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Pourquoi un designer devrait-il s’intéresser à la conception régénérative ? Parce que son métier change de nature : avec le design régénératif, l’innovation produit vise la contribution au vivant. Longtemps, concevoir un produit consistait à répondre à un besoin de consommateur à partir d’un brief marketing. L’éco-conception, le design responsable et le design circulaire ont fait progresser les choses, et ils partagent une même question centrale : celle de l’impact, qu’il s’agit de réduire et d’optimiser. Cette jambe de réduction reste nécessaire. Elle demande à être complétée dès qu’il s’agit de régénérer le vivant, humain et non humain.
La conception régénérative, telle que nous la travaillons chez Nous Sommes Vivants, va au-delà de la restauration des ressources naturelles : elle vise à augmenter la capacité d’un territoire et d’un collectif humain à atteindre leur plein potentiel, en se reliant au vivant non-humain. Le design cherche alors à renforcer des dynamiques vivantes existantes plutôt qu’à les remplacer ou les exploiter. La question fondatrice devient : ce que nous concevons renforce-t-il la capacité du vivant ? Ce déplacement est profond. Il change l’unité de conception (on ne conçoit plus un produit isolé), les critères de réussite (au-delà de la seule performance), et le rôle du designer lui-même, qui devient médiateur de relations plutôt que simple producteur de solutions.
« Beaucoup d’approches réduisent les dégâts. Très peu permettent de contribuer vraiment — de laisser le vivant en meilleur état. À ce jour, seuls le modèle économique régénératif et les pratiques régénératives visent des impacts régénératifs : ceux qui augmentent ensemble la capacité du vivant, humain et non humain. » — Jérémy Dumont, masterclass Nous Sommes Vivants
C’est précisément le rôle du Business Model Régénératif (REGEN BMC) : un outil pour co-concevoir, avec toutes les parties prenantes, un produit ou un service réellement régénératif. Cet article en suit le fil de bout en bout : comment la posture du designer évolue, quelle trajectoire de maturité elle emprunte (limiter, réduire, restaurer, régénérer), quels sont ses quatre piliers de conception, comment la méthode se déroule sur le terrain, comment rendre la contribution visible et mesurable, et ce que donnent les entreprises qui l’appliquent déjà.
Design régénératif : un designer de relations entre êtres vivants
La conception régénérative fait évoluer radicalement la posture du designer. Au lieu de concevoir seul à partir d’insights consommateurs et d’un brief marketing, il devient intégrateur des parties prenantes tout au long d’un processus continu, disposant des informations clés sur les impacts négatifs et positifs du produit, pilotés par trois capitaux :
Capital Environnemental
Biodiversité, sols, eau, air, pollinisateurs, faune locale, santé des écosystèmes
Capital Social
Conditions de travail, équité salariale, dialogue social, communautés locales, éducation, santé mentale
Capital Financier
Robustesse économique, marges, revenus des producteurs, co-investissement, valorisation d’actifs
Ce que ça change dans le processus
- 80 % compréhension mutuelle, 20 % solution : l’inverse du Design Sprint classique.
- 25 à 50 parties prenantes autour de la table : agriculteurs, industriels, distributeurs, consommateurs, ONG, collectivités, chercheurs.
- Première fois que des acteurs voient l’ensemble de la chaîne de valeur avec ses impacts chiffrés : souvent une révélation, parfois un choc face aux coûts cachés.
- Le produit conçu est un prétexte pour réorganiser toute une filière : un vêtement, un aliment, un service numérique devient le catalyseur d’une transformation territoriale.
- Contrats longs (5 à 10 ans) entre toutes les parties prenantes, qui co-investissent temps et argent.
Ce designer devient le chef d’orchestre d’une trajectoire : faire progresser l’entreprise, étape après étape, de la réduction des impacts vers la contribution au vivant. Voici cette trajectoire, avant de revenir à son cœur de compétence, la conception du produit.
La trajectoire régénérative en 4 niveaux, de la réduction des impacts à la régénération
Régénérer, c’est donner aux êtres vivants, humains et non-humains, les ressources leur permettant d’atteindre leur plein potentiel dans leur lieu de vie. La régénération du vivant telle que nous la portons →
Cette trajectoire de maturité se lit en 4 niveaux, pour aller d’une logique de réduction des impacts négatifs (net zéro) vers la création de valeur. L’objectif ultime : la santé globale (One Health), qui relie la santé des écosystèmes (sol, eau, air) à la santé humaine, physique et mentale. On passe d’une logique d’extraction à une logique de régénération du vivant et de contribution aux ressources essentielles.
Ces 4 niveaux tracent une trajectoire : limiter, réduire, restaurer, puis régénérer. Régénérer est une bascule de nature plutôt qu’un niveau supérieur : le passage d’une logique d’impact à une logique de capacité contributive.
Pour situer une entreprise sur cette trajectoire, le Capacity Score évalue l’activité sur ces 4 niveaux à travers 6 leviers (leadership personnel, intelligence écosystémique, chaîne de valeur localisée, innovation produit, dynamiques humaines, gouvernance et financement) et désigne le levier qui retient le passage au niveau suivant. Sa méthode est détaillée dans la FAQ du Capacity Score.
Conformité, normes. Abandonner les activités les plus dégénératives.
Réduire les impacts négatifs vers un net zéro.
Réparer les écosystèmes et les relations humaines dont la production dépend directement.
Donner aux êtres vivants les ressources pour atteindre leur plein potentiel.
L’innovation produit est le levier du passage de Restaurer à Régénérer (N3 → N4).
