômeur, et les métiers pénibles ou de nuit sont passés aux trente-deux heures sans perte de salaire. Une sécurité sociale écologique ouvre des droits à une alimentation saine et à un environnement non toxique, avec une mission interministérielle One Health rattachée au Premier ministre. Les cantines sont à un euro et la restauration collective est passée au bio.
C’est un pays où la règle a changé ce qu’on a le droit de mettre sur le marché, et où la santé est devenue un droit adossé à l’état des milieux. Ce qui s’y vend est plus durable, plus réparable, moins toxique, et le seuil s’applique à tous.
Le produit absent des deux France
Dans les deux France, les produits sont moins nocifs, mieux réparables, plus souvent locaux, et ceux qui les fabriquent sont mieux payés. Aucune des deux ne décrit un produit dont la vente fait pousser une haie, remonte une nappe, transmet un métier et fait vivre ceux qui l’ont fabriqué — et dont l’entreprise gagne mieux sa vie pour cette raison. Le social y est protégé par le droit et par le revenu garanti, jamais produit par ce qui se vend.
Cette France-là existe déjà par endroits : près de cent produits français primés depuis 2024, dans vingt et un secteurs, conjuguent croissance économique et impacts positifs. Elle ne dépend d’aucune élection, et elle gagnerait à ce qu’un programme la reconnaisse.
C’est aussi ce qui rendrait l’écologie populaire. Les deux France décrites ici demandent d’accepter — un prix encadré, une norme, un seuil, un renoncement. Une écologie populaire commence là où elle apporte quelque chose : un produit qu’on préfère parce qu’il fait vivre le pays où on l’achète, et un métier qui se transmet parce qu’il se vend.
Les deux sections qui suivent examinent ce que l’opinion attend réellement, et pourquoi ces deux discours y plafonnent.
Partie III · Notre lecture, et ce que nous proposons
À partir d’ici, l’analyse cesse de décrire les programmes : elle dit ce que nous en tirons et ce que nous portons.
12. Le seuil de popularité, et ce qui le lève
Les sections précédentes établissent une convergence. Les deux projets atteignent le même niveau, emploient les mêmes instruments — la loi, l’impôt, la norme, l’instance —, ouvrent la décision par deux gestes complémentaires et s’arrêtent au même endroit : ce qui se conçoit et se vend. Ils sont plus proches l’un de l’autre que leur rivalité ne le laisse croire.
Cette convergence rencontre un seuil, et il est le même pour les deux. La présidentielle s’annonce comme un duel entre les deux extrêmes, et la quatrième vague de l’Observatoire des perspectives utopiques en donne la mesure : la société éco-solidaire et la société identitaire-sécuritaire arrivent à parité, 45 % chacune, le techno-libéral restant à 10 %. Le clivage le plus marqué y est générationnel — l’éco-solidaire réunit 59 % des 18-24 ans et 34 % des 65-75 ans.
L’enquête montre où se trouvent les voix disponibles : un modèle éco-solidaire à parité, un socle de modes de vie qui traverse tous les bords — de 73 % de partisans chez les proches des mouvements écologistes à 40 % très à droite pour la qualité contre la quantité — et un électorat jeune qui penche nettement de ce côté. Ces mesures portent sur des adhésions à des propositions et non sur des intentions de vote ; elles disent que l’écologie est devenue un terrain de conquête, au-delà d’un supplément programmatique.
Une distinction s’impose ici, parce que deux protections coexistent sans se confondre, et les municipales de mars 2026 permettent de le mesurer. La sécurité était le premier critère de vote pour un électeur sur deux, et le scrutin a vu le Rassemblement national réaliser sa plus forte progression locale — cinquante-sept communes de plus de trois mille cinq cents habitants, trois mille cent vingt et un conseillers municipaux contre huit cent vingt-sept en 2020, la conquête de Nice — quand les Écologistes refluaient, perdant Besançon, Strasbourg, Poitiers et Bordeaux, et conservant Lyon de mille cinq cents voix.
La protection écologique suit donc une autre pente, et elle mobilise d’autres électorats. Ce sont les projets de gauche qui l’organisent — l’appareil d’État d’un côté, la sécurité sociale écologique de l’autre —, dans un scrutin où la demande de protection s’est portée sur un autre objet. Un même registre, deux publics : protéger des personnes contre une menace humaine, protéger un milieu contre ses usagers. La rentrée les rapproche pourtant, puisque dans les deux cas une population demande à être mise à l’abri et que l’offre politique répond par un appareil de protection.
Le seuil ne tient donc pas à ce qui sépare les deux projets, il tient à ce qu’ils partagent. Un modèle éco-solidaire à 45 % qui ne progresse plus, et deux offres qui demandent l’une comme l’autre d’accepter avant de gagner. La section suivante dit ce que l’opinion attend à la place.
L’écologie populaire, ou ce qui lève le seuil
Ce que les deux projets appellent écologie relève, au sens propre, de l’environnementalisme. Une vision qui place l’humain au centre et traite la nature comme un stock dont il faut limiter la consommation : limiter le carbone, limiter le prélèvement, limiter l’impact. C’est utile, c’est nécessaire, et cela n’emporte pas l’adhésion.
L’écologie, au sens propre, est autre chose : la science des relations entre les êtres vivants et leur milieu, et une manière de se penser dans le vivant plutôt qu’au-dessus. Elle ne part pas des besoins humains à limiter, mais du vivant à faire prospérer, nous compris. Sa finalité n’est pas le moins, c’est le bien vivre tous ensemble sur terre. Là où l’environnementalisme demande des sacrifices, l’écologie propose une relation.
Dominique Bourg le pose dans les mêmes termes : la finalité de l’écologie, c’est bien vivre tous ensemble sur terre — et le tous ensemble va au-delà des humains. Réduire la pression n’y suffit pas : faire moins mal n’est pas prendre soin.
Il en tire une conséquence directe sur le registre du renoncement. « Ce n’est pas toutes les libertés qui sont restreintes. Il n’y en a qu’une seule qui sera restreinte : la liberté de détruire et de s’enrichir. » Et encore, restreinte est le mot inexact : c’est une substitution. Le bûcheron qui fait tout péter à la machine et laisse un désert d’arbres au sol contre le forestier qui apprend à connaître les arbres, suit leur croissance et va chercher le bon — un métier plus élaboré, plus sensé, et qui procure davantage d’épanouissement.
« Un homme, ça s’empêche » est la base, dit-il en citant Camus, et ce n’est pas la finalité. La contrainte n’a de sens qu’ordonnée à ce qu’elle rend possible — sans cela, les limites restent des entraves.
