Mélenchon est-il vraiment écologiste ? Le programme de la France Insoumise analysé et comparé aux autres candidats

Jean-Luc Mélenchon au Parlement européen à Strasbourg en 2016 : le programme de La France insoumise lu au Capacity Score
Le programme de La France insoumise lu au Capacity Score : 57 %, niveau restaurer. Leadership 52 %, intelligence écosystémique 61 %, chaîne de valeur 61 %, innovation 44 % (le levier de la prochaine étape), dynamiques humaines 50 %, gouvernance 72 %

La France insoumise, lecture d’un programme public : à situer parmi nos sept lectures de la rentrée.

Le programme de La France insoumise, lu dans son ensemble au Capacity Score, est estimé à 57 %, au niveau Restaurer. Ses mesures portent sur les cours d’eau et les sols qu’il collectivise, sur les revenus agricoles qu’il garantit par la loi, sur l’état des écosystèmes inscrit dans les comptes publics. Le texte lu est « L’Avenir en commun », dans son édition 2025 ; une cinquième édition est annoncée en librairie le 6 novembre 2026, et cette lecture s’actualisera à sa parution. Nous le comparons, entre autres, à ceux des Écologistes, du Parti socialiste et de Raphaël Glucksmann.

Pour les entreprises, le programme les encadre par la règle, la propriété, la voix des salariés et la conditionnalité des aides. Ce que le produit communique et finance reste à écrire, et l’innovation, à 44 %, ouvre le passage suivant. Pour aller plus loin, nous faisons à La France insoumise quatre demandes pour un made in France contributif : des scores gradués, des labels qui attestent une contribution, des indicateurs sur le produit, de l’argent public qui suit la contribution. Il finance la transition de la France pour s’adapter aux enjeux environnementaux et sociaux, avec un modèle économique viable.

La rentrée politique de l’écologie

Adaptation climatique : notre analyse des partis et des entreprises, sont-ils prêts ? →Le programme des ÉcologistesLe projet du Parti socialisteLe programme de GlucksmannLa comparaison Mélenchon-Tondelier : mesure contre mesureMélenchon-Le Pen au deuxième tourMélenchon, quelle écologie ? Son discours de rentréeLe pape Léon XIV est-il écolo ?Le programme d’Édouard PhilippeFrançois Ruffin, le travaillisme écologiqueFaut-il débrancher Jancovici ?

Ce que les Français ressentent après cet été, entre résignation et colère, et à qui ils font confiance, se lit dans notre lecture croisée de l’étude Parlons Climat sur l’été 2026 et de l’enquête électorale Ipsos bva / Le Monde.

À qui les Français font-ils confiance pour l’écologie après l’été 2026 ?

Les événements de la rentrée pour les entreprises

La REF 2026 · MEDEFUniversités d’Été de l’Économie de DemainClimate Week NYC 2026Natexpo 2026Produrable 2026SIAL Paris 2026Forum Biodiversité & Économie 2026Journées de l’Économie Autrement 2026 · Alternatives Économiques

Ce que nous portons

L’écologie populaireL’enjeu politique de la régénérationLe livre blanc de la régénérationLes tendances RSE 2027Les 4 imaginaires de l’écologieLes Lauriers de la Régénération

La demande que nous portons

« Made in France » dit où le produit a été fini, pas ce que sa fabrication fait vivre : le revenu du producteur, la vie du sol, le métier maintenu sur le territoire. Notre manifeste demande de le rendre lisible en rayon, pour passer d’« assemblé ici » à « fait grandir le vivant ici », au service de territoires qui prospèrent avec les activités économiques les plus engagées dans l’adaptation de la France. L’État peut y contribuer en reconnaissant les labels qui l’attestent déjà (Regenerative Organic Certified, Demeter, Bio Équitable en France) dans la commande publique et dans les aides ; le poids commercial vient des marques et des acheteurs. Lancé le 12 juin 2026 aux Lauriers de la Régénération, il a été remis aux ministères de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce.

Lire le manifeste du made in France contributifFinance régénérative : financer l’adaptationLa définition de l’adaptation régénérativeLes cent produits qui l’illustrentLa recherche-action triple profitabilitéLa chaîne de valeur régénérative

L’été 2026 a été le plus chaud jamais mesuré en France, et les incendies de juillet ont parcouru 42 000 hectares en Gironde et dans les Landes, contraignant plus de 260 000 personnes à évacuer, portant le bilan des sept premiers mois à plus de 115 000 hectares brûlés contre 30 000 l’année précédente. France Assureurs a chiffré la facture à près de 500 millions d’euros pour 25 000 sinistres, dont plus de 1 800 pertes d’exploitation évaluées à 30 millions, survenues, dans la très grande majorité des cas, sans dégât matériel direct pour les entreprises. Derrière les hectares, des forêts anciennes, une faune qui a fui ou péri, des sols stérilisés, et des gens qui ont perdu leur travail ou leur maison.

C’est sur ce fond que Jean-Luc Mélenchon a consacré son discours de clôture des AMFIS (leur université d’été) à l’écologie, le 23 août à Châteauneuf-sur-Isère. Il y cite l’imprévoyance sur les incendies parmi les raisons d’en finir avec le « vieux monde », et pose que le changement climatique ouvre une ère nouvelle : « pour s’y adapter, il est vital de tout changer dans nos manières de vivre, de produire, d’échanger ». Produire et échanger sont donc nommés. Ce que le programme met en face (la rénovation des infrastructures, le diagnostic des ponts, viaducs, digues et barrages, les scieries et les coopératives rétablies) se finance par l’impôt, la norme et l’aide, jamais par ce qui se vend.

Un projet politique fixe le cadre dans lequel les entreprises produisent : ce qu’on leur impose, ce qu’on leur finance, les conditions dans lesquelles elles vendent. Il décide donc, indirectement, de ce qu’elles peuvent concevoir, et c’est à ce titre qu’un diagnostic d’entreprise s’y applique.

Trois questions se posent alors aux mesures du programme insoumis : que demandent-elles aux entreprises, que leur rendent-elles possible, et jusqu’où peuvent-elles conduire un pays pris entre des écosystèmes qui se dégradent et un pouvoir de vivre qui recule ?

« L’Avenir en commun » est le programme du mouvement, et sa cinquième édition, annoncée en librairie le 6 novembre 2026, n’est pas encore parue. Cette édition est un socle de doctrine, appelé à être repris, complété et arbitré par le candidat que le mouvement désignera. C’est donc l’état de la pensée insoumise que cette lecture situe, pas une offre électorale finalisée.

Cette édition 2025 revendique 831 mesures, dont 143 ajoutées et 120 précisées. Elle est signée de Clémence Guetté, Hadrien Clouet et Jean-Luc Mélenchon, se présente comme la suite de L’Humain d’abord de 2012, repris en 2017 et 2022, et elle est publiée sur melenchon2027.fr. Son architecture dit sa méthode : faire la révolution citoyenne, puis l’harmonie des êtres humains entre eux, puis l’harmonie des êtres humains avec la nature, puis ordonner le monde. C’est ce texte que le Capacity Score estime.

Le discours de clôture des AMFIS et l’allocution de juillet sur les écorégions disent ce que le mouvement expose devant ses militants. Le programme est par ailleurs ouvert à contributions, dont une synthèse est publiée depuis juillet 2026 : elle recense des demandes, pas des engagements, et indique dans quel sens le programme est susceptible d’évoluer.

Jusqu’où La France insoumise est-elle écologiste ? Son programme, lu dans son ensemble au Capacity Score, est estimé à 57 %, au niveau de la restauration. Il redécoupe les Régions à partir des bassins versants, collectivise l’eau et l’air, empêche la propriété privée de prévaloir sur la protection du vivant, sécurise le revenu agricole par des prix planchers et conditionne les aides d’État avec remboursement en cas de non-respect.

Il l’est au niveau de la restauration, et la régénération est le pas suivant. Réparer contribue déjà : arbitrer entre les usages de l’eau d’un territoire, viser le très bon état écologique des cours d’eau, laisser 25 % de la forêt en libre évolution sont des actes positifs exercés sur un état dégradé. Régénérer demande autre chose : que l’activité elle-même fasse prospérer le territoire et ceux qui l’habitent, et que la rentabilité vienne de là. Ce que le programme finance, il le finance par l’impôt et le budget public : une source qui se revote à chaque loi de finances.

On attend de La France insoumise qu’elle taxe et qu’elle redistribue. Le programme écrit déjà, chacun dans son chapitre, les quatre outils qui ouvriraient la régénération : le prix au producteur, l’écoconception obligatoire, l’indice de durabilité qui conditionne la mise en vente, la conditionnalité des aides. Aucun ne cite les autres ; reliés autour de ce que le produit fait vivre, ils cesseraient d’être quatre règles pour devenir un modèle économique.

Deux produits fabriqués en France ne font pas vivre la même chose. Le made in France contributif désigne celui dont la fabrication rémunère un producteur, régénère un sol et maintient un métier : près de cent produits français le démontrent déjà. C’est ainsi qu’une entreprise s’adapte sans y perdre : la contribution au territoire devient la source de sa marge plutôt qu’une charge à financer. Et c’est là que la souveraineté devient réelle (des sols qui produisent, des filières qui tiennent, des métiers qui se transmettent) plutôt qu’un périmètre à défendre.

Cette lecture s’inscrit dans la série des programmes et des universités d’été de la rentrée analysés par Nous Sommes Vivants. Le programme des Écologistes et le discours de Marine Tondelier ont ouvert la semaine le 21 août, Jean-Luc Mélenchon a suivi le 23, La REF du MEDEF les 26 et 27, les Universités d’Été de l’Économie de Demain le 28, le CamPuS du Parti socialiste les 28 et 29. Les trois projets de gauche de la rentrée ont été lus au même Capacity Score et au même format, ce qui les rend comparables levier par levier ; l’Acte 1 de Glucksmann avec Place publique s’y ajoute.

Le résultat au Capacity Score

57 % · Restaurer

Il redécoupe les Régions à partir des bassins versants et protège le vivant de ses usagers ; la conception responsable de l’offre n’entre pas dans le champ, et son financement ne passe jamais par la vente.

Leadership 52 %

Intelligence écosystémique 61 %

Chaîne de valeur 61 %

Innovation 44 % : le verrou

Dynamiques humaines 50 %

Gouvernance 72 %

Le prochain passage : d’un vivant protégé par la loi à une activité dont la vente fait vivre l’écosystème et ceux qui en vivent.

Le contexte, l’enjeu, et la méthode

Le contexte. Fin août est la saison des universités d’été. Les Écologistes tiennent les leurs à Grenoble, où Marine Tondelier parle le 21 ; La France insoumise ses AMFIS dans la Drôme, où Jean-Luc Mélenchon clôt le 23. Le patronat suit (La REF les 26 et 27, les Universités d’Été de l’Économie de Demain le 28) et le CamPuS socialiste ferme la semaine à Blois.

L’enjeu. Après un été de canicules et d’incendies, la question posée à chaque projet politique est celle de l’adaptation : donne-t-il au pays les moyens de tenir avec des écosystèmes qui se dérèglent, et jusqu’où peut-il le conduire ? Elle porte sur le social et sur l’économique autant que sur l’environnement : le pouvoir de vivre qui recule, et qui paie l’adaptation. Une dernière question traverse la lecture : jusqu’où un projet politique peut-il transformer les règles sans transformer la finalité économique des organisations qui les mettent en œuvre ?

La méthode. Le Capacity Score évalue votre capacité à tenir vos trajectoires RSE, innovation et business, et identifie vos leviers d’action prioritaires. En auto-évaluation, les décideurs répondent eux-mêmes aux trente-huit questions ; ici, nous conduisons une lecture externe sur documents publics. Ce que le score situe est la capacité à tenir la trajectoire, levier par levier : un levier faiblement représenté n’est pas un défaut, c’est ce qui limite le passage au niveau suivant. Le questionnaire se lit sur six leviers (leadership, intelligence écosystémique, chaîne de valeur, innovation, dynamiques humaines, gouvernance) et chaque question propose quatre réponses, une par niveau : limiter, réduire, restaurer, régénérer.

Un programme électoral est une promesse d’action publique, et c’est à ce titre qu’il se lit ici : nous prenons les propositions telles qu’elles sont écrites, pour ce qu’elles rendraient possible aux entreprises. Ce que le parti fait par ailleurs, et ce qui serait effectivement appliqué, sortent du champ.

L’estimation porte sur le programme, et sur lui seul, comme pour les deux autres projets de gauche. L’Avenir en commun, édition 2025, dix-huit chapitres consultés le 29 août 2026. Le meeting des AMFIS, l’allocution de juillet sur les écorégions, le débat de l’Institut La Boétie d’avril 2026 et la synthèse des contributions citoyennes éclairent la lecture sans y entrer, et l’écart entre la scène et le programme se traite comme un constat d’analyse.

Un programme politique fixe le cadre dans lequel les entreprises produisent, et c’est à ce titre que le Capacity Score s’y applique. Il porte sur l’environnement, le social et l’économique, et sur le territoire qui les intègre ; pour les entreprises, il dit ce qu’on leur impose, ce qu’on leur finance, les conditions dans lesquelles elles vendent. La question devient : qu’est-ce que ce programme exige des entreprises, qu’est-ce qu’il leur rend possible, et qu’est-ce qu’il leur permet de concevoir ? Ce sont les questions qui situent, pas le vocabulaire employé (le programme emploie d’ailleurs lui-même l’adjectif régénératif, au chapitre 12, pour qualifier une planification portant sur la restauration du cycle de l’eau et les énergies renouvelables) : la coïncidence de vocabulaire ne déplace pas l’estimation, elle indique que le mot circule. Le score situe la capacité du projet à engager une trajectoire de transformation : un diagnostic de capacité, pas un jugement sur son ambition écologique.

L’objectif n’est pas de noter les candidats, mais de rendre visibles les forces, les angles morts et les leviers de transformation de chaque projet. La question posée à un programme est celle-ci : quelle capacité transformatrice du système propose-t-il de développer, jusqu’à permettre un changement de finalité des entreprises et de leur contribution au vivant ?

Ce qui s’estime ici, c’est le programme lu dans son ensemble : ce qu’il engage sur l’environnement, le social et l’économique, et, pour les entreprises, ce qu’il leur impose, ce qu’il leur finance, les conditions dans lesquelles elles vendent. Un levier faiblement représenté désigne ce qui limite le passage au niveau suivant : il dit où porter l’effort. On ne monte pas d’un niveau, on débloque un levier pour progresser sur une trajectoire RSE et économique. La méthode en détail dans la foire aux questions du Capacity Score.

Au sommaire

Partie I · Ce que le programme insoumis engage : sur les quatre niveaux, les trois piliers d’impact territorialisés, et les six leviers de capacité.

1. L’Avenir en commun : 57 % au Capacity Score, niveau restaurer
2. La gouvernance à 72 % porte le score insoumis ; l’innovation, à 44 %, ouvre le passage suivant
3. Les mesures sur l’environnement et la filière restaurent ; celles sur le social et l’économique réduisent
4. Focus sectoriel LFI : l’eau, la forêt et l’agriculture sont protégées par la règle, la pratique reste à payer
5. La tomate de Mélenchon : bio sans dette, saine pour tous, sans néonicotinoïdes ; le sol vivant reste à écrire
6. Le militant insoumis nomme un adversaire, met le vivant à l’abri du marché et agit par l’État

Partie II · Depuis quel récit, et avec quel financement : l’imaginaire du programme, ce qu’il demande aux entreprises, et comment il se finance.

7. La protection plutôt que la réparation : l’imaginaire du discours en décalage avec le programme
8. Rentrée politique 2026 : LFI parmi les sept programmes lus
9. La règle, la propriété, la voix des salariés et la conditionnalité des aides encadrent l’entreprise ; le prix, le produit et le label restent chacun dans leur chapitre
10. Les mesures du programme sont payées par la taxation des superprofits, des grandes fortunes et de l’héritage

Partie III · Financer la transition : ce que nous proposons (la contribution payée à l’achat, ce que le programme rendrait finançable, et nos quatre demandes).

