Produit laitier régénératif : du cahier des charges au rayon

Élevage laitier régénératif — un éleveur et sa vache au pâturage sur une crête herbeuse
Le paysage que l’on traverse n’est pas un décor : c’est un système de production. Photo Ben Grayland.

Analyse sectorielle · Filière lait · Nous Sommes Vivants

Concevoir un produit laitier régénératif suppose deux choses : écrire les bonnes pratiques, et les rendre lisibles en rayon. Or un cahier des charges laitier peut être exigeant — les races, l’herbe, la densité du troupeau, la distance de collecte — et rester muet sur l’état des milieux ou sur le prix payé à l’éleveur. Deux manques distincts se présentent donc à une marque : des clauses qui existent et que rien ne rend lisibles en rayon, et des piliers sur lesquels il n’y a tout simplement rien d’écrit. Ce dossier prend le problème dans cet ordre. D’abord les pratiques : ce qu’une marque inscrit au-delà du bio, chez qui, et dans quel ordre les écrire. Ensuite la valorisation : par quels véhicules ces clauses atteignent le rayon, et ce qu’elles rapportent une fois affichées. Quatre indicateurs sont en jeu — la biodiversité, le bien-être animal, la capacité des producteurs, la santé de celui qui mange — et tous se jouent en amont. Les cas sont français, documentés, et déjà en rayon.

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Cet article existe aussi en cahier téléchargeable : À la découverte de la chaîne d’approvisionnement laitière régénératrice — de la ferme à l’étiquette.

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D’où vient le lait ? Ce que dit vraiment un cahier des charges laitier

Une brique au petit-déjeuner, une tomme sur un étal, un pot de yaourt qu’on remplit à la fontaine. Chacun vient d’un endroit précis, d’un troupeau précis, de quelqu’un.

Où ? Un pré de Mayenne, un plateau du Jura, une vallée de Basse-Navarre. Le paysage que l’on traverse n’est pas un décor : c’est un système de production, et il se lit depuis la route. Qui ? Un éleveur qui rentre son troupeau, un fromager de fruitière qui adapte son geste au lait du jour, cent trente familles de bergers qui livrent la même maison depuis des années. Comment ? Deux cent soixante-neuf jours au pré quand la moyenne en fait cent quarante, un lait cru transformé dans les vingt-quatre heures qui suivent la traite, un prix voté par ceux qui l’achètent à partir de ce que les éleveurs ont déclaré avoir besoin pour vivre.

Ces réponses existent. Un cahier des charges laitier contient l’aire de collecte, les races autorisées, la part de l’alimentation produite sur la ferme, les jours de pâturage, le type de bâtiment, les interventions interdites sur l’animal, le délai entre la traite et la transformation. Une trentaine de lignes opposables, contractualisées, auditées par des tiers — et chacune coûte quelque chose à celui qui l’applique.

Mais ces cahiers des charges ne sont pas parfaits pour autant. Beaucoup restent muets sur l’état des milieux, sur la santé de celui qui mange, sur le prix payé à l’éleveur. Le Comté, l’un des plus denses de la filière, n’est pas bio et n’a rien à opposer sur l’environnement.

Côté étiquette, la difficulté n’est pas le niveau de détail. Une certification comme le bio résume à elle seule tout un cahier des charges — absence de chimie de synthèse, alimentation produite sur la ferme, accès extérieur, densité limitée — et le fait très bien : personne n’a besoin de lire les clauses pour savoir ce qu’il achète. La difficulté est la couverture. Chaque label, chaque certification, chaque score répond à une question et laisse les autres ouvertes.

Le problème se tient donc des deux côtés : des pratiques incomplètes en amont, une couverture partielle en aval. Il n’est pas de communication — il est économique, et il se chiffre.

Ce que cela coûte — l’ordre de grandeur

40 %
du lait bio payé au tarif du conventionnel
405 €
la tonne, pour un coût de revient de 442 €
9 sur 10
fromages traditionnels notés D ou E
+ 15 €
pour le lait AOP, contre 20 € pour l’ordinaire
× 20
les intentions d’achat en affichage complet
+ 11,8 %
pour le lait voté, dans un marché à −8 %

Ces chiffres disent l’essentiel. Une pratique qui se lit se paie : le lait voté croît de 11,8 % quand son marché recule de 8 %. Mais un seul registre n’y suffit pas — le bio dit l’environnement, il ne dit rien du prix payé à l’éleveur, et 40 % du lait biologique a été rémunéré au tarif du conventionnel. La valorisation ne tient que si elle couvre les trois sphères à la fois.

Filière lait : quatre controverses qui révèlent le même blocage

Au printemps 2025, une chronique sur France Inter met en cause l’impact environnemental du Comté. Le point technique est précis : les sols karstiques du Jura sont calcaires et poreux, de sorte que les déjections des troupeaux transmettent rapidement l’azote et le phosphore aux rivières — la Loue en particulier —, et la hausse de production des quarante dernières années pèse sur la biodiversité aquatique. Les éleveurs répondent par un cahier des charges parmi les plus stricts de la filière : ensilage interdit, pâturage obligatoire, autonomie alimentaire, rendement plafonné à 4 600 litres par hectare depuis 2015 pour une moyenne réelle de 3 000, quand les bassins spécialisés produisent entre 8 000 et 12 000. Puis des relais politiques prêtent aux critiques une volonté d’interdire le fromage, qui n’y figurait pas, et le mot-dièse TouchePasAuComté transforme une question technique en affaire d’identité.

Ce qui s’est joué là tient à la structure du rayon laitier, où trois registres se disputent la place, portés par des labels, des certifications et des scores qui ne se parlent pas. Le terroir est tenu par l’appellation : l’AOP fixe l’aire, les races, l’alimentation du troupeau, les gestes de transformation et d’affinage. Elle ne fixe aucun prix — mais elle en organise bien la gestion : négociateurs élus par les producteurs, interprofession, discussion publique en assemblée générale. C’est un cadre de négociation qu’un éleveur isolé n’a pas, et certaines appellations en tirent des prix nettement supérieurs à la moyenne conventionnelle. L’environnement est tenu ailleurs, par le bio, la biodynamie et les scores.

Chacun avait donc raison dans son registre, et aucun ne répondait à l’autre : la mise en cause parlait la langue de l’environnement, la défense celle du terroir. Mais le fond de la dispute n’est pas technique, il est économique.

Chaque registre prescrit des pratiques, et chaque pratique a un coût : des jours de pâturage en plus, c’est de la surface immobilisée et du lait en moins par vache ; une alimentation produite sur la ferme, c’est des rendements moindres ; une traçabilité complète, c’est du temps et des audits. La question que personne ne pose dans ces débats est pourtant la seule qui décide : qui paie ? Tant qu’elle reste sans réponse, toute exigence nouvelle est reçue comme une charge par ceux qui l’appliquent — et c’est ce qui rend ces controverses si dures. On y discute de cahiers des charges dont le financement n’est écrit nulle part, et où personne n’a intérêt à ce que les autres tiennent. Nous y reviendrons : c’est là que se joue la bascule.

La controverse du Comté était la première. Trois autres ont suivi, et chacune le montre à sa manière.

La première porte sur le bio, et elle pose exactement la question du financement. Le bio est le seul socle qui prescrive l’absence de chimie de synthèse : c’est donc lui qu’une marque adopte pour répondre sur le registre environnemental — et il coûte, en rendements comme en contrôles. Reste à savoir ce que le rayon lui rend.

Alors que le marché biologique recule depuis 2021, l’UFC-Que Choisir met en cause les marges brutes de la grande distribution, mesurées en moyenne 75 % plus élevées qu’en conventionnel. Une mission de l’Inspection générale des finances a conclu en 2024 qu’il n’existait pas de surmarge systématique, tout en reconnaissant que les données manquent : l’Observatoire de la formation des prix ne suit que six produits bio sur trente-trois. Sur un point pourtant, tout le monde s’accorde : pendant la crise, de nombreux produits bio ont été déréférencés. Retirés du rayon.

Reste à voir qui a porté la note. L’éleveur. Il avait converti ses terres, traversé les trois ans de transition, accepté des rendements moindres — et deux litres sur cinq lui sont revenus au prix du conventionnel, le Cniel établissant 35 % de la collecte biologique déclassée en 2022 et 40 % en 2023. Aucun maillon n’a pris le relais : le distributeur a retiré la référence, le transformateur a déclassé le volume, et personne n’a compensé celui qui avait fait le travail.

La deuxième porte sur la santé. Le Nutri-Score note les nutriments pour 100 grammes, si bien que 90 à 95 % des fromages, crèmes et beurres traditionnels obtiennent un D ou un E du fait de leur teneur en matières grasses saturées — pendant qu’un beurre allégé chargé d’additifs peut être mieux noté qu’un beurre d’Isigny AOP. Ses concepteurs répondent qu’il compare des produits d’un même rayon et indique une fréquence de consommation, non une interdiction. Les deux propositions sont exactes ; c’est leur télescopage qui produit la controverse. Les conséquences sont concrètes : l’affichage étant volontaire, beaucoup de producteurs de terroir ne l’apposent pas, le débat parlementaire a cherché à exempter certaines appellations, et Lactalis, premier groupe laitier français, refuse de l’afficher, a attaqué l’arrêté devant le Conseil d’État et porté le dossier jusqu’à la Cour de justice de l’Union européenne.

La troisième porte sur le prix, et elle commande les deux autres. Les producteurs accusent les grands transformateurs de contourner EGalim : la tonne payée 405 € par Lactalis et 415 € par Savencia en janvier, quand l’interprofession établit le coût de revient à 442 €. Plus loin dans la chaîne, la fédération des industriels rapporte des centrales d’achat européennes où les salles de négociation portent les noms de « Déflation 1, 2, 3 et 4 ».