Populaire se joue alors sur deux plans. Un ancrage social d’abord : une écologie qui parle aux classes populaires et moyennes, à ceux que le discours écologiste habituel tient à distance. Une capacité d’adhésion ensuite : une écologie qui devient majoritaire parce qu’elle traite de ce qui compte — se nourrir, se soigner, éduquer ses enfants, accéder à des services publics de qualité. Elle n’oppose plus la fin du monde et la fin du mois, elle les relie.
Et ce déplacement a un nom : la régénération. Son critère tient en une phrase — le territoire va mieux grâce à mon activité. Non pas « je prélève moins », ni même « je répare ce que j’ai abîmé », mais « j’ajoute à la vitalité du vivant autour de moi ». L’écologie populaire en est le visage citoyen, un mode de vie ; l’économie régénérative en est le visage entreprise, un modèle d’affaires. Une seule bascule, vue de deux côtés.
Les deux sections qui suivent le vérifient : ce que les Français attendent, et ce que seules les entreprises peuvent apporter.
13. Ce que les Français attendent : de la santé, de l’origine, du choix
Le constat est établi, et il est sévère. Selon le baromètre de l’Agence de la transition écologique, l’environnement arrive en cinquième position des préoccupations des Français, à 8 % des citations, derrière la hausse des prix, les déficits publics, l’immigration et la sécurité. Le mot « écologie » recule sur une série au libellé inchangé, de 2,1 en 2019 à 1,7 aujourd’hui, et la part de Français se déclarant proches des mouvements écologistes est tombée de cinq à deux pour cent. L’été 2026 a fait remonter la préoccupation environnementale à trente-deux pour cent, sans effacer cette tendance de fond.
Ce que le corps électoral a tranché en mars
Un fait précède ces raisons, et il donne la mesure de l’obstacle. Cinq mois avant ces discours de rentrée, le corps électoral a tranché sur ce qu’il voulait voir protégé en premier : la sécurité, devant l’économie locale et devant l’entretien des espaces publics. Les listes écologistes ont reculé dans ce scrutin, et la préoccupation environnementale n’est remontée qu’après un été de canicules — d’un cran, et en quatrième position.
Une note de Parlons Climat et de l’IDDRI conteste pourtant la lecture du recul (« Vers un pivot majoritaire de l’écologie ? », juin 2025), et son diagnostic éclaire ce plafond. L’importance que les Français accordent à l’environnement oscille entre 7,6 et 8,1 sur dix depuis dix ans, chaque citoyen soutient en moyenne 8,8 politiques de transition sur treize testées, et le soutien à dix politiques majeures est passé de 58 % en 2018 à 64 % en 2024. Ce que la note décrit est un plateau après une phase de croissance, plutôt qu’un retournement.
Ce qui recule, c’est la sympathie déclarée pour les mouvements écologistes, mesurée par Parlons Climat, en décroissance depuis 2016 — au point que le rejet devient parfois majoritaire face à l’adhésion. La note l’attribue à cinq mécanismes internes qui ont tous commencé par être des moteurs : la prise de pouvoir qui fait cible, la polarisation politique du sujet, une écologie devenue distinctive et donc excluante, des tactiques radicales au traitement médiatique négatif, et un effet de bulle. Devenir une cible est la rançon des succès passés.
Tout dépend de ce qu’on lit dans la situation. Y voir une crise des ressources conduit à limiter, à tenir dans les limites, à ne pas laisser de traces — et produit des imaginaires de restriction. Y voir une crise de lien conduit à tisser des relations mutuellement bénéfiques pour bien vivre ensemble — et produit des imaginaires de prospérité. Ce programme se tient du premier côté avec constance, et la conséquence narrative est directe : les récits de restriction parlent de ce qui va se perdre, les récits régénératifs de ce qui va se gagner ensemble.
Un point l’éclaire. La prospérité y est logée dans le pouvoir d’achat — la relance passe par les salaires — pendant que l’écologie relève de la limite. Les deux registres cohabitent, chacun dans son couloir. Une lecture régénérative les fait converger : la prospérité vient de ce que l’activité fait prospérer autour d’elle — les sols, l’eau, les producteurs, les habitants — et la triple comptabilité rend ce gain visible dans les comptes.
Le ressort culturel est pourtant nommé sur la scène même du meeting. Pierre Lemaitre décrit un capitalisme qui colonise l’imaginaire et une école transformée en fabrique d’individus employables ; Mélenchon en avait donné la théorie en avril, avec les besoins artificiels et la valeur inclusive — la consommation qui procure l’appartenance à un groupe. Le levier désigné est celui des représentations. Notre travail part du même constat et emprunte l’autre chemin : les imaginaires se transforment par ce qu’ils rendent désirable, composé par les personnes elles-mêmes, au lieu d’être prescrit.
Ce que les Français attendent vraiment de l’écologie
Un accord existe sur le point de départ : Mélenchon écarte la culpabilisation individuelle et impute l’empoisonnement à des décisions politiques. Nos données le confirment par un autre chemin — la contrainte individuelle marque le point de bascule, et les trois seules propositions éco-solidaires qui passent en négatif touchent la voiture, la viande et le revenu.
Trois séries situent le plafond du registre de la restriction
Trois séries situent le plafond de ce registre. La première dit ce que les Français acceptent, et l’écart entre le souhait et le consentement s’y mesure.
La deuxième dit à qui le message parvient. Au baromètre de l’ADEME, 83 % estiment que les gens consomment trop, 28 % qu’ils consomment trop eux-mêmes, et 82 % pensent avoir déjà un mode de vie sobre : un discours qui demande de consommer moins s’adresse chaque fois au voisin. Cela vaut même quand le projet épargne les comportements individuels, comme le fait ce programme.
La troisième dit où le registre plafonne : la sobriété convainc environ 16 % des Français dès qu’elle engage des changements concrets, la décroissance environ 5 %. Le principe, lui, fait consensus — le programme cite une enquête où une large majorité approuve l’interdiction de prélever plus que la Terre ne reconstitue. C’est l’écart entre le principe et son application qui fait le problème, et une stratégie du renoncement y est minoritaire par construction.
Le mot lui-même s’est refermé. « Écologie » désigne désormais une cause, un camp, des gens. « Nature » suit le mouvement inverse, en tête des termes testés, parce qu’il nomme une relation vécue et n’assigne personne.