11. Payée à l’achat d’un produit contributif, la contribution se renouvelle ; payée par la taxation des superprofits et des fortunes, elle se rediscute chaque année
12. Eau, forêt, agriculture régénératives : ce que le programme insoumis rendrait finançable
13. Quatre maillons relient la forêt au produit contributif ; le programme en tient un et en amorce un second
14. Nos quatre demandes à La France insoumise pour un made in France contributif qui finance la transition de la France : des scores, des labels, des indicateurs, de l’argent public

Partie I · Ce que le programme insoumis engage

1 · L’Avenir en commun : 57 % au Capacity Score, niveau restaurer

La trajectoire écologique, ses quatre niveaux et ses trois bascules

Les quatre niveaux de la trajectoire, et l’ambition que chacun désigne.
NiveauCe que les mesures y visent
N1 · LimiterSécuriser un périmètre, se conformer, se protéger d’une menace extérieure
N2 · RéduireAlléger un flux, amortir un choc, protéger les personnes exposées
N3 · RestaurerRéparer un écosystème dégradé, gérer des interdépendances, arbitrer entre usages
N4 · RégénérerL’activité fait prospérer le territoire et ses habitants, et la rentabilité vient de là, à deux conditions : avoir d’abord réduit ses impacts négatifs, et répondre à un besoin réel

Les trois bascules de la trajectoire vers la régénération

Première bascule : de limiter à réduire. Au premier niveau, on gère ses risques dans son propre périmètre. Au second, le vivant devient un objet extérieur qu’on protège, et les personnes sont préservées. Le levier moteur est le leadership : il donne au cap une direction, et les autres leviers la suivent.

Deuxième bascule : de réduire à restaurer. Au second niveau, on allège une pression ; au troisième, l’état du vivant devient l’objet de la décision : on répare un cycle, on arbitre entre des usages, on maintient un capital critique. Le levier moteur est l’intelligence écosystémique : on restaure ce qu’on observe.

Troisième bascule : de restaurer à régénérer. Restaurer, c’est réparer et stabiliser un système abîmé pour qu’il résiste aux chocs. Régénérer, c’est inscrire l’activité dans des relations mutuellement bénéfiques avec le vivant d’un territoire. Le levier moteur est l’innovation, et le test tient en une question : la conception responsable de l’offre entre-t-elle dans la contribution au vivant ?

L’écologie tient ici ensemble le vivant et les conditions humaines (les humains en font partie) : c’est pourquoi la santé au travail et la sécurité psychologique s’estiment au même titre que l’eau et les sols.

Le programme est estimé à 57 % au Capacity Score, au niveau de la restauration : les deux premières bascules sont acquises, la troisième reste ouverte. L’analyse qui suit se lit contre elle : la conception responsable de l’offre entre-t-elle dans la contribution au vivant ?

Ce qui situe le programme au niveau de la restauration

Ce qui situe le programme au niveau de la restauration, ce sont ses objectifs écrits sur les trois piliers d’impact et sur le territoire qui les intègre.

Sur l’environnement, il engage le très bon état écologique et chimique de tous les cours d’eau et réserves souterraines, les débits biologiques et les zones humides sanctuarisés, 25 % de la surface forestière en libre évolution et le dessouchage interdit au bénéfice des sols. Sur le social, la retraite anticipée des forestiers, la sécurité sociale de l’alimentation et les conditions de travail encadrées dans les abattoirs et la pêche. Sur l’économique, les prix planchers, les marges de l’agroalimentaire et de la distribution encadrées, la caisse de défaisance des dettes de conversion et l’interdiction des ventes à perte. Sur la filière et le territoire, les scieries et coopératives de petits producteurs rétablies, l’Agence pour les relocalisations et ses plans par filière, et les circuits courts organisés à l’échelle des écorégions.

Ces mesures agissent sur l’état d’un écosystème dégradé, sur les métiers qui en vivent, sur le partage de la valeur et sur ce qu’une filière fait prospérer là où elle produit.

Le programme tient par ailleurs la soutenabilité forte. La règle verte pose que les capitaux ne se substituent pas, et qu’aucune valeur financière ne compense la destruction d’un écosystème. C’est une position que les cadres comptables et réglementaires en vigueur n’établissent pas.

L’adaptation : une nouvelle architecture de décision

Le programme traite l’adaptation par la planification et par l’État, sans lui consacrer de chapitre. Un plan de rénovation des infrastructures, un diagnostic national des ponts, viaducs, digues et barrages, des moyens rendus au Cerema, à l’ONF, à l’OFB et à Météo-France. S’y ajoute la conscription écologique annoncée le 23 août : neuf mois rémunérés au SMIC pour les moins de vingt-cinq ans, formant une garde régionale de sécurité civile puis une réserve mobilisable.

Une politique d’adaptation existe déjà, et elle retient la même hypothèse. Le troisième plan national travaille sur un réchauffement de quatre degrés à l’horizon 2100, et l’État annonçait en juin 2026 que quatre-vingt-cinq pour cent de ses actions étaient engagées. Ce que le programme propose est donc une autre architecture de décision, non une politique à créer.

Le financement est l’endroit où l’ambition se mesure aux moyens. Le fonds Barnier a été porté à trois cents millions quand six cent cinquante étaient envisagés, et le Fonds vert a perdu un milliard et demi la même année.

Et l’ambition elle-même reste faible sur l’eau. Le plan national vise dix pour cent de prélèvement en moins d’ici 2030, quand l’hydrologie régénérative (ralentir, répartir, infiltrer, stocker) travaille le paysage lui-même plutôt qu’un pourcentage. Notre lecture du plan national d’adaptation détaille ce que cette approche change.

Régénérer désigne autre chose que restaurer, et c’est ce que cette architecture laisse ouvert. Une activité dont le fonctionnement fait que le territoire et ses habitants se portent mieux, et dont la rentabilité vient de là. Ni les dix-huit chapitres du programme ni le discours des AMFIS ne s’y situent.

2 · La gouvernance à 72 % porte le score insoumis ; l’innovation, à 44 %, ouvre le passage suivant

Les six leviers situent le programme, chacun sur ses questions propres. L’estimation retient, pour chaque levier, la position que le programme y documente.

Le profil des six leviers · 57 % au global

La gouvernance à 72 %, l’innovation à 44 %

Leadership 52 %

Intelligence écosystémique 61 %

Chaîne de valeur 61 %

Innovation 44 % : le verrou

Dynamiques humaines 50 %

Gouvernance 72 %

Ce qui répond aux enjeux du levier : la gouvernance, l’intelligence écosystémique, la chaîne de valeur

Gouvernance : 72 %. C’est le point haut du profil, et il tient au découpage de la décision. La planification écologique organise l’action par des lois-cadres qui coordonnent le national et le local. Le programme redécoupe les Régions à partir des bassins versants et leur confie l’eau comme première responsabilité, implique les communes dans les décisions et les investissements de la planification, met en place des défenseurs de la nature au niveau communal chargés de l’eau, de l’air, de la forêt, de la végétalisation et de la perméabilité des sols, et installe des assemblées citoyennes régionales sur les projets d’aménagement.

Dans l’entreprise, la représentation des salariés est portée à au moins un tiers des instances de décision des grandes entreprises, avec d’autres parties prenantes comme les associations environnementales ou de consommateurs ; s’y ajoutent un veto suspensif du comité d’entreprise sur les licenciements, un droit de vote de défiance sur les dirigeants et les projets stratégiques, et un droit de préemption permettant la reprise en coopérative.

Ce qui tient le levier sous le dernier niveau est la voix du vivant, et la base militante l’a identifié. Le défenseur des biens communs publie un rapport annuel, il ne vote pas. La synthèse des contributions citoyennes de juillet 2026 fait remonter une proposition nouvelle : un défenseur des biens communs à l’échelle locale, doté d’un pouvoir de blocage. Elle recense des demandes et non des engagements, elle n’entre donc pas dans l’estimation. Un veto renforce la défense d’un objet extérieur ; ce que le levier appelle est une voix délibérative dans l’instance qui arbitre les usages, et la base militante travaille donc la même question par l’autre bout.

Le découpage de la décision est calé sur un écosystème ; reste à créer un siège avec voix délibérative pour l’écosystème.

Intelligence écosystémique : 61 %. Ce que le programme mesure porte d’abord sur l’environnement : le diagnostic de l’état des écosystèmes entre dans les comptes publics, avec des indicateurs biophysiques et économiques évaluant les coûts nécessaires pour restaurer leurs capacités, et un outil national inspiré de Copernicus suit les données d’économie et d’environnement. Le périmètre s’étend aux territoires et aux non-humains, avec un chapitre entier sur la condition animale.

Le social et l’économique sont observés séparément, et par d’autres moyens. Le premier passe par les droits ouverts et les conditions de travail encadrées, le second par le contrôle des prix et des marges. Aucun indicateur ne les relie à l’état des écosystèmes : ce que le programme mesure d’un côté ne dialogue pas avec ce qu’il mesure de l’autre.

Ce que ces données servent à décider reste le renouvellement de ce qui est prélevé : c’est la règle verte, et c’est ce qui situe le levier.

L’observation est solide ; la valeur se crée là où elle reconçoit une offre.

Chaîne de valeur : 61 %. Le revenu de l’amont est sécurisé par la règle appliquée à l’aval : prix planchers, interdiction des ventes à perte, coefficients multiplicateurs, encadrement des marges de l’agroalimentaire et de la distribution, caisse de défaisance reprenant les dettes des exploitations converties au bio. Le paysan gagne parce qu’un seuil s’impose à ceux qui achètent. Les outils de première transformation sont reconstruits : scieries, filière bois, coopératives de petits producteurs. À l’aval, la sécurité sociale de l’alimentation et l’accès posé comme droit.

Ce que le programme ne fait pas, c’est faire dépendre le revenu du paysan de ce que son produit fait vivre : le prix est garanti quelles que soient les pratiques tenues, et c’est ce qui situe le levier à la restauration.

Le revenu est garanti par le prix et la marge encadrée ; restent à écrire l’engagement de durée entre maillons et le partage des gains créés.

Ce qui n’y répond pas encore : le leadership, les dynamiques humaines, l’innovation

Leadership : 52 %. Le levier entre tout juste dans la restauration. La priorité annoncée organise la réduction des impacts (sortie de l’extractivisme, cent pour cent d’énergies renouvelables en 2050, fin des voitures à essence en 2030), et elle porte sur des activités entières plutôt que sur des pratiques. Ce qui monte, c’est le cap lui-même : la règle verte inscrite dans la Constitution pose que l’on ne prélève pas plus que ce que la nature reconstitue, et cette limite s’impose au législateur avant de s’imposer aux entreprises. Le lien entre la santé humaine et l’état des écosystèmes n’y reçoit ni mission ni budget dédiés, là où les Écologistes l’instituent par une mission interministérielle rattachée au Premier ministre : c’est ce qui le situe tout juste dans la restauration.

Le meeting des AMFIS chiffre ce lien que le programme laisse sans mission ni budget : quarante mille décès annuels attribués à la pollution de l’air. La conviction est donc là, et elle n’a pas d’instance pour la porter.

Ce levier monterait si le cap se formulait en contribution au territoire plutôt qu’en prélèvement à ne pas dépasser.

Dynamiques humaines : 50 %. Le levier est au seuil de la restauration, et la raison tient à ce que le programme demande aux gens. La protection s’exerce par le droit du travail et la sécurité sociale, sans que le pouvoir des salariés dans l’entreprise change de nature : là où la codétermination écologiste place des salariés au conseil d’administration avec voix délibérative. La croyance qui guide l’action est celle de la règle verte : ne pas prélever davantage que ce que la nature peut reconstituer. Les freins désignés sont des adversaires (l’oligarchie, la prédation, le pillage), et ce qui est demandé au citoyen relève de la vigilance et de la discipline collective plutôt que d’un cadre de coopération. Ce qui monte, ce sont les instances de délibération : référendum d’initiative citoyenne, assemblées citoyennes régionales.

La séquence d’action énoncée au meeting (identifier, prévoir, organiser, discipliner) dit le même registre que le programme, dans les mots de la scène.

La discipline mobilise ; le cadre de coopération et les résultats tangibles nourrissent une énergie contributive.

L’innovation, dans le Capacity Score, ne se mesure pas au nombre de produits nouveaux ni au degré de technologie qu’ils embarquent. Elle se mesure à ce qui décide de l’offre : d’où part sa conception, quelle analyse l’oriente, ce que son étiquette atteste, comment se répartit le gain de sa vente. Un produit entièrement nouveau conçu depuis un impact à réduire reste au même niveau ; un produit existant reconçu depuis un écosystème change de niveau. C’est pourquoi ce levier commande le passage de la restauration à la régénération.

Innovation : 44 % · le verrou. Le chapitre sur la consommation rend obligatoire l’écoconception des produits pour limiter l’usage de ressources non renouvelables, généralise l’indice de durabilité et empêche la mise sur le marché des produits dont le score est insuffisant, abolit l’obsolescence programmée et crée un service public de la réparation et du réemploi. Côté information, les allégations de neutralité carbone sont interdites sur les étiquettes, comme la publicité pour les produits les plus émetteurs.

Cette abondance ne déplace pas le niveau. Le levier se lit sur d’autres questions, et le programme y répond par la règle : la conception part de l’impact à réduire.

Ce n’est pas un oubli du programme. La gouvernance se légifère (un siège, un seuil, un droit de vote), quand la conception d’une offre ne se légifère pas : elle se fait dans une entreprise, avec ceux dont elle dépend, produit par produit. Ce que le levier de l’innovation désigne n’est donc pas une lacune du texte, c’est la part du travail qui revient à ceux qui produisent.

Trois propositions moins commentées touchent pourtant la conception, et elles élargissent le champ du levier. Les brevets sur le vivant sont interdits et les organismes génétiquement modifiés refusés, ce qui ferme une voie d’innovation entière sur le matériau biologique. Des formations au low-tech et à l’écoconception ouvrent dans les écoles publiques d’ingénieurs et de design, ce qui agit sur ceux qui conçoivent avant d’agir sur ce qu’ils conçoivent. Et le Code des marchés publics révisé en faveur des entreprises sociales, solidaires, écologiques et locales fait de l’achat public un critère de conception.

Ces mesures se placent toutes sur la même ligne, celle du produit, et elles y touchent trois maillons sur quatre. Un produit se conçoit puis se vend, et quatre décisions le déterminent : d’où part sa conception, quelle analyse l’oriente, ce que son étiquette atteste, et comment se répartit le gain de sa vente. Le programme encadre la matière et la durée (le premier point), il oriente l’analyse par l’indice de durabilité (le deuxième), et il nettoie l’étiquette en interdisant les allégations trompeuses (le troisième). La répartition du gain reste hors du texte.

La norme est écrite ; ce qui reste à écrire est d’où part la conception.

Trois questions du levier, et ce que le programme y répond

La question poséeCe que le programme documenteLe niveau retenu
D’où part la conception d’une offre ?De l’impact à retirer : l’écoconception est rendue obligatoire pour limiter l’usage de ressources non renouvelablesRéduire
Quelle analyse l’oriente ?L’indice de durabilité, généralisé et bloquant sous un certain seuil, qui porte sur la durée de vie de l’objetRéduire
Que l’affichage atteste-t-il ?Ce que le produit évite : les allégations de neutralité carbone sont interdites, comme la publicité des produits les plus émetteursRéduire

L’estimation retient, pour chaque question, la position que le programme documente.

Les trois questions reçoivent la même réponse, et c’est ce qui tient le levier à 44 %. Le programme intervient sur le produit (il en encadre la matière, la durée et l’étiquette) mais toujours depuis l’impact à retirer. Ce qu’il ne demande jamais, c’est ce que la fabrication pourrait faire vivre : un sol, un métier, un revenu.

Les six leviers dessinent un profil cohérent avec ce que le programme est. Ce qu’il maîtrise est bien représenté : le découpage de la décision calé sur les bassins versants, l’observation des écosystèmes, le revenu de l’amont sécurisé par la règle. Ce qui le retient est faiblement représenté : un cap formulé en prélèvement à ne pas dépasser, une mobilisation qui demande de la discipline plutôt que de la coopération, et une conception qui part de l’impact.

Un seul de ces six leviers ouvre le niveau suivant. Les cinq autres prolongent ce que le programme fait déjà, et le sixième demande autre chose : que la conception responsable de l’offre devienne le mécanisme par lequel un territoire se renforce. La Partie III examine ce que cela suppose.

Ce qui ferait monter chaque levier : l’innovation ouvre le niveau suivant

L’estimation retient, pour chaque levier, la position que le programme documente sur ses questions propres. Gouvernance 72 %, intelligence écosystémique et chaîne de valeur 61 %, leadership 52 %, dynamiques humaines 50 %, innovation 44 %. Les trois premiers répondent aux enjeux de leur levier ; les trois derniers n’y répondent pas encore, et c’est ce qui retient le passage au niveau suivant.