Et l’exigence n’est pas mieux payée que le reste — parfois moins. Pour la campagne 2025-2026, le principal transformateur de l’AOP Ossau-Iraty a annoncé une hausse de 20 € les 1 000 litres sur le lait non AOP et de 15 € seulement sur le lait AOP. La liste majoritaire du syndicat a alors fait campagne pour alléger le cahier des charges — desserrer les contraintes sur les fourrages hors zone, relever le plafond de concentrés, supprimer la limite de trois cents litres par brebis. L’INAO a refusé. On voit ici, en grandeur réelle, le mécanisme décrit plus haut : quand l’exigence n’est pas payée, la pression ne s’exerce pas sur l’acheteur, elle s’exerce sur le cahier des charges.

Ce qu’un tel niveau de prix entame n’est donc pas seulement un revenu : c’est une capacité. Un éleveur payé sous son coût de revient ne renouvelle pas son bâtiment, ne replante pas ses haies, ne convertit pas ses terres et ne trouve pas de repreneur. Surtout, il ne peut souscrire aucun engagement long — et toute clause exigeante en est un. Le prix ne se contente donc pas de rémunérer les pratiques, il les rend possibles.

Quatre controverses, deux enseignements. La santé et le prix relèvent du même mécanisme que celle du Comté, que nous avons décrit ailleurs à propos du fromage bon pour la santé, l’environnement et les éleveurs : un indicateur partiel est pris pour un verdict global, ou un registre est invoqué pour répondre à une question qui relève d’un autre. Le bio dit autre chose, et c’est ce que ce dossier veut établir : une pratique qui atteint le rayon se finance. Le lait voté en donne la mesure — 11,8 % de croissance en 2024 quand le marché du lait bio en grande surface reculait de 8 %, sans publicité ni force commerciale. À l’inverse, une pratique qui reste dans le dossier est portée par celui qui l’applique, et par lui seul. Le bio laitier avait les clauses ; il lui manquait la place et le prix.

Ce que le consommateur attend d’un produit laitier

Une croyance domine les salles de négociation : tous les consommateurs voudraient le moins cher. Elle est fausse, et l’on peut le montrer. Commençons par ce qui est vrai : le prix reste le premier critère d’achat, le goût le deuxième. Viennent ensuite la qualité nutritionnelle pour 37 % des consommateurs, l’origine pour 33 % et l’impact environnemental pour 21 %. Ces trois-là ne décident pas seuls — mais ils départagent, et c’est précisément à ce moment que le rayon devient illisible : plus de huit Français sur dix jugent leur santé primordiale dans leurs choix alimentaires, et moins d’un sur deux sait dire facilement si un produit est bon pour elle. Les repères existent pourtant, et ils sont installés : le bio est la certification la plus connue, le Made in France jouit d’une adhésion forte, et le Nutri-Score est le dispositif dont les effets sont les mieux établis sur les pratiques industrielles.

C’est ce qui fonde la position du collectif En Vérité — soixante marques alimentaires, à l’origine du dispositif Origin’Info — qui plaide pour un affichage intégral, harmonisé et lisible réunissant quatre indicateurs. Le collectif l’a fait tester en septembre 2024 auprès de mille répondants représentatifs, en comparant deux scénarios : un affichage partiel où chaque marque ne montre que ce qui l’arrange, et une transparence complète où toutes affichent les quatre.

L’écart est spectaculaire. En affichage partiel, le leader du marché bénéficie du doute. Dès que les quatre indicateurs sont visibles pour tous, les marques les plus vertueuses voient leurs intentions d’achat multipliées par près de vingt sur la pâte à tartiner, par 4,4 sur les sauces tomate. La leçon vaut pour le rayon laitier : l’opacité protège l’installé, la transparence intégrale profite à celui qui a quelque chose à montrer. Une marque qui a écrit des clauses exigeantes n’a donc aucun intérêt à l’affichage partiel — c’est lui qui la rend invisible.

Face à cette attente, chacun de ces dispositifs — labels, certifications, scores et mentions d’origine — ne couvre qu’un registre, parfois deux. Un seul en couvre trois.

Label, certification ou score La question à laquelle il répond Ce qu’il laisse ouvert
AOP
Filière et territoire · social · économique
D’où vient ce produit et comment est-il produit ? Aire, races, alimentation, transformation, affinage. Une AOP ne fixe aucun prix, mais elle en organise bien la gestion : négociateurs élus, interprofession, débat collectif. Les fruitières du Jura en tirent des prix nettement supérieurs à la moyenne conventionnelle. Le socle environnemental et la lecture santé, qui relèvent d’autres dispositifs. Leur adoption varie fortement d’une appellation à l’autre.
Bio · AB
Environnemental
Le produit contient-il de la chimie de synthèse ? Sans pesticides de synthèse ni OGM, 70 % de l’alimentation issue de la ferme ou de coopérations bio, accès extérieur, densité limitée. La durée et la surface de pâturage restent libres, le prix aussi — d’où le déclassement de 35 % du lait bio collecté en 2022 et de 40 % en 2023.
Made in France et Origin’Info
Aucun — une origine
Où le produit a-t-il été fini, et d’où viennent ses ingrédients ? Le premier s’arrête à la dernière transformation substantielle — un yaourt peut l’afficher avec du lait venu d’ailleurs. Tous deux renseignent la provenance et laissent les pratiques ouvertes — c’est le manque auquel répond notre manifeste du made in France contributif.
Planet-Score
Environnemental
Quel est l’impact environnemental du produit ? Une note globale adossée à l’analyse de cycle de vie, détaillée en sous-notes sur les pesticides, la biodiversité et le climat, avec une évaluation du bien-être animal. Les analyses de cycle de vie traitent sévèrement les produits animaux, herbagers extensifs compris. L’INRAE et l’Ifremer relèvent eux-mêmes que l’ACV présente des limites pour intégrer les impacts sur la biodiversité — raison pour laquelle ils ont étudié les cahiers des charges plutôt que les seuls flux.
Nutri-Score
Social — la santé
Quel est le profil nutritionnel du produit fini ? La lecture s’arrête au produit fini, alors que le lait de prairie présente un meilleur profil en acides gras. Et l’affichage restant volontaire, une part du rayon ne le porte pas.
Fair for Life, Fairtrade, Agri-Éthique
Social · économique
Le producteur vit-il de son travail ? Prix construit sur les coûts, contrat pluriannuel, vérification par un tiers. Les seuls dispositifs qui portent le pilier économique. Rien sur les pratiques d’élevage ni sur l’état des milieux : ils se cumulent avec les précédents plutôt qu’ils ne les remplacent.
Regenerative Organic Certified
Environnemental · social · économique
Le produit est-il régénératif ? Le bio en socle d’entrée, puis trois piliers vérifiés sous une seule certification : santé des sols et gestion des terres, bien-être animal, équité des agriculteurs et des travailleurs — ce dernier passant par une certification équitable. Il certifie une ferme et un produit. L’échelle de la filière — la gouvernance qui relie les maillons et fait redescendre la valeur — se travaille ailleurs, et c’est ce que l’AOP porte de son côté.

Le constat est donc double. Labels, certifications et scores ne couvrent chacun qu’un registre, parfois deux, et aucun ne répond aux trois questions que le consommateur se pose ensemble. Et aucun ne dit qui paie ce qu’il prescrit — ce qui transforme chaque exigence nouvelle en charge, et chaque débat en conflit.

La tension est toujours la même : d’un côté les exigences locales, environnementales et sociales, de l’autre la rentabilité — les premières traitées comme un coût que la seconde doit absorber. Et les enjeux se tiennent des deux côtés de la chaîne. Côté ferme, ce sont le prix, la capacité à investir, la transmission de l’exploitation : sans horizon, personne ne s’engage sur une pratique nouvelle. Côté rayon, ce sont la santé, la lisibilité, la possibilité d’arbitrer : sans information, personne ne paie pour ce qu’il ne voit pas. Les deux problèmes sont le même problème, vu de deux bouts — et c’est pourquoi ni un cabinet agronomique ni une agence de communication ne peuvent le résoudre seuls.

La solution est collective : réunir la chaîne de valeur du lait

Si le problème se tient aux deux bouts, la réponse ne peut venir d’un seul. Ni un cabinet agronomique ni une agence de communication ne le résoudront : le premier travaille l’amont sans pouvoir garantir le débouché, la seconde travaille l’aval sans pouvoir changer ce qui est produit.

Le plus troublant est que chaque acteur de la chaîne a raison en fonction de ses intérêts propres : l’éleveur veut vivre de son lait, le transformateur sécuriser ses volumes, le distributeur défendre son prix, le consommateur ne pas payer plus sans savoir pourquoi. Aucun n’a tort, et c’est précisément ce qui bloque.

La sortie suppose donc de réunir, autour d’une même table, tous les acteurs de la chaîne de valeur d’un produit — l’éleveur, le collecteur, le transformateur, le distributeur, le consommateur et les acteurs du territoire. Parce qu’aucun d’eux ne peut trancher seul les trois questions qui commandent tout : ce qui sera écrit au cahier des charges, ce que cela coûtera, et ce qui s’affichera en rayon. Ces trois décisions sont liées ; les prendre séparément, c’est reproduire le blocage.

C’est le principe du Business Model Régénératif : un canvas et cinq ateliers pour tisser un modèle d’affaires au fil de liens mutuellement bénéfiques. On y relit la chaîne de valeur, on formule une proposition de valeur régénérative, on arrête la feuille de route, les indicateurs et la gouvernance. Le résultat cherché n’est pas un compromis mais un montage où chaque partie prenante gagne à ce que les autres tiennent — c’est ce qui rend l’exigence finançable au lieu de la rendre coûteuse.