Le rapport de Parlons Climat sur le pivot majoritaire appelle à passer d’une stratégie minoritaire — l’alerte portée par quelques figures — à une stratégie majoritaire : incarner l’écologie autrement, la relier aux bénéfices concrets, et éviter la conflictualité frontale avec le monde économique. L’écologie populaire, que nous portons côté politique, prend ce chemin : un mode de vie à la fois responsable et désirable, ancré dans les domaines qui comptent d’abord — l’alimentation, l’éducation, les services publics — et raconté par ce qui se gagne. Un levier relève des entreprises : 34 % des Français nomment les alternatives écologiques accessibles à tous. Il ne suffit pas à expliquer le plafond politique — le registre du message et le mot lui-même y pèsent autant — mais c’est le seul des trois sur lequel une entreprise a prise.
Deux attentes rencontrées, deux manquées
Le discours du 23 août rencontre deux de ces attentes, et en manque deux. Il rencontre la demande de responsabilité collective, en imputant l’empoisonnement à des décisions politiques. Il rencontre la demande de santé et de proximité, portes d’entrée concrètes vers l’écologie. Il manque le registre, en présentant un monde de liens par ce qu’il faudra abandonner. Et il manque l’offre : rien n’y dit comment les alternatives arrivent en rayon, ni qui les produit.
Les deux manques appellent la même réponse. Un registre de prospérité partagée à la place de celui de la restriction, et des produits qui la portent en rayon — où chacun peut la voir et la payer. C’est ce que la dernière partie de cet article documente.
14. Le récit qui vend le modèle n’est pas celui que le modèle raconte
C’est le constat le plus utile de la quatrième vague de l’Observatoire des perspectives utopiques, et il vaut trait pour trait pour les deux programmes. Le monde éco-solidaire qu’on soumet aux Français est un monde de liens — des interdépendances qu’on entretient dans un territoire. Il leur est présenté par ce qu’il faudra abandonner.
Les trois seules propositions du versant écologique qui basculent en négatif sont exactement trois renoncements : les quotas carbone à moins zéro virgule quatre, les protéines végétales à moins zéro virgule deux, la réduction du temps de travail avec baisse des rémunérations à moins zéro virgule un. La voiture, la viande, le revenu.
Le mot le montre aussi. « Écologie » perd quatre dixièmes de point depuis 2019, de 2,1 à 1,7, et se range du côté des systèmes qui obligent — avec le numérique et la mondialisation. « Nature » monte à 3,2, « respect » à 2,8, « partage » à 2,3. Ce qui sépare ces deux colonnes n’est pas l’ancien et le moderne, c’est le tangible et l’abstrait.
Et l’écart entre ce qu’on juge nécessaire et ce qu’on consent se mesure : 51 % des Français veulent consommer mieux, 32 % acceptent pour cela de consommer moins. Un sur deux veut le mieux, un sur trois accepte le moins. C’est la mesure exacte de ce que coûte un récit qui commence par le renoncement — et c’est le registre des deux programmes.
L’offre fait partie des conditions du pouvoir d’agir
Ce point est documenté depuis cinq ans, et aucun des deux programmes ne s’en saisit. Dès 2021, trente-quatre pour cent des Français citaient l’existence d’alternatives de consommation écologiques accessibles à tous parmi ce qui ferait évoluer durablement leurs comportements — devant les réglementations sanctionnant les comportements négatifs, à vingt-six pour cent, et devant la multiplication des catastrophes, à vingt-trois.
Cinq ans plus tard, l’écart entre l’attente et la possibilité est mesurable : trente-six pour cent des Français jugent leur logement insuffisamment protecteur contre la chaleur, et treize pour cent ont réalisé des travaux d’isolation. Vouloir ne suffit pas quand l’alternative n’existe pas, coûte trop cher ou demande trop d’effort.
Et ce que les gens cherchent ne se formule pas comme écologique. Sur 7 515 consommateurs, quatre moteurs apparaissent dans cet ordre — santé, origine, solidarité, planète. Les mentions présentes sur les produits atteignent 85 % de notoriété, les labels 47 %, les scores 38 %, et le Nutri-Score 98 %. Une offre peut être meilleure pour la santé, soutenir une filière, réduire les pressions environnementales et rester désirable pour des raisons qui ne commencent pas par « sauver la planète ».
C’est là que le registre et l’offre se rejoignent. Savoir, vouloir, pouvoir, changer, persévérer : le savoir était déjà acquis en 2021, et il n’a pas produit le changement. Ce qui reste à ouvrir dans les deux programmes se situe entre le vouloir et le pouvoir — des offres qui réduisent l’effort nécessaire et rendent un autre comportement praticable.
15. Ce que seules les entreprises peuvent apporter
Un État pose la règle, oriente les aides, sécurise un revenu par la loi. Ce registre-là ne conçoit aucun produit, n’écrit aucun cahier des charges et ne vend rien. Concevoir une offre dont la vente fait vivre un milieu se joue dans une entreprise — publique, coopérative ou privée, le statut de propriété ne change rien à l’affaire. Or le business model se fonde sur ce qui est en vente : tant que l’offre ne change pas, la trajectoire stagne.
Ce que le passage demande : retourner la question
Le passage de la restauration à la régénération retourne une question. Restaurer demande comment tenir, et le vivant sert alors l’activité. Régénérer demande quelle contribution au vivant permet de tenir, et l’activité sert alors le vivant. La réponse se lit en triple impact sur un territoire : ce que les milieux y ont gagné, ce que les humains y ont gagné, ce que l’activité y gagne. Une filière qui restaure des sols en appauvrissant ses producteurs reste au troisième niveau, et l’inverse est vrai aussi.
La forêt le montre en grandeur réelle. Les deux programmes y protègent, y réorientent et y reconstruisent l’outil — c’est l’objet de la cinquième section.
Notre analyse de la filière établit ce que cette structure produit : neuf millions d’hectares très peu récoltés ont donné des boisements jeunes et denses, pauvres en vieux arbres et en bois mort, pendant qu’un objectif national de récolte ne déplaçait personne. Le changement de pratiques, lui, est documenté — régénération naturelle assistée, agroforesterie, futaie irrégulière.
Le programme pose donc bien plus qu’un cadre : il reconstruit l’outil de transformation et finance la conduite. Le débouché rémunérateur d’une futaie irrégulière conduite sur quarante ans reste pourtant à construire, et aucun cas français ne montre à ce jour un produit dont la vente fasse vivre le massif dont il sort. Quatre maillons y mènent : une parcelle qu’on peut nommer, un cahier des charges qui dit la conduite, une conception de produit qui la traduit, une étiquette qui la rend rémunérable. Le programme porte les deux premiers et l’outil qui les sert ; la conception et l’étiquette se jouent dans l’entreprise et en rayon.