Vingt-huit points séparent le levier le plus haut du plus bas, et trois des six se tiennent dans la moitié basse de l’échelle. Trois des six ne répondent pas encore aux enjeux de leur levier.

L’innovation est ici le verrou et le levier de bascule à la fois, comme la troisième bascule le posait plus haut : c’est par la conception responsable de l’offre que la contribution devient une source de valeur, et c’est ce qui fait passer de restaurer à régénérer. Le passage au niveau suivant se joue donc à un seul endroit.

Ce qui ferait monter chaque levier : ce que le programme permet d’engager.
Leadership · 52 %Une contribution posée comme moteur de viabilité économique, au-delà d’un prélèvement à ne pas dépasser.
Intelligence écosystémique · 61 %Une donnée d’impact qui conduise à reconcevoir une offre, au-delà du suivi de ce qui se reconstitue.
Chaîne de valeur · 61 %Des engagements de durée entre maillons et un partage des gains créés, au-delà du prix garanti et de la marge encadrée.
Innovation · 44 %D’où part la conception d’une offre, et un affichage qui dise ce que la fabrication fait vivre.
Dynamiques humaines · 50 %Un cadre de coopération et des résultats tangibles portés au récit, au-delà de la mobilisation disciplinée.
Gouvernance · 72 %Un siège délibératif pour l’écosystème, et un financement co-investi plutôt que budgétaire.

L’innovation ouvre le niveau suivant ; les cinq autres prolongent ce que le programme fait déjà.

3 · Les mesures sur l’environnement et la filière restaurent ; celles sur le social et l’économique réduisent

Le triple impact territorialisé se lit sur trois piliers d’impact (l’environnement, le social, l’économique) que le territoire intègre. Un écosystème, ici, désigne un système vivant : un sol, un bassin versant, une forêt, un stock de poissons. Un territoire désigne un lieu habité, avec ses exploitations, ses ateliers, ses habitants et les métiers qui s’y exercent. La question posée au territoire est de savoir si ceux qui l’habitent, humains et non humains, prospèrent grâce à l’activité. C’est le fondement du Capacity Score : la régénération suppose que les trois piliers progressent ensemble sur un territoire donné, et qu’aucun ne se gagne au détriment d’un autre. Une filière qui restaure des sols en appauvrissant ses producteurs reste au troisième niveau ; l’inverse aussi.

Les piliers ne reçoivent pas de score : ils disent où va l’attention, et jusqu’où va l’ambition sur chacun.

Ce que le programme engage sur chacun des trois piliers et sur le territoire, et le niveau que cet engagement atteint.
Le pilierCe que le programme y engageLe niveauCe qui le situe
Environnement25 % de la surface forestière en libre évolution, dessouchage interdit, très bon état écologique des cours d’eau, règle verte constitutionnelle, sortie de l’extractivismerestaurationle programme agit sur l’état des écosystèmes et pose le non-renouvellement comme limite
SocialSalaire minimum à 1 600 € nets, retraite à 60 ans, blocage des prix de première nécessité, 32 heures dans les métiers pénibles, retraite anticipée des forestiers, sécurité sociale de l’alimentation, santé pensée par les écosystèmes, conditions de travail encadréesréductionla protection sociale y répare les effets ; l’état des personnes n’y reçoit ni mission ni budget dédiés
ÉconomiquePrix planchers, marges de l’agroalimentaire et de la distribution encadrées, caisse de défaisance, taxation des superprofits, droits de douane écologiquesréductiondes règles imposées à la valeur déjà produite ; ce qui la produit reste hors du champ
Filière et territoireScieries et coopératives de petits producteurs rétablies, Agence pour les relocalisations et plans par filière, circuits courts et coopératives forestièresrestaurationles outils de transformation sont reconstruits, et ce qui se décide entre les maillons reste ouvert

L’environnement est le pilier où le programme agit sur l’état des écosystèmes, et le volet forestier en est la démonstration. Dix-sept mesures, dont l’interdiction des coupes rases sauf impasse sanitaire avérée, la diversification en essences et en âges, la transparence des autorisations de coupes et la conditionnalité des aides publiques au maintien du stockage de carbone.

Trois mesures y touchent la propriété et l’échange, et elles disent le registre du programme. Un droit de préemption publique doté de budgets suffisants et la réquisition des parcelles abandonnées augmentent la part des forêts publiques. L’encadrement des exportations de bois et la traçabilité complète des importations bannissent de la commande publique ce qui vient de la déforestation, et contraignent les entreprises à l’exclure de leurs approvisionnements. S’y ajoutent le refus des organismes génétiquement modifiés, l’interdiction des brevets sur le vivant et un chapitre entier sur la condition animale.

C’est le pilier où le programme agit sur l’état des écosystèmes plutôt que sur les seules pressions. Il le fait par l’interdiction, la propriété publique et le contrôle des flux : trois moyens qui ne passent jamais par ce que la filière vend.

Le social est traité par la garantie et la protection, et il ne dépasse pas la réduction. Salaire minimum à 1 600 euros nets, retraite à 60 ans après quarante annuités, blocage des prix des produits de première nécessité (alimentation, énergie, carburant), trente-deux heures dans les métiers pénibles ou de nuit, partage des richesses et relance par les salaires, prix rémunérateurs et retraite digne pour les agriculteurs, interdiction du travail détaché, trois cent mille emplois agricoles visés, sécurité du salarié en reconversion. La protection sociale y répare les effets, et l’état des personnes n’y reçoit ni mission ni budget dédiés : c’est ce qui maintient les dynamiques humaines à la réduction.

L’économique encadre, investit et relocalise, sans dépasser la réduction. Reprise des dettes des exploitations converties au bio, prix planchers et interdiction des ventes à perte, coefficients multiplicateurs et encadrement des marges, réforme agraire, refonte de la PAC vers la production écologiquement soutenable et l’intensité en main-d’œuvre. Côté industrie, mesures antidumping, contrôle public des investissements étrangers, droits de douane sur critères écologiques, taxe kilométrique aux frontières, Code des marchés publics révisé en faveur des entreprises sociales, solidaires, écologiques et locales. Les mesures y sont redistributives, et elles portent sur la répartition d’une valeur déjà créée.

La filière et le territoire relient les trois piliers, et ils posent la question que chacun ne pose pas seul : le territoire et ceux qui l’habitent prospèrent-ils grâce à l’activité ? Le programme y répond en traitant le territoire comme le cadre où les mesures s’appliquent. Cela passe par le redécoupage des Régions à partir des bassins versants, avec l’eau comme première responsabilité et un objectif de zéro pollution et zéro épuisement de la ressource ; par les communes impliquées dans les décisions et les investissements de la planification ; par une Agence pour les relocalisations établissant un plan par filière stratégique ; par les circuits courts, les coopératives forestières et le rétablissement des scieries. Ce qui se décide entre les maillons d’une chaîne de valeur (durée des engagements, préfinancement, répartition des gains) est le champ qui reste à ouvrir.

L’écorégion : le découpage que le programme propose

L’écorégion appartient à la famille des biorégions, dont l’échelle emblématique est le bassin versant. Mélenchon revendique cette filiation en écartant le fondamentalisme biorégional : le tracé combine reliefs, forêts, cours d’eau et réalités socioculturelles. L’échelle est celle des biorégions, la source de la règle diffère : elle reste législative.

Les deux mots viennent du même auteur, et c’est ce qui rend le choix lisible. Peter Berg et le biogéographe Raymond Dasmann publient « Reinhabiting California » dans The Ecologist en décembre 1977, texte fondateur du biorégionalisme, traduit en français par Mathias Rollot en 2019. Dasmann est aussi l’un des pionniers de l’écorégion, notion issue de la biogéographie et destinée à cartographier les distributions de faune, de flore et de climat. Le programme retient donc le mot qui vient de la biogéographie, quand le biorégionalisme désigne une manière d’habiter : un courant que Rollot définit comme antiraciste, anticapitaliste, antispéciste, antidéterministe et antinationaliste, ce qui écarte la lecture localiste.

Le programme précise ce qu’elle porte : réorganiser l’État républicain d’après des objectifs écologiques et démocratiques, en s’appuyant sur la commune. Les bassins versants et les agences de l’eau en forment le socle, pour un grand objectif de zéro pollution et zéro épuisement de la ressource. Le mot écorégion et l’extension des compétences (air, côtes, forêts, fertilité des sols, mobilités, santé environnementale) viennent du discours et de l’allocution de juillet, pas du programme.

Ici, exceptionnellement, c’est le discours qui devance le programme, pas l’inverse. Le programme parle de bassins versants et d’agences de l’eau ; le discours propose une refonte complète des régions, avec des compétences étendues : l’air, les côtes, les forêts, la fertilité des sols, la santé environnementale. L’écorégion est une instance que le programme n’a pas encore écrite.

Ce que cette instance fait, en revanche, reste dans le même registre que le reste. La carte administrative est refaite sur un cycle écologique, avec une compétence générale : l’écosystème reçoit une administration à son échelle, à laquelle le discours ajoute un pouvoir normatif, mais il n’y siège pas. L’écorégion décide pour lui, elle ne décide pas avec lui.

C’est une réponse parmi trois à la même question, et les trois projets de gauche la traitent différemment. Le découpage territorial ici, la parité au conseil d’administration au Parti socialiste, la représentation de l’intérêt des écosystèmes dans les comités de bassin chez les Écologistes. Trois réponses qui s’additionnent plutôt qu’elles ne s’opposent, et un même score de 72 % sur le levier gouvernance : la comparaison des sept programmes les met en regard.

Ce que les trois piliers et le territoire ne relient pas

Les trois piliers et le territoire avancent en parallèle, et l’eau montre l’endroit exact où ils se manquent. L’environnement y vise le très bon état écologique des cours d’eau. La filière y cale le découpage de la décision sur le bassin versant. L’économique y conditionne des aides. Le social y garantit un droit d’accès.

Ce que gagne un agriculteur qui protège la ressource n’est relié à aucun des quatre. Son eau est plus propre, mais son revenu n’en dépend pas ; l’aide qu’il touche ne récompense pas cette pratique ; et l’acheteur qui bénéficie d’une eau préservée ne le paie pas pour cela. Chaque pilier progresse de son côté, sans que l’un finance ce que l’autre exige.

Le facteur commun est la puissance publique, et c’est aussi la limite. Elle collectivise, régule et planifie ; un opérateur commun tient donc lieu de mécanisme de liaison. Ce qui relierait vraiment les quatre serait un produit dont la vente paie ce que sa fabrication protège.

4 · Focus sectoriel LFI : l’eau, la forêt et l’agriculture sont protégées par la règle, la pratique reste à payer

L’eau : l’état, la propriété, la décision

Cette section lit le programme sur trois écosystèmes. Le mot écorégion et l’extension des compétences viennent de l’allocution de juillet, et n’entrent pas dans l’estimation.

L’eau est le premier écosystème du programme, qui l’engage sur trois plans. L’état d’abord : le très bon état écologique et chimique de tous les cours d’eau et réserves souterraines, les débits biologiques et les zones humides sanctuarisés. La propriété ensuite : l’eau et l’air, qui permettent la vie, doivent être collectivisés, la propriété privée ne prévaut plus sur leur protection, et un référendum établirait la liste des biens communs concernés. La décision enfin : les Régions redécoupées à partir des bassins versants, avec l’eau comme première responsabilité et un objectif de zéro pollution et zéro épuisement.

Ces trois plans ne relèvent pas du même niveau. Viser le très bon état de cours d’eau dégradés répare, et c’est de la restauration. Sanctuariser des zones humides et collectiviser la ressource empêchent une dégradation supplémentaire, et c’est de la réduction. C’est le premier qui situe le volet, puisqu’un niveau se tient sur ce qu’il atteint.

Ce qu’aucun des trois ne dit : ce qu’une activité économique peut apporter à cette ressource, et ce qu’elle gagnerait à le faire.

La forêt : soustraire des surfaces, reconstruire l’outil

La forêt est le meilleur terrain d’observation, parce que tout s’y tient : l’arbre, la biodiversité, la santé des sols, une activité économique et des emplois. Dix-sept mesures y répondent, dont l’interdiction des coupes rases sauf impasse sanitaire avérée : la plus radicale du volet. Diversifier les essences et les âges répond à un climat qui change : un peuplement mélangé encaisse une sécheresse, une maladie ou un incendie là où un peuplement unique cède d’un coup. Laisser 25 % de la surface en libre évolution et interdire le dessouchage travaillent le sol forestier, qui retient l’eau et nourrit le peuplement.

Le programme soustrait des surfaces et reconstruit l’outil : des surfaces retirées de l’exploitation, des scieries, une filière bois et des coopératives de petits producteurs rétablies, et l’Office national des forêts remis en état d’assurer ses missions, y compris l’accueil du public, après l’arrêt de sa privatisation. Ce qui rémunère les pratiques tenues reste à écrire, et la Partie III y revient à propos de la forêt privée. La forêt dans les deux projets de gauche met les deux approches en regard.

L’agriculture : fixer un prix, ou payer une pratique

Un revenu paysan qui ne tient pas, des pratiques à changer, une souveraineté alimentaire à retrouver : le sujet est celui des projets de gauche. L’été a rendu la question plus vive encore : la FNSEA demandait en août un plan de plusieurs milliards face à la plus faible récolte de maïs depuis quarante-cinq ans.

Les premiers chiffres de Bercy situent l’ampleur, et ils désignent l’agriculture. Les vagues de chaleur de l’été coûteraient 0,1 point de produit intérieur brut en 2026, sans décrochage généralisé de l’activité. La production agricole française, elle, reculerait de 8 % en valeur : la moitié du recul enregistré lors de la canicule de 2003, qui atteignait 15 %.

C’est le secteur où le coût de l’adaptation se voit le plus vite, et celui où le programme engage le plus de mesures.

Le programme sécurise le revenu par la contrainte sur ceux qui achètent, et il adosse la mesure à une donnée d’opinion. Prix planchers, interdiction des ventes à perte, coefficients multiplicateurs, encadrement des marges de l’agroalimentaire et de la distribution : le paysan gagne parce qu’un seuil s’impose à l’aval. Quatre-vingt-six pour cent des Français se disent favorables à un plan de trois cent mille emplois dans l’agriculture.

Le programme ne s’arrête pas au prix, et c’est ce qui distingue son volet agricole. Une réforme agraire encourage l’installation de nouveaux agriculteurs et le développement d’exploitations à taille humaine, redistribuant le foncier ; l’objectif de trois cent mille emplois agricoles densifie la main-d’œuvre là où l’industrialisation l’a retirée, et la refonte de la politique agricole commune oriente les aides vers la production écologiquement soutenable et l’intensité en travail plutôt que vers la surface. La caisse de défaisance reprend les dettes des exploitations converties au bio, ce qui lève l’obstacle le plus concret à la conversion.

Ces mesures agissent sur qui produit, avec quels moyens et sur quelle surface. Elles ne disent pas comment la terre est menée : un prix garanti ne dit rien des pratiques tenues.

Une prairie maintenue, une zone humide restaurée, une haie replantée ne sont pas rémunérées comme telles : le paiement pour services environnementaux, qui le ferait, n’est pas généralisé dans ce programme. Fixer un prix et payer une pratique sont deux choses, et cette différence vaut au-delà de l’agriculture.

Ce que le paiement pour services environnementaux rémunère, et par qui

Il rémunère des pratiques tenues au champ, ce que la seule règle de prix ne fait pas, et il les rémunère par la puissance publique, à côté du produit. Le revenu du paysan ne dépend toujours pas de ce que le produit fait vivre : il dépend d’une aide redéployée, et si l’aide s’arrête, les pratiques s’arrêtent.

Ce que le programme engage sur la filière agricole.
Ce qui est en jeuCe que le programme engage
Le revenuPrix planchers, ventes à perte interdites, coefficients multiplicateurs, marges de l’agroalimentaire et de la distribution encadrées
La conversionCaisse de défaisance reprenant les dettes des exploitations converties au bio
L’outil et l’installationCoopératives, scieries et transformation alimentaire relocalisées, trois cent mille emplois agricoles visés, réforme agraire
Le débouchéSécurité sociale de l’alimentation, Code des marchés publics révisé en faveur des entreprises locales

Changer de pratiques prend des années, et ces années se paient avant de rapporter. Passer au bio impose trois ans de conversion pendant lesquels la production ne peut pas être vendue comme bio. Allonger les rotations, replanter des haies, restaurer un cycle de l’eau demandent la même avance, que le prix de vente ne couvre pas.

