
Le constat le plus lourd porte sur les personnes : les aliments les plus touchés sont les plus nutritifs. La réponse se construit au champ, dans un sol vivant qui tient l’eau, la chaleur et la densité nutritionnelle de ce qu’il porte. Elle se construit aussi dans la chaîne de valeur, en rapprochant la production de ceux qui la consomment. Elle se finance entre les maillons de la filière, par le co-investissement et le partage des gains.
1. Prix : pour Zero Carbon Analytics, la climateflation fait des flambées alimentaires une hausse durable
Dans sa chronique du 1er octobre, Isabelle Chaperon range la climateflation à côté de deux mots déjà installés : la « shrinkflation », qui réduit discrètement le contenu d’un produit à prix constant, et la « greedflation », qui gonfle les prix au-delà de la hausse des coûts. La nouvelle venue tient à une cause physique. La chercheuse qui a dirigé le rapport, Joanne Bentley-McKune, la définit comme une hausse permanente du coût de la vie, alimentée par les énergies fossiles et par les ravages des extrêmes météo.
Son briefing est le troisième d’une série que Zero Carbon Analytics consacre à la résilience des systèmes alimentaires face aux extrêmes climatiques et aux crises géopolitiques. Il prolonge une étude de Kotz et ses collègues parue en 2025, qui avait examiné seize cas dans dix-huit pays entre 2022 et 2024. Zero Carbon Analytics applique la même méthode aux événements survenus depuis 2024. Chaque épisode est situé dans l’historique des données climatiques ERA5, disponibles heure par heure depuis 1940.
Le résultat tient en une phrase : toutes les flambées cartographiées sauf une suivent une température, une sécheresse ou une pluviométrie plus extrêmes que tout ce que l’historique contient. L’exception confirme la règle. La tomate de Floride a bondi après la tempête hivernale Gianna, un événement qui revient environ un hiver sur dix, donc présent dans l’historique.
Le briefing en tire sa thèse centrale. Les mauvaises récoltes provoquaient autrefois des pénuries passagères, que le marché corrigeait. Le changement durable du climat fait des flambées un moteur continu de l’inflation, qui relèvera le niveau de base des prix tant que la décarbonation complète et l’adaptation structurelle ne seront pas atteintes.
Le tableau précise aussi la nature du lien qu’il établit : chaque flambée est relevée dans la presse en association avec un extrême climatique, et cet extrême est situé dans l’historique des données. La méthode documente une coïncidence répétée, sur tous les continents. Elle laisse ouverte la part de la hausse qui revient au climat et celle qui revient aux marges des intermédiaires, la « greedflation » que rappelle la chronique du Monde. Mesurer cette répartition, produit par produit, est le premier chantier qu’ouvre le briefing.
Note de méthode : la recherche documentaire des auteurs couvre surtout la presse anglophone des pays du Nord, la carte publiée est donc un minimum ; et les modèles qui projettent les effets du climat sur les rendements sous-estiment systématiquement ceux de la sécheresse et de la chaleur, les auteurs lisent donc leurs projections de volatilité comme des bornes basses.
Sources : Zero Carbon Analytics, Mapped: Climate extremes threaten global dietary quality and nutrition, 30 septembre 2026 · Isabelle Chaperon, Le Monde, 1er octobre 2026
2. Prix : cacao, huile d’olive, bœuf, tomate, les aliments du quotidien flambent sur tous les continents
Le tableau qui suit réunit des cas de l’étude Kotz et des cas ajoutés par Zero Carbon Analytics, tels que le briefing les présente.