C’est par elle que la contribution entre dans ce qui se vend : un produit ou un service en triple impact, environnemental, social et économique, qui incarne le modèle économique régénératif. La régénération se lit ensuite sur l’ensemble de l’organisation, de la chaîne de valeur à la gouvernance et au financement. La conception régénérative outille ce passage.
C’est le principe de la croissance à impact régénératif : une offre dont les impacts régénératifs croissent avec les ventes. Le chiffre d’affaires et les impacts régénératifs croissent ensemble, et la rentabilité vient de là, à deux conditions : avoir d’abord réduit ses impacts négatifs, et répondre à un besoin réel. Au niveau Restaurer, les impacts sont positifs : un gain net au-delà d’une ligne de référence explicite, sur la nature ou sur les personnes. Au niveau Régénérer, ils deviennent régénératifs : ils augmentent ensemble la capacité du vivant, humain et non humain.
De l’éco-conception à la conception régénérative
Le point de départ est connu : une conception qui part d’un brief marketing et d’insights consommateurs, sans mesure d’impact, crée de la valeur économique pour l’entreprise en détruisant de la valeur sociale et environnementale. C’est la chaîne de valeur dégénérative. À partir de là, chaque niveau de la trajectoire correspond à une façon de concevoir, et cette filiation se lit directement dans le levier innovation produit du Capacity Score :
Sobriété
Concevoir des produits qui durent et des usages qui se prolongent, supprimer le superflu, respecter les exigences réglementaires. Un socle réel, chiffré et vérifiable, sur lequel tout le reste s’appuie.
Éco-conception (ACV produit)
Réduit les impacts environnementaux d’un produit sur tout son cycle de vie, sur 16 critères d’impact (ACV, ISO 14040/14062). L’outil quantitatif de référence du métier.
Éco-socio-conception (ACV étendue)
Ajoute les impacts sociaux aux impacts environnementaux (ISO 14075) et va au-delà du net zéro atteint au niveau Réduire : impacts réduits et effets positifs sur les parties prenantes humaines, avec une attention qui reste inégale selon les étapes de la chaîne.
Design régénératif (ACV régénérative)
Installe des pratiques qui augmentent durablement la biocapacité du vivant, humain et non humain, ou apportent un bénéfice durable à la santé : ce qu’on régénère en plus compte autant que ce qu’on dégrade en moins, avec la même attention au vivant et aux personnes à chaque étape d’une chaîne de valeur localisée, et plusieurs critères pertinents nets positifs sur toute la chaîne, impacts négatifs compris. ACV régénérative et biodiversité →
Pourquoi aller plus loin que l’éco-conception ? Parce que l’analyse de cycle de vie, telle qu’elle est employée aujourd’hui dans l’affichage, ne suffit pas à qualifier la contribution d’un produit au vivant. Elle rend compte du carbone et des flux de matière avec précision ; les dépendances aux écosystèmes, la santé des sols et la qualité des services rendus par les écosystèmes appellent d’autres indicateurs. L’éco-socio-conception puis la conception régénérative élargissent la mesure en intégrant les indicateurs du vivant que la CSRD rend incontournables, via sa logique de double matérialité (l’impact de l’activité sur le vivant, autant que celui du vivant sur l’activité). Quelques repères ESRS : E1 (Climat), E4 (Biodiversité & écosystèmes), E2/E3 (Pollution, Eau & ressources marines), S2 (Travailleurs de la chaîne de valeur), S3 (Communautés affectées).
Les normes de conception suivent ce mouvement : l’amendement ISO 14001/A2:2026 étend la prise en compte des impacts à toute la chaîne de valeur et y intègre biodiversité, climat et ressources naturelles. L’ACV elle-même est appelée à évoluer dans ce sens : nous en détaillons les six étapes, de l’ACV classique à l’ACV régénérative. La conception régénérative anticipe cette bascule : elle considère déjà les entités non-humaines comme des parties prenantes à part entière (voir le design non humain), dont la voix, portée par des ONG, des associations, des représentants du territoire, pèse dans les décisions de conception.
L’exemple Veja.
Veja cultive déjà son coton en bio, en association avec des cultures vivrières. Prenons sa basket pour comparer deux façons de concevoir. En éco-conception, on la rend bas carbone et réparable : on réduit et on prolonge. En conception régénérative, on intégrerait dans le produit du coton certifié Regenerative Organic, une matière dont la culture enrichit les sols et fait progresser le revenu des communautés productrices. Ce ne serait plus la même basket mieux faite : ce serait un produit conçu autrement, dont la matière même crée un bien mesurable en amont.
D’où vient cette approche : trois apports théoriques
Cette façon de concevoir s’appuie sur trois apports théoriques qui nourrissent la méthode et que le REGEN BMC opérationnalise.
1. L’économie régénérative, le cadre pour l’entreprise
Avant d’être une méthode de design, la régénération est un changement de modèle économique : passer de la réduction des impacts négatifs à la contribution active aux écosystèmes. Une entreprise régénérative augmente la capacité des territoires et du vivant à prospérer : son modèle renforce sols, biodiversité, liens sociaux et économie locale. Notre page sur les modèles économiques responsables situe ce changement par rapport aux économies circulaire, de la fonctionnalité, sociale et solidaire et de la mutualité. La question discriminante : est-ce que le territoire et ses habitants prospèrent avec mon activité ? C’est une condition de continuité économique, comme le montrent les entreprises qui ont sécurisé leur ancrage territorial là où d’autres ont disparu faute de ce lien.
Ce que la régénération veut dire pour une entreprise. Le cadre théorique complet : trois corpus scientifiques, la trajectoire de maturité, des cas chiffrés (Michelin, Patagonia, C’est qui le Patron ?!) et la thèse de la triple profitabilité.