Le programme répond à cette avance par un financement public. La caisse de défaisance qui reprend les dettes des exploitations converties préfinance la période creuse. C’est une condition que les acheteurs d’une filière assurent rarement, et que le programme confie ici à la puissance publique.

Le programme pose l’accès comme un droit, par la sécurité sociale de l’alimentation, sans y adosser de commande publique chiffrée. Un débouché public engagé rémunérerait ces pratiques, mais cette rémunération resterait adossée à l’achat public plutôt qu’au marché : le droit et le débouché sont deux façons de rester hors du marché. L’agriculture dans les deux projets de gauche met les deux approches en regard, ligne à ligne.

Ce que chaque niveau demande à une exploitation, et ce qui le finance.
Le niveauAu champCe qui le finance
LimiterGarantir l’accès à l’eau, indemniser la perteL’assurance
RéduireRéduire les intrants, encadrer les prixLa règle imposée à l’aval
RestaurerAllonger les rotations, replanter des haiesL’aide publique redéployée
RégénérerUn produit dont le prix se construit sur le revenu du producteurChaque vente

Le programme couvre les trois premières lignes, sérieusement. La quatrième demande autre chose, et elle ne demande rien de plus au producteur : elle demande un acheteur qui voie ce qu’il paie, et qui puisse le distinguer en rayon d’un produit se présentant à l’identique.

5 · La tomate de Mélenchon : bio sans dette, saine pour tous, sans néonicotinoïdes ; le sol vivant reste à écrire

Le programme de Mélenchon rend possible une tomate qui fait vivre son producteur, bio sans que le paysan s’endette et saine dans toutes les assiettes. Le Parti de la Tomate pose une seule question à chaque candidat : quelle tomate son programme rend-il possible ? L’article sur la tomate, enjeu de 2027 détaille la preuve ; ici, la tomate de Mélenchon passe six questions, celles qu’un acheteur se pose devant le rayon.

Une tomate qui fait vivre celui qui la cultive. Un prix plancher, la vente à perte interdite, les marges de la distribution encadrées.

Une tomate bio, sans que le paysan s’endette. L’État reprend les dettes des fermes qui passent au bio.

Une tomate arrosée sans épuiser la nappe. L’eau gérée par bassin versant, avec zéro pollution et zéro épuisement comme objectif.

Une tomate saine dans toutes les assiettes. Une sécurité sociale de l’alimentation, ouverte à tous.

Une tomate sans néonicotinoïdes, même importée. Glyphosate et néonicotinoïdes interdits, importations qui en contiennent bannies.

Une tomate cultivée par de nouveaux paysans. 300 000 emplois agricoles visés, une réforme agraire pour installer de nouveaux agriculteurs.

Et il la finance comment ? Par l’impôt (superprofits, grandes fortunes, héritage), par une caisse de défaisance qui reprend les dettes des fermes passant au 100 % bio, et par des marges encadrées avec une sécurité sociale de l’alimentation pour tous. Les montants restent à chiffrer.

Face à la tomate de Glucksmann, la sienne est égale sur trois questions. Française, sans glyphosate ni néonicotinoïdes, bien payée au paysan par les prix planchers : les deux programmes le rendent possible. Celle de Mélenchon va plus loin sur le bio, avec des dettes reprises pour les fermes passant au 100 % bio, et sur le prix pour le ménage, avec des marges encadrées et la sécurité sociale de l’alimentation pour tous ; celle de Glucksmann encourage le bio et plafonne les prix de certains produits.

La tomate de Mélenchon, ce que son programme rend possible : un prix plancher et des marges encadrées pour faire vivre celui qui la cultive, l'État qui reprend les dettes des fermes passant au bio, une eau gérée par bassin versant sans épuiser la nappe, une sécurité sociale de l'alimentation, glyphosate et néonicotinoïdes interdits même à l'import, 300 000 emplois agricoles visés

Aucune des deux tomates ne dit encore que son sol vit. La sixième question, « issue d’un sol vivant ? », reste à écrire dans les deux programmes : c’est la tomate que les parties II et III prolongent, de ce que le programme dit de l’offre à ce que nous proposons d’y ajouter.

6 · Le militant insoumis nomme un adversaire, met le vivant à l’abri du marché et agit par l’État

Ce portrait se lit sur le programme : il dit ce que le programme demande à ceux qui le porteront.

Six traits composent ce portrait, et ils se tiennent.

C’est un militant qui nomme un adversaire, et qui en tire sa cohérence. La prédation, saisie dans ses deux versants : l’empoisonnement des écosystèmes et la domination entre humains. Un adversaire nommé donne une prise, et il donne aussi une limite : on se défend de lui, on ne conçoit pas avec lui.

Il place le vivant hors du marché plutôt qu’au cœur de la production. L’eau et l’air collectivisés, la propriété privée empêchée de prévaloir sur la protection du vivant, un défenseur des biens communs, des servitudes de passage pour garantir l’accès à la nature. Il met à l’abri plutôt qu’il ne fait produire.

Il arrête des activités entières. Sortie du nucléaire, fin des voitures à essence, moratoire sur les projets écocidaires, sortie de l’extractivisme, et pas seulement des pratiques ou des seuils à ajuster.

Il agit par l’État, et sa croyance fondatrice est la soutenabilité forte. Un découpage calé sur le cycle de l’eau, des défenseurs de la nature au niveau communal, des assemblées citoyennes régionales, une ingénierie territoriale renforcée : le vivant y gagne une administration à son échelle. La règle verte pose que les capitaux ne se substituent pas et qu’aucune valeur financière ne compense la destruction d’un écosystème : cette croyance, inscrite dans la Constitution, distingue le militant insoumis de la plupart des cadres qui régissent l’économie.

Il traite l’entreprise comme une force à border, par quatre moyens détaillés plus bas : la règle, la propriété, la citoyenneté, la conditionnalité. Ce que l’entreprise conçoit reste hors de ces quatre moyens.

Il demande au citoyen de délibérer et d’user. Référendum d’initiative citoyenne, assemblées régionales sur les projets d’aménagement, sécurité sociale de l’alimentation, garde de sécurité civile. Choisir en rayon n’entre pas dans ce répertoire.

Reste ce qu’il demandera demain, et c’est ce que la production fait vivre. Il sait ce qu’une activité doit cesser : de polluer, d’épuiser, de délocaliser, de tromper. Ce qu’une futaie menée autrement rapporte à celui qui la conduit, et comment ce gain se partage jusqu’à la scierie, entre dans un champ de décision qu’il garde ouvert devant lui. C’est pourquoi l’innovation reste à 44 %, vingt-huit points sous la gouvernance.

Le militant insoumis de l’été 2026 a écrit qui décide avant d’écrire ce qui serait produit. Il a écrit l’organisation territoriale, de la Région à la commune, et il s’arrête là où commence l’atelier, le champ et le rayon.

Partie II · Depuis quel récit, et avec quel financement

7 · La protection plutôt que la réparation : l’imaginaire du discours en décalage avec le programme

Cette section lit le programme ; les AMFIS l’éclairent en détail, sans entrer dans l’estimation.

Son sujet, son enjeu, son ennemi

Trois choses situent un projet politique : ce dont il parle, ce qu’il veut obtenir, et ce contre quoi il se bat. Sur ce programme, les trois convergent. Le sujet, ce sont les écosystèmes dont dépend la vie des gens, saisi par l’eau, les sols et la santé environnementale. L’enjeu est la survie et la continuité collective. L’ennemi est la prédation, dans ses deux versants : l’empoisonnement des écosystèmes et la domination entre humains.

Sujet, enjeu et ennemi tiennent le même registre, celui de la protection, et cette cohérence tient tout l’édifice, sans dire le niveau qu’il atteint. Ce qu’il retient de l’eau le montre : elle y est le cycle fondamental, et le bassin versant devient l’échelle de l’action publique. Protéger décrit le registre du discours ; l’estimation, elle, porte sur les mesures, qui vont plus loin (les sections précédentes l’établissent) : elles réparent un état, ce qui est de la restauration.

Le meeting des AMFIS nomme un ennemi plus large que la prédation : le « vieux monde ». Mélenchon y range l’affaire Lyhanna, l’imprévoyance sur les incendies et le retrait des services publics en campagne, avant d’appeler à en finir avec lui. L’ennemi du programme est un rapport au vivant ; celui du discours est un système politique : deux échelles, pas deux définitions concurrentes.

Le meeting dit par ailleurs la même chose que le programme, dans un autre registre. La séquence d’action y est énoncée en quatre temps (identifier, prévoir, organiser, discipliner) et elle installe la prudence et le contrôle là où le programme installe la règle verte. Le lien entre la santé et l’état des écosystèmes y est chiffré, avec quarante mille décès annuels attribués à la pollution de l’air, quand le programme écrit le principe sans le doter d’une mission ni d’un budget.

L’allocution de juillet ajoute ce que le programme ne contient pas. Le mot écorégion n’y figure pas, et l’extension des compétences non plus : l’air, les côtes, les forêts, la fertilité des sols, les mobilités, la santé environnementale. Ces éléments viennent de la scène.

Ce que le programme organise dépasse ce que son imaginaire annonce. Arbitrer entre les usages de l’eau d’un territoire, c’est gérer les interactions d’un écosystème plutôt que protéger un périmètre. La règle verte vise le renouvellement de ce qui est prélevé, et le diagnostic des écosystèmes entre dans les comptes publics.

Ce que les AMFIS exposent, pilier par pilier

Les AMFIS communiquent ; le programme engage. Voici ce que les AMFIS communiquent réellement, du 20 au 23 août à Châteauneuf-sur-Isère, avec les intervenants et ce que chaque session met à l’ordre du jour.

L’environnement : 55 %, restauration. Au premier niveau, rien : l’environnement n’y est jamais traité comme un périmètre à sécuriser ou une conformité à tenir. Au deuxième, cinq sessions allègent un flux ou amortissent un choc (substitution énergétique avec Aurélien Bigo et Karima Delli, coût de la vie, réemploi, emprise d’un secteur ; « Canicules et incendies à répétition) : qui paie le prix fort ? » traite l’adaptation par la répartition de la charge, pas par l’état de l’écosystème brûlé. Au troisième, six sessions font de l’état du vivant l’objet : « En finir avec l’accaparement de l’eau », avec l’hydrologue Charlène Descollonges, fait du cycle lui-même l’objet ; « Quelles priorités pour les éco-régions ? » réunit Marine Calmet, juriste de l’ONG Wild Legal, et Gilles Clément, jardinier et paysagiste (la seule session de la rentrée où un jardinier siège, juridiction, vivant et habitants dans un même périmètre ; « Écologies, le temps de la clarification » interroge le cadre de lecture lui-même) la session la plus proche de notre propre terrain ; et trois autres portent un conflit d’usage, une planification et le cercle des êtres qui comptent. Au quatrième, rien : ce que la production peut faire vivre n’est l’objet d’aucun créneau.

Le social : 58 %, restauration. Au premier niveau, les formations qui outillent et les sessions de défense contiennent une menace. Au deuxième, sept sessions protègent des personnes exposées (l’ère des maladies politiques avec Annie Thébaud-Mony, sociologue de la santé au CNRS, VIH, cancer, validisme, cyberharcèlement, usure des cadres), et « Stages obligatoires à l’école : mourir en entreprise à 15 ans ? », avec Arnaud Darthenay, père d’Axel, élève décédé pendant son stage. Au troisième, treize sessions réparent une trajectoire abîmée (le bloc le plus construit) : les nouvelles sécurités sociales, avec Mariella Espriet, chargée de mission à la caisse de l’alimentation de Lyon 8e, la mesure la plus proche d’un mécanisme de filière ; la santé mentale repolitisée avec Camille Teste ; l’autonomie des jeunes avec le député Louis Boyard ; et dix autres qui réparent la santé, le logement, l’école, l’enfance. Au quatrième, rien : le travail y reste un rapport à protéger, jamais une activité dont la conduite ferait grandir ceux qui l’exercent.

L’économique : 50 %, seuil de la restauration. Au premier niveau, trois formations doctrinales outillent et cadrent. Au deuxième, deux sessions réduisent : le management algorithmique, l’intelligence artificielle. Au troisième, sept sessions reprennent la main sur l’outil de production : « Désarmer la finance, réarmer la production », avec Aurélie Trouvé, rapporteure de la commission d’enquête sur la prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs ; un pôle public bancaire, avec Lucie Pinson de Reclaim Finance ; et cinq autres sur les entreprises publiques, l’héritage et la dette, les milliardaires. Au quatrième, rien : l’action consiste à reprendre, nationaliser et taxer ; ce que l’activité fait vivre n’entre pas.

La filière et le territoire : 42 %, entre réduire et restaurer. Au premier niveau, la formation des élus gère un périmètre. Au deuxième, deux sessions ralentissent une perte : les nouvelles ruralités, la fermeture des lieux de vie. Au troisième, deux sessions seulement ancrent réellement les trois autres piliers ensemble (l’accaparement de l’eau et les éco-régions), et deux autres l’approchent sans le prix ni la chaîne complète, avec Thomas Gibert, porte-parole national de la Confédération paysanne. Au quatrième, rien, et c’est ce qui situe le pilier le plus bas : le territoire y apparaît comme un lieu qu’on défend, une ressource qu’on protège, une commune qu’on gère. Sa prospérité comme résultat de l’activité économique n’est l’objet d’aucune session, et ce qui se décide entre les maillons d’une chaîne non plus.

Plusieurs registres, et la protection qui domine

Sur le social, le récit répare, L’Avenir en commun protège. Les AMFIS réparent des trajectoires abîmées : santé mentale, caisse de l’alimentation, logement ; L’Avenir en commun reste au niveau de la réduction, il protège des personnes exposées sans réparer leur état, sans mission ni budget dédiés.

Sur la filière et le territoire, c’est l’inverse : L’Avenir en commun organise, le récit protège. L’Avenir en commun reconstruit les outils de transformation : scieries, coopératives, agence de relocalisation ; les AMFIS restent au registre de la protection d’un périmètre ou du ralentissement d’une perte, avec deux sessions seulement qui tiennent les trois piliers ensemble.

Sur l’environnement, les deux réparent : c’est le seul pilier où le même registre s’applique des deux côtés. L’état du vivant devient l’objet, pour le récit des AMFIS comme pour L’Avenir en commun.

Le programme lui-même, en outre, ne tient pas un seul registre. Les biens communs soustraits à l’échange et le titre du chapitre 14 sont au registre protéger. La planification et « gouverner par les besoins » relèvent d’une autre logique, plus proche de l’organiser que du protéger. « Désempoisonner », on l’a vu, penche déjà vers réparer. Protéger domine, sans être seul.

Le programme fournit lui-même sa formule : l’intérêt général humain exige de protéger dans la loi les biens communs de l’humanité. Chaque être y a une valeur propre, protégé de l’humain par la loi et la propriété collective, et l’action procède par l’interdiction. Les quatre relations à la nature situent cette position au biocentrisme : à la différence de l’écocentrisme des Écologistes, qui valorise l’écosystème et sa continuité. Le Parti socialiste se range du même côté que LFI, avec des droits juridiques accordés à la nature.

Les compléments du chapitre confirment ce registre : l’eau est un enjeu pour l’Humanité, la forêt le poumon de la planète. Les entités s’y nomment par la fonction qu’elles rendent aux humains, jamais pour elles-mêmes.

Le chapitre sur la planification, lui, organise plutôt qu’il ne protège : inscrire au sommet de la hiérarchie des normes l’exigence d’une société d’harmonie des êtres humains entre eux et avec la nature, par la règle verte, et faire de la planification écologique une méthode pour gouverner par les besoins, dont l’enjeu est la reconquête collective du temps long.

Le registre protéger, dominant, a sa propre conséquence économique. Le chapitre pose l’air, l’eau et les sols pollués dans le même paragraphe que ceux qui en subissent les conséquences : les plus pauvres davantage que les plus riches, qui polluent le plus. Protéger un vivant dont l’humanité se distingue conduit à le mettre hors d’atteinte : on en soustrait une part à l’échange, on borne les prix, on filtre à la frontière.

L’écorégion suit la même logique, ailleurs dans le programme. Elle décide pour l’écosystème, elle ne décide pas avec lui (il y reçoit une administration, pas un siège) : une instance de plus qui parle depuis la loi, jamais avec ceux dont elle organise la continuité, et qui vient du discours plutôt que du texte. Administrer ainsi décide pour l’écosystème plutôt qu’avec lui : un autre sujet que celui des biens communs, où l’intérêt général humain fonde la protection plutôt qu’il n’organise une décision.