L’agriculture montre la même chose de plus près — la sixième section l’établit : le revenu y est tenu par la règle de prix d’un côté, par le paiement public d’une pratique de l’autre, jamais par ce que la vente rapporte à celui qui conduit la parcelle.
Le protectionnisme écologique trace une frontière autour de ce qui entre, et laisse entière la question de ce que la production fait vivre à l’intérieur. La Gironde le montre en grandeur réelle : 14 500 entreprises évacuées, dont 13 000 à l’arrêt, plus de 130 000 salariés empêchés de travailler, et une filière bois qui est le troisième employeur industriel régional avec 59 000 salariés pour dix milliards d’euros de chiffre d’affaires. Ces entreprises avaient la souveraineté de lieu, et le milieu a cédé sous elles. La conclusion vient d’une chambre de commerce, pas d’un collectif écologiste : pour Patrick Seguin, de la CCI Bordeaux Gironde, « il va falloir revoir tout notre modèle économique ».
Le mécanisme : co-investir et se partager les gains
La régénération sécurise ce même revenu par la relation contractuelle : engagements de durée, préfinancement, participation aux outils de première transformation, partage équitable des gains créés, avec un atterrissage comptable en triple capitaux. Deux de ces pièces sont déjà là sous forme publique — le préfinancement par la caisse de défaisance des dettes de conversion, la participation aux outils par la reconstruction des scieries. Restent la durée des engagements entre maillons, que la planification d’un programme public ne fournit pas, et le partage des gains créés. C’est le mécanisme de l’économie régénérative, qui doit à l’économie de la mutualité sa façon de construire le prix — la nature et la santé au même niveau que le capital financier, les trois capitaux dans un seul bilan (notre lecture des économies alternatives). Les deux approches se complètent : la contractuelle donne à la loi le critère qui lui manque, la loi donne à la contractuelle le marché loyal dont elle a besoin pour tenir.
Les deux projets écologistes s’arrêtent avant ce geste, et ils le disent eux-mêmes. Livré à lui-même, écrit le programme des Écologistes, le marché ne protégerait ni les travailleurs, ni le climat, ni la biodiversité — d’où des marchés encadrés par des seuils et des calendriers fixés démocratiquement. L’entreprise y est une force dont il faut borner les effets, valorisée pour ce qu’elle accepte de cesser. Le raisonnement tient tant qu’on considère l’activité économique comme un producteur d’externalités.
Le verrou comptable, et ce qu’il coûte
Ce raisonnement fait entrer les vivants dans le cercle de ceux qu’on protège. La place à prendre est celle des acteurs économiques dans le cercle des contributeurs. Le critère tient en une phrase — le territoire va mieux grâce à mon activité — et prend côté modèle économique une forme simple : plus on vend, plus on régénère. La régénération concerne certaines activités et pas toutes : une mine ou une cimenterie visent la robustesse, et c’est un aboutissement stratégique légitime.
Un verrou comptable freine cette bascule. Les normes permettent d’inscrire une dette environnementale au passif, sans autoriser à porter à l’actif la valeur créée : une ferme dont les sols gagnent en fertilité enregistre un capital naturel accru que rien ne permet d’inscrire. La Délégation sénatoriale à la prospective a chiffré ce que cette cécité coûte, en relevant que plus de quarante pour cent des titres détenus par les institutions financières françaises dépendent d’au moins un service écosystémique. la note de cadrage de la triple profitabilité détaille ce verrou, ses dérogations sectorielles et les modèles comptables qui cherchent à le lever.
Nos deux analyses d’entreprise montrent ce que la réduction seule produit. Michelin, à 45 %, affiche une ambition de niveau 3 quand sa chaîne de valeur reste à 33 % : quatre-vingt-dix-huit pour cent de son chiffre d’affaires repose sur la vente de pneus, deux pour cent sur l’économie de la fonctionnalité. Patagonia, à 68 %, a la Terre pour actionnaire unique et son chiffre d’affaires croît — ses émissions aussi, à 182 646 tonnes en 2025, vingt-cinq pour cent de plus qu’en 2017.
16. Ce que le produit prouve, et ce que nous demandons
Des entreprises tiennent déjà cette position
Le découplage que l’avant-propos des Écologistes appelle de ses vœux ne s’obtient donc pas en réduisant : ou bien l’entreprise décroît, ou bien ses impacts suivent ses ventes. Il suppose que le volume vendu fasse gagner le milieu — c’est-à-dire que l’offre change.
Des entreprises tiennent pourtant déjà cette position, à des échelles qui pèsent. Ecotone a réalisé 710 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024 sur une offre très majoritairement bio, végétarienne ou équitable ; Léa Nature plus de cinq cents millions avec une production largement localisée en France ; ETIC soixante-cinq millions de financements solidaires dans l’immobilier. Le recueil des Lauriers en donne d’autres formes — une filière apicole de 210 producteurs, un domaine viticole qui protège plus de cinq millions d’abeilles, 2 240 hectares de cacaoyers convertis avec près de mille agriculteurs — soit près de cent produits primés depuis 2024, dans vingt et un secteurs. Dans chacun de ces modèles, la valeur créée se partage entre les acteurs de la chaîne au lieu de se capter au sommet.
La demande suit. Soixante-dix-huit pour cent des Français jugent l’affichage environnemental utile, soixante-quatre déclarent qu’il changerait leurs choix, et soixante-cinq acceptent de payer jusqu’à dix pour cent de plus pour un produit dont la contribution est vérifiée. Ce que les enquêtes appellent une difficulté à mobiliser tient donc à ce qui se trouve en rayon : les gens sont prêts à payer ce qu’ils peuvent vérifier, et ils ne peuvent presque rien vérifier.
Le Made in France dit où l’on produit, et il reste muet sur ce que cette production fait vivre. C’est l’écart que travaille notre manifeste du Made in France contributif, et il boucle le fil de la souveraineté ouvert par cette rentrée : la Gironde montre qu’une souveraineté de lieu peut être acquise pendant que le milieu cède. Les Lauriers en donnent la version contributive — Telmont, certifié Regenerative Organic en champagne ; elmy, société à mission dans l’énergie ; Picture Organic et son coton tracé du champ au vêtement ; l’Éco-Domaine La Fontaine et ses douze mares qui rechargent la nappe.
Les quatre pièces d’une preuve sur le produit
Rendre cette contribution lisible sur le produit demande quatre pièces : un cahier des charges co-décidé, qui fait entrer les producteurs dans la décision ; des engagements pluriannuels et un partage équitable des gains ; un label audité par un tiers, qui rend la pratique opposable ; une mesure de terrain, qui fait entrer les sols, l’eau et la biodiversité dans les comptes. Les trois premières relèvent de l’entreprise et de sa filière ; la quatrième appelle la décision publique.