Lire le livre blanc →2. Le Regenerative Development and Design
Dès 1976, John T. Lyle pose les bases d’une conception où les ressources se renouvellent au lieu de s’épuiser. Le Regenesis Institute formalise ensuite la discipline : dans Regenerative Development and Design, Pamela Mang et Ben Haggard définissent le RDD comme une approche par les systèmes vivants, et un ensemble de stratégies visant à améliorer la capacité des êtres vivants en harmonisant les activités humaines avec l’évolution continue de la vie sur la planète.
Le RDD est une méta-discipline : il fait basculer la perception des humains, d’une espèce qui dégrade le vivant vers une espèce qui contribue à la capacité du vivant à s’épanouir. Cet objectif régénératif prolonge les processus d’éco-conception actuels, qui visent le net zéro par la réduction des impacts négatifs.
3. Le design relationnel
L’écosystème est vu comme un lieu de vie partagé : l’enjeu est de tisser des liens mutuellement bénéfiques entre humains et non-humains sur un territoire. Le but est une prospérité partagée. Cette approche se distingue de la RSE traditionnelle, souvent axée sur le développement durable, par une vision fondée sur le potentiel du lieu et la capacité du vivant. C’est de là que vient la définition du designer donnée plus haut : un designer de relations entre êtres vivants.
Le design relationnel trouve sa traduction économique dans l’économie de la mutualité, héritière de l’Économie Sociale et Solidaire, exemplaire par sa capacité à tenir ensemble les trois piliers d’impact, environnement, social et économie. C’est ce modèle qui permet de concevoir une offre en triple impact, mutuellement bénéfique à toutes les parties prenantes d’un territoire.
Le modèle s’énonce comme une chaîne : pratiques régénératives, produits et services à survaleur, performance financière durable, prospérité du territoire et de ses habitants. Sa rentabilité a trois sources : la qualité des relations entre les acteurs de la chaîne, la survaleur qu’elle rend possible en rayon (l’écologie, ça rapporte, comme le montre C’est qui le Patron ?!), et la multivalorisation de la matière. Le modèle intègre nativement les indicateurs de la CSRD.
Conception de produits régénératifs : les 4 piliers
Concrètement, cette conception régénérative repose sur 4 piliers de design. Les voici en un coup d’œil, avant de les développer un à un.
L’Unité Fonctionnelle Régénérative (UFR)
Redéfinir à quoi sert vraiment le produit. Non plus « à quoi sert-il techniquement ? » mais quelle est sa contribution cible aux êtres vivants du territoire ? L’UFR répond à des besoins essentiels en intégrant les enjeux de l’usager final et de tous les acteurs des écosystèmes traversés. Passer de « nourrir » à « bien nourrir tout en régénérant la biodiversité ».
L’analyse de la chaîne de valeur
Analyser chaque étape de la chaîne de valeur (amont, cœur, aval) pour distinguer ce qui dégrade la valeur de ce qui contribue, sur trois familles d’indicateurs (environnement, social, économie). On intègre explicitement les non-humains (biodiversité, pollinisateurs, sols) comme parties prenantes, en s’appuyant sur les potentialités du territoire (biorégion). Ce diagnostic, étape par étape, est ce qui permet ensuite de co-concevoir une offre qui régénère.
Des liens mutuellement bénéfiques, co-conçus avec le vivant
Co-créer le concept produit avec toutes les parties prenantes, sans exclusion, y compris la voix du vivant. Le cœur : tisser des liens mutuellement bénéfiques (économie de la mutualité), où chaque acteur renforce la capacité des autres à prospérer. 80 % du temps va à la compréhension mutuelle, 20 % à la solution. L’affichage et les labels (Planet Score, ROC, Demeter…) sont pensés dès le départ comme levier commercial.
La triple comptabilité en multicapitaux
Rendre visibles et faire prospérer trois capitaux (financier, environnemental, social), liés dans un même bilan, plutôt que dans des rapports séparés. La robustesse économique est un prérequis (niveau Restaurer) : régénérer, c’est quand le modèle économique augmente la capacité du vivant à prospérer, pour que le territoire et ses habitants prospèrent avec l’activité. La CSRD (double matérialité, ESRS) fournit le cadre et documente ; le cap est un reporting intégré reliant performance économique et santé du vivant.
Pilier 1. L’Unité Fonctionnelle Régénérative (UFR)
Tout part de deux questions, dans cet ordre : à quoi sert le produit, et quelle est sa contribution cible ? L’UFR conçoit la fonction elle-même pour qu’elle contribue au territoire et à ses habitants humains et non-humains, au lieu de mesurer l’impact d’une fonction existante.
Poser l’usage d’abord : le socle du secteur
Poser l’unité fonctionnelle régénérative commence par une question d’usage : à quoi le produit sert-il, combien de temps, avec quelle qualité ? Chaque secteur a une qualité intrinsèque qui décide de l’essentiel, et presque aucune n’est certifiée : en alimentation, le degré de transformation du produit ; en textile, la durabilité physique du vêtement ; sur les équipements, la durée de vie et la réparabilité effective. C’est la qualité de l’usage qui départage, jamais la quantité : un vêtement qui dure peut s’acheter, un aliment peu transformé peut se manger sans compter. Ce socle se pose en premier, et la contribution se construit ensuite, cran par cran : ce sont deux exigences distinctes, le socle ne vaut pas contribution et la contribution ne dispense pas du socle. Notre analyse de l’ultra-transformation en donne l’exemple alimentaire.