| Aliment | Où | Événement climatique | Hausse du prix |
| Cacao | Afrique de l’Ouest | Chaleur extrême, 2024 | +300 % |
| Huile d’olive | Espagne, Italie | Sécheresses historiques, 2022-2023 | +50 % |
| Laitue | Australie | Inondations combinées, 2022 | +300 % |
| Riz | Japon | Vague de chaleur, 2024 | Flambée des prix |
| Bœuf | Royaume-Uni | Printemps et été 2025 les plus chauds jamais enregistrés | +12,8 % (2025 / 2024) |
| Tomate | Espagne | Janvier et février 2026 les plus pluvieux jamais enregistrés | +11 % (2026 / 2025) |
| Maïs | France | Juin 2026, le plus chaud jamais enregistré | +16 % (2026 / 2025) |
| Courgette, tomate, haricot vert | France | Juin 2026, le plus chaud jamais enregistré | +32 %, +31 %, +24 % (2026 / 2025) |
| Tomate | Floride, États-Unis | Tempête hivernale Gianna, 2026 : un événement d’un hiver sur dix, seule exception du tableau | +40 % à partir de janvier 2026 |
Beaucoup de ces produits sont des aliments de base attachés à une identité nationale : le bœuf aux États-Unis, la tomate en Méditerranée, le nori au Japon, l’agneau au Royaume-Uni. Les hausses les plus longues se concentrent sur le cacao d’Afrique de l’Ouest, l’huile d’olive d’Europe du Sud et le café d’Amérique latine et d’Asie du Sud-Est. Ces trois produits ont peu de substituts et une offre rigide : ils poussent dans quelques régions, sur des arbres qui demandent plusieurs années avant de produire.
La tendance de fond se chiffre aussi. Le changement climatique a déjà retiré 21 % à la croissance de la productivité agricole mondiale depuis 1961, soit l’équivalent de sept années de gains techniques, et de 26 à 34 % dans les régions plus chaudes d’Amérique latine et d’Afrique. La sécheresse qui a frappé les grandes régions céréalières de l’hémisphère Nord en 2022 a été rendue au moins vingt fois plus probable par le réchauffement ; sans lui, un tel épisode reviendrait environ une fois tous les quatre cents ans.
Source : Zero Carbon Analytics, figures 1 et 2 du briefing et études citées
3. Prix et origine : en France, la tomate grappe a pris 31 % en un an, et une partie de la hausse vient des pays fournisseurs
Le cas français du tableau vient de l’Observatoire des prix des fruits et légumes de Familles Rurales. L’association a réalisé 118 relevés dans 40 départements, du 8 au 21 juin 2026, en hypermarchés, supermarchés, magasins discount et magasins bio spécialisés. Les fruits se stabilisent. Les légumes augmentent de 10 % en conventionnel et de 7 % en bio, avec trois hausses en tête.
| Juin 2026, sur un an | Conventionnel | Bio |
| Courgette | +32 %, 2,00 €/kg | +28 %, 4,04 €/kg |
| Tomate grappe | +31 %, 2,91 €/kg | +11 %, 5,99 €/kg |
| Haricot vert | +24 %, 7,14 €/kg | +19 %, 12,93 €/kg |
Zero Carbon Analytics range ces hausses parmi les flambées liées au mois de juin le plus chaud jamais enregistré en France. Familles Rurales donne une lecture plus large : une succession de fortes pluies, de fraîcheur puis de chaleur, à laquelle s’ajoute une météo défavorable en Espagne et au Portugal, principaux pays fournisseurs de la France. Les deux lectures se rejoignent sur l’essentiel, puisque c’est la météo qui a désorganisé les productions.
La hausse de 2026 s’inscrit dans une tendance longue. Depuis 2015, d’après l’association, les fruits frais ont pris 54 % et les légumes frais 62 %, quand l’inflation générale progressait de 21 %. Familles Rurales en tire une conclusion directe pour la santé publique : manger cinq fruits et légumes par jour reste possible, à condition de réduire la diversité de l’assiette et de renoncer à la plupart des produits bio.
L’été qui a suivi a aggravé le tableau. Trois vagues de canicule entre juin et août et une sécheresse que le ministère de l’Agriculture qualifie d’inédite sur 65 % du territoire ont fait chuter les récoltes : de 20 à 30 % de pertes sur la carotte, l’oignon, l’ail et l’échalote, la moitié de la récolte sur le haricot, le poireau et le chou-fleur, la totalité sur le brocoli, le pruneau et les petits fruits rouges dans certaines régions. Sur le terrain, une maraîchère de l’Aveyron n’a pu sauver que 10 kilos sur les 400 kilos de haricots verts récoltés. Un arboriculteur de Loire-Atlantique estime les trois quarts de sa production compromis. En Nouvelle-Aquitaine, le service statistique du ministère relève des pertes locales de 5 à 15 % sur la pomme, et des dégâts sur la fraise et la tomate.