La suite de ce dossier montre pourquoi c’est la seule voie praticable. D’abord ce que la filière fait déjà, clause par clause. Puis ce que chacun apporte et reçoit, et qui finance quoi. Enfin trois cas réels : celui qui l’a fait, celui qui n’a pas franchi le pas, et celui que nous avons accompagné.

Partie I

Les pratiques

Ce que les cahiers des charges laitiers prescrivent au-delà du bio, chez qui, et dans quel ordre l’écrire.

1 · L’économie régénérative appliquée à la filière lait

Viser la régénération ne suppose pas d’y être. C’est un cadre qu’on adopte d’emblée et une trajectoire qu’on parcourt ensuite : on se situe, on progresse, et chaque niveau franchi vaut par lui-même. Rien n’oblige à commencer par la fin.

Le cadre, lui, est posé dès le départ. Une entreprise régénérative est une entreprise rentable dont le modèle économique augmente la capacité du vivant à prospérer — les sols, la biodiversité, les humains, les liens sociaux, l’économie locale du territoire dont elle dépend. Régénérer, c’est tisser des relations mutuellement bénéfiques entre les êtres vivants d’un territoire, de sorte que chacun renforce par son activité propre la capacité des autres à poursuivre leur évolution.

Cette contribution se déploie sur trois sphères — environnementale, sociale, économique, et vise un effet positif sur chacune : c’est le triple impact. Le mot économique y a un sens précis : il ne désigne pas des coûts évités mais une offre qui vaut plus parce qu’elle renforce ce dont elle dépend. Sans transformation du produit vendu, il n’y a pas de modèle régénératif — seulement une politique RSE mieux tenue. S’y ajoute un quatrième pilier, la filière et son territoire, où les trois premiers se déposent. Ce n’est pas une sphère de plus : c’est le lieu d’un retournement de finalité. Restaurer demande « comment tenir ? », et le vivant y sert l’activité. Régénérer demande « quelle contribution au vivant nous permet de tenir ? », et l’activité y sert le vivant. D’où la question qui départage un modèle d’un autre : est-ce que le territoire et ses habitants prospèrent avec mon activité économique, et mon activité avec eux ?

Sur cette base, le Capacity Score décline les quatre piliers en indicateurs, et chaque indicateur se lit sur quatre niveaux : limiter, réduire, restaurer, régénérer. La progression est cumulative — le régénératif intègre les niveaux précédents plutôt qu’il ne les remplace. Notre modélisation de la filière laine chiffre ce que vaut chaque niveau pour l’éleveur : la matière part d’un coût net, passe à environ cinquante centimes le kilo une fois la traçabilité et la certification en place, atteint un euro quand les pratiques de restauration sont documentées, et deux à trois euros lorsque la filière est structurée et les services rendus au territoire rémunérés.

Et c’est à la fin qu’ils s’additionnent. Un produit couvert sur le seul environnemental reste un produit bio de plus, payé au prix du marché — la crise du lait bio vient de le démontrer. Mais lorsque l’environnemental, le social et l’économique sont tenus ensemble, et pour l’alimentaire lorsque la santé de celui qui mange en fait partie, trois choses arrivent en même temps : le consommateur achète, parce qu’il a enfin de quoi arbitrer ; l’agriculteur vit de son métier, parce que le prix suit le niveau atteint ; et le territoire prospère avec l’activité économique, ses habitants humains comme non humains. C’est cette convergence qui fait qu’une filière tient.

Sur du lait, cela se suit sur quatre indicateurs : la biodiversité et le bien-être animal pour l’environnemental, la santé de celui qui consomme pour le social, la capacité des producteurs à vivre de leur métier pour le social et l’économique. Ils sont les mêmes à tous les niveaux : seul le niveau atteint change.

2 · Ce qu’une marque laitière ajoute au bio pour viser le régénératif

Ces pratiques se jouent à la ferme, et non à l’usine ou sur l’emballage. L’INRAE établit que la phase de production agricole représente 70 à 90 % des impacts potentiels des produits laitiers sur le climat, l’eutrophisation et l’acidification. Le chiffre vient d’une analyse de cycle de vie, donc d’un périmètre plus étroit que le nôtre — mais les quatre indicateurs qu’il laisse de côté se jouent eux aussi en amont. Dans les deux cas, le levier est au même endroit.

Le bio pose le plancher, et l’étude BiodivLabel — INRAE et Ifremer, treize cahiers des charges examinés, restituée en avril 2025 — conclut que l’agriculture biologique porte l’engagement le plus net sur les pratiques favorables à la biodiversité ; la filière Comté se réfère à la même étude pour se situer parmi les plus exigeantes, à ses côtés. La règle est donc nette : le régénératif se revendique à partir du bio, jamais avant. Pour une marque qui n’y est pas encore, la marche se franchit par une innovation de transition — un premier produit qui, à défaut d’être bio, doit être local ou équitable.

Ce que des acteurs français ont écrit par-dessus ce plancher, c’est ce que recouvre l’agriculture régénérative : des pratiques choisies pour leurs effets en ricochet — une action qui en déclenche plusieurs autres, sur les sols, l’eau, l’animal, le produit et l’économie de la ferme. Chacune se traduit en une clause : une ligne du cahier des charges, opposable et vérifiable, du type « au moins six mois de pâturage par an » ou « 70 % de l’alimentation produite sur la ferme ». C’est cette ligne qui engage, qui coûte, et qui peut s’afficher. Voici la carte : ce que chaque pilier recouvre dans un élevage laitier, et par quel véhicule il peut atteindre le rayon.

Le pilier Ce qu’il désigne dans un élevage laitier Ce qui se lit sur l’étiquette Couvert par ROC ?
Environnemental Les sols et les prairies, l’eau, les habitats, et le troupeau qui les entretient. Le bio, un Planet-Score — quadruple A au mieux —, un nombre de jours ou de mois de pâturage. Oui
Santé des sols et gestion des terres, bien-être animal avec des exigences de pâturage supérieures au socle bio.
Social Ceux qui produisent — conditions de travail, transmission des fermes — et celui qui consomme : sa santé. Une mention équitable délivrée par un tiers, le nom de la ferme, le visage de qui produit. Et côté santé : le Nutri-Score, ou une allégation nutritionnelle comme « sans sucres ajoutés ». En partie
L’équité des agriculteurs et des travailleurs, vérifiée par entretiens. Rien en revanche sur la qualité nutritionnelle du produit.
Économique La viabilité de l’exploitation et la façon dont la valeur se répartit le long de la chaîne. La part du prix qui revient à l’éleveur, rendue publique ; la durée de l’engagement ; l’organisme qui la certifie, et à quelle fréquence. Oui
Le pilier social passe par une certification équitable, qui suppose un prix construit sur les coûts.
Filière et territoire La gouvernance, la traçabilité, les circuits courts et l’ancrage territorial — ce qui fait tenir les trois autres dans le temps. L’origine au département plutôt qu’au pays, un QR code qui ouvre sur les fermes, et la structure qui décide du cahier des charges — coopérative, appellation, vote des consommateurs. Non
ROC certifie une ferme et un produit. La gouvernance de filière et l’ancrage territorial se travaillent ailleurs.

Ces quatre lignes ne s’additionnent pas : elles s’entraînent. Un sol vivant donne un troupeau en meilleure santé, qui donne un lait de meilleure qualité, qui se valorise mieux, ce qui finance la conduite du sol. C’est cela, le triple impact : non pas trois bénéfices qu’on arbitre, mais une même conduite qui les produit ensemble — et un territoire qui prospère avec l’activité économique. La suite le démontre à trois échelles — celle d’une clause, celle de l’ordre dans lequel on les écrit, celle du modèle économique tout entier.

La même règle vaut pour la troisième colonne. Un affichage isolé ne dit rien : une mention d’origine sans pratiques derrière, un score environnemental sans rémunération, une allégation santé sans amont. Ce sont les mentions qui se répondent qui font sens, parce qu’elles décrivent un même système de production. Cette colonne est l’objet de la seconde partie de ce dossier — une pratique ne se finance qu’à partir du moment où elle sort du cahier des charges, et le véhicule fait partie du modèle, pas de la campagne. Voici d’abord les clauses elles-mêmes, en six registres.

L’exercice de modélisation de filière : le cas de la laine →

Sur les prairies. Le règlement bio européen laisse le pâturage à l’appréciation de chacun, sans durée ni surface prescrites : c’est la première clause à écrire. Biolait la porte le plus loin — plus de 269 jours de pâturage par an, au moins un hectare de prairie par vache, alimentation 100 % française et fermes conduites intégralement en bio. Le cahier des charges voté de C’est qui le Patron ?! fixe six mois de pâturage et 70 % de l’alimentation produite sur la ferme, son opérateur LSDH constatant 234 jours en moyenne. Chez Bel, l’accord passé avec ses producteurs de l’Ouest fixe 150 jours et une alimentation sans OGM.

La clause de race agit dans le même sens, et l’AOP Ossau-Iraty l’illustre bien : elle n’autorise que trois races locales — Manech tête noire, Manech tête rousse, Basco-Béarnaise. La première est la plus rustique et la moins productive en lait ; en contrepartie elle tient les terrains escarpés, entretient les pâturages d’altitude et maintient des paysages que rien d’autre n’entretiendrait. Une ligne de cahier des charges qui coûte du volume et produit un service territorial : c’est le ricochet à l’état pur.

Sur le troupeau. Le bien-être animal se contractualise en quatre clauses, dont la première est le pâturage lui-même. Vient le logement : chez Bel, depuis 2019, seules les exploitations en stabulation libre peuvent devenir fournisseurs, avec le CIWF et sous contrôle indépendant. Puis les interventions sur l’animal et la conduite du troupeau : Les 2 Vaches impose la non-mixité des fermes, et l’AOP Comté plafonne la taille des élevages à cinquante vaches par unité de travail — une densité qui conditionne l’attention portée à chaque animal. Enfin la vérification : LSDH fait auditer ses élevages à 100 % par un référentiel tiers, 94 % en niveau supérieur ou excellent. C’est ce registre que le Planet-Score reprend d’après le CIWF, et dont ROC fait l’un de ses trois piliers.