L’unité fonctionnelle décide de ce que l’on compare
En analyse de cycle de vie, l’unité fonctionnelle est ce à quoi les impacts sont rapportés : un kilo, un lavage, une nuitée. Elle décide de ce que le calcul compare, et ce qu’il laisse hors champ. Notre lecture des labels comme jalons d’une trajectoire en donne l’exemple le plus parlant, le paradoxe du mouton : rapportée au kilo de fibre, une fibre synthétique est mieux notée qu’une laine issue de pâturage extensif, parce que le paysage entretenu, le sol vivant et la prévention des incendies n’entrent pas dans le calcul. Une unité quantitative compare des flux ; elle laisse de côté les pratiques et ce que l’activité fait au territoire. Les six étapes d’une ACV régénérative montrent ce que change une unité fonctionnelle régénérative.
Trois économies, trois unités
Chaque économie travaille le produit à un endroit, comme le pose notre échange avec Daniel Kaufman sur l’économie de la fonctionnalité et l’économie régénérative, et chacune se donne une unité différente.
Économie circulaire · la matière
L’unité porte sur le produit et ses flux : la matière économisée, réemployée ou recyclée pour un même produit.
Économie de la fonctionnalité · l’usage
L’unité devient une performance d’usage et ses effets utiles : cinq ans d’éclairage plutôt que des luminaires, comme le propose la Pérennité Programmée Circulaire. Voir la définition et les exemples de l’économie de la fonctionnalité.
Économie régénérative · la contribution
L’unité se définit par sa qualité : la contribution cible aux êtres vivants du territoire, humains et non humains. C’est l’UFR.
Les deux premières unités restent quantitatives : elles servent le même usage avec moins de matière, et relèvent de la réduction. L’UFR change de nature : elle intègre les enjeux de l’usager final et de tous les acteurs des écosystèmes traversés, et se lit en triple impact sur un territoire, environnement, social, économie. La tomate régénérative, enjeu de 2027, l’illustre : elle pousse sur un sol vivant, sans intrants de synthèse, et fait progresser ensemble le sol qui la porte, le revenu de celui qui la cultive et la santé de celui qui la mange. Le Made in France régénératif applique cette unité à l’échelle du pays : la question n’est plus où le produit est fabriqué, mais ce qu’il fait gagner au territoire et à ses habitants, humains et non humains.
Une fonction ainsi définie change le modèle économique
Une UFR change ce que le volume fait. Le volume amplifie ce que le produit fait : il aggrave celui qui prélève, il multiplie ce qu’apporte celui qui contribue. La croissance vient alors de la valeur et de la substitution, en vendant davantage de ce qui contribue à la place de ce qui prélève, dans la limite de ce que le territoire peut porter : c’est la croissance à impact régénératif. C’est pourquoi l’UFR se définit à l’atelier 3 du Business Model Régénératif, avec toutes les parties prenantes, une fois la chaîne de valeur analysée et projetée à dix ans. Elle fixe ensuite ce que l’on mesure (pilier 4) : ce qu’on régénère en plus, autant que ce qu’on dégrade en moins.
Textile : Passer de « couvrir » → « habiller en contribuant aux savoir-faire locaux et à la santé des pollinisateurs du territoire textile ».
Numérique : Passer de « connecter » → « connecter en développant l’autonomie digitale tout en limitant la pression sur les ressources en eau des data centers ».
Équipement (éclairage) : Passer d’« éclairer » → « bien éclairer, pour le territoire et ceux qui l’habitent ».
Pneu (Michelin) : Passer de « rouler » → « se déplacer en contribuant à la forêt d’hévéas et à la prospérité des 2 500 planteurs en agroforesterie régénérative ».
Pilier 2. L’analyse de la chaîne de valeur
Une fois la fonction redéfinie, on analyse la chaîne de valeur étape par étape, de l’amont à l’aval. À chaque étape, on lit à la fois les impacts négatifs (ce que l’activité dégrade ou surexploite) et les impacts positifs (ce qu’elle restaure ou régénère). Ces impacts s’estiment à partir des pratiques en place et des données disponibles, sans attendre une mesure exhaustive. C’est ce double regard, étape par étape, qui fait apparaître où le modèle détruit de la valeur et où il peut en créer :
Où la surexploitation des ressources, naturelles, humaines, financières, crée un risque à réduire ; et où des relations longues et co-investies avec fournisseurs et partenaires peuvent au contraire régénérer sols, revenus et savoir-faire.
Où se concentrent consommations et pollutions à limiter ; et où l’on peut ancrer l’activité dans le territoire, mobiliser ses potentialités locales (biorégion) et intégrer les non-humains (biodiversité, pollinisateurs, sols) comme parties prenantes.
Où l’usage et la fin de vie génèrent des impacts à réduire ; et où la contribution rendue visible (affichage, labels, histoires de producteurs) devient un levier de vente et de marge plutôt qu’un coût.
Cette lecture s’appuie sur trois familles d’indicateurs, examinées à chaque étape et alignées sur la double matérialité de la CSRD :
Environnement
Carbone, eau, biodiversité, santé des sols, pollutions. Là où l’éco-conception pilote le produit sur ses 16 critères d’impact, la conception régénérative y ajoute l’état du vivant. Aligné ESRS E1 (Climat), E4 (Biodiversité).
Social
Conditions de travail, revenus des producteurs, communautés locales, santé humaine. L’impact social couvre les parties prenantes internes (salariés) et externes (usagers, territoire). Aligné ESRS S2 (Travailleurs de la chaîne de valeur), S4 (Consommateurs).
Économie
Robustesse, marges, co-investissement, valorisation d’actifs, partage de la valeur. On mesure la valeur créée et détruite à chaque étape, au-delà du seul profit de l’entreprise.