Ce retard sur les mesures s’explique par l’état d’écriture du programme. Le programme reste ouvert à contributions, et la synthèse publiée depuis juillet 2026 recense des demandes, pas des engagements : le chapitre écrit fige ces registres, quand le mouvement continue de les faire évoluer, par les contributions comme par le discours.

Ce que ce registre peut mobiliser, et où il bute

Un premier signal touche l’électorat que ce registre peut atteindre. Dans la quatrième vague de l’Observatoire des perspectives utopiques, l’éco-solidaire (un monde d’interdépendances et de solidarité, proche de l’écocentrisme) et l’identitaire-sécuritaire (porté à droite, qui protège un groupe de ce qui le menace) arrivent à parité, quarante-cinq pour cent chacun. Le registre de LFI, qui nomme un adversaire et protège de lui, parle structurellement le langage du second plutôt que du premier, alors que c’est le premier qu’il cherche à mobiliser. L’intensité dit autre chose : l’éco-solidaire obtient la meilleure note moyenne et le moins de partisans (vingt-cinq pour cent de supporters pour neuf pour cent de détracteurs). Mieux accepté, moins désiré, beaucoup moins combattu. Le clivage le plus marqué y est générationnel : cinquante-neuf pour cent des 18-24 ans, trente-quatre pour cent des 65-75 ans.

Un second signal touche le rendement du registre de la protection, qui n’est pas le même selon ce qu’il protège. Aux municipales de mars 2026, la sécurité a dominé les critères de vote (44 % contre 28 % pour les services publics), et les Écologistes ont reculé, perdant Strasbourg et Besançon. La protection des écosystèmes contre leurs usagers mobilise autrement que la protection des personnes contre une menace. Et les trois seules propositions écologiques qui basculent en négatif dans l’enquête sont trois renoncements présents dans le programme : les quotas carbone, les protéines végétales, la réduction du temps de travail avec baisse des rémunérations. La voiture, la viande, le revenu.

L’écart entre ce qu’on juge nécessaire et ce qu’on consent se mesure, et il n’est pas un rejet du renoncement en soi. Cinquante et un pour cent des Français veulent consommer mieux, trente-deux acceptent pour cela de consommer moins : un sur deux veut le mieux, un sur trois accepte le moins. Ce n’est pas la contrainte qui bute, c’est l’absence d’alternative à proposer à la place (une proposition comme « moins de consommation d’objets, plus de qualité » réunit soixante-treize pour cent chez les proches des mouvements écologistes et quarante pour cent chez les Français situés très à droite) : l’adhésion existe des deux côtés, dès qu’un mieux est offert.

Ce n’est pas un constat nouveau, et il n’a jamais produit le changement. Dès 2021, trente-quatre pour cent des Français citaient déjà l’existence d’alternatives écologiques accessibles à tous parmi ce qui ferait évoluer durablement leurs comportements : devant les réglementations, à vingt-six pour cent, et devant la multiplication des catastrophes, à vingt-trois. Vouloir ne suffit pas quand l’alternative n’existe pas, coûte trop cher ou demande trop d’effort (ce que les gens cherchent, du reste, ne se formule pas comme écologique) : sur 7 515 consommateurs, quatre moteurs apparaissent dans cet ordre, santé, origine, solidarité, planète.

Ni le programme ni le discours n’offrent ce mieux, et c’est la première cause du plafond. Le meeting nomme le ressort culturel (Pierre Lemaitre y décrit un capitalisme qui colonise l’imaginaire) mais il ne propose pas d’alternative non plus ; le programme, lui, continue de parler d’interdire, d’encadrer, de contraindre. L’un désigne le problème, l’autre ne change pas le registre dans lequel il se raconte, et ni l’un ni l’autre ne dit ce que les gens gagneraient.

Une seconde cause tient à qui le message vise. Le baromètre de l’ADEME dit pourquoi un discours de renoncement se retourne. Quatre-vingt-trois pour cent des Français estiment que les gens consomment trop, vingt-huit pour cent qu’ils consomment trop eux-mêmes, et quatre-vingt-deux pour cent pensent avoir déjà un mode de vie sobre. Un discours qui demande de consommer moins s’adresse donc chaque fois au voisin, jamais à soi.

C’est ce point précis qu’une écologie populaire corrige : elle part de ce que les gens gagnent, pas de ce qu’ils doivent céder. Notre travail part du même constat que Pierre Lemaitre et emprunte l’autre chemin : les imaginaires se transforment par ce qu’ils rendent désirable, composé par les personnes elles-mêmes plutôt qu’imposé. Une écologie populaire se construit sur ce socle : ce que la production fait vivre là où les gens habitent.

8 · Rentrée politique 2026 : LFI parmi les sept programmes lus

Côté partis : quatre projets de gauche au même niveau

Cette section compare les sept prises de parole de la rentrée : le programme insoumis, celui des Écologistes, le Projet socialiste, l’Acte 1 de Glucksmann avec Place publique, le programme de La REF du MEDEF, celui des Universités d’Été de l’Économie de Demain d’Impact France, et le plan du Shift Project. Les scores cités portent sur le texte de référence de chaque auteur.

La France insoumise se situe au même niveau que les deux autres projets de gauche, que l’Acte 1 de Glucksmann avec Place publique et que le programme d’Impact France : celui de la restauration. Le programme de La REF travaille la réduction des impacts. Ce que ce projet ajoute aux autres tient au découpage territorial et à la propriété : des Régions redécoupées à partir des bassins versants, l’eau et l’air collectivisés, la propriété privée empêchée de prévaloir sur la protection du vivant. Ce qui lui reste à ouvrir est ce qui sera produit, et par quel modèle.

Au deuxième tour, le programme insoumis fait face à Marine Le Pen. Le sondage Elabe du 17 octobre la donne gagnante à 69 % contre 31 %, et Mélenchon-Le Pen au deuxième tour : ce que chaque victoire changerait pour les entreprises compare les deux finalistes thème par thème, de l’écologie au pouvoir d’achat.

La rentrée politique de l'écologie 2026 : sept prises de parole lues au même Capacity Score — les partis : Les Écologistes 63 %, Parti socialiste 58 %, La France insoumise 57 %, Glucksmann avec Place publique 55 % ; les organisations d'entreprises : Impact France 60 %, La REF du MEDEF 30 % ; en repère, le plan du Shift Project 25 % ; cinq atteignent la restauration, deux la réduction des impacts
Rentrée politique 2026 · les sept prises de parole lues au même Capacity Score. Le programme de La France insoumise s’y estime à 57 %.

Sept prises de parole sont lues au même Capacity Score, de 25 à 63 %, et la régénération reste devant elles. Chaque lecture porte sur un objet distinct (un programme de parti, un programme d’événement, un plan sectoriel d’atténuation) et chacune porte une incertitude de l’ordre de deux points : un point d’écart entre deux lectures ne veut rien dire. La comparaison des sept programmes de la rentrée les réunit et les commente ensemble : c’est là que se lit ce que les partis et les mouvements d’entreprises se partagent, et ce qu’aucun des deux ne relie.

La souveraineté est le mot commun des sept, et il ne désigne pas la même chose. Chez les uns, un périmètre à défendre : produire ici, dépendre moins. Chez les autres, une capacité à reprendre la main sur ce dont on dépend. Ce programme emploie les deux acceptions : le protectionnisme écologique et la taxe kilométrique relèvent de la première, l’écorégion et la reconstruction des outils de transformation de la seconde.

Les projets de gauche, levier par levier

Les six leviers, dans quatre projets de gauche.
LevierLes ÉcologistesLa France insoumiseParti socialisteGlucksmann avec Place publique
Leadership62 %52 %57 %52 %
Intelligence écosystémique67 %61 %50 %50 %
Chaîne de valeur67 %61 %67 %67 %
Innovation44 %44 %39 %44 %
Dynamiques humaines67 %50 %61 %61 %
Gouvernance72 %72 %72 %56 %
Estimation globale63 %57 %58 %55 %

Les trois lectures portent sur le texte de référence de chaque parti : « L’Avenir en commun » dans son édition 2025, « Pour une prospérité écologique » de juillet 2026 pour les Écologistes, le Projet socialiste adopté en juin, et l’Acte 1 de Place publique (juin 2025) pour Glucksmann, dont le programme complet n’est pas encore publié.

Le résultat qui compte est celui que les trois partagent. Trois programmes construits séparément, par trois partis différents, sur trois traditions distinctes, butent au même endroit et à peu près au même degré : ce qui se conçoit et ce qui se vend. Les trois se situent au même niveau de la trajectoire, et l’écart programmatique entre eux est plus étroit que leur rivalité ne le laisse voir. Ce qui ne converge pas est la relation au vivant, et elle ne se négocie pas comme une mesure.

Quatre leviers sur six atteignent la restauration chez les trois, et deux s’arrêtent au seuil : l’intelligence écosystémique au Parti socialiste, les dynamiques humaines à La France insoumise, à 50 % chacune. Vingt-huit à trente-trois points séparent, chez chacun, le levier le mieux tenu du plus faible : un écart massif, sur trois programmes que tout oppose par ailleurs. Ce n’est pas un oubli. La gouvernance se légifère (un siège, un seuil, un droit de vote) quand la conception d’une offre ne se légifère pas : elle se fait dans une entreprise, avec ceux dont elle dépend, produit par produit. Les trois savent qui doit décider ; il leur reste à dire ce qui sera décidé.

Glucksmann avec Place publique, à 55 %, partage ce profil : l’innovation y est à 44 %, comme chez La France insoumise et chez les Écologistes, et la gouvernance à 56 % (l’Acte 1 est une vision, que le programme complet précisera).

Le détail de cet écart, chemin par chemin, est développé dans notre comparaison des deux programmes présidentiels de gauche : les mêmes 72 % de gouvernance, atteints par des chemins opposés.

Où en êtes-vous sur la trajectoire de la régénération ?

Les mêmes trente-huit questions qui ont servi à lire ce programme éclairent votre activité : sa position sur les quatre niveaux, son profil sur les six leviers, et celui qui limite sa progression. Il ne mesure pas une performance et ne classe pas. Trente minutes, gratuit, résultats immédiats.

Faire le Capacity ScoreVersion flash · 10 min

Côté patronal : deux universités d’été, deux positions

La REF du MEDEF, les 26 et 27 août, travaille la réduction des impacts et est estimée à 30 %. L’innovation y ouvre le profil à 39 %, à égalité avec la chaîne de valeur et les dynamiques humaines ; le leadership le ferme à 14 %. On y sait ce qu’on vend, et le cap reste à poser : l’inverse exact du profil des projets de gauche.

Les Universités d’Été de l’Économie de Demain, le 28 août, atteignent la restauration à 60 %. Impact France y porte un bonus-malus qui agit sur le prix par la fiscalité, et l’écart avec le MEDEF se lit sur le leadership : 67 % contre 14 %.

Le plan du Shift Project, publié en avril 2026, est estimé à 25 %, au bas du niveau de la réduction des impacts. Il ne cherche pas à installer une relation au vivant : c’est un plan d’atténuation, en repère sur le carbone, et il sert ici de repère plutôt que de sixième position à comparer terme à terme.

Mélenchon devant le patronat, une première

Le 27 août, Jean-Luc Mélenchon s’est présenté devant le patronat, à la clôture de l’université d’été du MEDEF. Celui qui reprochait en 2012 à Jean-Marc Ayrault de se rendre à l’université d’été du patronat, avec la formule « on ne discute pas avec le MEDEF », y est venu, et il y est venu contredire.

Le déplacement ne modifie pas l’estimation, qui porte sur le programme. Il déplace en revanche ce que ce programme rend praticable : un texte qui traite l’entreprise comme une force à border s’expose autrement quand son porteur vient en débattre devant celles qu’il entend borner.

Il y a porté la conditionnalité en une phrase : « Plus d’aides sans contreparties. » C’est la mesure du chapitre 3 dite devant ceux qu’elle vise, et c’est aussi la première des deux demandes que nous portons : un critère aux aides publiques. Il y a défendu une réindustrialisation par objectifs et par filières (textile, bois, technologies de l’énergie, santé) plutôt que par cadeaux fiscaux.

Le grand oral du 27 août : les deux mondes dans la même pièce

Sept candidats à la présidentielle ont répondu aux questions de cinq chefs d’entreprise, à la clôture de La REF. Gabriel Attal, Raphaël Glucksmann, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe, Bruno Retailleau et Marine Tondelier. C’est le seul moment de la semaine où ceux qui légifèrent et ceux qui produisent se sont trouvés face à face.

Les cinq priorités remises aux candidats portent toutes sur le cadre : baisse de la fiscalité et des charges pour 83 % d’entre eux, réindustrialisation 81 %, simplification des normes 75 %, réduction de la dette 75 %, stabilité des règles fiscales et sociales 74 %. Aucune ne concerne ce que l’entreprise produit, et les projets de gauche répondent sur le même terrain, par l’inverse. Le débat s’enferme ainsi dans une seule alternative : alléger le cadre ou l’étendre. Ni l’un ni l’autre ne dit ce que coûtera l’adaptation du pays.

Un seul des sept le chiffre. Le programme des Écologistes y consacre un chapitre entier : sept milliards d’euros par an d’ici 2032 pour le plan national d’adaptation, une caisse nationale de sécurité climatique, des secteurs nommés du bâtiment au réseau ferroviaire. Le plan du Shift Project est le plus chiffré des sept sur l’atténuation (vingt chantiers testés, une trajectoire jusqu’en 2050), mais l’adaptation n’y est pas l’objet : elle fait écho au plan national sans le devenir, à l’exception des puits de carbone. C’est un chiffrage différent, pour un objet différent, et sur l’adaptation elle-même, celui des Écologistes reste le seul ordre de grandeur public.

Ce qui sépare vraiment les sept est la réponse à une seule question : qui paie l’adaptation. Le MEDEF demande d’alléger les charges : cela déplace la charge sur la puissance publique. Impact France propose que le marché récompense ce qui contribue, par un bonus-malus : cela la déplace sur celui qui produit. Les projets de gauche financent par l’impôt et la dépense publique : cela la déplace sur le budget. Trois réponses, et aucune ne la répartit entre ceux qui reçoivent le gain : c’est ce que ferait un prix qui incorpore la contribution.

C’est ce que le grand oral rend visible, et personne ne l’y a formulé. Les partis légifèrent, orientent les aides et sécurisent des revenus par la loi ; les mouvements d’entreprises conçoivent des produits et les vendent. Chacun tient un bout de la chaîne, et le mécanisme qui les relierait (une contribution incorporée dans l’offre et payée par la vente) n’appartient à personne. C’est aussi pourquoi l’innovation ferme les profils des quatre projets de gauche et d’Impact France : c’est le levier qui débloque le passage à la régénération. Le programme insoumis soustrait au marché ce qu’il veut protéger plutôt que d’en faire une source de valeur. La rentrée politique de l’écologie 2026 réunit les sept lectures et les compare levier par levier.

9 · La règle, la propriété, la voix des salariés et la conditionnalité des aides encadrent l’entreprise ; le prix, le produit et le label restent chacun dans leur chapitre

Ce que le programme demande aux entreprises : la règle, la propriété, la citoyenneté et la conditionnalité, et ce qu’elles laissent ouvert

Trois moyens structurent ce que le programme demande aux entreprises. La règle, avec les prix encadrés et les marges plafonnées. La propriété, avec les biens communs collectivisés et la réquisition d’intérêt général en cas de délocalisation. La citoyenneté dans l’entreprise, avec les salariés au tiers des instances et le veto suspensif sur les licenciements.

Un quatrième moyen existe, et c’est la conditionnalité. Toute aide d’État aux grandes entreprises est conditionnée à des objectifs sociaux, écologiques et fiscaux contraignants, avec remboursement exigé en cas de non-respect des contreparties. Le programme adosse la mesure à une donnée d’opinion : neuf Français sur dix y sont favorables. C’est la première des deux demandes de l’enjeu politique de la trajectoire des entreprises, écrite dans un programme de gouvernement.

La règle borne aussi le marché par la frontière, et c’est ce qui protège les mesures précédentes. Droits de douane sur critères écologiques, taxe kilométrique, normes sociales et écologiques imposées aux importations. Sans cette barrière, un prix plancher intérieur se contourne par l’import : ce qui est encadré ici se produit ailleurs et revient moins cher. L’entreprise se voit donc demander de tenir des normes, et garantir que ses concurrents les tiennent aussi.

