Lauriers de la Régénération 2026 · Dialogue
De la robustesse à la régénération : robustesse et régénération sont deux mots voisins, et pas des synonymes. La robustesse prend soin d’un espace de viabilité pour l’entreprise dans un monde qui fluctue. La régénération développe la capacité des êtres vivants dans les écosystèmes habités — biodiversité, santé, équité — pour que l’activité économique soit triplement profitable.
Nous avons invité Olivier Hamant — biologiste, directeur de recherche INRAE à l’ENS de Lyon, directeur de l’Institut Michel Serres, auteur de La troisième voie du vivant (Odile Jacob, 2022) et de L’Entreprise robuste avec Olivier Charbonnier et Sandra Enlart (Odile Jacob, 2025) — pour un premier échange qui posait le cap des Lauriers de la Régénération 2026. Il anime autour de lui la communauté larobustesse.org, dont les ressources sont partagées en licence libre. Voici dix points forts qui tracent la ligne entre les deux notions.
▶ Revoir l’échange avec Olivier Hamant 📊 Évaluer votre robustesse dans votre entreprise 📖 Livre blanc de l’entreprise régénérative
Sa thèse en bref
Le maillon le plus optimisé casse le premier. Coûts serrés, stocks minimaux, flux tendus : ce qui fait la performance d’une organisation en régime stable devient sa faille dès que les conditions bougent.
Sa proposition renverse l’arbitrage : accepter d’être sous-optimal sur chaque paramètre pour rester viable sur tous. La robustesse tient alors en une ligne — maintenir le système stable à court terme et viable à long terme malgré les fluctuations — et elle s’obtient en élargissant son espace de viabilité, non en serrant ses coûts.
Ce que cela donne dans un compte de résultat, nous l’avons lu chez Michelin : la meilleure infrastructure ESG du CAC 40, et un modèle indexé à 98 % sur le volume pneumatique. Quand le marché s’est retourné, les volumes ont reculé de 6,1 % au premier semestre 2025 et le résultat opérationnel de 451 M€. Solide en apparence, exposé par son cœur. Notre trajectoire situe la robustesse au niveau 3, Restaurer, celui de l’architecte — évaluer la sienne sur les six leviers ›
La robustesse selon Olivier Hamant, dans nos articles
Entreprise robuste, le diagnostic gratuit en six leviers et trois maillons de chaîne de valeur · le stress-test de robustesse, l’atelier de la communauté réunie autour de lui sur larobustesse.org · permaentreprise × robustesse, son échange avec Sylvain Breuzard (Norsys) · La Fenêtrière, la robustesse d’une PME familiale avec Catherine Guerniou · l’équilibre des écosystèmes, où sa robustesse prend place parmi les quatre mots — résilience, restauration, robustesse, régénération.
01 · Le diagnostic : burnout du monde, et pourquoi la robustesse arrive
Parler de polycrise, c’est subir. Parler de burnout, c’est désigner la cause : un excès de performance qui a suroptimisé tous nos systèmes — de la monoculture aux services publics en passant par les écosystèmes. La robustesse est la réponse à ce monde fluctuant : rester stable et viable malgré les secousses. C’est le chêne dans le vent.
02 · Le chêne, l’étymologie et la stabilité dynamique
« La robustesse, c’est simple : il faut revenir à l’étymologie. » Olivier Hamant remonte au latin quercus robur, le chêne. L’arbre est l’exemple canonique : stable dans le vent — jusqu’à un certain seuil — il résiste à des rafales fortes. Une stabilité dynamique, doublée d’une viabilité dynamique : le chêne résiste aussi aux gelées hivernales et aux sécheresses estivales. Son espace de viabilité est énorme.
L’arbre revient tout au long de cet échange, et il n’est pas qu’une image : nous avons déroulé ce qu’il enseigne aux modèles économiques dans notre dossier l’arbre, pilier du vivant.
La robustesse apparaît précisément parce que le monde est instable. Quand on ne se la pose pas, on reste dans l’idéologie du monde stable — le monde du parasite, branché sur des ressources abondantes (le pétrole abondant, pour dire vite), qui fait de la performance, des conflits, et réduit mécaniquement l’espace de viabilité.
« La robustesse, c’est un monde où on sort du contrôle de partout. On fait tendre la sécurité vers la sérénité. » — Olivier Hamant
03 · Ce que fait la robustesse : protéger un espace de viabilité
L’arbre à l’automne perd ses feuilles bien au-delà de ce que son sol peut absorber : le vent les emporte, et nourrit des écosystèmes lointains. Une organisation robuste garde des marges, des stocks, de la polyvalence — et laisse fuiter du lien au monde autour d’elle. Ce sont ces liens non calculés qui l’enrobustent. Fermée sur elle-même, elle se fragilise. La robustesse sort du contrôle : elle se travaille sur soi et avec ses voisins immédiats.