On part de cette analyse de la chaîne de valeur pour en faire émerger une offre qui régénère, plutôt que d’habiller l’offre existante de bonnes pratiques : c’est ce que construit la supply chain régénérative, où la valeur se partage le long de la chaîne. C’est à partir de ce diagnostic, étape par étape, qu’on passe à l’étape suivante : co-concevoir la proposition de valeur avec toutes les parties prenantes (pilier 3).
Une gaufre industrielle banale, farine, lait, beurre, œufs sourcés au moins cher en Europe, peut-elle devenir régénérative ? On suit sa transformation étape par étape : relocaliser la farine chez des agriculteurs qui enrichissent leurs sols, des contrats longs qui sécurisent leurs revenus, du miel à la place du sucre… et pourquoi, bien conçu, ce produit tient son prix.
C’est quoi une gaufre régénérative ? →Pilier 3. Des liens mutuellement bénéfiques, co-conçus avec la voix du vivant
C’est ici que le diagnostic devient offre. La co-conception régénérative va au-delà de l’interrogation des clients finaux (le design thinking classique) : elle consiste à co-créer le concept produit avec toutes les parties prenantes, sans exclusion, en intégrant une dimension radicalement nouvelle, la voix du vivant, portée par les représentants des non-humains (ONG, associations, experts du territoire). Le rapport de forces du processus s’inverse : 80 % du temps va à la compréhension mutuelle et à l’analyse des impacts, 20 % à la génération de solutions.
Le cœur de cette étape, ce sont les liens mutuellement bénéfiques. La conception régénérative s’appuie sur l’économie de la mutualité : toute activité économique suppose un avantage mutuel, et l’optimum est le surplus mutuel maximal de toutes les parties plutôt que la marge d’un seul acteur. On tisse ainsi des relations où chaque acteur, y compris le vivant, renforce par son activité propre la capacité des autres à prospérer, au lieu de concevoir une offre pour des parties prenantes. L’entreprise rend en retour des services socio-écosystémiques, dans une coalition d’acteurs réunie au-delà du seul profit. C’est de ce réseau de réciprocité que naît la proposition de valeur régénérative, celle où le territoire et ses habitants prospèrent avec l’activité, et l’activité avec eux.
Ce partage se traduit dans les termes de l’accord : durée des engagements, préfinancement des campagnes, participation aux outils de première transformation, répartition de la valeur créée. On co-investit, et on se partage équitablement les gains ; l’atterrissage se fait en triple comptabilité (pilier 4).
Chacun paie les impacts dont il tire un gain (qui va payer pour la régénération). Le consommateur paie la survaleur. L’entreprise paie par ses engagements : durée des contrats, préfinancement, participation aux outils. Le producteur engage la conversion de ses pratiques, pour un débouché garanti et un revenu construit sur ses coûts. La puissance publique paie les services rendus au territoire, l’eau, les sols, la biodiversité, l’emploi, obtenus par une activité économique plutôt que par une dépense récurrente.
L’enjeu est aussi commercial. L’affichage socio-environnemental et les labels (Planet Score, Regenerative Organic Certified, Demeter…) sont pensés dès la conception comme un levier, chacun à son niveau dans notre lecture des labels comme jalons : rendre la contribution directement perceptible par les acheteurs sur les produits en vente.
Pilier 4. La triple comptabilité en multicapitaux
Le pilotage passe de la réduction des coûts et des risques à une autre logique : rendre visibles et faire prospérer les trois capitaux (financier, environnemental et social), considérés comme des actifs liés dans un même bilan. Attention à ne pas confondre : la robustesse économique (résilience à la polycrise, continuité des activités) est un prérequis : c’est le niveau Restaurer, détaillé dans entreprise robuste, évaluez votre capacité à tenir. Régénérer (N4), c’est quand le modèle économique augmente la capacité du vivant à prospérer, pour que le territoire et ses habitants prospèrent avec l’activité, et l’activité avec eux.
La mesure distingue deux sortes d’impacts. Un gain net au-delà d’une ligne de référence explicite est un impact positif, au niveau Restaurer. Il devient un impact régénératif quand il augmente ensemble la capacité du vivant à se renouveler, sur les trois piliers.
La CSRD en double matérialité fournit le cadre, celui de la soutenabilité forte : elle oblige à documenter à la fois l’impact du vivant sur l’entreprise et celui de l’entreprise sur le vivant (ESRS E1 Climat, E4 Biodiversité, S2 Chaîne de valeur, S4 Consommateurs, G1 Gouvernance). Elle documente et laisse la valorisation ouverte : le rapport financier et l’extra-financier restent deux mondes séparés, et les premiers rapports renseignent encore peu la biodiversité, comme le montre ce que la CSRD ne mesure pas. L’enjeu régénératif est justement de relier les deux, de démontrer que les pratiques qui régénèrent le vivant expliquent une part de la performance économique. C’est l’objet de notre recherche-action sur la triple profitabilité régénérative.
L’aboutissement visé : un reporting intégré, en triple comptabilité, où la contribution au vivant et la performance économique se lisent ensemble. Le pilotage s’appuie sur des cadres hérités (au premier rang l’ACV, outil quantitatif de l’éco-conception, N2), que la conception régénérative complète par la voix du vivant et l’expertise de terrain.
Un point de méthode, ici : une conception régénérative se conduit depuis les pratiques. Une pratique prescrite (couvrir les sols, allonger les rotations, planter des haies, garantir un prix) continue de produire ses effets année après année et reste vérifiable par un tiers. Les impacts de ces pratiques s’estiment à chaque étape de la chaîne de valeur dès les premiers ateliers, puis se précisent au fil des mesures : les estimations orientent la conception, les mesures valident la trajectoire, et les pratiques la tiennent dans la durée. Le passage du bio au régénératif, du champ au produit en rayon, en donne le détail.