Ce que ces quatre moyens laissent ouvert, c’est ce que l’entreprise conçoit. Elle y est un outil à orienter par la règle, une propriété à remettre en commun, un lieu de citoyenneté à conquérir, et l’endroit où se décide ce que le territoire gagne reste à investir. Le statut de propriété est d’ailleurs indifférent à l’affaire : concevoir un produit, écrire un cahier des charges et vendre se jouent dans une entreprise, qu’elle soit publique, coopérative ou privée.

Le programme préconise un prix garanti et un accès posé comme un droit, et ces deux bouts ne se répondent pas. Le prix plancher sécurise un revenu au producteur, complété par l’interdiction des ventes à perte et des coefficients multiplicateurs qui limitent le prix final : trois mécanismes qui protègent une marge, sans jamais dépendre des pratiques tenues ni d’une durée d’engagement. La sécurité sociale de l’alimentation, de son côté, rend le produit accessible à l’acheteur : un droit ouvert quel que soit ce que ce produit fait vivre en amont. Les deux bouts existent, chacun financé et écrit dans son chapitre ; l’interdépendance entre eux (que le prix dépende de la pratique, que l’accès dépende de ce que la pratique a produit) reste à écrire.

Le producteur, le produit et le label : trois chapitres jamais reliés

Producteur. Prix planchers pour les agriculteurs, ventes à perte interdites, coefficients multiplicateurs qui limitent le prix final, marges de l’agro-industrie et de la grande distribution encadrées, caisse de défaisance qui reprend les dettes des convertis au 100 % bio, PAC refondue vers l’intensité en main-d’œuvre, réforme agraire pour installer de nouveaux agriculteurs. La juste rémunération y est un objet central, mais elle passe par le prix garanti et par la règle, jamais par ce que le produit atteste en rayon. Le protectionnisme écologique est d’ailleurs fondé « en fonction des conditions de production et de rémunération du travail agricole » : c’est le seul endroit où la rémunération devient un critère commercial, mais aux frontières, pas sur l’étiquette.

Produit. Le chapitre sur la consommation rend l’écoconception obligatoire et généralise l’indice de durabilité, qui bloque la mise sur le marché sous un certain seuil : avec obsolescence programmée abolie, service public de la réparation et du réemploi, et des formations obligatoires au low-tech et à l’écoconception dans les écoles publiques d’ingénieurs et de design. Sur la santé du consommateur, le programme protège en soustrayant : glyphosate et néonicotinoïdes interdits, importations qui en contiennent bannies, allégations « neutre en carbone » interdites, publicité des produits les plus émetteurs interdite (le retrait d’une substance ou d’une allégation, jamais une amélioration positive mesurée produit par produit). Aucune de ces mesures ne relie la matière du produit aux pratiques qui l’ont produit : un objet écoconçu et un objet fabriqué comme les autres restent indiscernables quant à ce que leur fabrication a fait vivre en amont.

L’indice de durabilité qualifie le produit, pas son origine : c’est la mesure la plus forte du programme sur ce terrain. Un produit dont le score est insuffisant ne se vend pas, quelle que soit sa provenance. Les droits de douane écologiques et la taxe kilométrique, eux, qualifient l’endroit d’où il vient, pas sa fabrication. Mais ni l’un ni l’autre ne relie une pratique à une mention sur l’étiquette : un bois de futaie irrégulière et un bois de coupe rase se présentent à l’identique en rayon.

L’affichage nettoie l’information, il n’atteste rien. Les allégations « neutre en carbone » et la publicité des produits les plus émetteurs sont interdites : ce qui retire du bruit, sans rendre visible ce qu’une fabrication entretient. Là où les Écologistes annoncent un scoring environnemental et le Parti socialiste un Score santé, le programme insoumis laisse l’étiquette vide de contribution.

Labels. Deux formes existent, aucune ne contribue. L’INAO, l’AOP, l’AOC et l’IGP protègent les produits du terroir de la concurrence internationale : des mentions d’origine. Le label bio atteste une pratique, financée par la caisse de défaisance des dettes de conversion, mais la conversion au bio limite les intrants, elle n’oblige pas à contribuer : rien n’y garantit le revenu du producteur ni ne mesure ce que le sol regagne.

Trois chapitres, trois objets distincts, jamais reliés en une seule chaîne du producteur au produit vendu. Le prix payé au producteur ne dépend pas de ses pratiques ; l’écoconception du produit ne dépend pas de ce que le producteur a fait ; le label qui atteste une origine ou une pratique ne dit jamais ce que la fabrication rémunère en amont.

10 · Les mesures du programme sont payées par la taxation des superprofits, des grandes fortunes et de l’héritage

Le programme tient déjà le prix, l’affichage, la conditionnalité et la conception : chacun agit seul, sans qu’aucun ne s’appuie sur les autres. Le prix, par les prix planchers fondés sur les coûts réels. L’affichage, par l’indice de durabilité qui bloque la mise sur le marché sous un certain seuil. La conditionnalité, par le remboursement des aides d’État en cas de manquement. La conception, par l’écoconception rendue obligatoire. Reliés autour de ce que le produit fait vivre, ils cesseraient d’être quatre outils pour devenir un modèle économique : un mécanisme qui crée de la valeur, et pas seulement une source de financement.

Quatre traits, sur ce terrain, sont partagés par les sept. Ce qui est demandé aux entreprises relève de la réduction : le programme insoumis encadre un prix, plafonne une marge, interdit une substance, comme les six autres. L’innovation produit y vise la réduction des impacts, sans qu’aucun des sept ne demande d’où elle pourrait partir autrement : le potentiel d’un écosystème et de ceux qui en vivent. Le financement passe par l’aide publique chez les sept, la vente n’y entrant pour rien. Et le social et l’environnemental du produit y restent écrits séparément : un revenu, une condition de travail d’un côté, un impact évité de l’autre, jamais un même mouvement. Ce que le programme insoumis ajoute à ce socle commun, la suite l’examine.

Ce que le programme mobilise pour financer

Taxation des superprofits et des grandes fortunes, caisse de défaisance des dettes de conversion, refonte de la PAC, budget de la planification écologique. Le programme finance sa transition par l’impôt et par le budget public, et la vente n’y entre pour rien.

Deux logiques financent ce budget, et elles se distinguent. La taxation prélève sur ce qui existe déjà : superprofits, grandes fortunes, héritage. La répartition, elle, agit sur la production de la richesse elle-même : progressivité accrue de l’impôt sur le revenu, écart maximum entre le salaire le plus bas et le plus haut dans les entreprises, revenu maximum. La première finance l’État qui répare ; la seconde resserre l’écart avant même que la dépense publique intervienne : deux leviers qui agissent à des moments différents de la chaîne, sans jamais faire dépendre le financement de ce qui se vend.

Ce financement engage pourtant trois conditions réelles. La planification écologique donne de la durée à ce qu’elle programme, la caisse de défaisance avance l’argent d’une conversion, les scieries et les coopératives rétablies remettent en état des outils de transformation. Trois conditions que les entreprises d’une filière peinent à réunir seules, et que la puissance publique met ici en place.

Qui décide de cette affectation reste largement une question de décision de l’État. Le programme prévoit une démocratie écologique au niveau communal, avec des commissions intégrant citoyens et associations, mais pour la planification en général, pas nommément pour l’arbitrage de ce budget. C’est le même écart que biens communs et écorégion : une administration qui agit pour les entreprises d’une filière, sans qu’elles siègent à la table où l’affectation se décide.

Ce que ce financement ne fait pas, c’est croître avec ce qui se vend. Une contribution payée par l’impôt reste une dépense, et une dépense s’arbitre chaque année contre les autres : la caisse de défaisance vaut ce que vaut le budget qui la dote. Une contribution portée par le produit augmente avec le volume vendu, et c’est la différence entre une transition financée par la contrainte et une transition financée par la croissance de ce qui la porte. Ce second chemin se heurte d’ailleurs à un obstacle qui dépasse le programme lui-même.

Notre article « Finance régénérative : financer l’adaptation » traite cette question pour l’adaptation.

Partie III · Financer la transition : ce que nous proposons

11 · Payée à l’achat d’un produit contributif, la contribution se renouvelle ; payée par la taxation des superprofits et des fortunes, elle se rediscute chaque année

Une contribution payée à l’achat se renouvelle à chaque vente ; payée par l’impôt, elle se rediscute à chaque loi de finances. Ce qui la rend possible tient à un verrou comptable à lever et à un co-investissement entre maillons à construire.

Le verrou comptable, et ce qu’il coûte

Ce qui retient le passage de la restauration à la régénération, c’est que la contribution n’y devient jamais un actif. Les normes comptables classiques permettent d’inscrire une dette environnementale au passif, sans autoriser à porter à l’actif la valeur créée (c’est ce qu’une comptabilité en triple impact rendrait possible) : une forêt menée en futaie irrégulière, dont le sol s’épaissit et le peuplement se diversifie, enregistre un capital naturel accru que rien ne permet d’inscrire. La Délégation sénatoriale à la prospective a chiffré ce que cette cécité coûte, en relevant que plus de quarante pour cent des titres détenus par les établissements financiers français dépendent d’au moins un service écosystémique. La note de cadrage de la triple profitabilité détaille ce verrou, ses dérogations sectorielles et les modèles comptables qui cherchent à le lever.

Deux analyses d’entreprise montrent ce que ce blocage produit, sur deux trajectoires inverses. Michelin, à 45 %, dispose des cadres de mesure les plus avancés de son secteur, et l’exercice 2025 recule : ventes à 26 milliards d’euros, en retrait de 4,4 %, volumes en baisse de 4,7 %, résultat net à 1,7 milliard, en baisse de 12 %. La mécanique est arithmétique. La RSE agit sur l’impact par pneu produit ; le revenu dépend du nombre de pneus vendus : quatre-vingt-dix-huit pour cent du chiffre d’affaires. Quand les volumes reculent, elle n’a aucune prise sur ce qui fait la perte, et comme elle se finance par prélèvement sur les marges, elle rejoint les frais généraux dans les variables d’ajustement.

Patagonia, à 68 %, donne l’écart inverse. La Terre y est actionnaire unique, le chiffre d’affaires croît de 6 %, et les émissions de 2 %. Patagonia nomme d’ailleurs sa propre limite : la biodiversité figure dans son rapport 2025 comme une condition externe de continuité économique, hors de son périmètre de contrôle. C’est ce qui sépare un produit régénératif d’un modèle régénératif, et le quatrième niveau se juge à cette seconde condition.

Les deux écarts n’appellent pas la même réponse. Chez Michelin, le discours tient un niveau que le modèle économique ne tient pas : c’est un écart de transformation, et la réponse est interne. Chez Patagonia, l’entreprise sait et ne peut pas seule : c’est un écart de capacité, et il demande une filière. Le programme insoumis travaille le second (il reconstruit les outils et sécurise les revenus, on le verra sur la forêt) et laisse le premier à ceux qui conçoivent. Le mécanisme y diffère un peu de celui de Patagonia : c’est le morcellement de la propriété qui empêche d’agir seul, pas un savoir sans filière.

Ce découplage n’est pourtant pas une fatalité : Expanscience, à 75 %, tient les deux à la fois. Son intensité carbone a baissé de 31 % depuis 2019, quand son chiffre d’affaires progresse : une corrélation de long terme que Michelin et Patagonia n’atteignent pas chacun d’un côté. Notre livre blanc pose ce que cette corrélation change pour une entreprise. Patagonia et Expanscience ont d’ailleurs chacune des produits primés aux Lauriers de la Régénération (Patagonia parmi les porteurs de la certification Regenerative Organic, Expanscience avec Gaïaline® et TULSINITY® Bio) : la preuve existe au niveau du produit, avant même de l’être au niveau du modèle entier.

Le modèle économique de la régénération

Au quatrième niveau, l’offre porte la contribution. L’activité fait prospérer le territoire et ses habitants, et la rentabilité vient de là, à deux conditions : avoir d’abord réduit ses impacts négatifs, et répondre à un besoin réel. Et cela ne concerne pas toutes les activités : une mine ou une cimenterie visent la robustesse, pas la régénération, et c’est un aboutissement stratégique légitime.

Ce qui manque pour l’atteindre a un nom : le co-investissement. Durée des engagements entre maillons, préfinancement, participation aux outils de première transformation, partage des gains obtenus ensemble, avec un atterrissage comptable en triple capitaux : c’est ce qui distingue le partage d’un résultat de la mutualisation d’un risque et d’un gain. Le programme insoumis en tient déjà deux pièces sur quatre : la caisse de défaisance préfinance la période creuse d’une conversion, et les scieries et coopératives rétablies sont l’outil de transformation. Restent la durée des engagements et le partage des gains, qui ne sont pas encore posés.

Ce co-investissement contractuel et la loi se complètent, plutôt qu’ils ne s’opposent. La loi donne au contractuel le marché loyal dont il a besoin pour tenir ; le contractuel donne à la loi le critère qui lui manque. C’est le mécanisme de l’économie régénérative, qui doit à l’économie de la mutualité sa façon de construire le prix : la nature et la santé au même niveau que le capital financier, les trois capitaux dans un seul bilan (le business model de l’entreprise régénérative).

La vraie question que pose ce mécanisme est celle-ci : qui paie, à quel moment, et pour quel gain. Le programme insoumis répond par la taxation et par le budget de la planification, ce qui répartit après coup. Un prix qui incorpore la contribution la répartit au moment de l’échange, et sur une futaie irrégulière menée quarante ans, c’est la seule répartition qui tienne la durée.

C’est pourquoi le levier qui débloquerait tout est l’innovation produit, à 44 % ici. Une contribution payée sur la marge ou rattrapée par une aide reste une charge fragile, remise en cause à chaque exercice difficile. Incorporée dans l’offre, elle devient un revenu qui croît avec le volume vendu, et l’indice de durabilité montre que ce programme sait déjà faire entrer une exigence dans le produit.

Pendant les incendies de juillet, 14 500 entreprises ont été évacuées, dont 13 000 à l’arrêt, et plus de 130 000 salariés ont été empêchés de travailler. Ces entreprises avaient la souveraineté de lieu, et l’écosystème a cédé sous elles : le protectionnisme écologique trace une frontière autour de ce qui entre, il ne protège pas de ce qui arrive au territoire où l’on produit. La conclusion vient d’une chambre de commerce plutôt que d’un collectif écologiste : pour Patrick Seguin, de la CCI Bordeaux Gironde, il va falloir revoir tout le modèle économique.

12 · Eau, forêt, agriculture régénératives : ce que le programme insoumis rendrait finançable

Sur l’eau, la forêt et l’agriculture, le programme tient la règle et l’aide ; une activité régénérative y ajouterait une conduite que la vente rémunère. Chacun des trois écosystèmes a un précédent chiffré ou un modèle qui tient déjà : Eau de Paris pour l’eau, la sylviculture régénérative pour la forêt, le pâturage tournant et la brique de lait votée pour l’agriculture.

Ce qu’une eau régénérative ajoute à une eau protégée

Eau de Paris agit à la source plutôt qu’en bout de chaîne, et le résultat est chiffré. La régie publique accompagne les exploitants de ses aires de captage vers le bio, par un régime de paiements pour services environnementaux : le seul notifié à la Commission européenne. Entre 2019 et 2023, les surfaces bio y ont quadruplé, de 2 800 à 11 800 hectares ; les pesticides ont reculé de 77 % dans les exploitations engagées ; et les concentrations dans les eaux brutes de la vallée de la Vanne ont baissé de moitié.

Le coût est trois fois inférieur à celui du traitement d’une eau polluée. Le régime se co-construit avec l’agence de l’eau, des chercheurs et les agriculteurs : la qualité de l’eau, la santé des sols et le revenu paysan y avancent ensemble, et c’est l’eau du robinet. Notre analyse du cas Volvic détaille ce que cette approche change par rapport à une action limitée à l’emballage.

Une eau se joue sur trois périmètres, et chacun reste muet sur les autres. La bouteille : le recyclage, le carbone de l’emballage. L’eau elle-même : sa qualité sanitaire, le fait qu’elle soit restée pure à la source. La ressource et son territoire : le prélèvement, la biodiversité de la source, les sols agricoles de l’impluvium.

Le programme agit sur le troisième, l’entreprise communique sur le premier, et rien ne les relie. Un progrès sur l’emballage laisse entière la question de la source, et une nappe préservée par la puissance publique ne se lit nulle part sur le produit. Relier les trois demanderait que ce qui se vend porte ce que sa production a fait vivre : ce qu’Eau de Paris démontre côté ressource, sans que le marché en retienne autre chose que la bouteille.