Sur le travail. LSDH accompagne l’installation de jeunes éleveurs, 150 depuis 2015. Le vote de C’est qui le Patron ?! finance des aides d’urgence : 323 000 € à 216 producteurs en détresse. Et DeLaFerme remet de la main-d’œuvre à la ferme en y installant la transformation — de un à deux temps plein par exploitation, et une organisation du travail qui redevient vivable.

Sur le prix. Le cadre d’une appellation est en réalité l’un des meilleurs qui soient pour gérer cette question : elle ne fixe pas de tarif, mais elle installe des négociateurs élus, une interprofession et un débat collectif — ce qu’un éleveur isolé face à un grand acheteur n’a jamais. Les fruitières du Jura en tirent des prix nettement supérieurs à la moyenne conventionnelle, par accords internes à la zone. Hors appellation, il faut construire ce cadre soi-même, et quatre mécanismes contractuels y parviennent, du plus simple au plus abouti. Bel paie environ 11 % au-dessus de la moyenne conventionnelle sur les trois premières années de son accord. DeLaFerme construit le prix en livre ouvert — investissement, main-d’œuvre et énergie compris —, laisse l’éleveur choisir son volume et s’impose des pénalités si le commerce promis n’est pas au rendez-vous. C’est qui le Patron ?! le fait voter par les consommateurs à partir des coûts déclarés. Et Les 2 Vaches garantit un revenu disponible moyen minimal de deux SMIC quelles que soient la conjoncture et les prix — repère que les filières lait et viande bovine ont déjà retenu, et qu’on retrouve dans le débat parlementaire sur la rémunération agricole.

Sur la proximité. La clause se chiffre en kilomètres, à des échelles très différentes : Danone collecte à 60 km de ses usines en moyenne, Les 2 Vaches dans un rayon de 27 km, DeLaFerme supprime la distance en installant la transformation sur la ferme. C’est qui le Patron ?! l’applique à l’amont de l’amont : sur son lait conventionnel, les fourrages viennent de moins de 100 km.

Sur la filière. C’est qui le Patron ?! rend ses cahiers des charges publics, produit par produit, avec la décomposition du prix, et fait contrôler l’ensemble deux fois par an par un organisme indépendant. Biolait mutualise les coûts de collecte : le prix est le même quelle que soit la localisation, la montagne traitée à égalité. Et Alexandre Family Farm, aux États-Unis, ajoute le registre que peu tiennent — la vérification des résultats mesurés, carbone du sol, couverture, rétention d’eau, biodiversité, en plus de la certification des pratiques.

3 · Quelles pratiques régénératives en élevage laitier, et dans quel ordre

Ces clauses ne s’écrivent pas toutes en même temps, et elles ne se valent pas. La première chose à savoir est qu’elles se déclenchent l’une l’autre plutôt qu’elles ne s’additionnent. Le pâturage long en est l’exemple laitier le plus net : prescrit une seule fois, il agit simultanément sur la matière organique des sols, l’eau, le climat, le bien-être animal, la composition du lait et l’économie de la ferme, dont la ration achetée diminue. Six effets pour une ligne de cahier des charges. C’est l’effet domino documenté dans notre livre blanc : bien choisie, une pratique active six à huit familles d’indicateurs.

La conséquence est pratique : mieux vaut peu de clauses à fort effet de levier que beaucoup de clauses éparses. L’ordre découle de cette logique. Le prix garanti d’abord, parce qu’il conditionne tous les autres en donnant à l’éleveur l’horizon d’investir. Le pâturage ensuite, pour son effet domino. Puis l’alimentation produite sur l’aire, la traçabilité qui rend le reste affichable, l’audit du troupeau par un tiers, et enfin les circuits courts — les moins puissants en levier, mais les plus immédiats en lisibilité.

Ces pratiques alimentent déjà votre reporting réglementaire

C’est le point qui change tout pour une direction, et il est trop peu vu. Depuis l’entrée en application de la CSRD, une entreprise doit documenter ses dépendances aux services écosystémiques et les conditions de travail dans sa chaîne de valeur. La norme ESRS E4 porte sur la biodiversité et les écosystèmes ; la norme S2 sur les travailleurs de la chaîne de valeur. Ce sont précisément les registres qu’un cahier des charges laitier renseigne.

Autrement dit, les données produites pour écrire ces clauses ne s’ajoutent pas au reporting : elles l’alimentent. Notre modélisation de filière couvre huit des dix normes ESRS, du climat aux travailleurs de la chaîne de valeur. Le nombre de jours de pâturage, la surface de prairie par animal, la part d’alimentation produite sur l’aire, le prix payé au producteur, la durée du contrat, les audits de bien-être animal — chacune de ces lignes est à la fois une clause opposable, un argument en rayon, et une donnée de conformité.

La dépense sert donc trois fois. C’est ce qui déplace la conversation : ce qu’une direction RSE percevait comme un coût de collecte de données devient le sous-produit d’un travail qui a par ailleurs une valeur commerciale. Et c’est un argument que les directions financières entendent mieux que l’appel au vivant.

Partie II

La valorisation

Ce qui atteint le rayon : les produits primés, le bénéfice santé, et quel label porte quelle pratique.

4 · Produits laitiers régénératifs primés : ce qu’ils affichent sur l’emballage

Les Lauriers de la Régénération distinguent un produit, pas une entreprise ni une politique RSE. La question du jury est donc simple : les clauses du cahier des charges se retrouvent-elles sur l’objet que le consommateur prend en main ?

Le produit primé La pratique inscrite au cahier des charges Ce qui est écrit sur l’emballage L’indicateur couvert
Lait bio C’est qui le Patron ?! × LSDH
Laurier Modèle Économique Régénératif
Bio certifié, six mois de pâturage minimum, 70 % de l’alimentation produite sur la ferme, et un prix construit sur les coûts réels déclarés par les éleveurs. La mention du prix voté par les consommateurs, et un QR code qui ouvre sur les éleveurs et leur rémunération. La décomposition du prix est publique sur le site de la marque : 0,59 € au producteur sur un prix conseillé de 1,47 € le litre, le cahier des charges fixant le lait bio à 565 € les 1 000 litres. La capacité des producteurs, affichée en euros sur le pack et détaillée en un scan.
Yaourt DeLaFerme (Bio&Lo)
Lauréat 2024
Bio certifié, adossé à un collecteur dont les exigences de pâturage et d’alimentation dépassent celles du bio. Transformation à la ferme, lait entier dont la matière grasse est conservée. Un Planet-Score AAAA, et la ferme d’origine nommée sur la fontaine qui sert le yaourt — en école primaire, l’enfant se sert et lit d’où vient ce qu’il mange. La biodiversité et le bien-être animal par le score, le lien au producteur par le nom. C’est la combinaison décrite plus haut — le bio complété d’un quadruple A — qui fait de ce yaourt un produit régénératif lisible en rayon.
Lait d’avoine Bonneterre (ECOTONE)
Lauréat Alimentation 2025 · boisson végétale
Avoine 100 % française cultivée en Bourgogne avec la coopérative Cocebi, rotations de cultures de huit ans et plus de trente espèces récoltées annuellement. Recette courte : eau, avoine, huile de tournesol pressée à froid, sel marin. Un Planet-Score quadruple A, la mention Biopartenaire, et deux allégations nutritionnelles : sans sucres ajoutés et pauvre en acides gras saturés. Le programme « Farmtastic » diagnostique les fournisseurs tous les trois ans. L’origine, les registres environnementaux du score — et la santé, par les allégations portées sur le pack.

Sur le prix, un repère : 0,59 € du litre reviennent au producteur sur un prix conseillé de 1,47 €, quand l’écart moyen entre lait bio et non bio en grande surface s’établissait à quatorze centimes en 2023 selon l’Agence Bio. Ce qui rend ces trois produits régénératifs tient en cinq points communs, et tous se jouent dans l’amont — aucun ne dépend de l’emballage ni de l’usine. Ils sont bio, le plancher. Ils vont au-delà du bio, sur le pâturage, l’alimentation du troupeau ou les rotations. Ils reposent sur des contrats longs avec leurs producteurs. Ils sont locaux par l’origine agricole, avec un territoire nommé — la Bourgogne, la Normandie, quatre départements de l’Ouest —, la transformation étant proche pour deux d’entre eux. Et ils affichent le quadruple A au Planet-Score, dans le cadre du bio.

La règle vaut aussi sur l’emballage : une mention isolée porte un indicateur, un référentiel en couvre plusieurs, leur combinaison couvre l’ensemble. La plus simple de ces mentions est venue d’ailleurs — la photo du producteur sur le pot, pratiquée dans le miel depuis 2017, qui se généralise aujourd’hui sur le lait et les œufs.

L’INRAE appuie deux de ces indicateurs. Sur la biodiversité, BiodivLabel conclut que le cahier des charges bio porte l’engagement le plus net. Sur la santé, la démonstration se fait en deux temps : l’absence de pesticides d’abord, que le bio garantit — puis une meilleure qualité nutritionnelle, qui demande le Nutri-Score ou une allégation nutritionnelle pour se lire en rayon.

Lues ensemble, ces étiquettes couvrent donc deux des trois registres que le consommateur reconnaît : ce qui est bon pour la nature — le score, l’origine, les pratiques — et ce qui est bon pour les autres — le prix qui revient à l’éleveur, le nom de la ferme, la mention équitable. Du troisième, ce qui est bon pour moi, ils tiennent la moitié : le sans-pesticides. La qualité nutritionnelle reste à afficher, et c’est le cran suivant.