Les producteurs se retrouvent pris en tenaille : la chaleur augmente leurs besoins en eau au moment où les restrictions liées à la sécheresse limitent leurs prélèvements. L’irrigation et le changement de variétés amortissent une partie du choc, sans lever la pression immédiate de la chaleur et des coûts de production.
Origine : les importations exposent l’assiette française aux extrêmes des autres bassins de production
Une partie de la hausse française vient d’ailleurs. Familles Rurales l’attribue aussi à la météo défavorable en Espagne et au Portugal, principaux pays fournisseurs de la France. Le tableau de Zero Carbon Analytics enregistre la même année une hausse de 11 % de la tomate en Espagne, après les mois de janvier et février les plus pluvieux jamais mesurés dans ce pays. Un approvisionnement concentré sur un ou deux bassins importe leurs extrêmes climatiques avec leurs produits. La chaîne de valeur localisée et diversifiée réduit cette exposition : elle rapproche la production de ceux qui la consomment et répartit le risque entre plusieurs territoires.
Le Made in France contributif donne un cap à cette relocalisation : un produit fabriqué et consommé en France dont la production contribue activement au vivant sur trois plans, environnemental, social et économique. L’origine désigne un lieu ; la contribution dit ce que la production apporte au territoire et à ses habitants.
Sources : Familles Rurales, Observatoire des prix des fruits et légumes, juillet 2026 · The Connexion, 12 août 2026, d’après Agreste, Franceinfo et TF1 · RappelConso, fiche 2026-09-0191, 28 septembre 2026 · Ministère de l’Agriculture, communiqué du 8 août 2025 · Assemblée nationale, proposition de résolution européenne n° 1789 · Nous Sommes Vivants, bilan de l’été 2026
4. Santé : les aliments les plus nutritifs sont les plus exposés, et les ménages se replient vers moins nutritif
C’est le constat central du briefing. Les extrêmes climatiques font monter les prix des aliments périssables et riches en micronutriments plus vite que ceux des céréales. Ce qui est en jeu, c’est la qualité, la variété et la valeur nutritionnelle de l’alimentation, au-delà de l’apport en calories.
Le mécanisme tient à la nature de ces produits. Fruits, légumes et produits animaux se conservent peu et demandent une coordination serrée du champ au consommateur : une route coupée ou un transport ralenti suffit à faire bondir les prix. Selon une analyse citée par le briefing, une forte tempête fait monter les prix des fruits et légumes de 26 %. En Australie, une modélisation d’événements extrêmes montre que les filières fruits, légumes et élevage sont les plus touchées : les légumes et les viandes maigres deviennent moins disponibles, plus que les glaces et les viandes transformées. Dans vingt-trois pays en développement, entre 2000 et 2020, les prix des aliments riches en micronutriments ont augmenté de 0,03 point par mois de plus que ceux des féculents, avec une volatilité plus forte.
Les ménages répondent en se reportant sur des produits moins chers et moins nutritifs. Dans l’Ouganda rural, les sécheresses ont réduit la disponibilité des calories, des protéines et du zinc pour les enfants de 67, 37 et 28 %, et la diversité de leur alimentation de 30 %, avec des effets mesurés sur leur croissance. Au Royaume-Uni, l’Energy & Climate Intelligence Unit attribue 30 à 40 % de l’inflation alimentaire des deux dernières années à cinq produits touchés par le climat — beurre, bœuf, lait, café, chocolat — qui pèsent 11 % du panier.