04 · L’audit de robustesse : valoriser les non-performances
Premier outil proposé par Olivier Hamant. L’audit de robustesse liste les non-performances de l’entreprise — pause café, polyvalence, diversité des activités, stocks, absence de flux tendu, délais rendus plus fiables (et non plus courts) — et évalue ce qu’elles apportent à la durée. Le temps productif dissipe le potentiel ; le temps désoptimisé le crée. Les entreprises qui tiennent travaillent leur robustesse. Simplement, elles ne la formalisent pas.
Notre diagnostic de robustesse prolonge ce travail sur les six leviers du Capacity Score. Il regarde aussi vos dépendances — vos fournisseurs, votre filière, votre territoire, les milieux dont sort votre matière — et il les regarde sur trois plans en même temps, environnemental, social et économique, parce qu’ils cèdent ensemble. C’est une auto-évaluation : vous répondez vous-même, en trente minutes. La lecture d’une entreprise à partir de ses rapports publiés relève, elle, de l’analyse stratégique conduite par le collectif.
05 · Le stress test : se frotter à la forte fluctuation
Second outil. On soumet l’entreprise à des fluctuations virtuelles fortes — plus d’internet pendant six mois, prix du pétrole multiplié par deux, conflit géopolitique majeur — et on se pose deux questions. Quelles conséquences aujourd’hui ? Que faut-il faire dès maintenant pour qu’il n’y ait aucun problème le jour où cela arrive ? On s’aperçoit vite qu’enrobuster son entreprise seule ne suffit jamais : il faut faire du lien au tissu social et aux écosystèmes du territoire.
Ce stress test a été animé lors du jour 1 des Lauriers, par Mathilde Kervyn de Meerendre : récit de l’atelier et de ce qu’il fait émerger — cartes de fluctuation, positionnement en 1-2-3, et les dépendances qu’on ne voyait plus.
À signaler
La Métropole de Lyon a conçu, avec l’appui des cabinets Utopies et Opéo, un jeu nommé Tumulte : un atelier de trois heures où l’on modélise son activité, où on la confronte à des cartes « chocs », et où l’on repart avec des cartes « leviers » et un plan d’actions. La même épreuve que le stress test, sous une forme jouable en interne.
06 · Ce qu’est la régénération : synergie, capacité, durée
La régénération, c’est une synergie entre l’activité économique et les écosystèmes habités — les territoires, leurs habitants, humains et non-humains. Pour tenir dans le temps avec eux, l’entreprise doit augmenter leurs capacités, pas les épuiser. Il s’agit de nourrir un potentiel en germe — comme on élève un enfant sans connaître à l’avance les capacités qui s’exprimeront. Le cap : le territoire et ses habitants prospèrent grâce à l’activité économique — pas malgré elle.
Une PME de douze salariés l’incarne à la lettre : La Fenêtrière, quarante ans de crises traversées sans guerre des prix, et cette formule de sa dirigeante — « on passe de l’abondance de biens à l’abondance de liens ». Quant aux mots eux-mêmes — résilience, restauration, robustesse, régénération —, nous les démêlons un par un dans l’équilibre des écosystèmes.
07 · Entrer en régénération : la chaîne de valeur et l’horizon de dix ans
Nous Sommes Vivants aborde la régénération par un point d’entrée concret : la chaîne de valeur d’un produit ou d’un service. On rassemble d’abord les humains concernés dans l’entreprise, puis très vite des parties prenantes plus éloignées, humaines et non-humaines. La création de valeur devient collective : chacun y apporte sa contribution propre. Le travail : imaginer ensemble à dix ans — l’horizon juste pour une activité aujourd’hui extractive — ce que ce produit peut générer de valeur partagée.
Ce point d’entrée a un format : le RegenBMC, business model canvas de l’entreprise régénérative, en cinq ateliers — analyse de la chaîne de valeur actuelle, redesign de la chaîne de valeur future, proposition de valeur régénérative, planification stratégique, mesure et suivi des impacts en triple comptabilité.