Quatre constats de cet article trouvent ici leur sortie. Le milieu cède : l’activité renforce le milieu dont elle dépend. La protection garde la décision : les producteurs sont associés à la valeur créée. Le « moins » vise le voisin : on demande un geste d’achat, un gain à saisir. Le verrou comptable tient l’environnemental au passif : la contribution devient du chiffre d’affaires, et personne ne rediscute un revenu. Chacun est alors motivé à contribuer parce qu’il y gagne — et c’est ce qui sépare contribuer d’être protégé.
La pièce que personne ne pose passe par l’entreprise, et c’est notre proposition. Les trois textes placent l’entreprise du côté des forces à encadrer, quand l’autre moitié de l’adaptation tient à des activités dont le fonctionnement fait que le territoire et ceux qui l’habitent se portent mieux. Ce que le débat gagnerait est une preuve de terrain : chiffrer le delta entre une filière régénérative et une filière conventionnelle, maillon par maillon. C’est le travail que nous conduisons avec le groupe « économie régénérative en triple impacts localisés », et une campagne présidentielle est un bon moment pour le rendre public.
Le made in France contributif : ce que nous demandons
Les deux programmes défendent le made in France, et ils le défendent comme un périmètre. Produire ici, sécuriser une filière, réduire une dépendance : c’est nécessaire, et cela ne dit rien de ce que la production fait vivre. La souveraineté décrit un lieu, jamais une finalité.
Contributif ne veut pas dire plus cher
C’est l’objection qui vient en premier, et les deux programmes la traitent comme si elle était fondée — d’où l’accès garanti par la loi, les cantines à un euro, la sécurité sociale de l’alimentation. Les faits disent autre chose. Le lait de C’est qui le Patron ?!, dont le prix se construit à partir du revenu vital du producteur, arrive en rayon à un niveau comparable au lait non bio : la confiance entre acteurs supprime les surmarges de précaution que chaque maillon ajoute par défaut. Et La Fourche rend une sélection bio en moyenne vingt pour cent moins chère que le marché.
Le sujet a d’ailleurs un interlocuteur au gouvernement. Serge Papin, ministre des Petites et Moyennes Entreprises, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat, a fait du made in France accessible son cheval de bataille. L’accessibilité est un vrai enjeu, et elle ne tranche pas la question : un produit français abordable peut soutenir une filière vertueuse comme appauvrir ses sols et presser ses fournisseurs.
Ce que ces deux cas établissent change la nature de la demande à faire aux pouvoirs publics. Il ne s’agit pas de subventionner un surcoût, ni de créer un label de plus : il s’agit de donner force de marché aux labels qui prouvent déjà la contribution — Regenerative Organic, Demeter, Bio Équitable en France, Nature & Progrès. Ils existent, ils sont audités par des tiers, et ils n’ont pas la notoriété que le bio a mis vingt ans à construire.
Deux verrous l’expliquent. Le cahier des charges du made in France est minimal — il suffit, pour l’essentiel des produits, que la dernière transformation substantielle ait eu lieu en France. Et l’étiquette ne dit rien : au rayon, rien ne distingue le produit qui rémunère justement ses producteurs de celui qui presse sa filière.
De la logique de guichet à la logique capacitaire
Les deux programmes conditionnent les aides publiques, et c’est un acquis réel. Notre plaidoyer pose la question qui reste ouverte : quel est le sens de l’effort collectif si l’argent de tous ne sert pas à construire une économie qui profite à tous — y compris aux systèmes de vie qui rendent l’économie possible ?
Les aides existent en grand nombre, et leur logique ne garantit pas qu’elles renforcent la capacité des entreprises à durer. Une large part finance des diagnostics, des études, des investissements ciblés, sans exigence de transformation des modèles économiques. L’argent public agit alors comme un amortisseur conjoncturel plutôt que comme un levier. Ne plus se demander si une aide existe, mais ce qu’elle permet réellement de renforcer : c’est le passage d’une logique de guichet à une logique capacitaire, et aucun des deux programmes ne l’opère.
La question qu’une entreprise devrait pouvoir se poser tient en une phrase : est-ce que la France va mieux parce que notre usine existe ? Une usine régénérative devient un point d’ancrage territorial — elle restaure des sols par ses filières locales, sécurise des revenus agricoles, maintient des savoir-faire. La proximité géographique devient elle-même un levier de résilience, et les emplois cessent d’être délocalisables.
Ce que la lecture établit
Les deux sont écologistes, et ils n’appellent pas écologie la même chose. Jean-Luc Mélenchon organise la protection. Le registre se situe à la réduction, quand l’appareil qui l’exécute atteint la restauration : la maille du bassin versant, l’eau tenue pour capital critique, le diagnostic des écosystèmes dans les comptes publics, la trajectoire de la règle verte. L’outillage dépasse donc l’imaginaire qui le commande — et cette cohérence dit ce que le programme organise, non ce qu’il vaut.
L’adaptation est l’enjeu commun. Les deux projets l’ont mise au centre, chacun à sa façon : un appareil d’État calé sur le cycle de l’eau, une protection sociale climatique adossée au One Health. Leur désaccord porte sur les moyens, jamais sur l’objectif.
Ce que chaque projet traite, et ce qu’il laisse ouvert.
| Corpus | Ce qu’il apporte à l’adaptation | Ce qui reste ouvert |
|---|---|---|
| Shift Project | Le plan de l’atténuation : vingt chantiers sectorisés, testés contre les retards | L’adaptation elle-même, renvoyée à l’État |
| Mélenchon | L’instrument : une maille calée sur le cycle de l’eau, la planification comme méthode d’État | La relation au vivant, qui reste celle de la protection |
| Tondelier | Le fond et l’acceptabilité : interdépendance reconnue, projet raconté par les bénéfices | L’appareil territorial, moins outillé que celui du programme insoumis |
| Les trois | Une moitié publique travaillée sérieusement | L’activité économique, tenue pour une force à encadrer |
L’écart qui compte porte sur l’économique : les trois y restent à la réduction. C’est ce qui les sépare tous de la régénération, quand la relation au vivant ne sépare que les deux projets l’un de l’autre.