Ce constat rejoint celui que porte notre dossier sur l’alimentation régénérative, du sol à la santé. En soixante ans d’agriculture intensive, les soixante-dix fruits et légumes les plus consommés ont perdu 48 % de leur fer, 27 % de leur vitamine C et 16 % de leur calcium, d’après les tables de l’ANSES. La climateflation renchérit ces mêmes aliments. Le mangeur paie donc plus cher un aliment que le sol épuisé a déjà appauvri. Et la facture déborde de l’assiette : le système alimentaire mondial produit environ 10 000 milliards de dollars de valeur et en coûte près de 12 000 à la société, dont la moitié en santé.
Sources : Zero Carbon Analytics et études citées · ECIU, 2026 · Nous Sommes Vivants, l’alimentation régénérative
5. Sol vivant : la tomate tient sa récolte et sa densité nutritionnelle quand le sol est vivant
Le choc s’installe aussi dans l’économie. En 2026-2027, un « super » El Niño d’une sévérité historique croise les retombées de la guerre en Iran, dont les pénuries d’engrais font monter les coûts des agriculteurs. La réponse monétaire classique trouve ici sa limite : relever les taux face à un choc d’offre fonctionne pour une perturbation passagère et devient coûteux quand le choc dure. Un taux d’intérêt relève le coût du crédit ; il laisse intact le rendement d’un champ. Le briefing nomme lui-même la cause de fond : les pratiques agricoles conventionnelles accélèrent la dégradation des terres et sapent la productivité de long terme. En France, la dépendance aux intrants s’ajoute à la dépendance au climat : les engrais azotés se fabriquent à partir de gaz naturel, et le plan d’urgence de septembre 2026 y consacre 145 millions d’euros, plus 106 millions pour le carburant agricole.
L’été 2026 a posé cinq exigences à une exploitation qui veut traverser le suivant : tenir l’eau dans le sol, le protéger de l’érosion et de la perte de fertilité, étaler les récoltes, produire son fourrage sur place, protéger cultures et animaux du soleil et du vent sec. L’irrigation répond à la première. Les cinq pratiques retenues par IFOAM Organics Europe comme par le Rodale Institute répondent aux cinq avec un même système : ne pas perturber le sol, le garder couvert, y maintenir des racines vivantes, diversifier les cultures, ramener les animaux au pâturage avec le compost. Elles tiennent posées sur un socle bio, qui interdit les intrants de synthèse et fait contrôler chaque année ce que ces pratiques visent.
Contre l’excès comme contre le manque d’eau
Le rapport eau publié par CrowdFarming en 2025 chiffre l’effet de la matière organique. Un point de matière organique supplémentaire permet à un hectare de stocker 75 000 litres d’eau de plus et augmente l’infiltration jusqu’à 256 %. C’est le sol-éponge : il absorbe les pluies torrentielles au lieu de les laisser ruisseler, puis restitue l’humidité pendant les canicules. Il répond aux deux types d’extrêmes du tableau de Zero Carbon Analytics, l’excès de pluie comme la chaleur, pour ce qui pousse sur les sols qu’il couvre.
Le Farming Systems Trial du Rodale Institute, qui compare depuis 1981 des parcelles bio et conventionnelles côte à côte, en donne la mesure sur la durée. Les rendements sont équivalents en année normale. En année de sécheresse, le maïs bio rend 31 % de plus, écart vérifié quatre années de sécheresse modérée sur cinq, et l’eau qui percole dans les sols bio est supérieure de 15 à 20 %. L’essai porte sur des céréales en Pennsylvanie : ses chiffres valent pour ce contexte.
La tomate, plus riche quand le sol est vivant
Une revue de la littérature publiée en 2025 dans Nutrients, consacrée à l’agriculture bio-régénérative, relève des teneurs supérieures en vitamine C, en zinc, en fer, en magnésium et en polyphénols, avec moins de nitrates et de résidus de pesticides. La tomate fait partie des cultures où ces écarts sont observés, aux côtés des légumes-feuilles, du raisin, de la carotte, du riz et du blé. Le mécanisme est agronomique. La matière organique accroît la capacité du sol à retenir puis à fournir le calcium, le magnésium, le potassium et le fer. Les champignons mycorhiziens et les bactéries des racines rendent ces minéraux absorbables par la plante.