Un point change la lecture du tableau : aucun de ces produits ne se revendique « régénératif » sur son emballage. C’est une position assumée chez le lait voté, qui n’emploie jamais le mot — les pratiques précèdent la certification. La raison est structurelle : dans l’agroalimentaire français, le terme s’utilise sans référentiel tiers commun, et aucune filière laitière n’est certifiée sur ce registre. Ces marques n’affichent donc pas des revendications mais des mentions vérifiables. Une posture reste néanmoins disponible pour qui veut nommer sa direction : se déclarer en transition vers le régénératif, sans surpromesse, en annonçant les impacts qu’on entend mesurer et l’horizon auquel on les rendra publics.

Un cas fromager français occupe précisément cette position. La Maison Agour, fromagerie familiale créée en 1981 à Hélette, travaille avec environ cent trente familles de bergers du Pays Basque et du Béarn en assumant le rôle de débouché durable pour leur lait, l’exact inverse d’une collecte ajustée au marché. Elle a été la première fromagerie du Pays Basque à s’engager dans le brebis biologique, et revendique d’aller au-delà des exigences de ce cahier des charges. Une étude de cas de KEDGE Business School documente sa trajectoire sous un titre qui dit l’ambition : faire du vivant régénéré la condition d’une croissance durable, par une économie territoriale collaborative.

Et pourtant, rien de cela n’arrive au rayon. Sur la tomme, on lit l’appellation, les médailles, les races locales, une mention de bien-être animal. Ni le mot régénératif, ni la trajectoire, ni les cent trente familles. L’ambition est portée par la direction et attestée par un tiers académique ; elle n’est simplement pas dite à celui qui achète. C’est l’écart type de la filière, et il se referme par une décision d’affichage plutôt que par un supplément de pratiques.

Les Lauriers de la Régénération — les produits primés →
Pour la construction du récit : la communication régénérative →

Se situer sur la trajectoire

Le Capacity Score évalue votre capacité à tenir vos trajectoires RSE, innovation et business, et identifie vos leviers d’action prioritaires. Ce qu’il révèle n’est pas un score global mais l’écart entre six leviers : c’est cet écart qui dit où concentrer l’effort. Deux objets distincts. Le questionnaire, que vous remplissez vous-même en trente-huit questions : il révèle votre posture de dirigeant ou de responsable face au vivant, et les leviers sur lesquels vous pouvez agir. Gratuit, immédiat, et point de départ de toutes nos interventions. Et la lecture d’une entreprise ou d’une filière, que nous produisons nous-mêmes sur données publiques ou internes — comme celle de Danone présentée plus loin dans ce dossier.

Faire le diagnostic Capacity Score →

5 · La santé, bénéfice final d’un lait régénératif

Le registre qui manquait — ce qui est bon pour moi — obéit à une condition : le bénéfice doit être intrinsèque à la catégorie. Sur du lait, il l’est, puisque la conduite du troupeau se retrouve dans la composition du produit. Le lait de brebis en donne un exemple simple : il contient naturellement moins de lactose, et l’affinage en réduit encore la teneur — un fromage affiné quatre mois ou davantage devient de ce fait plus digeste que son équivalent au lait de vache. Ce bénéfice ne tient ni au marketing ni à un ajout : il découle de l’espèce et de la durée d’affinage inscrite au cahier des charges.

Le registre atteint le consommateur par trois véhicules qu’un seul emballage peut porter : le bio, qui garantit l’absence de chimie de synthèse ; le Nutri-Score, qui dit le profil du produit fini ; et les allégations nutritionnelles, qui traduisent une pratique d’élevage en composition.

Une clause nutritionnelle, votée et vérifiée

Le beurre de baratte de C’est qui le Patron ?! est adossé au label Bleu-Blanc-Cœur, dont le cahier des charges laitier procède par obligation de moyens : sources d’oméga-3 tracées — herbe, lin, luzerne, colza —, cent vingt jours de pâturage minimum, alimentation sans OGM ni huile de palme. La cible est la recommandation de l’ANSES, un rapport oméga-6 sur oméga-3 inférieur à 4. Deux réserves situent l’exemple : le lin est un apport extérieur qui corrige la ration, et Bleu-Blanc-Cœur n’est pas un label biologique — le lait de ce beurre est conventionnel, rémunéré 555 € les 1 000 litres là où le bio de la même marque l’est à 565 €.

L’autre voie ne corrige rien : elle produit le bénéfice. L’herbe pâturée est elle-même riche en précurseur oméga-3, de sorte qu’un troupeau qui sort suffisamment n’a plus besoin d’être supplémenté. Le bénéfice devient un produit du système et non un achat — c’est la différence entre restaurer et régénérer, transposée à l’assiette. Et quand la chaîne est visible, le consommateur dépasse l’achat responsable accompli par devoir : il achète quelque chose qui lui fait du bien et participe à ce qui l’a rendu possible. La responsabilité fonde l’engagement, la joie de contribuer le rend durable.

Un référentiel tient ces quatre indicateurs ensemble et autorise la revendication que personne n’ose encore : la certification Regenerative Organic Certified. Elle prend le bio comme socle d’entrée puis vérifie trois piliers sous une seule certification — santé des sols et gestion des terres, bien-être animal, équité des agriculteurs et des travailleurs. Chaque pilier se satisfait par une certification reconnue, et le pilier social passe par une certification équitable : le bio et l’équitable sont l’un et l’autre nécessaires.

Pour les élevages, ROC impose des exigences de pâturage supérieures au socle bio, et les analyses de sol sont reconduites tous les trois ans. Ses trois piliers se logent dans les nôtres : la santé des sols et le bien-être animal dans l’environnemental, l’équité des agriculteurs dans le social et l’économique. ROC certifie une ferme et un produit ; le Capacity Score lit une filière entière — deux objets différents, qui se complètent.

Alexandre Family Farm en est la démonstration complète : bio, puisque ROC l’exige, et intégrée. Première laiterie certifiée ROC des États-Unis, elle détient aussi l’Ecological Outcome Verification du Savory Institute, qui porte sur les résultats mesurés — carbone du sol, couverture, rétention d’eau, biodiversité.

Elle va jusqu’au corps du consommateur par deux leviers distincts : l’un génétique, son troupeau étant homozygote A2/A2 là où les races dominantes de la filière conventionnelle sont majoritairement A1, ce qui s’obtient par la reproduction et non par la conduite ; l’autre systémique, l’herbe verte toute l’année et le troupeau déplacé après chaque traite donnant, selon une étude indépendante de juin 2026, un ratio oméga-6 sur oméga-3 proche de 1:1 contre 5:1 à 6:1 en conventionnel. Certification, vérification des résultats, mesure nutritionnelle : c’est cette combinaison qu’une marque laitière peut viser.

6 · Quelle pratique passe par quel label ?

Nous avons vu les pratiques d’un côté, les labels de l’autre. Reste à les croiser, car c’est là que se joue le passage au rayon. Toute clause n’a pas de véhicule : certaines sont portées par une certification existante, d’autres ne peuvent s’afficher que par une mention libre, d’autres enfin restent invisibles quoi qu’on fasse.

La pratique Ce qui peut la porter en rayon Ce qui reste invisible
Pâturage long Le bio en impose un minimum. Le Planet-Score l’intègre à son calcul biodiversité. ROC l’exige au-delà du socle bio. Le nombre exact de jours. Aucune certification ne l’affiche : il faut une mention libre.
Bien-être animal Le Planet-Score lui consacre un indicateur dédié. ROC en fait l’un de ses trois piliers. La stabulation libre, l’absence de mutilation, la conduite du troupeau au quotidien.
Alimentation produite sur la ferme Le bio fixe un seuil. L’AOP l’encadre dans son aire. Le taux réel d’autonomie, souvent bien supérieur au seuil.
Prix garanti au producteur Une certification équitable — Fair for Life, Fairtrade, Agri-Éthique — l’atteste. ROC l’exige au titre de son pilier social. Le montant lui-même, et la durée de l’engagement. Aucune certification ne les publie.
Qualité nutritionnelle du lait Une allégation nutritionnelle encadrée, ou le label Bleu-Blanc-Cœur pour le profil en acides gras. Le lien entre la conduite d’élevage et la composition obtenue.
Proximité de la collecte L’AOP par son aire. Origin’Info et les mentions d’origine pour le pays ou la région. La distance réelle en kilomètres, et le nom de la ferme.
Gouvernance de filière Rien. Le statut coopératif, le sociétariat ou le vote ne relèvent d’aucune certification. Tout. C’est le registre le moins outillé du rayon.

Trois enseignements se dégagent de ce croisement.

D’abord, une certification atteste rarement le détail : elle garantit qu’un seuil est franchi, pas le niveau atteint. Une marque qui pâture 269 jours porte le même logo bio que celle qui en fait le minimum réglementaire. C’est pourquoi les mentions libres — un nombre de jours, un nom de ferme, une part du prix — ajoutent quelque chose que le label ne dit pas.

Ensuite, le prix et la gouvernance sont les registres les plus mal servis. L’équitable atteste qu’un prix a été négocié, jamais lequel. Et rien ne signale au consommateur qu’une filière décide collectivement de son cahier des charges — alors que c’est précisément ce qui la rend capable de tenir.

Enfin, ROC est le seul dispositif qui traverse plusieurs lignes de ce tableau : pâturage, bien-être animal et prix producteur relèvent de ses trois piliers, sur un socle bio. C’est ce qui en fait la certification la plus proche d’une lecture régénérative — et son absence dans le lait français une place à prendre.

Comment les lauréats s’y prennent

Les produits primés ne cherchent pas le label parfait : ils assemblent ce que le tableau ci-dessus rend disponible, et ajoutent une mention libre là où rien n’existe.