L’adaptation a deux moitiés, et les trois n’en travaillent qu’une. La moitié publique est couverte. L’autre tient à des activités dont le fonctionnement fait que le territoire et ceux qui l’habitent se portent mieux : elle ne relève ni de la règle ni du plan, et c’est là que notre proposition prend la suite.
| Niveau | Ce que l’adaptation y signifie | Ce que le niveau produit | Combien de temps cela tient |
|---|---|---|---|
| N1 · Limiter | Interdire les usages les plus dommageables | Un cadre respecté | Le temps que la règle tienne |
| N2 · Réduire | Protéger les populations et amortir les chocs | Un milieu protégé de ses usagers | Tant que la règle et l’appareil tiennent |
| N3 · Restaurer | Réparer les milieux et les trajectoires humaines | Un écosystème réparé | Tant que la réparation suit la dégradation |
| N4 · Régénérer | L’activité fait prospérer le territoire et ses habitants | Des êtres vivants dont les capacités s’élèvent | Plus longtemps : le point de départ remonte chaque année |
Les trois textes travaillent l’écologie comme domaine, non le vivant comme ensemble d’êtres. On y désempoisonne, on défend, on sauve ; l’eau est un enjeu pour l’Humanité et la forêt un poumon. Ce sont des fonctions rendues aux humains, et c’est une définition cohérente de l’écologie. Le Capacity Score l’enregistre sans en faire grief : ce qu’un projet tient pour son objet est un résultat d’analyse, et le déplacement d’un objet à l’autre est précisément ce que la trajectoire décrit.
L’écologie de cette rentrée s’est ouverte à l’adaptation, et c’est un gain : deux projets présidentiels s’y rejoignent, à la restauration sur l’environnemental — et ils se séparent sur le social, où la plateforme des Écologistes atteint la restauration quand le programme insoumis se tient au seuil. Reste ce que ce cadrage laisse de côté — s’organiser pour encaisser revient à tenir la dégradation pour acquise, et l’atténuation y perd du terrain, la biodiversité davantage encore.
Un crédit d’abord. Ces projets tiennent la soutenabilité forte : la règle verte comme le surendettement climatique posent que les capitaux ne se substituent pas, et qu’aucune valeur financière ne compense la destruction d’un milieu. Sur ce point, ils sont en avance sur la plupart des cadres qui régissent l’économie.
Ce que les programmes ne traitent pas — ou très peu — est la manière dont les entreprises pourraient transformer cette orientation en offres, en contrats de filière et en mécanismes de rémunération de la contribution. Un gain net sur les trois capitaux à la fois, au lieu de réduire des impacts négatifs ou d’arbitrer entre eux, suppose des instruments que la loi ne fournit pas. La recherche formule cette distinction sans détour — les modèles régénératifs ne visent ni la simple réduction des impacts, ni l’équilibre entre valeur économique, sociale et environnementale, mais une redéfinition de la relation entre humains et nature (notre note sur la soutenabilité forte).
Trois raisons peuvent l’expliquer : la possibilité paraît hors de portée, elle contredirait la position qui fait de l’entreprise une force à encadrer, ou personne ne l’a encore démontrée à une échelle qui compte. La troisième est la seule sur laquelle nous ayons prise, et c’est notre travail.
Les sept réponses
Quatre relations, quatre pistes d’innovation
Chaque relation à la nature ouvre une piste d’innovation distincte, et nous en avons tiré quatre. Elles ne se remplacent pas : la sobriété reste utile quand on régénère, et la substitution aussi. Ce qui change d’une piste à l’autre, c’est ce que l’offre permet de faire.
| La piste | L’imaginaire | Ce qu’elle permet de concevoir | Où on la voit |
|---|---|---|---|
| Sobriété | Anthropocentrisme | mesurer et réduire sa consommation d’eau, d’énergie, de matière | les scénarios Transition(s) 2050 de l’ADEME |
| Décroissance | Biocentrisme | substituer — devenir végétarien, vivre sans voiture, acheter d’occasion | les scénarios de futurs durables au-delà de la croissance |
| Adaptation | Écocentrisme | réparer un milieu pour qu’il rende ce dont on dépend — une ville qui replante, une nappe qu’on recharge | Paris sous 50 °C, et plus largement le solarpunk |
| Régénération | Multicentrisme | des produits dont l’usage fait vivre un milieu, portés par des coalitions entre producteurs et consommateurs | les produits primés aux Lauriers de la Régénération |
Les deux programmes puisent dans les trois premières. Sobriété par l’indice de durabilité et l’écoconception, substitution par la sortie des fossiles et les protéines végétales, adaptation par le plan national et la caisse climatique. La quatrième leur manque, et c’est celle qui se raconte par ce qu’on gagne.
Elle a pourtant ses preuves : les Lauriers de la Régénération — s’alimenter avec des produits sains, s’habiller avec des vêtements durables, utiliser des cosmétiques solides qui économisent l’eau et régénèrent les sols. Des alternatives bonnes pour le vivant et bonnes pour celui qui les achète, dont les impacts se maximisent par des coalitions entre producteurs et consommateurs.
Les deux constats se répondent
Le plafond d’opinion et le rôle donné à l’entreprise sont le même fait, vu de deux côtés. Un projet qui borne l’entreprise ne peut proposer que des renoncements, puisque la contrainte est le seul instrument dont il dispose sur l’offre. Et un projet qui ne propose que des renoncements plafonne à un quart de partisans.
Ce qu’il faut retenir, en sept réponses
De quelle écologie chacun parle-t-il ?
Oui, et son écologie organise la protection : le vivant y a une valeur propre, le milieu est protégé comme un objet extérieur, et l’action procède par la règle et l’interdiction.
Que demande chacun aux entreprises, aux citoyens et à l’État ?
Jusqu’à la restauration — réparer les milieux, arbitrer entre les usages, coordonner à l’échelle du bassin versant. C’est le niveau où se pose la question de l’adaptation d’un pays, et l’écorégion en donne l’instrument le plus abouti des trois.
Qui décide, et avec qui ?
Les deux projets refondent les institutions et font siéger : un tiers des instances aux salariés chez Mélenchon, des comités de bassin où l’intérêt des écosystèmes obtient une représentation chez les Écologistes. Ce qui reste à créer est un siège pour le milieu lui-même, au sens du Parlement des choses.
Où l’écart se lit-il le mieux ?
Sur la forêt et sur l’agriculture. Jean-Luc Mélenchon soustrait des surfaces et fixe un prix ; Marine Tondelier réoriente une conduite et paie une pratique. Chez le premier les moyens devancent le registre ; chez la seconde le registre est tenu sur toutes ses lignes et les moyens suivent inégalement — ce qui rend un rapprochement plus praticable que leur rivalité ne le laisse voir.
Pourquoi ces deux projets plafonnent-ils dans l’opinion ?
Parce que le registre de la restriction s’adresse toujours au voisin et que le mot « écologie » assigne un camp. Le troisième facteur, les alternatives absentes du rayon, est le seul sur lequel une entreprise a prise.