Un lieu. La tomate régénérative pousse sur un sol vivant, conduit sans intrants de synthèse, ce qui pose le socle bio, et au plus près de ceux qui la mangent. La relocalisation des filières, avec la traçabilité, les circuits courts et les contrats pluriannuels, est le premier levier de résilience et de valeur ajoutée pour le territoire.
Une chaîne. Comme pour tout produit régénératif, la question porte sur la cohérence de la chaîne derrière elle : des ingrédients issus de sols vivants, une production circulaire, une rémunération juste des agriculteurs et une transparence totale du champ à l’emballage. Au niveau le plus avancé, le prix relie l’ensemble : il rend les pratiques possibles, les pratiques font la qualité, la qualité justifie le prix.
Des personnes. L’agriculteur d’abord : le changement de pratiques commence par un revenu sécurisé, avec des prix fondés sur les coûts de production, déconnectés des cours, et des engagements de 3 à 15 ans, comme le pratique le label équitable Agri-Éthique. Le mangeur ensuite : 55 % des Français veulent savoir que les producteurs sont justement rémunérés, et le mangeur paie le juste prix dès lors qu’il comprend à quoi il sert. Ludovic Brindejonc, d’Agri-Éthique, nomme l’enjeu : « la régénération du lien entre ceux qui produisent et ceux qui mangent ».
Isabelle Delannoy donne un cadre à cette lecture : l’économie symbiotique est un design régénératif qui combine le vivant, le social et le technique. Une tomate qui fait progresser ensemble le sol qui la porte, le revenu de celui qui la cultive et la santé de celui qui la mange relève de cette logique.
Le même système agit ainsi sur les deux faces du choc décrit par Zero Carbon Analytics : la tenue de la récolte face aux extrêmes et la valeur nutritionnelle de ce qui est récolté. Il demande trois à cinq ans avant de produire son effet, le temps que la matière organique remonte, que les haies poussent et que les rotations s’installent. Pendant cette période, l’exploitation supporte des charges nouvelles avant d’en tirer un rendement.
Sources : Zero Carbon Analytics et études citées · Nous Sommes Vivants, de l’agriculture régénérative au business model · Rodale Institute, Farming Systems Trial · Feliziani, Bordoni et Gabbianelli, Nutrients, 2025 · Nous Sommes Vivants, du champ à l’assiette : qui délivre quoi · Isabelle Delannoy, entretien, En un battement d’aile
6. Lu en triple impact territorial, le choc relie l’état des sols, les personnes, l’économie des filières et le territoire
Sur l’environnement, la climateflation rend visible ce que l’état des écosystèmes agricoles coûte : un sol dégradé tient moins l’eau, moins la chaleur et livre un aliment moins dense. Sur les personnes, elle touche à la fois le producteur qui perd sa récolte et le ménage qui renonce à la diversité de son assiette, avec des effets mesurés jusque sur la croissance des enfants. Sur l’économie, elle pèse sur les marges, l’inflation et les taux d’intérêt. Sur le territoire, la relocalisation des filières est le premier levier de résilience et de valeur ajoutée : elle garde la valeur créée près de ceux qui produisent et rapproche l’approvisionnement de ceux qui mangent.
L’économique rejoint l’environnement et le social sur un point précis : la régularité du revenu. Sur sept cents exploitations néerlandaises suivies pendant dix ans, la variabilité des revenus baisse à mesure que les pratiques régénératives progressent. Le sol vivant amortit les chocs économiques comme il amortit les chocs climatiques. L’argument répond à la première préoccupation des agriculteurs : chez CrowdFarming, 79,2 % placent les conditions météorologiques extrêmes en tête. Et chaque fonction reprise par le sol sort du compte d’exploitation : moins d’eau achetée ou pompée, moins d’engrais, moins de traitements, moins de carburant par hectare.
Cette baisse des intrants répond à la première cause que Zero Carbon Analytics donne à la climateflation : la dépendance aux énergies fossiles. Les engrais azotés de synthèse sont fabriqués à partir de gaz naturel. Chaque fonction reprise par le vivant, comme l’azote fourni par les légumineuses, sort cette dépendance du compte d’exploitation, donc l’exposition de l’exploitation aux prix de l’énergie. Sur le pilier économique, c’est le point où la réponse au champ rejoint l’origine énergétique du choc.