  • DeLaFerme — le bio pour le socle, un Planet-Score quadruple A pour la biodiversité et le bien-être animal, et le nom de la ferme affiché sur la fontaine là où aucune certification ne porte la proximité. Trois véhicules, dont un inventé.
  • Bonneterre — le bio, un quadruple A, la mention Biopartenaire qui atteste le prix et la durée du contrat, et deux allégations nutritionnelles encadrées. Quatre véhicules, sur les trois sphères.
  • C’est qui le Patron ?! — le cas qui échappe à la règle. Prix voté, contrat de cinq ans, cahier des charges public et contrôlé chaque mois — et presque aucune certification hormis le bio. La marque a écrit sa propre filière et publie elle-même ce qu’aucun label ne dit. Admirable, mais peu reproductible : la plupart des acteurs passeront par les certifications existantes.

Ces trois-là assemblent parce qu’ils n’ont pas le choix, et parce qu’un registre isolé ne rapporte pas. Le bio en est la contre-épreuve : visible, certifié, reconnu — et déclassé à 40 % faute de dire quoi que ce soit du prix payé à l’éleveur. Aucune certification ne porte les trois sphères à la fois. Sauf une.

ROC, la seule qui tienne les trois sphères

Regenerative Organic Certified prend le bio comme socle d’entrée, puis vérifie trois piliers sous une seule certification : la santé des sols et la gestion des terres, le bien-être animal, l’équité des agriculteurs et des travailleurs — ce dernier passant lui-même par une certification équitable reconnue. Là où DeLaFerme empile trois véhicules et Bonneterre quatre, ROC en présente un.

Reprenons le tableau : le pâturage, le bien-être animal et le prix producteur relèvent chacun de l’un de ses piliers. Pour les élevages, ROC impose des exigences de pâturage supérieures au socle bio et fait reconduire les analyses de sol tous les trois ans. C’est la seule ligne du rayon qui coche l’environnemental, le social et l’économique d’un même geste.

D’où la règle, en deux branches. Soit ROC, qui tient l’ensemble — et qu’aucune filière laitière française ne porte à ce jour, alors que sept produits primés aux Lauriers de la Régénération l’ont déjà obtenue dans les spiritueux, les cosmétiques ou l’épicerie. Soit, à défaut, l’assemblage : le bio en socle, un score pour l’environnemental, une certification équitable pour le social et l’économique.

Dans les deux cas, il restera à écrire soi-même, en clair sur l’emballage, ce qu’aucun dispositif ne porte : le nombre de jours au pré, la distance de collecte, le nom de la ferme, le montant versé au producteur.

Partie III

Le modèle économique

Comment concevoir le produit avec sa filière, le financer, et trois entreprises qui montrent où ça mène.

7 · Concevoir un produit laitier régénératif : mutualité et RegenBMC

Les pratiques existent, les véhicules existent, l’espace est ouvert. Reste la méthode : comment un acteur passe-t-il de l’un à l’autre sur un produit réel ? Faire croître quatre capitaux à la fois suppose que plusieurs acteurs y trouvent leur compte en même temps — c’est le principe de l’économie de la mutualité, formalisée par Bruno Roche et Jay Jakub, où la création de valeur repose sur des relations mutuelles et vise à faire prospérer collectivement les capitaux humain, naturel et financier.

Concrètement, cela veut dire écrire chaque clause de façon à ce que chacun gagne au gain de l’autre. L’éleveur y gagne une rémunération qui tient et l’horizon d’investir ; le transformateur, une matière régulière et un approvisionnement qui résiste aux chocs ; le distributeur, un rayon qui explique au lieu de comparer ; le consommateur, un produit meilleur pour lui. Quant au prix, la réponse se lit dans la structure du coût plutôt que dans un supplément : la confiance établie entre les acteurs supprime les marges de précaution que chaque maillon intègre par défaut, ce qui libère la marge nécessaire à la rémunération de l’amont. Aucun acteur ne porte l’écart seul, ce qui distingue ce mécanisme d’une prime posée sur un modèle inchangé.

Qui finance la régénération — et ce que chacun y gagne

La question ouverte au début de ce dossier trouve ici sa réponse, et elle déplace le problème. Financer la régénération n’est pas partager une facture : c’est organiser un échange où chaque partie apporte quelque chose et reçoit sa contrepartie. Là où une exigence imposée est une charge, une contrepartie reçue est une raison de continuer.

L’éleveur apporte les pratiques et le risque du changement. Il reçoit un prix construit sur ses coûts, l’horizon d’un contrat pluriannuel, moins d’intrants achetés, et une ferme qui redevient transmissible — le retour sur investissement des pratiques se situe entre 15 et 25 % à trois ou cinq ans, à condition que quelqu’un porte la trésorerie du passage.

Le transformateur apporte la durée : un contrat qui engage, un prix qui ne se renégocie pas chaque hiver. Il reçoit une matière régulière, un approvisionnement qui résiste aux chocs, et les données dont la CSRD lui demande compte — la norme ESRS E4 sur ses dépendances aux services écosystémiques, la norme S2 sur les conditions de travail de sa chaîne. La dépense sert deux fois.

Le distributeur apporte le risque commercial d’expliquer plutôt que de comparer, et la place en rayon. Il reçoit une différenciation qu’aucune promotion ne lui donnerait, et un produit dont l’histoire tient face au client.

Celui qui mange apporte l’acceptation d’un prix qui rémunère le travail. Il reçoit un aliment meilleur pour lui — un lait de prairie plus riche en oméga-3, un fromage plus digeste — et de quoi arbitrer en connaissance de cause. La santé est ici une contrepartie, pas un argument : elle est produite par le système, pas ajoutée après coup.

Le troupeau est une partie prenante, pas un moyen de production. Il apporte le lait et la fertilité qu’il dépose sur les prairies. Il reçoit des jours dehors, de l’espace, une conduite qui respecte son espèce — et il le rend en santé, en longévité et en qualité de lait. Une vache qui sort tombe moins malade, et cela se lit dans les charges vétérinaires autant que dans le produit.

Les milieux aussi apportent et reçoivent. Les prairies permanentes, les haies et l’eau donnent la fertilité, la régulation des flux et la ressource fourragère ; ils reçoivent en échange de ne pas être retournés, moins d’intrants, des cycles respectés. Ce que le régénératif change ici, c’est qu’ils cessent d’être un décor gratuit pour devenir un partenaire dont on entretient la capacité à produire.

Le territoire enfin, et ses habitants humains comme non humains. Il apporte un cadre collectif — une appellation, une coopérative, des négociateurs élus. Il reçoit une eau plus propre, des paysages entretenus, des emplois non délocalisables, des fermes qui se transmettent. C’est ce que rémunèrent les paiements pour services environnementaux, et c’est la logique de l’insetting : financer la régénération à l’intérieur de sa propre chaîne de valeur plutôt que d’acheter des crédits ailleurs.

Un point mérite d’être tranché ici, car il décide de tout : ce modèle ne se finance pas par ce qu’il économise. Les charges évitées et les risques couverts sont réels, mais ils appartiennent aux paliers de réduction et de restauration, où l’on protège une rentabilité existante. Le régénératif crée de la valeur nouvelle, et il la crée par le produit : c’est lui qui est vendu, c’est lui qui porte le modèle. Une entreprise peut réduire ses intrants pendant dix ans sans jamais devenir régénérative si son offre ne change pas.

Et ces contreparties se nourrissent l’une l’autre. Le prix tenu permet à l’éleveur d’allonger le pâturage ; le troupeau dehors va mieux et donne un lait plus riche ; ce lait vaut davantage en rayon ; cette valeur consolide le prix tenu. La boucle se referme, et chaque tour la renforce — c’est l’effet ricochet à l’échelle de la filière, non plus d’une clause. C’est aussi ce qui distingue un modèle régénératif d’un partage d’efforts : le premier s’auto-entretient, le second s’épuise.

Lu ainsi, le conflit décrit en ouverture s’éclaire. Les trois camps ne se battaient pas par idéologie : aucun n’avait rien à gagner à ce que les autres tiennent. Le distributeur n’avait aucun intérêt à ce que l’éleveur soit mieux payé, l’éleveur aucun à un score qui le classe mal, le transformateur aucun à un affichage santé qui déclasse ses fromages. Le régénératif ne leur demande pas d’être vertueux : il recompose les intérêts pour que chacun gagne à ce que les autres tiennent.

La question du financement est donc mal posée quand on la réduit aux mécanismes. Elle n’est pas « qui paie ? » mais « quelles parties prenantes réunir localement pour investir ensemble dans le vivant sur le long terme ? » C’est ce que le lait voté a résolu pour la France, et ce qu’une filière fromagère peut résoudre à son échelle.

La gaufre est le cas d’école le plus parlant : produit banal, cinq matières agricoles — lait, beurre, œufs, farine, sucre — donc cinq amonts à embarquer et un seul emballage pour le dire. Quatre conditions font qu’elle contribue au vivant : des ingrédients issus de sols vivants, une production pensée en économie circulaire, une chaîne de valeur qui soutient les agriculteurs, une transparence du champ à l’emballage. Le même exercice vaut pour un yaourt ou un fromage, avec moins de fournisseurs.

Schéma d'une gaufre régénérative, du sol à l'emballage — Nous Sommes Vivants
Une gaufre régénérative, du sol à l’emballage. Cinq amonts, quatre conditions, un seul emballage pour le dire.

Le cadre qui organise ce travail est le RegenBMC. Son principe tient en une phrase : réunir autour d’une même table toutes les parties prenantes de la chaîne de valeur d’un produit — l’éleveur, le collecteur, le transformateur, le distributeur, le consommateur, et les acteurs du territoire — pour concevoir ensemble ce qu’aucun ne peut décider seul. Cinq ateliers sur un an. Analyser la chaîne de valeur actuelle, en redessiner la version future, formuler la proposition de valeur régénérative, planifier à trois horizons, arrêter la feuille de route, les indicateurs et la gouvernance. Chaque acteur y intègre dans sa propre zone de responsabilité les services qu’il a à rendre : c’est là que les clauses s’écrivent avec l’amont plutôt qu’au siège.