À quoi ressemble la France de chacun dans dix ans ?
Une France où le milieu est réparé et les trajectoires humaines soutenues — ce qui tient tant que la réparation suit le rythme de la dégradation. Aucune des deux ne décrit un produit dont la vente fasse pousser une haie ou transmette un métier.
Qu’apportent les entreprises que la loi n’apporte pas ?
Ce qu’un État ne peut pas faire à leur place : concevoir ce qui se vend. La régénération se joue dans l’offre, où la contribution devient un revenu au lieu d’une dépense.
Et votre activité ?
Votre activité a-t-elle la capacité de tenir avec ses écosystèmes ?
Le Capacity Score qui sert ici à lire des discours sert d’abord à situer une organisation. L’auto-diagnostic l’évalue sur les six leviers du Capacity Score et la place sur les quatre niveaux, dont le troisième — celui de la restauration. 38 questions, 30 minutes, gratuit, résultats immédiats.
Faire le diagnostic gratuitnotre échange avec Olivier Hamant sur la robustesse
Situer votre activité, transformer votre offre, composer votre vision
Le Capacity Score est une auto-évaluation : un décideur répond à trente-huit questions et obtient la position de son activité sur les quatre niveaux, son niveau par levier, le levier qui la bloque et sa prochaine étape. Ce qui s’évalue est la capacité d’une activité à tenir avec ses écosystèmes, plutôt que l’entreprise elle-même. La lecture d’un groupe sur ses documents publics relève d’un autre exercice, l’analyse stratégique conduite par le collectif.
Le RegenBMC prend la suite, à l’endroit où la bascule se joue : ce qui est vendu. Cinq ateliers conduisent une équipe de la lecture de ses dépendances à la conception d’une offre dont le volume vendu fait gagner le milieu et ses habitants.
La Fresque des Imaginaires travaille les mêmes relations par les représentations : chacun y compose sa propre vision sur une thématique concrète — habiter, manger, s’habiller en 2050 —, seul puis en équipe, pour une marque, un produit ou un territoire. Deux façons d’entrer : expérimenter l’atelier en session découverte, ou poser sa vision dans un atelier thématique sur mesure.
Les deux projets politiques s’arrêtent à la restauration sur les milieux, et les trois à la réduction sur l’économique.
Pour aller plus loin
→ La REF 2026 au Capacity Score — le programme du MEDEF lu au même Capacity Score : 30 %, et le leadership porte sa plus grande marge.
→ Le RegenBMC — les cinq ateliers qui transforment l’offre pour que plus on vende, plus on régénère.
→ Le Capacity Score — l’auto-diagnostic qui vous situe sur les quatre niveaux et désigne le levier qui vous bloque.
→ La Fresque des Imaginaires — composer une vision sur une thématique concrète.
→ L’écologie populaire — la stratégie majoritaire et ses fondamentaux.
→ notre échange avec Olivier Hamant sur la robustesse — il théorise la robustesse à partir du vivant ; nous en faisons le troisième de nos quatre niveaux, et la régénération est le quatrième.
→ Entreprise robuste : évaluez votre capacité à tenir — le diagnostic gratuit en six leviers, et ce que le troisième niveau, celui de la restauration demande à chacun.
→ L’industrie à la croisée des chemins : Michelin — le même Capacity Score appliqué à un groupe industriel, et l’écart entre l’ambition et le modèle.
→ L’arbre, pilier du vivant — pratiques, exemples, et pourquoi la régénération reste à construire comme modèle économique dans le bois.
→ Après la redirection écologique — comment poursuivre des activités régénératives.
→ Les Universités d’Été de l’Économie de Demain 2026 — le programme du 28 août lu au même Capacity Score.
Note de méthode. Cet article lit des discours et des programmes dans leur état publié à la fin août 2026. Un parti se lit en un seul corpus. Le programme électoral et l’événement qui le porte reçoivent une seule cotation et un seul score, sur trente-huit questions. Les écarts entre le texte et la scène se traitent comme constats d’analyse, jamais comme deux scores séparés. Le discours de rentrée éclaire la lecture sans entrer dans la cotation.
L’actualité de la rentrée traverse cette lecture, et elle en fait partie. Les prises de parole, les calendriers de désignation et les candidatures déclarées datent la lecture et l’éclairent.
Deux questions se lisent différemment sur un corpus politique. Le financement de la transition et le mode d’arbitrage entre une donnée d’impact et un résultat économique appellent des faits qu’un parti pose autrement qu’une entreprise. Nous les cotons sur ce que le corpus met à l’ordre du jour. L’article situe ces corpus sur les seize lignes de la matrice ; Les deux textes n’ont pas le même âge : L’Avenir en commun est dans son édition 2025, ouverte à contributions citoyennes et en cours d’actualisation, quand la plateforme des Écologistes date de juillet 2026. Nous reprendrons cette lecture à la publication du programme actualisé, pour mesurer le déplacement. Les analyses d’entreprises citées relèvent de l’analyse stratégique conduite par le collectif sur rapports publics, distincte du diagnostic en auto-évaluation ouvert à chaque dirigeant.
Annexe · Les seize lignes du Capacity Score, appliquées aux trois corpus
La matrice compte quatre lignes de registre — ce que le corpus dit du vivant — et douze lignes de moyens. Elle sert à comparer les projets entre eux ; les six leviers servent à les situer dans la série de la rentrée.
Sources
- Meeting de clôture des AMFIS 2026, Châteauneuf-sur-Isère, 23 août 2026 — interventions de Rébecca Chaillon, Pierre Lemaitre et Marie Chureau, puis discours de Jean-Luc Mélenchon ; extraits rapportés par l’AFP, le JDD, France 24, BFMTV, franceinfo, Euronews et ici Drôme Ardèche, passage sur la santé environnementale diffusé par L’Insoumission.
- Allocution sur les écorégions et la 6ᵉ République, juillet 2026 ; débat « Quelle place pour l’écologie dans un monde en guerre ? », Institut La Boétie, avril 2026, avec Cyrielle Chatelain et Claire Lejeune ; meeting de lancement, Saint-Denis, 7 juin 2026 ; entretien à Reporterre, juillet 2026 ; livrets de L’Avenir en commun sur la règle verte et la planification écologique ; « L’Avenir en commun », édition 2025 — 831 mesures, dont 143 ajoutées et 120 précisées, signé par Clémence Guetté, Hadrien Clouet et Jean-Luc Mélenchon, melenchon2027.fr ; chapitre 2 section 1 sur les biens communs, chapitre 3 sur la citoyenneté dans l’entreprise, chapitre 9 sur la réindustrialisation, chapitre 12 section 2 sur l’organisation de l’État ; synthèse des contributions citoyennes de juillet 2026, qui recense des demandes et non des engagements, et n’entre donc pas dans la cotation.