Ce que le produit conçu fait au vivant se lit dans la relation entre son chiffre d’affaires et ses impacts. La croissance à impact régénératif en pose quatre équations :
Couplage : le chiffre d’affaires et les impacts négatifs croissent ensemble (Patagonia).
Décroissance : le chiffre d’affaires et les impacts négatifs baissent ensemble (l’arrêt des lingettes Mustela chez Expanscience).
Découplage : les impacts négatifs reculent, le chiffre d’affaires se maintient (Expanscience).
Recorrélation : le chiffre d’affaires et les impacts régénératifs croissent ensemble (C’est qui le Patron ?!, +11,8 % dans un marché du lait bio en recul).
Le test tient en une question : ce qui est vendu conditionne-t-il ce que le territoire et ses habitants gagnent, et la rentabilité vient-elle de là ? Pour le mesurer, produit par produit : l’ACV régénérative.
À quoi reconnaît-on un produit réellement régénératif, et non « à visée régénérative » ? Les marqueurs clés (deux mouvements qui s’additionnent, triple profitabilité, biodiversité et santé humaine parmi les indicateurs à intégrer), illustrés par des cas primés aux Lauriers 2026, dont le beurre WE STAND de Davines.
Produit régénératif : le décryptage complet →Innovation produit : le Business Model Régénératif pour concevoir une offre régénérative
Le business model régénératif de Nous Sommes Vivants est un canvas, similaire au Business Model Canvas, complété au fil d’ateliers structurés autour de la transformation de la chaîne de valeur d’un produit ou service : passer d’une chaîne de valeur dégénérative (qui détruit de la valeur) à une chaîne de valeur régénérative, qui contribue plus qu’elle n’exploite. Les ateliers sont toujours animés à deux voix, un expert sectoriel et un médiateur.
Le parcours en 5 ateliers, avec toutes les parties prenantes
Après une cartographie des parties prenantes actuelles, identifier les zones de dégradation à chaque étape, les bonnes pratiques et les opportunités de services socio-écosystémiques à délivrer (normés CSRD). L’atelier travaille sur le produit existant, et pose l’ACV de la situation actuelle.
Réunir de nouvelles parties prenantes et projeter la chaîne de valeur en triple impact dans 10 ans, en définissant les partenaires stratégiques à mobiliser pour délivrer ces services socio-écosystémiques, en s’appuyant sur les potentiels écosystémiques du lieu. L’atelier pose l’ACV prospective du produit régénératif.
Co-concevoir, avec toutes les parties prenantes, la proposition de valeur à visée régénérative qui fait prospérer les capitaux environnementaux, sociaux et financiers d’ici 10 ans. Définition de l’Unité Fonctionnelle Régénérative.
Élaborer un plan d’actions en 3 horizons de temps, avec un produit de transition sous 5 ans : l’offre intermédiaire qui permet de basculer du modèle actuel au modèle futur sans casse pour ceux qui doivent se transformer. Faisabilité, viabilité, coûts et gains en T1 et T10.
Mise en place de la triple comptabilité, suivi des impacts de l’offre avec alignement CSRD et objectifs de l’entreprise. Co-investissement et engagements mutuels, multiples points de mesure et reporting dans le temps.
Cas d’application : la filière textile ortie, sur trois régions
Comment la méthode se déroule sur le terrain ? Nous Sommes Vivants accompagne depuis trois ans le tisseur Tissages Bastien et une filière ortie naissante, autour d’une question simple : la fibre d’ortie peut-elle fonder un modèle textile viable et régénératif ? Voici le parcours, étape par étape.
L’ortie est une plante rustique qui pousse sans intrant, restructure les sols et se passe de pesticides comme d’irrigation. Valoriser uniquement sa fibre textile laisse la culture et la transformation sous le seuil de rentabilité : le modèle économique demande d’autres débouchés.
Lors des ateliers du Business Model Régénératif, les acteurs de la filière cartographient ensemble la chaîne, de la culture au produit fini, pour repérer, à chaque étape, les impacts négatifs à réduire et les contributions possibles au territoire (sols, biodiversité, emploi local, savoir-faire).
La proposition de valeur régénérative naît de la multi-valorisation : au-delà du textile, l’ortie alimente des débouchés alimentaires et cosmétiques. Plusieurs flux de revenus co-existent, ce qui rend l’ensemble économiquement robuste là où la fibre seule butait.
Les acteurs s’engagent dans des relations longues : contrats pluriannuels, préfinancement, participation aux outils de première transformation, partage de la valeur créée. Le territoire (sols régénérés, emplois, dynamique locale) devient partie prenante bénéficiaire.
Le résultat : un modèle qui butait sur la seule fibre devient viable par la multi-valorisation, et régénératif, parce que chaque débouché renforce les sols, le territoire et les acteurs. C’est l’illustration exacte du principe : on part de la chaîne de valeur pour en faire émerger une offre qui régénère.
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La même méthode sur un service numérique et sur un produit alimentaire
Session découverte sur le bouquet de services d’accès numérique (internet fixe, mobile, TV), dont la Livebox est l’un des composants, puis 8 designers d’Orange Innovation formés à l’animation de la démarche en octobre 2024. La chaîne de valeur a été cartographiée en 45 étapes, calibrées sur les indicateurs CSRD en double matérialité, et la piste la plus concrète est une Livebox qui passe en mode dégradé lors des sécheresses : un terminal qui répond à l’état des écosystèmes du territoire, directement issu de l’analyse des dépendances.