C’est quoi une gaufre régénérative ? →
Le business model de l’entreprise régénérative en 5 ateliers →

Concevoir l’offre avec sa coalition

Le Business Model Régénératif est un canvas et cinq ateliers menés avec vos parties prenantes : relire la chaîne de valeur en triple lecture — ressources naturelles, humaines, financières —, concevoir une offre régénérative et réunir la coalition qui la rend possible.

Découvrir le Business Model Régénératif en 5 ateliers →

8 · Le lait voté : la démonstration économique du régénératif

Un cas français réunit tout ce qui précède : les clauses, leur ordre, et leur affichage. Avec une particularité qui mérite d’être relevée d’emblée — c’est le produit le plus complet de ce dossier, et il ne porte presque aucune certification. La marque a écrit sa propre filière.

Capacity Score 94 % · N4 Régénérer filière lait bio · Laurier Modèle Économique Régénératif

Une filière laitière française remplit déjà toutes ces clauses et les affiche : C’est qui le Patron ?! × LSDH. Son Capacity Score a été établi sur deux périmètres distincts : l’organisation C’est qui le Patron ?! — trente-sept salariés, gouvernance coopérative, trente-deux références — obtient 91 % ; la filière lait bio seule, celle qui associe la marque à son opérateur LSDH sur quatre-vingt-dix élevages, obtient 94 %. L’écart tient aux données de terrain que l’opérateur apporte et que la marque ne produit pas elle-même : diagnostics environnementaux, audits de bien-être animal, accompagnement à l’installation. Les deux sont en N4, le niveau le plus élevé de notre corpus, et le seul cas laitier à l’atteindre.

Le prix du lait bio y est voté par 7 365 consommateurs à partir des coûts réels déclarés par les éleveurs : 1,47 € le litre en rayon, dont 0,59 € reviennent au producteur, sur un cahier des charges qui fixe le lait bio à 565 € les 1 000 litres. Il est certifié chaque mois par Bureau Veritas et inscrit dans un contrat tripartite de cinq ans. Le débouché est proratisé : chaque producteur voit la part de son lait qui alimente la marque payée à ce prix, le reste suivant celui de sa coopérative.

Le résultat économique est net, et c’est la démonstration attendue. Le chiffre d’affaires a progressé de 11,8 % en 2024, à 126 M€, quand le marché du lait bio en grande surface reculait de 8 % — sans publicité ni force commerciale, ce sont les votants qui portent la marque. Cet écart n’est ni une économie ni une part de marché prise à un concurrent : c’est une survaleur, payée parce que le produit dit ce qu’il fait vivre. Et le lien se lit dans les deux sens : entre ceux qui produisent le lait et ceux qui l’achètent, sur un produit de grande consommation.

Côté transformateur, LSDH fournit les données de terrain de ce montage. La même année, pendant que le marché se contractait, le prix a tenu et l’opérateur a repris cinquante à soixante fermes bio laissées par un industriel.

Le triple impact régénératif sur les territoires — modèle Nous Sommes Vivants
Le triple impact régénératif sur les territoires — modèle Nous Sommes Vivants.

Ce que ce cas démontre tient en une phrase : la valorisation est ce qui fait tenir la pratique quand le marché bouge. Le prix n’a pas cédé pendant la crise parce qu’il n’appartenait à personne de l’annuler — et c’est le vote, affiché sur la brique, qui lui donnait cette solidité.

C’est qui le Patron ?! × LSDH — l’analyse Capacity Score complète →
DeLaFerme (Bio&Lo) : le yaourt bio régénératif à la ferme →

9 · Danone et l’agriculture régénératrice : où en est sa filière lait

Capacity Score 57 % · N3 Restaurer lecture externe sur données publiques

Le Capacity Score situe une activité sur quatre paliers — limiter, réduire, restaurer, régénérer — à travers six leviers, en trente-huit questions dont une de qualification. Appliqué à Danone sur données publiques, il donne 57 %, soit N3 : Restaurer. Ce qui sépare les deux derniers paliers est un retournement de finalité : restaurer demande « comment tenir ? », le vivant servant l’activité ; régénérer demande « quelle contribution au vivant nous permet de tenir ? », l’activité servant le vivant.

Le chemin vers l'entreprise régénérative — quatre étapes : Limiter, Réduire, Restaurer, Régénérer
Les quatre étapes du Capacity Score : Limiter, Réduire, Restaurer, Régénérer.

Ce qui vaut à Danone son N3. Deux leviers portent le score. La gouvernance est le plus avancé — engagement pour l’agriculture régénératrice formalisé dès 2018, statut de Société à Mission depuis 2020, plus de 40 M€ investis dans la transition agricole. La chaîne de valeur localisée suit de près : exploitations partenaires à 60 km des usines en moyenne, certaines livrant depuis trois ou quatre générations, contrats pluriannuels de trois à cinq ans, et un prix intégrant les coûts de production depuis 2015 — avant EGalim. Le cahier des charges du lait bio est décrit comme le plus exigeant d’Europe.

Les quatre indicateurs progressent en conséquence : sols et biodiversité documentés au cahier des charges et suivis sur les zones d’infiltration des quatre eaux minérales françaises du groupe, bien-être animal documenté, capacité des producteurs travaillée par la durée des contrats et par un dispositif d’installation doté de 2 M€ pour 2024-2029. Et l’engagement laitier est large : à l’automne 2024, 60 % des élevages partenaires étaient entrés dans la démarche, avec un objectif de 100 % des agriculteurs partenaires français.

Le levier de bascule, et son niveau

Le Capacity Score lit une activité à travers six leviers — leadership personnel, intelligence écosystémique, chaîne de valeur localisée, innovation produit, dynamiques humaines, gouvernance de l’activité — et chaque bascule d’un palier au suivant a son levier pivot. Celle qui mène à N4 est portée par l’innovation produit, et pour une raison de fond : c’est le produit ou le service en vente qui fonde le business model. Sans transformation de l’offre, les autres leviers s’épuisent et les engagements restent déclaratifs. C’est par le produit que la bascule se fait.

Chez Danone, ce levier est mesuré à 42 % — N2. Autrement dit, le levier qui commande la bascule est le plus en retrait des six. Le quatrième indicateur, la santé de celui qui consomme, reste hors du champ de l’offre ; et aucun référentiel ne porte les trois autres jusqu’à l’étiquette des marques principales. Le travail accompli à la ferme reste dans les rapports.

Ce constat décrit une position sur une trajectoire, non un jugement : le groupe a construit un amont que peu d’acteurs possèdent, et l’innovation qui le rendrait visible lui reste à conduire.

Les meilleures pratiques du groupe, et le produit inchangé

Les Prés Rient Bio, filiale autonome de Danone créée en 2006 et certifiée B Corp, produit les yaourts Les 2 Vaches au Molay-Littry avec une cinquantaine d’éleveurs normands, collectés dans un rayon moyen de 27 km. Ce lait n’est pas celui des marques principales : c’est une filière distincte, avec son propre cahier des charges, plus exigeant que l’AB et co-construit avec les éleveurs — alimentation, bien-être animal, santé du troupeau, empreinte environnementale, non-mixité des fermes. Une prime « Prairie & autonomie » rémunère l’autonomie alimentaire obtenue par l’herbe.

Sur la capacité des producteurs, l’innovation contractuelle va plus loin que partout ailleurs dans la filière : le contrat équitable, enrichi en 2023 avec l’organisation de producteurs de lait bio Seine et Loire, est conclu pour cinq ans renouvelables et garantit un revenu disponible moyen minimal de deux SMIC, quelles que soient la conjoncture et les prix du marché. Le lait est certifié Fair For Life par Ecocert depuis 2019.

Et le produit, lui, n’a pas bougé — c’est exactement là que la valeur ne se crée pas. La mention équitable couvre un indicateur ; les trois autres restent hors du pot — l’état des prairies et des sols, la conduite du troupeau, et ce que cette conduite met dans le yaourt. Les pratiques les plus avancées de la filière française coexistent donc avec un produit qui en porte un quart. La démonstration est nette : le sujet n’est pas la qualité des pratiques, c’est l’innovation produit qui les ferait franchir l’étiquette.

Danone, agriculture régénératrice et filière lait →

10 · Notre mission pour le groupe Bel : explorer les attentes, en France et aux États-Unis

Mission de conseil · Nous Sommes Vivants

Explorer le lancement d’un produit régénératif, France et États-Unis

Bel s’est engagé à s’approvisionner d’ici 2030 à 100 % en lait et en fruits issus d’exploitations en transition vers l’agriculture régénératrice — la formulation est du groupe, et la nuance compte : l’engagement porte sur l’entrée en trajectoire, non sur son terme. Sa charte amont laitier, co-signée avec le WWF France en 2018 et révisée en 2023, structure trois piliers — producteurs partenaires, bien-être animal, agriculture régénératrice — sur onze bassins laitiers et environ 2 500 producteurs.

Le groupe nous a confié la question qui vient après l’amont : par quelle innovation produit transforme-t-on ces pratiques en offre ? Six mois de learning expedition en France et aux États-Unis, conduite pour embarquer les parties prenantes internes et externes, en mobilisant les trois niveaux de la chaîne d’alliance — agriculteurs, consommateurs, distributeurs.