Il le rejoint aussi par le prix, à condition que le prix relie les pratiques entre elles. Dans le modèle bio et régénératif, le prix rend les pratiques possibles, les pratiques produisent la qualité, la qualité justifie le prix. La boucle se referme, et c’est elle qui rend le système tenable sans subvention.
Source : Nous Sommes Vivants, l’équation économique de la transition
7. Les ménages paient déjà la hausse à la caisse ; la robustesse se finance en amont, entre les maillons
La climateflation tranche une question de calendrier. Les ménages paient déjà les dégâts du climat, au moment de l’achat et sans contrepartie. Les trois à cinq ans de transition d’une exploitation, eux, cherchent encore leur financement. La réponse que porte Nous Sommes Vivants est l’économie de la mutualité : on co-investit, et on partage équitablement les gains. Sa solidité se joue dans les termes de l’accord : la durée des engagements, le préfinancement des campagnes, la participation aux outils de première transformation, la répartition de la valeur créée. Face à la climateflation, ces termes ont un effet précis : un contrat long et co-investi répartit le risque climatique entre l’acheteur et le producteur, au lieu de le reporter sur le prix payé à la caisse.
Notre dossier sur l’alimentation régénérative identifie cinq payeurs à réunir dans ces accords, dont la combinaison rend le modèle viable : le mangeur quand la valeur est visible, l’entreprise par l’insetting, l’État et les collectivités par les paiements pour services environnementaux, le secteur financier, et la filière par des contrats pluriannuels.
Des filières françaises montrent ce que la durée d’un contrat amortit. Face à un choc de marché, C’est qui le Patron ?! a maintenu en 2024 son prix garanti de 0,59 € le litre de lait bio, alors que 30 à 50 % du lait bio français était déclassé. Son prix, construit sur les coûts réels des éleveurs et voté par les consommateurs, est garanti cinq ans par contrat, et ses ventes ont progressé de 11,8 % quand le lait bio reculait de 8 % en grande surface. Chez Lidl, Terre de Progrès lie l’enseigne, trois fournisseurs et dix producteurs dans un contrat tripartite, sur un référentiel « Sols Vivants », pour des pommes de terre régénératives.
Au niveau le plus avancé, plus on vend, plus le milieu et les gens qui y habitent se renforcent, et la rentabilité vient de là. Deux conditions s’appliquent : avoir d’abord réduit ses impacts négatifs, et répondre à un besoin réel. Se nourrir d’aliments denses en nutriments à un prix tenable est un besoin réel, et la climateflation le rend pressant. Ce passage engage toute l’organisation : l’offre, mais aussi la chaîne de valeur, les contrats, la gouvernance et le partage de la valeur avec les producteurs.
Sources : Nous Sommes Vivants, qui paie la santé du sol à l’assiette · Nous Sommes Vivants, les preuves économiques françaises · Nous Sommes Vivants, l’économie de la mutualité dans les termes de l’accord
L’adaptation régénérative lit la tomate sur trois réponses : se protéger sécurise l’approvisionnement et répercute le risque sur la caisse ; la robustesse reconstruit avec les producteurs une chaîne de valeur qui le partage, et fait tenir la filière ; la régénération donne en plus une tomate meilleure pour ceux qui la mangent comme pour le sol qui la porte.
Ce qu’il faut retenir
→ L’alimentation régénérative, du sol à la santé : produits, filières et qui paie
→ De l’agriculture régénérative au business model : pratiques, preuves et équation économique
→ Du bio au régénératif : certifications et marché, du champ au produit
→ Le Parti de la Tomate : pour une tomate Made in France qui nous fait du bien
→ L’adaptation régénérative : faire prospérer son territoire face aux chocs
→ Concevoir un produit alimentaire régénératif en cinq ateliers avec le RegenBMC
→ Construire sa filière avec ses parties prenantes : le Regenerative Circle Agri

Laisser un commentaire