Le cas Orange →Étude exploratoire de six mois en France et aux États-Unis pour lancer une gamme de compote de pomme régénérative (le cas client). Le terrain a réuni les pommiculteurs des deux pays, les consommateurs et les distributeurs : le verger devient le point d’entrée du modèle économique, et les attentes des acheteurs se travaillent en même temps que les pratiques agricoles.
En cosmétique, notre mission pour Melvita, marque du groupe L’Occitane, est entrée par le comité exécutif : le Business Model Régénératif y est recommandé pour réunir autour d’une même table les acteurs de la chaîne de valeur d’un produit. Le secteur est détaillé dans notre article sur la cosmétique régénérative, de l’ingrédient à la peau.
Rendre visible un produit régénératif : affichage environnemental et labels
Concevoir régénératif appelle une suite : que la contribution soit perceptible par l’acheteur au moment du choix. C’est le rôle de l’affichage environnemental et des labels, un levier commercial autant qu’un enjeu de confiance.
Le cadre se durcit. Depuis le 27 septembre 2026, la directive européenne EmpCo (2024/825) renforce la protection des consommateurs contre les allégations environnementales trompeuses : les allégations vagues ou non étayées par des preuves sont interdites. Les régulateurs et tribunaux considèrent désormais la « compensation » comme un concept trop imparfait au regard de la science, tout comme le « transfert d’impact » d’une étape ou d’un critère à l’autre. La logique attendue devient celle de la contribution à des projets environnementaux, exactement la posture régénérative.
Le Made in France régénératif.
« Fabriqué en France » désigne un lieu ; contribuer à la France et à ses habitants, dont la biodiversité, c’est la régénération. Un produit fabriqué et consommé en France y contribue sur les trois piliers d’impact, avec un atterrissage dans un territoire qui prospère : l’emploi durable et la juste rémunération tout au long de la chaîne de valeur ; des sols vivants et une biodiversité renforcée ; la santé et des relations justes entre ceux qui font et ceux qui consomment. Le label Made in France ne le distingue pas : il suffit que la dernière transformation substantielle ait eu lieu en France. Le manifeste du Made in France contributif, remis aux ministères en juin 2026, demande de rendre cette contribution visible sur le produit ; notre guide pour lire une étiquette en tire trois réflexes pour l’acheteur. « Avec un Made in France régénératif, le territoire et ses habitants prospèrent grâce à l’activité économique, pas malgré elle. »
Ce mouvement fait émerger de nouveaux repères pour l’acheteur, comme le Planet Score (qui informe notamment du degré d’usage de pesticides), adopté par des enseignes comme Biocoop ou Picard, ou l’application « QuelProduit » de l’UFC-Que Choisir. Ce que le consommateur regarde vraiment en rayon le confirme : c’est la preuve vérifiable qui convainc. L’affaire Yuka l’a confirmé en justice : la cour d’appel de Paris a fait prévaloir la liberté d’information du consommateur, jugeant qu’une telle information, fondée sur une science consolidée, aide à faire de meilleurs choix et pousse les industriels à améliorer leurs produits.
Un label n’est pas la régénération : c’est une preuve située dans une trajectoire.
Nous classons les labels, scores et certifications selon ce que leur cahier des charges prescrit, et non selon l’ambition affichée avec eux. Deux conséquences pour un designer : un score se lit à la note obtenue, puisqu’un Planet Score A et un Planet Score E ne se situent pas au même endroit ; et un label de niveau intermédiaire reste un jalon utile à sa place dans une trajectoire.
Deux voies vers le niveau Régénérer
La ligne des labels qui contribuent est la plus courte du classement. Les marques la rejoignent par deux chemins.
1 · La certification auditée
Les référentiels qui prescrivent ensemble un socle biologique, des pratiques sur les écosystèmes et un volet social : ROC, Demeter, Nature & Progrès, Bio Équitable en France, Biopartenaire. Le socle bio conditionne l’accès à ce niveau, et le pilier social y compte autant que le pilier environnemental.
2 · Le socle bio et les scores au plus haut
Un produit bio dont les scores sont affichés au plus haut niveau, le quadruple A ouvert par Biocoop (AB, Nutri-Score A, Planet Score A, Origin’Info), documente plusieurs conditions de ce niveau. Il l’atteint avec une finalité contributive démontrée et un mécanisme économique qui relie l’amont et l’aval, comme un prix construit sur les coûts du producteur. Cette voie ouvre le niveau Régénérer sans attendre une certification auditée, à condition de viser les notes hautes et de les afficher ensemble.
Une précision de méthode utile en atelier : additionner des mentions et combiner des labels pour asseoir un claim sont deux démarches différentes. Empiler des mentions produit une liste. Combiner pour asseoir un claim produit une preuve : la revendication est énoncée d’abord, et chaque repère l’étaye sur un point précis, avec une note ou un audit tiers derrière lui.
Regenerative Organic Certified (ROC)
Porté par la Regenerative Organic Alliance (distribué par Ecocert en France), le ROC est aujourd’hui le label le plus exigeant sur la régénération, et le mouvement ROC grandit en Europe. Il exige la certification biologique en prérequis, puis fait auditer trois piliers complémentaires :
Sur le socle bio, sans intrants chimiques de synthèse, des pratiques qui enrichissent la vie des sols.
Conditions de travail, salaire vital vérifié par entretiens avec les travailleurs : héritage du fair trade.
Lorsque pertinent selon la filière.
Le socle du secteur se décide avant l’affichage.
Les labels attestent la contribution ; le socle du secteur, le degré de transformation en alimentation, la durabilité physique en textile, la durée de vie d’un équipement, se pose en conception, dès la définition de l’unité fonctionnelle régénérative (pilier 1). Ce sont deux exigences distinctes, et une offre régénérative tient les deux.