08 · Le cœur de la régénération : retournement de finalité et triple profitabilité
Ce travail produit un retournement de finalité. L’organisation ne produit plus un produit ou un service : elle contribue de manière structurelle au vivant — l’écosystème, les collaborateurs, les liens sociaux, le territoire et ses habitants — à travers ce qu’elle produit. La triple profitabilité devient cadre de pilotage : impacts contributifs sur l’environnement, sur l’humain et les liens sociaux, viabilité économique — la démonstration qu’un modèle économique régénératif est triplement profitable. Et ce retournement échappe à la décroissance : l’arbre qui perd ses feuilles ne décroît pas — il fait du volume pour enrobuster son territoire.
09 · À quoi ressemble un produit régénératif ? « C’est qui le patron ?! »
Un lien mutuellement bénéfique entre producteurs et consommateurs, construit par le vote. 7 365 consommateurs votent le cahier des charges, le prix aux éleveurs, les pratiques agricoles. Contrat tripartite garanti cinq ans, lait bio — et 2,3 M€ redistribués aux éleveurs depuis 2017, aucun dividende versé : les gains créés par l’activité se partagent le long de la filière. On ne produit plus du lait : on produit de la santé des sols, un revenu digne pour les éleveurs et une confiance directe côté consommateurs. Résultat : +11,8 % dans un marché du bio en recul de 11 %.
Lire l’analyse complète du cas ›
10 · Comment les deux s’articulent : la condition et la direction
Que l’on entre par la robustesse ou par la régénération, on arrive au même point : penser en liens. Olivier Hamant parle d’approche systémique — « on est à deux ou trois poignées de main du monde entier, humain comme non-humain ». Nous Sommes Vivants parle de liens mutuellement bénéfiques entre les acteurs de trois écosystèmes — économique, environnemental, social — dans la lignée de l’économie de la mutualité.
Dans un monde qui fluctue, la robustesse est la condition ; la régénération est la direction. La robustesse renforce la capacité à tenir en renonçant à l’optimisation. La régénération interroge en plus la capacité à contribuer : tenir, et atteindre simultanément ses objectifs économiques, environnementaux et sociaux — en triple impact — en renforçant durablement les capacités du vivant, dans une logique One Health et de co-évolution. L’entreprise qui choisit les deux ne fait pas deux choses : elle en fait une seule, bien posée. Et toutes deux se construisent dans la joie — parce que, dans un monde qui demande d’obéir et d’avoir peur, il n’y a rien de plus subversif que d’être joyeux.
Les quatre niveaux de la trajectoire
| Niveau | Ce qu’il vise | Rôle du dirigeant |
|---|---|---|
| N1 · Limiter | Conformité responsable : répondre aux obligations et sécuriser le reporting | Le garde-fou |
| N2 · Réduire | Atténuation : optimiser l’existant pour limiter ses impacts négatifs | L’optimisateur |
| N3 · Restaurer ◀ la robustesse | Robustesse écosystémique : réparer les milieux et les relations humaines dont la production dépend directement | L’architecte |
| N4 · Régénérer ◀ la régénération | Contribution : générer de la valeur en renforçant les capacités du vivant et du lien social sur ses territoires | Le jardinier |
Ces niveaux sont des postures activables levier par levier, et chacune peut être une destination : viser Restaurer avec lucidité est un aboutissement stratégique. La régénération n’est pas un niveau supérieur — c’est une bascule de nature, le passage d’une logique d’impact à une logique de capacité contributive. Détail sur la page entreprise robuste et dans la FAQ du Capacity Score.
Le cadre qui articule les deux est détaillé dans notre livre blanc — 73 pages sur ce que la régénération du vivant change pour les décisions d’entreprise.
« Il faut articuler les concepts, surtout pas les effacer. Les faire chanter ensemble. » — Olivier Hamant
🏆 Lauriers de la Régénération 2026
L’édition 2026 s’est tenue les 11 et 12 juin, ouverte par Olivier Hamant. L’échange qui précède en posait le cap.
Où en êtes-vous sur votre trajectoire vers la régénération ?
Le Capacity Score évalue votre capacité à tenir vos trajectoires RSE, innovation et business — et identifie vos leviers d’action prioritaires. Vous y répondez vous-même : 38 questions, trente minutes, gratuit, résultats immédiats, ou une version flash en dix minutes.
Pour passer au faire, le business model régénératif transforme l’offre produit par produit, en cinq ateliers — de la chaîne de valeur actuelle à l’atterrissage comptable.
Du côté de la régénération
De la prédation à la régénération, les relations entre êtres vivants et les architectures de réciprocité · L’arbre, pilier du vivant, les pratiques et ce qu’elles changent aux modèles économiques · Les modèles économiques responsables vers la régénération, où chacun se situe sur les quatre niveaux · 100 produits régénératifs français, la preuve par le produit.

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