Ce qu’une forêt régénérative ajoute à une forêt protégée

Soustraire des surfaces protège un peuplement, et ne suffit pas à le rendre vivant. Neuf millions d’hectares de forêt privée française sont déjà, de fait, peu récoltés : 43 % seulement de leur production biologique y est prélevée. Le résultat n’est pas un sanctuaire : ce sont des accrus, essences pionnières, faibles diamètres, presque pas de vieux arbres ni de bois mort. Ils accumulent du volume sans produire ce qui fait une forêt riche.

L’arbre est un pilier du vivant : il tient ensemble l’eau, le sol, les bêtes et les gens d’un même lieu. Il ne l’entretient pas depuis l’extérieur, il l’habite et il le nourrit : l’eau qu’il infiltre fait vivre le sol, ce sol retient davantage d’eau et nourrit l’arbre, qui étend son couvert. Chaque tour renforce le suivant, et c’est ce qui distingue régénérer de restaurer, qui ramène au point de départ.

Prélever sans rompre ces cycles porte un nom : la sylviculture régénérative. Quatre maillons la rendent finançable : une parcelle qu’on peut nommer, un cahier des charges qui dit les pratiques, une conception de produit qui les traduit, une étiquette qui la rend rémunérable. Le lait, l’huile d’olive, le thé et le champagne ont déjà franchi ce pas ; le bois peut être la filière suivante. Notre dossier sur l’arbre pilier du vivant détaille les quatre maillons et les modèles qui les tiennent déjà ailleurs.

L’agriculture régénérative : quand les pratiques deviennent le moteur du revenu

Le programme oriente les pratiques ; l’agriculture régénérative en fait le moteur du revenu. Elle repose sur trois leviers agronomiques (couverts végétaux permanents, allongement des rotations, réduction du travail du sol) et sur un principe que Robert Rodale formulait dès 1983 : accroître la base de production biologique des terres à des niveaux de productivité croissants. Restaurer répare un état ; régénérer promeut la capacité d’auto-renouvellement d’un système vivant. Ce sont deux logiques distinctes.

Une seule pratique bien choisie agit sur six terrains à la fois, et c’est ce qui change l’équation économique. Le pâturage tournant dynamique améliore les sols, l’eau, le climat, le bien-être animal, la qualité du produit et l’économie rurale, sans coût supplémentaire pour l’éleveur. Notre analyse de l’agriculture régénérative documente cette généalogie, des savoirs ancestraux au business model régénératif.

Trois mécanismes rémunèrent ces services, et le programme n’en retient qu’un. Les paiements pour services environnementaux rémunèrent la pratique sur mesures vérifiées : c’est celui qu’il généralise. L’insetting permet à une entreprise de financer ces services dans sa propre chaîne de valeur plutôt que sur un marché carbone externe. Et la structuration de filière crée de la valeur par elle-même : collecte mutualisée, tri qualitatif, traçabilité, contrat pluriannuel.

Le déséquilibre que tout cela cherche à corriger se lit sur une brique de lait. C’est qui le Patron ?! vend sa brique 1,47 € le litre, dont 0,59 € reviennent à l’éleveur : une part fixée par le vote de 7 365 consommateurs, sur un contrat de cinq ans. Un prix plancher fixe un minimum ; ici, c’est la répartition elle-même qui est votée, et elle tient dans la durée sans redéfinir de plancher chaque année.

Nos analyses sectorielles montrent où se situe chaque filière et ce que la bascule y demande. L’alimentation régénérative suit la chaîne du sol à la santé et recense les produits qui la démontrent en rayon ; le passage du bio au régénératif déplie ce qui manque du champ au produit ; la modélisation de la filière laine chiffre ce qu’une filière structurée change : d’un cours export à un contrat pluriannuel documenté, le prix éleveur est multiplié par vingt sans subvention, dans une modélisation à visée prospective ; les enjeux du textile régénératif tiennent la même chaîne sur la fibre.

13 · Quatre maillons relient la forêt au produit contributif ; le programme en tient un et en amorce un second

Ce que le programme insoumis rendrait finançable se lit d’abord sur la forêt, puis sur le produit. La forêt montre en grandeur réelle ce que les mesures tiennent et ce qu’elles laissent ouvert ; le produit montre ce qu’un affichage et un prix pourraient y ajouter.

Ce que ça donne sur la forêt

La forêt le montre en grandeur réelle. Le programme y consacre dix-sept mesures, de 25 % de la surface laissée en libre évolution au niveau national à la reconstruction des scieries, et il finance les pratiques. Or les trois quarts de la forêt française appartiennent à des propriétaires privés : 11,6 millions d’hectares répartis entre 3,5 millions de personnes. La filière forêt-bois française établit ce que cette structure produit, et ce que le changement de pratiques suppose.

Les pratiques que le programme demande sont souvent les bonnes, et ce qui change est ce qui les justifie. Couverts végétaux, haies, essences diversifiées, bois mort laissé au sol, prairies permanentes préservées : ces pratiques figurent aussi dans le plan du Shift Project, où elles comptent pour le carbone qu’elles stockent. Ici, elles comptent pour l’écosystème qu’elles protègent. Au niveau suivant, elles compteraient pour ce que le produit qui en sort entretient, et c’est la vente qui les rémunérerait.

Deux chiffres disent pourquoi ni une loi ni un statut n’y suffisent. La surface moyenne par propriétaire est inférieure à quatre hectares selon l’IGN, et environ trente-six pour cent seulement des forêts privées sont dotées d’un document de gestion, d’après les chiffres clés du Centre national de la propriété forestière et de Fransylva. Le programme veut réorienter les pratiques sur des surfaces dont les deux tiers n’ont aucun plan, et dont chaque parcelle relève d’une décision individuelle.

Un prix versé pour des pratiques atteint un propriétaire de deux hectares, là où une règle nationale a plus de mal. Ce que la filière forêt-bois produit et ce que le changement de pratiques suppose sont documentés dans l’arbre comme pilier du vivant.

Fermer la boucle demande quatre maillons ; le programme en tient un, et en amorce un second. Une parcelle qu’on peut nommer d’abord (le morcellement l’interdit à trois millions et demi de propriétaires pris un par un, mais les coopératives et les scieries rétablies rassemblent des parcelles voisines sous une conduite commune) : c’est le regroupement qui rend un massif nommable, et le programme le finance. Un cahier des charges ensuite, qui dirait la conduite tenue (futaie irrégulière, essences mélangées, bois mort laissé au sol) : partiellement présent. Le programme conditionne les aides publiques forestières au stockage de carbone et à la préservation des écosystèmes, rend transparentes les autorisations de coupe pour permettre le recours de tiers, et impose la traçabilité complète des importations avec obligation pour les entreprises d’exclure de leurs approvisionnements ce qui vient de la déforestation. Trois conditions réelles, mais qui restent au niveau de l’objectif (stocker du carbone, préserver un écosystème) sans jamais descendre à la pratique nommée. Une conception de produit qui la traduise en choix techniques, puis une étiquette qui la porte jusqu’à l’acheteur et permette de la payer : ces deux derniers maillons manquent également, et ce sont eux qui transforment un volume en valeur.

Les trois limites de la protection

La protection existante donne la mesure de ce à quoi le programme ajoute vingt-cinq points. En France, 42 % des forêts sont classées en aire protégée, mais la moitié de ce total relève du seul réseau Natura 2000 (19,5 % des forêts), un outil contractuel qui impose des obligations de gestion sans rien interdire ; la protection réellement contraignante ne couvre que 2,2 % des forêts. Le programme ne se contente donc pas d’étendre un périmètre déjà protégé sur le papier : il porte la libre évolution à un niveau que la protection forte n’atteint pas aujourd’hui.

Protéger est la réponse que la situation appelle, et elle atteint sa limite pour trois raisons. La première tient à la forteresse (la Gironde l’a établi en juillet) : protéger suppose qu’on puisse isoler un système d’un écosystème dont il fait partie, quand les chaînes de valeur et les écosystèmes sont intriqués. La deuxième tient à l’objet visé : protéger, comme restaurer, cherche à tenir ou retrouver un état, quand régénérer vise à faire grandir une capacité (c’est la limite commune aux deux premières logiques, pas seulement à la protection). La troisième tient à la posture : gérer la pénurie, calculer des quotas et limiter la casse installe une position réactive, qui produit peu d’imaginaire désirable et aucun modèle économique nouveau. Dépasser ces trois limites, c’est ce que la démarche suivante propose.

Notre approche

Notre approche forêt part du même regroupement que le programme finance, et va plus loin sur les deux derniers maillons. L’arbre comme pilier du vivant documente ce qu’un cahier des charges filière-bois écrirait (futaie irrégulière, essences mélangées, bois mort laissé au sol) et ce qu’une étiquette porterait jusqu’au rayon. Dans le textile, la même logique tient de bout en bout : les enjeux du textile régénératif décrivent la chaîne complète, et nous accompagnons la filière ortie à la construire avec les cinq ateliers du business model régénératif.

La question qu’une entreprise devrait pouvoir se poser est celle-ci : est-ce que la France va mieux parce que notre usine existe ? Une usine régénérative restaure des sols par ses filières locales, sécurise des revenus agricoles, maintient des savoir-faire, et ses emplois cessent d’être délocalisables.

Pour un programme politique, la question se pose à son échelle : ceux qui vivent du territoire décident-ils avec lui, ou seulement pour eux ? Le programme insoumis répond à la seconde moitié (il protège, il finance, il planifie) et laisse la première ouverte : aucun producteur, aucun forestier ne siège encore là où l’affectation se décide.

Ce que l’innovation régénérative demande se lit sur une échelle qui commence là où le programme s’arrête. La ligne va de la sobriété à l’éco-conception, avec l’analyse de cycle de vie du produit sur seize critères ; puis à l’éco-socio-conception, avec une analyse de cycle de vie étendue au social selon l’ISO 14075 ; puis au design régénératif, avec une analyse de cycle de vie contributive. Le programme installe la première étape et rend la deuxième obligatoire.

Le passage à la régénération demande une analyse qui compte ce que la fabrication apporte, et non le seul impact qu’elle évite. Une conception qui parte de l’écosystème, une analyse qui mesure la contribution en triple impact, un affichage qui l’atteste, une répartition qui la partage entre les maillons : c’est l’innovation positive en triple impact, et c’est ce qui fait passer un modèle économique de la réduction à la régénération.

Ce qu’est un produit régénératif en triple impact

Un produit régénératif combine deux mouvements qui s’ajoutent. Réduire les impacts d’abord (écoconception obligatoire, obsolescence programmée abolie, durée de vie allongée) : c’est ce que le programme demande. Augmenter ensuite les capacités du vivant, sur deux indicateurs que l’analyse de cycle de vie classique ignore : la biodiversité et la santé humaine.

Ces deux indicateurs déplacent le regard là où les enjeux se jouent. L’ACV traditionnelle désigne le fabricant comme l’étape aux plus gros impacts, et l’attention se porte sur l’emballage. La biodiversité renvoie aux fournisseurs d’ingrédients : les champs, les sols, les filières amont ; la santé humaine renvoie à l’usager final. Ce sont eux qui disent si un produit régénère le vivant ou se contente de polluer un peu moins.

Passer à la régénération demande de changer trois choses : d’où part la conception, ce qui crée la valeur, et comment cette valeur se partage. La réponse se lit en triple impact sur un territoire : ce que les écosystèmes y ont gagné, ce que les humains y ont gagné, ce que l’activité y gagne.

Le partage décide de la durée. Un gain capté par l’aval ne finance rien en amont : le producteur qui tient les pratiques n’a aucune raison de les tenir l’année suivante. Réparti entre les maillons (par un prix construit ensemble, un engagement de durée, une part des gains obtenus) il devient ce qui rend la boucle reproductible.

La boucle du produit, appliquée à la forêt

Sur la forêt, cette valeur se construit en boucle, et chaque maillon dépend du suivant. Un fabricant qui s’engage sur un volume et une qualité permet à une scierie de tenir son outil ; cette scierie permet au propriétaire de mener une futaie irrégulière plutôt qu’une coupe rase ; et ces pratiques sont ce qu’un cahier des charges atteste, donc ce qui justifie le prix payé.

Ce qui distingue la forêt de l’alimentaire est le temps. Trois ans de conversion en agriculture, quarante ans entre la décision sylvicole et la récolte. Un propriétaire décide aujourd’hui de pratiques dont il ne verra pas le résultat, et rien dans cette durée ne se finance par une vente qui arrive une fois par génération. La boucle ne peut donc pas se fermer sur le seul produit fini : elle demande un engagement qui rémunère les pratiques à chaque vente intermédiaire, et qui traverse les générations de propriétaires.

Ce déplacement est un travail, et il se conduit avec les maillons de la filière. Sur la forêt, il consiste à réunir un propriétaire, une scierie et un fabricant autour de pratiques datées, à construire avec eux un prix qui la paie, et à chiffrer ce que chacun y gagne : nos cinq ateliers du business model régénératif le conduisent, de l’analyse de la chaîne actuelle à l’atterrissage comptable en triple capitaux. Il se décide dans une entreprise, avec ceux dont elle dépend, sans attendre de majorité ni d’alternance.

Le terrain confirme que la réponse attendue est économique. Consultés par le Shift Project, sept mille sept cent onze agriculteurs répondent à quatre-vingt-sept pour cent que leur engagement dépend d’une réponse économique. Un propriétaire forestier tient le même raisonnement : les pratiques changent quand le débouché les rémunère.

Ce que la demande attend, et ce qu’elle est prête à payer

Ce que les gens attendent d’un produit est documenté, et le programme n’en utilise qu’une part. Worldpanel identifie quatre moteurs d’achat qui se recouvrent (la santé, l’origine, la solidarité, la planète), et c’est nous qui les relions à la trajectoire. Une offre peut être meilleure pour la santé, soutenir une filière et réduire les pressions environnementales tout en restant désirable pour des raisons qui commencent ailleurs que par sauver la planète.

Et la demande est prête à payer ce qu’elle peut vérifier. Soixante-dix-huit pour cent des Français jugent l’affichage environnemental utile, et soixante-cinq acceptent de payer jusqu’à dix pour cent de plus pour un produit dont la contribution est vérifiée. Le programme interdit les allégations trompeuses ; ce qui reste à écrire est l’attestation positive qui rend cette disposition à payer utilisable.

L’alternative en rayon est le premier blocage, et il est documenté depuis cinq ans. Dès 2021, trente-quatre pour cent des Français citaient l’existence d’alternatives de consommation écologiques accessibles à tous parmi ce qui ferait évoluer durablement leurs comportements : devant les réglementations sanctionnant les comportements négatifs, à vingt-six pour cent, et devant la multiplication des catastrophes, à vingt-trois. Vouloir ne suffit pas quand l’alternative manque, coûte trop cher ou demande trop d’effort.

Le blocage se situe au pouvoir plutôt qu’au vouloir, et les cinq temps du changement le montrent : savoir, vouloir, pouvoir, changer, persévérer. Les deux premiers sont acquis : trois Français sur quatre se déclarent assez informés sur ce qu’ils peuvent faire, et plus des trois quarts se disent prêts à changer.

Ils désignent par ailleurs qui doit agir, et l’ordre est constant. Les industriels en premier, le gouvernement ensuite, eux-mêmes en dernier. Quatre-vingt-huit pour cent attendent des produits plus résistants et réparables, quitte à ce qu’ils coûtent plus cher : le programme crée un service public de la réparation, et la demande qui le rendrait rentable existe déjà.

Le programme pose l’accès comme un droit, et la préférence reste à activer. La sécurité sociale de l’alimentation garantit que chacun puisse acheter ce qui est mieux fait. Que ce qui est mieux fait puisse le dire, se vendre à qui peut le payer, et financer par là les pratiques qui le rendent possible : c’est la seconde conséquence, et c’est celle qui fait vivre l’amont.

Un produit qui le fait déjà : l’huile d’olive Revoliva

L’olivier n’est pas un arbre forestier, mais il pose la même question que le chêne ou le pin : qui conduit la parcelle, et qui en vit. Revoliva a construit une filière où l’on parraine un olivier nommé (celui de José Luis en Andalousie, de Paolo en Haute-Provence) et où l’on reçoit un an d’huile de cette parcelle précise. Neuf cents oliviers parrainés sur un objectif de mille huit cents, huit cents parrains à ce jour.