- The Shift Project, Plan de transformation de l’économie française (2022) et « Réussir la transition dans l’incertitude : la méthode Shift en 20 chantiers », synthèse d’avril 2026 dans le cadre du Plan robuste pour l’économie française ; audition à l’Assemblée nationale sur le rapport « Pour une agriculture bas carbone, résiliente et prospère », janvier 2025 ; Jean-Marc Jancovici et Olric de Gélis, Comment rendre l’écologie désirable ?, Desclée de Brouwer, collection Les Débats du Collège des Bernardins, 18 février 2026, transcription d’un débat public sur l’impopularité de l’écologie, également disponible en vidéo et en podcast dans la série Les Débats des Bernardins ; Christophe Blain et Jean-Marc Jancovici, Le Monde sans fin, Dargaud, 2021, retenu pour les lignes de registre du Shift Project.
- Les Écologistes, programme « Pour une prospérité écologique », publié le 13 juillet 2026 sur lesecologistes.fr — le texte fait état de cinquante mille contributions individuelles, de quatre-vingt-sept pour cent des propositions modifiées après consultation et de soixante-huit ajoutées, sans revendiquer de total ; le décompte de 557 propositions vient de la synthèse des programmes climatiques publiée par actu.orange.fr le 21 août 2026. Chapitre 4 « Adapter la France à +4 °C » pour la dotation de 7 milliards d’euros par an d’ici 2032, chapitre 7 sur les forêts, chapitres 9 à 12 sur la souveraineté alimentaire, chapitre 19 sur l’économie circulaire ; Europe Écologie-Les Verts, le projet Bien Vivre ; Marine Tondelier, discours des Journées d’été des Écologistes, Grenoble, 21 août 2026, et « Je suis venue vous parler du vivant », Bordeaux, 4 mai 2024 ; Lauriane Mouysset, La liberté des limites.
- Nous Sommes Vivants, La notion de socio-écosystèmes et la contribution des humains à la régénération du vivant — Berkes et Folke, Anna Tsing, Philippe Descola, Olivier Barrière sur la solidarité écologique, Kirkpatrick Sale et Mathias Rollot sur la biorégion. IPBES, évaluation des diverses valeurs de la nature, complétée par les travaux de Nicole Huybens ; Nous Sommes Vivants, le Capacity Score et La Fresque des Imaginaires.
- Troisième plan national d’adaptation au changement climatique, bilan à un an publié en juin 2026 par le ministère de la Transition écologique, et notre analyse critique de ce plan · Résultats des élections municipales des 15 et 22 mars 2026 ; baromètre Odoxa-Mascaret d’août 2025 sur la place de la sécurité dans les critères de vote ; Enquête électorale française, Ipsos pour Le Monde, le Cevipof et la Fondation Jean-Jaurès. « Un Commun Accord », assemblée citoyenne lancée le 26 août 2026 par Jean-Marc Jancovici ; Baromètre politique Ipsos bva-CESI pour La Tribune Dimanche, juillet 2026. Bilans de l’été 2026 — 42 000 hectares parcourus en Gironde et dans les Landes en juillet, plus de 260 000 personnes évacuées dont 220 000 en Gironde, 438 maisons et bâtiments professionnels calcinés dont 240 habitations, et plus de 115 000 hectares brûlés sur les sept premiers mois contre 30 000 en 2025 — d’après Sud Ouest et le CNPF, repris dans notre dossier sur l’arbre pilier du vivant. ObSoCo, Observatoire des perspectives utopiques, vague 4 ; enquête Ipsos pour Nous Sommes Vivants ; baromètre GreenFlex-ADEME de la consommation responsable ; Parlons Climat, rapport pivot majoritaire ; Délégation sénatoriale à la prospective, L’évolution des valeurs dans le champ économique à l’horizon 2050, octobre 2025 ; plan national d’adaptation au changement climatique ; Timothée Parrique, Ralentir ou périr ; Murray Bookchin sur l’articulation des dominations ; Virginie Maris sur les interdictions ; Marine Calmet et le Parlement de Loire pour les droits de la nature ; Bruno Latour pour le Parlement des choses.
- Nous Sommes Vivants, Les imaginaires de l’écologie : ce que révèle l’enquête ObSoCo ; Écologie populaire : la révolution culturelle des fondamentaux ; Faut-il débrancher Jancovici pour porter l’écologie au pouvoir ?, à partir du pivot majoritaire de Parlons Climat.
- Nous Sommes Vivants, Après la redirection écologique : comment poursuivre des activités économiques régénératives — à partir d’Émile Hooge, Alexandre Monnin et Jérôme Tougne, « Faire durer n’est pas rendre soutenable », AOC, juillet 2026, et du dialogue avec Olivier Hamant.
- Nous Sommes Vivants, Un plan d’adaptation climatique pas adapté — analyse du plan national d’adaptation et des alternatives d’hydrologie régénérative portées par Biovallée.
- L’ObSoCo, Observatoire des perspectives utopiques, vague 4 — enquête du 26 mars au 8 avril 2025 sur 4 000 personnes représentatives de 18 à 75 ans ; Guénaëlle Gault, « Nos futurs possibles », éditions de l’Aube ; enquête Ipsos pour Nous Sommes Vivants, Université du facteur humain ; Kantar Worldpanel, « Who Cares, Who Does » ; baromètre GreenFlex-ADEME de la consommation responsable 2026.
- Nous Sommes Vivants, Démontrer que le modèle économique régénératif est triplement profitable ; L’enjeu politique de la trajectoire des entreprises vers la régénération ; Les rapports de prédation ; les Lauriers de la Régénération.
- Délégation sénatoriale à la prospective, « L’évolution des valeurs dans le champ économique à l’horizon 2050 », octobre 2025 — insolvabilité planétaire, dépendance des titres financiers aux services écosystémiques, quatrième scénario des communautés locales résilientes.
- CCI Bordeaux Gironde, bilan des incendies de l’été 2026 — entreprises évacuées et arrêtées, salariés empêchés de travailler, poids du tourisme dans l’économie départementale.
- Worldpanel by Numerator pour l’Ilec, notoriété des labels, scores et mentions en rayon, Consumer Day 2026 — utilité perçue de l’affichage environnemental et disposition à payer.
- Harris Interactive, juillet 2021, cité par le programme L’Avenir en commun sur l’adhésion au principe de la règle verte.
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