La méthode. Focus groups à Paris et à Los Angeles, journaux de bord et communauté en ligne pour observer les achats réels sur la durée, entretiens d’agriculteurs régénératifs des deux côtés de l’Atlantique, store checks et immersions terrain, puis des concepts testés en Jobs To Be Done et revalidés avec les producteurs. La mission portait sur une gamme à base de pomme, et sa valeur tenait à la diversité des profils réunis — y compris ceux dont les intérêts s’opposent : consommateurs des deux pays, agriculteurs déjà engagés, producteurs partenaires du groupe, équipes marketing et innovation. Au bout de six mois, non pas un rapport mais des pistes d’offre arbitrées avec ceux qui devraient les fabriquer et les vendre. La démarche est la même quelle que soit la matière.

Ce que l’exploration établit. Le mot « régénératif » appelle une traduction concrète : la notoriété spontanée est faible et les représentations positives mais floues, ce qui laisse le champ libre à qui saura nommer le bénéfice. Les angles qui portent sont la santé des sols et la densité nutritionnelle — précisément la chaîne que le lait de pâturage sait raconter. Et la transparence attendue dépasse la certification : une histoire vérifiable, des données accessibles, une relation directe avec les producteurs.

Ce que le cas démontre. Que le chemin entre un engagement amont et une offre en rayon passe par l’innovation produit, et qu’il s’explore avec méthode plutôt qu’à l’intuition. Bel a d’ailleurs déjà engagé le geste sur le lait : depuis 2018, deux de ses marques affichent que 100 % de leur lait provient de vaches allant librement au pâturage. Une clause du cahier des charges recopiée sur le pack — un premier pas, qui couvre une ligne du tableau et laisse les trois autres à écrire. Un accord avec son association de producteurs de l’Ouest rémunère les pratiques durables, avec un lait payé environ 11 % au-dessus de la moyenne du marché conventionnel sur ses trois premières années, 150 jours de pâturage minimum et une alimentation sans OGM. Depuis 2019, la stabulation libre conditionne l’accès au statut de fournisseur, avec un suivi du bien-être animal par un organisme indépendant.

Les trois conseils que nous en tirons pour une marque laitière : partir de la réalité agricole plutôt que de la marque, traiter la faible notoriété du régénératif comme une fenêtre à occuper maintenant, et concevoir la transparence comme une condition de confiance — donc comme une brique du produit, pas comme un registre de communication.

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Un accompagnement de conseil

Ce travail se fait à plusieurs, et rarement depuis un siège. Si vous préparez une offre ou voulez embarquer votre filière, nos consultants et coachs en transformation peuvent vous y accompagner.

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Les ponts qui manquent à la filière lait régénérative

Une clause ne vaut que par la relation qu’elle instaure. Un prix construit sur les coûts change le rapport entre un éleveur et son collecteur. Une transformation ramenée à la ferme change celui entre un producteur et son métier. Une fontaine qui nomme la ferme change celui entre un territoire et ceux qui le mangent. Une filière régénérative se reconnaît moins à ses produits qu’aux liens qu’elle a su nouer — et un lien tient quand les deux parties y gagnent.

Vue ainsi, la filière lait française n’a pas d’abord un problème de pratiques. Elle a des ponts manquants — des endroits où l’intérêt de l’un ne rencontre pas celui de l’autre. On peut les nommer.

  • Entre l’éleveur et son acheteur : un prix construit sur les coûts réels et engagé sur plusieurs années. Sans cet horizon, aucune clause exigeante n’est souscrivable. C’est le pont que les fruitières du Jura tiennent par leur organisation collective et le lait voté par le vote de ses sociétaires — et que la majorité de la filière ne tient pas.
  • Entre la ferme et le produit : une traçabilité qui survit à la collecte et à la transformation. Sans elle, une pratique disparaît dans le tank et rien ne peut en être dit en rayon.
  • Entre le produit et celui qui l’achète : un affichage qui couvre les trois sphères plutôt qu’une seule. Une certification le fait déjà — ROC, sur socle bio — et aucune filière laitière française ne la porte. À défaut, l’assemblage : le bio, un score, une mention équitable, et ce qu’on écrit soi-même par-dessus.
  • Entre les maillons eux-mêmes : une gouvernance qui décide ensemble du cahier des charges — coopérative, appellation, organisation de producteurs, sociétariat. C’est ce qui évite qu’une exigence nouvelle soit portée par un seul.
  • Entre la filière et son territoire : la reconnaissance des services rendus — eau, paysages, emploi rural, transmission des fermes — comme une valeur, et non comme une externalité gratuite.

Ces ponts ne se construisent pas produit par produit. Ils supposent qu’on regarde la filière entière — et c’est précisément ce qui manque au lait. Il faudrait en produire la modélisation : le jeu d’indicateurs propre au lait décliné niveau par niveau, la hiérarchie des pratiques selon leur effet réel en élevage, la correspondance avec les normes ESRS pour que le travail serve aussi au reporting, et surtout le prix par niveau — ce que vaut le litre à chaque degré d’exigence. C’est le document qui manque à toutes les négociations de cette filière.

Un tel travail répond aussi à une difficulté que les éleveurs signalent partout : sollicités par plusieurs donneurs d’ordre, ils remplissent des questionnaires différents pour des exigences voisines. S’entendre sur une méthode commune, et placer les producteurs au rang de co-concepteurs, allège cette charge autant que cela améliore le résultat.

Lait régénératif : les conditions sont meilleures qu’il y a trois ans

Trois mouvements récents facilitent la tâche. La distribution devient prescriptrice — Naturalia a lancé en juin 2025 la première campagne dédiée au bio régénératif en France, ce qui lui a valu le Laurier 2025 de la catégorie distribution, et Biocoop a montré qu’un quadruple affichage était industriellement faisable sur deux cents références. La mesure devient rentable en elle-même : le Planet-Score applique des hypothèses défavorables là où les données de terrain manquent, de sorte qu’une donnée réelle améliore la note, et l’Indice de Régénération créé par Pour une Agriculture du Vivant s’articule désormais avec lui de la fourche à la fourchette. Le marché, enfin, désigne les registres à occuper : les bénéfices nutritionnels comptent pour 67 % des consommateurs quand 23 % des messages en parlent, la juste rémunération pour 55 % et reste rarement écrite sur les emballages.

Rien n’oblige à commencer par la fin : le cadre s’adopte d’emblée, la trajectoire se parcourt ensuite, et chaque niveau franchi vaut par lui-même. Reste à ouvrir le chantier. Le Regenerative Circle réunit tous les acteurs d’une filière autour des cinq ateliers du Business Model Régénératif, sur cinq journées réparties en douze mois. Des cercles se sont constitués sur les alcools, les cosmétiques, l’alimentation et le textile. Celui du lait reste à ouvrir, et nous cherchons les acteurs qui voudront le porter.

C’est le travail que nous menons avec les acteurs de la filière lait qui veulent passer des pratiques aux liens. Notre posture y est celle d’un tiers capacitant : rendre lisibles les dépendances réelles au vivant, réunir toutes les parties prenantes de la chaîne de valeur d’un produit, et faire émerger les solutions en intelligence collective — les clauses écrites avec l’amont, la coalition qui les rend possibles, et ce qui s’en lit en rayon. La question du premier atelier est toujours la même : est-ce que le territoire et ses habitants prospèrent avec votre activité économique ?

Sources

Dossier Lauriers de la Régénération 2024-2026, Nous Sommes Vivants · Cahiers des charges publics CQLP (cestquilepatron.com) · Réussir lait, prix du cahier des charges CQLP · LSDH, Livret RSE Filières Lait 2024 · Biolait · Bonneterre (ECOTONE) / Cocebi / Biopartenaire · Naturalia · Institut de l’élevage · Maison Agour · KEDGE Business School, étude de cas Maison Agour · Syndicat AOP Ossau-Iraty · Presse généraliste et professionnelle sur la controverse du Comté (printemps 2025), le contentieux Nutri-Score, les négociations sur le prix du lait, les tensions de l’AOP Ossau-Iraty et les marges du bio (Réussir lait, Réussir Pâtre, La France Agricole, L’Usine Nouvelle, LSA, ICI) · INAO · UFC-Que Choisir · Observatoire de la formation des prix et des marges, rapports au Parlement · IGF et CGAAER, mission sur les marges des produits sous signe de qualité · Sénat et Assemblée nationale, débats sur l’affichage nutritionnel · Bleu-Blanc-Cœur, cahier des charges lait de vache · ANSES, repères sur les acides gras · CIGC et cahier des charges de l’AOP Comté · presse professionnelle laitière (Réussir lait, L’Éleveur laitier) · INRAE / Ifremer, étude BiodivLabel, avril 2025 · INRAE, trajectoires de la production laitière française · Agence Bio et FranceAgriMer, relevés de prix · règlement bio européen et cahiers des charges AOP (INAO) · travaux parlementaires sur la rémunération des agriculteurs · Entretien DeLaFerme (Bio&Lo) avec Pierre-Marie Brizou, Lauriers de la Régénération · Rapport du Comité de Mission Danone 2024 · Groupe Bel, Charte mondiale amont laitier (WWF France) et charte bien-être animal (CIWF) · Alexandre Family Farm · Regenerative Organic Alliance (cadre ROC, regenorganic.org) · Savory Institute · UFC-Que Choisir / ITAB, Planet Score · Nous Sommes Vivants, Qui va payer pour la régénération de la nature ? · Collectif En Vérité — Un affichage intégral, harmonisé et lisible et étude Appinio sur l’affichage intégral, septembre 2024 · Naturalia · Biocoop · Pour une Agriculture du Vivant, Indice de Régénération (procédure auditée par Bureau Veritas) · Kantar, Who Cares? Who Does? · OTA, Inside Organic Summit 2025 · Roche & Jakub, Economics of Mutuality · Livre blanc Nous Sommes Vivants, Ce que la régénération du vivant change pour les décisions d’entreprise · Panu Pihkala · Capacity Score filière, Nous Sommes Vivants.

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