Revoliva écrit les quatre maillons que le programme insoumis laisse ouverts sur la forêt. Une parcelle qu’on peut nommer : celle du parrainage. Un cahier des charges qui dit la conduite : l’« Oliveraie régénérative », un standard propre à Revoliva qui note les sols, la biodiversité, la sobriété et l’impact local ; le conventionnel reste sous R30, tous les oliviers proposés au parrainage atteignent R80. Une conception qui en découle : la culture, la transformation et la commercialisation tenues par la même ambition. Une étiquette qui la porte jusqu’à l’acheteur : chaque producteur publie son rapport d’impact.

Rien n’est ajouté à côté de l’activité, rien n’est compensé ailleurs. L’achat finance la conduite d’une parcelle nommée, cette conduite fait revivre ce sol-là, et ce sol donne l’huile qu’on achète : la boucle que la forêt française n’a pas encore fermée. Notre dossier sur l’arbre pilier du vivant documente ce cas et ce qu’il faudrait pour le transposer au bois.

À sa juste mesure, toutefois : neuf cents oliviers, c’est une jeune pousse, pas une démonstration à l’échelle d’une filière. Mais c’est déjà plus que ce que la forêt française peut montrer aujourd’hui.

C’est ce que démontrent les produits que nous distinguons. En 2016, un collectif de consommateurs a construit une filière avec des éleveurs : cahier des charges voté en assemblée, contrat de cinq ans, et une part revenant à l’éleveur fixée par le vote de 7 365 consommateurs, sur quatre-vingt-dix élevages. On n’a pas demandé aux acheteurs de consommer moins ni d’adhérer à une cause, mais de choisir une brique plutôt qu’une autre en sachant ce que leur argent fait vivre. Le chiffre d’affaires progresse de 11,8 % en 2024, à 126 millions d’euros, quand le marché du bio en grande surface recule de 5 %. Ce n’est ni une aide ni une norme, c’est un débouché, et cette France ne dépend d’aucune élection.

Des entreprises tiennent cette position à des échelles qui pèsent. Ecotone a réalisé 710 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, avec 84 % de son offre en bio, 97 % en végétarien et 12 % en Fairtrade ; Léa Nature 502 millions d’euros estimés, avec vingt-deux de ses vingt-six unités de production en France. Près de cent produits primés depuis 2024, dans vingt et un secteurs, en donnent d’autres formes, et dans chacun, la valeur créée se partage entre les acteurs de la chaîne au lieu de se capter au sommet.

14 · Nos quatre demandes à La France insoumise pour un made in France contributif qui finance la transition de la France : des scores, des labels, des indicateurs, de l’argent public

« Made in France » dit où le produit a été fini, pas ce que sa fabrication fait vivre : le revenu du producteur, la vie du sol, le métier maintenu sur le territoire. Notre manifeste du made in France contributif demande de le rendre lisible en rayon, pour passer d’« assemblé ici » à « fait grandir le vivant ici ». L’État peut y contribuer en reconnaissant les labels qui l’attestent déjà (Regenerative Organic Certified, Demeter, Bio Équitable en France) dans la commande publique et dans les aides ; le poids commercial vient des marques et des acheteurs. Lancé le 12 juin 2026 aux Lauriers de la Régénération, il a été remis aux ministères de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce.

Le made in France contributif est la régénération rendue lisible sur le produit. Régénérer, c’est tisser des relations mutuellement bénéfiques entre les êtres vivants d’un territoire (la vie dans les sols, les populations animales et végétales, les communautés humaines) de sorte que chaque être vivant renforce par son activité propre la capacité des autres à poursuivre leur propre évolution. L’économie régénérative en est le modèle économique : une entreprise rentable dont le modèle augmente la capacité du vivant à prospérer dans les territoires dont elle dépend, parce que le produit en vente est issu de pratiques régénératives. Nos quatre demandes en font la traduction publique, pour financer la transition de la France.

Les quatre demandes en découlent, et partent chacune de ce que le programme écrit déjà.

1 · Rendre obligatoires les scores gradués. Le programme généralise l’indice de durabilité, qui bloque la mise sur le marché sous un certain seuil, et interdit les allégations de neutralité carbone. Il manque un score qui note aussi la biodiversité, les pesticides et le bien-être animal, comme le Planet Score : l’indice de durabilité porte sur la durée de vie de l’objet, une échelle de A à E montrerait à chaque producteur ce qui lui reste à franchir, et l’obligation met toutes les marques sur la même ligne.

2 · Faire connaître les labels qui attestent une contribution. Le label bio est soutenu par la caisse de défaisance, et l’INAO, l’AOP, l’AOC et l’IGP protègent des produits du terroir : ils attestent une origine ou une pratique, jamais ce que la fabrication rémunère. Cinq labels portent déjà ensemble l’environnement, le social, l’économique et le territoire : Regenerative Organic Certified, Demeter, Nature & Progrès, Bio Équitable en France et Biopartenaire. Les faire connaître est un travail public : des campagnes qui disent ce que chacun atteste, et leur place dans l’affichage et dans les achats publics.

3 · Compter ce que la production rend. Le programme fait entrer le diagnostic de l’état des écosystèmes dans les comptes publics, avec des indicateurs biophysiques et économiques, et un outil national inspiré de Copernicus suit les données d’économie et d’environnement. Il manque des indicateurs sur le produit : l’état des sols et de la biodiversité, le revenu réellement payé au producteur et l’emploi tenu sur le territoire. La demande se décide à Bruxelles, dans la révision du PEF et dans les actes délégués du passeport numérique, qui fixent pour des années les champs affichés par secteur ; le programme, qui porte déjà des mesures aux frontières (droits de douane écologiques, taxe kilométrique), peut la porter dans cette négociation.

4 · Faire suivre l’argent public à la contribution du produit. Le programme conditionne toute aide d’État aux grandes entreprises à des objectifs sociaux, écologiques et fiscaux contraignants, avec remboursement en cas de non-respect, et révise le Code des marchés publics en faveur des entreprises sociales, solidaires, écologiques et locales. Il manque un critère de contribution, avec une preuve qu’un agent public puisse vérifier : les labels de la deuxième demande la fournissent déjà. Trois circuits le portent : les opérateurs publics, les aides décidées en loi de finances et la commande publique. Brancher la conditionnalité des aides sur un gain mesuré en triple impact fait passer les 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises de la logique de guichet à la logique capacitaire : ne plus se demander si une aide existe, mais ce qu’elle permet de renforcer.

Chaque demande part de ce que le programme écrit, et ajoute une clause. C’est ce qui la rend inscriptible. Ce qui manque au débat est une preuve de terrain : chiffrer le delta entre une filière régénérative et une filière conventionnelle, maillon par maillon. C’est le travail que nous conduisons avec le groupe économie régénérative en triples impacts localisés, et une campagne présidentielle est un bon moment pour le rendre public.

Le niveau suivant demande de donner du pouvoir. Associer les producteurs aux décisions qui les engagent, faire siéger les écosystèmes dans les instances qui arbitrent leur usage, donner à l’acheteur les moyens de savoir ce que son achat finance. Une voix dans les instances et une part de la valeur : le programme ouvre largement la première, et la seconde reste à écrire.

L’enjeu de la rentrée a changé en un an. À la rentrée 2025, le débat portait sur la conditionnalité des aides aux entreprises et sur la juste répartition de l’effort fiscal. Il porte aujourd’hui sur le financement de l’adaptation : comment payer ce qui permettra au pays d’encaisser les étés qui viennent, sans que les entreprises y perdent leurs objectifs économiques. Une contribution payée par l’impôt reste une dépense ; une contribution portée par le produit devient un revenu, et c’est la seule réponse qui ne se rediscute pas à chaque loi de finances.

Ce qu’il faut retenir

Des mesures qui restaurent : 57 % au Capacity Score, niveau restauration. Les mesures du programme de La France insoumise portent sur les cours d’eau et les sols, les forêts, le revenu agricole : des Régions redécoupées à partir des bassins versants, l’eau et l’air collectivisés, 25 % de la forêt en libre évolution, des prix planchers. La restauration est acquise ; la régénération, qui demande que l’activité fasse prospérer le territoire et ceux qui l’habitent, reste à ouvrir.

Trois leviers répondent aux enjeux, trois n’y répondent pas encore. La gouvernance (72 %), l’intelligence écosystémique (61 %) et la chaîne de valeur (61 %) devancent le leadership (52 %), les dynamiques humaines (50 %) et l’innovation (44 %). Le passage au niveau suivant se joue donc sur le levier le plus lent, l’innovation.

La conception part de l’impact à retirer. L’écoconception est obligatoire, l’indice de durabilité conditionne la mise sur le marché et les allégations de neutralité carbone sont interdites : les trois questions du levier reçoivent la même réponse, réduire. Ce que la fabrication pourrait faire vivre (un sol, un métier, un revenu) n’est demandé nulle part.

La tomate de Mélenchon est payée à son producteur, bio sans que le paysan s’endette et saine pour tous ; le sol vivant reste à écrire. Face à celle de Glucksmann, elle va plus loin sur le bio et sur le prix pour le ménage ; aucune des deux ne dit encore que son sol vit.

Le registre est celui de la protection, et les mesures vont plus loin. L’eau et l’air sont collectivisés, la propriété privée est empêchée de prévaloir sur leur protection : le vivant est mis à l’abri du marché plutôt qu’installé au cœur de la production. Mais arbitrer entre les usages d’un bassin versant, c’est déjà gérer les interactions d’un écosystème : les mesures réparent un état, ce qui est de la restauration.

Les mesures sont payées par l’impôt et le budget public ; l’autre chemin les fait payer à l’achat. Le prix au producteur, l’écoconception du produit et la conditionnalité des aides existent chacun dans son chapitre, sans que l’un cite les autres. Quatre demandes de notre manifeste y mènent : des scores gradués obligatoires, des labels reconnus, des indicateurs qui comptent ce que la production rend, de l’argent public qui suit la contribution.

Qui décide est écrit, ce qui sera produit reste à écrire. Le découpage de la décision est calé sur un écosystème ; reste à créer un siège avec voix délibérative pour l’écosystème. Cette lecture s’actualisera : le programme est ouvert à contributions citoyennes, dont la synthèse de juillet 2026 fait remonter un défenseur des biens communs local doté d’un pouvoir de blocage.

Les sept prises de parole de la rentrée, côte à côte

Cinq des sept lectures atteignent la restauration ; La REF et le plan du Shift travaillent la réduction des impacts.

Les sept prises de parole de la rentrée, lues au même Capacity Score, du plus bas au plus haut.
La prise de paroleEstimationNiveauCe qui la situe
Le plan du Shift
25 %
réduction des impactsen repère sur l’atténuation
La REF · MEDEF
30 %
réduction des impactsprotéger l’entreprise et ses salariés
Glucksmann · Place publique
55 %
restaurationrestaurer les forêts, les eaux et le revenu de ceux qui produisent
Mélenchon · LFI
57 %
restaurationles écosystèmes protégés de leurs usagers
Parti socialiste
58 %
restaurationréparer par la loi et par le budget
Impact France · UED
60 %
restaurationles écosystèmes dont l’activité dépend
Les Écologistes
63 %
restaurationl’interdépendance reconnue

Estimation sur documents publics. Chaque lecture porte sur un objet distinct : un programme de parti, un programme d’événement, un plan sectoriel d’atténuation. Un point d’écart entre deux lectures ne veut rien dire : chacune porte une incertitude de l’ordre de deux points. La lecture du plan du Shift et du récit qui le porte est publiée dans Faut-il débrancher Jancovici ?

« Avec un made in France régénératif, le territoire et ses habitants prospèrent grâce à l’activité économique : pas malgré elle. »

Jérémy Dumont, Nous Sommes Vivants

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Avez-vous la capacité de tenir vos objectifs 2027 ?

Les mêmes trente-huit questions qui ont servi à lire ce programme éclairent votre activité : votre posture sur la trajectoire limiter, réduire, restaurer, régénérer, votre niveau sur les six leviers, et celui qui limite votre progression. Le Capacity Score® ne mesure pas une performance et ne classe pas : il rend visible votre capacité à tenir vos trajectoires RSE, innovation et business.

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Gratuit, confidentiel, résultats immédiats. Vous visez la robustesse plutôt que la régénération ? Le Capacity Score l’évalue aussi. La présentation complète.

Le dossier · la politique et l’écologie

→ les deux projets présidentiels de gauche, ligne à ligne : la forêt, l’agriculture, la gouvernance et l’adaptation.

→ le programme des Écologistes : le projet de gauche qui va le plus loin sur la restauration, lu au même filtre.

→ le projet du Parti socialiste : la codétermination à parité et l’information produit.

→ le programme de La REF du MEDEF : l’autre bout de la chaîne.

→ le programme des Universités d’Été de l’Économie de Demain : la souveraineté abordée par les modèles économiques.

→ Faut-il débrancher Jancovici ? : le plan du Shift et le récit qui le porte, en repère sur l’atténuation.

→ l’enjeu politique de la trajectoire des entreprises : notre plaidoyer côté politique.


Sources : « L’Avenir en commun », édition 2025 (831 mesures dont 143 ajoutées et 120 précisées, signé par Clémence Guetté, Hadrien Clouet et Jean-Luc Mélenchon, melenchon2027.fr ; chapitre 2 section 1 sur les biens communs, chapitre 3 sur la citoyenneté dans l’entreprise, chapitre 8 sur le travail (salaire minimum, retraite, temps de travail), chapitre 9 sur la réindustrialisation et l’état d’urgence sociale (blocage des prix), chapitre 12 section 2 sur l’organisation de l’État, chapitres 13 à 15 sur la bifurcation écologique, les biens communs et la santé globale ; pages consultées le 29 août 2026 · ministère de l’Économie, premiers chiffres de l’impact des vagues de chaleur de l’été 2026 · synthèse des contributions citoyennes, melenchon2027.fr, juillet 2026, qui recense des demandes et non des engagements · meeting de clôture des AMFIS, Châteauneuf-sur-Isère, 23 août 2026, où la conscription écologique est annoncée ; comptes rendus de presse du 23 août 2026 pour ses modalités et son antécédent de 2022, avec les interventions de Pierre Lemaitre ; allocution de juillet 2026 sur les écorégions et la 6e République ; débat « Quelle place pour l’écologie dans un monde en guerre)? », Institut La Boétie, avril 2026 ; citations du discours rapportées par la presse · Troisième plan national d’adaptation au changement climatique, bilan à un an, juin 2026 · Bilans de l’été 2026 ; France Assureurs, premier bilan des incendies de l’été, 28 août 2026 (42 000 hectares parcourus en Gironde et dans les Landes en juillet, plus de 260 000 personnes évacuées, plus de 115 000 hectares brûlés sur les sept premiers mois contre 30 000 en 2025 · CCI Bordeaux Gironde, bilan des incendies de l’été 2026 · Résultats des élections municipales de mars 2026 · Peter Berg et Raymond Dasmann, « Reinhabiting California », The Ecologist, décembre 1977, traduit par Mathias Rollot, EcoRev’ n° 47, 2019 · Centre national de la propriété forestière et Fransylva, chiffres clés de la forêt privée, édition 2021 ; IGN, structure de la propriété forestière · L’ObSoCo, Observatoire des perspectives utopiques, vague 4 · Worldpanel by Numerator pour l’Ilec, Consumer Day 2026 · Délégation sénatoriale à la prospective, « L’évolution des valeurs dans le champ économique à l’horizon 2050 », octobre 2025 · consultation « Mobilisation des Entreprises de France – Cap sur 2027 », MEDEF-OpinionWay, 65 872 dirigeants interrogés du 15 avril au 15 juillet 2026 · Eau de Paris, paiements pour services environnementaux des aires de captage, données 2019-2023 · jugement du tribunal judiciaire de Paris du 23 juin 2026 sur les allégations Volvic · enquête Ipsos pour Nous Sommes Vivants · Nous Sommes Vivants) : de l’agriculture régénérative au business model régénératif, livre blanc, Capacity Score, FAQ du Capacity Score, analyses du Parti socialiste, des Écologistes, de La REF 2026, des Universités d’Été de l’Économie de Demain et du plan du Shift, comparaison Mélenchon-Tondelier, Michelin, C’est qui le Patron ?!, ce que le consommateur regarde en rayon, l’arbre pilier du vivant, note de cadrage de la triple profitabilité, Lauriers de la Régénération, manifeste du made in France contributif.

« L’Avenir en commun » édition 2025, chapitre 14 section 4 « Défendre la forêt, poumon de la planète », dix-sept mesures vérifiées sur melenchon2027.fr le 3 septembre 2026 · Capacity Score® : lecture d’un programme public conduite par Nous Sommes Vivants, 31 août 2026. Les analyses et les niveaux attribués engagent Nous Sommes Vivants.

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