Des produits régénératifs en vente : la preuve par les lauréats
Les Lauriers de la Régénération ont distingué près de cent produits et services régénératifs en trois éditions. L’édition 2026 a primé 38 lauréats couvrant quinze secteurs (un champagne et un moteur de recherche, un t-shirt et une cantine de quartier), dont 7 porteurs de la certification Regenerative Organic Certified : Telmont, Clarins, Davines, le Domaine des Hautes Glaces, Wild Orchard, Ecoidées et Patagonia.
Exemple de conception régénérative aboutie chez les lauréats 2026 : le beurre hydratant WE STAND/for regeneration de Davines (palmarès 2026), dont le calendula est cultivé par l’entreprise elle-même dans son centre de recherche de Parme, fondé avec le Rodale Institute, et certifié Regenerative Organic Certified : la triple profitabilité y est mesurable sur les trois piliers, à commencer par des sols dont la vie est activement enrichie. Le groupe a réalisé environ 295 M€ de chiffre d’affaires en 2024, en croissance de 12 %. Patagonia, de son côté, s’appuie sur plus de 550 fermes en agriculture régénérative organique.
C’est qui le Patron ?! donne la recorrélation la plus nette : environ 126 M€ de chiffre d’affaires en 2024, en croissance de 11,8 % dans un marché du lait bio en recul, avec un prix producteur co-décidé par les sociétaires.
Les lauréats montrent, via les offres commercialisées récompensées, qu’il est possible de régénérer le vivant tout en étant économiquement viable, en France, dans nos territoires et dans le monde.
Un champagne et un moteur de recherche, une ville minière et une cantine de quartier : les lauréats couvrent quinze secteurs, que notre panorama des marques régénératives en France classe par bénéfice, et partagent un même fil, leur activité laisse les sols, la biodiversité, les gens et le territoire en meilleur état qu’elle ne les a trouvés.
Découvrir les Lauriers de la Régénération →Les dossiers sectoriels (toutes nos analyses sectorielles) : agriculture · alimentation · produits laitiers · distribution alimentaire · forêt et bois · eau · textile · cosmétique · vins et champagnes · tourisme · architecture · numérique · industrie et Made in France · finance · la filière laine modélisée au Capacity Score.
Ce que les pratiques changent à un produit : le steak · le fromage
Lire l’étiquette : le Nutri-Score · l’ultra-transformation · lire une étiquette
Les analyses d’entreprises au Capacity Score (les dix analyses réunies) : C’est qui le Patron ?! × LSDH · Éco-Domaine La Fontaine · ETIC · Expanscience · Patagonia · Léa Nature · Danone · Orange · Michelin · LVMH, filière par filière.
Le cadre théorique : qu’est-ce qu’une entreprise régénérative · le livre blanc, ce que la régénération veut dire pour une entreprise · la croissance à impact régénératif.
Mesurer et rendre visible : l’ACV régénérative et la biodiversité, en six étapes · le manifeste du Made in France contributif · près de cent cinquante labels, scores et certifications sur quatre niveaux · les données à ajouter au passeport numérique de produit.
Se former à la conception régénérative et se faire accompagner
Cette démarche s’apprend et se déploie avec un outil : le REGEN BMC. Vous pouvez le découvrir en masterclass ou en session découverte, vous former à l’animer pour le dérouler en mode consulting, ou vous faire accompagner sur un projet complet. Voici les portes d’entrée, selon votre profil et votre degré d’engagement.
Le point de départ est le même pour tous : le Capacity Score. Nous demandons à chaque client et prospect de le remplir avant tout accompagnement : il situe l’activité sur les 4 niveaux, à travers les 6 leviers, et désigne celui qui retient le passage au niveau suivant. La suite du parcours se construit à partir de là.
À qui s’adresse la démarche
Designers & chefs de produit
Concevoir des offres qui contribuent au vivant, en intégrant toutes les parties prenantes : le cœur de métier que le REGEN BMC outille et que la formation transmet. C’est à eux que cet article s’adresse d’abord.
Directions RSE
Dans la lignée de la CSRD, prendre la mesure de ses impacts et mettre en place un cadre opératoire avec les parties prenantes internes et externes, pour limiter les risques, réduire les impacts négatifs et valoriser ses contributions au niveau d’un territoire.
Directions innovation
Concilier la résilience des activités économiques et la régénération de la nature, avec un plan de transformation porté en interne et par les partenaires clés de la chaîne de valeur.
Collectivités locales
Réunir tous les habitants d’un territoire autour d’un projet à visée régénérative, la collectivité étant seule à même de réunir l’ensemble des parties prenantes dans un intérêt commun.
Les offres Nous Sommes Vivants
Se former à la conception régénérative
Session découverte
Faire l’expérience d’un atelier, fresques ou REGEN BMC, en une demi-journée. Inscription individuelle en ligne, dates ouvertes toute l’année. Voir les dates →
Formation animateur
2 jours de formation, puis pratique en binôme. Débouché : l’habilitation à animer le REGEN BMC comme consultant du collectif. Se former →
Se faire accompagner (marques & entreprises)
Accompagnement complet
Les 5 ateliers du REGEN BMC sur un an, avec 25 à 50 parties prenantes de votre chaîne de valeur. Deux animateurs, un expert sectoriel et un médiateur. Sur devis. Faire appel à nos consultants →
Regenerative Circles
5 journées sur 12 mois, entre pairs : Circle Agri & matières vivantes, Circle Leadership, Circle Écosystème. Benchmark, co-apprentissage et cas réels. Les Regenerative Circles →
Ressources ouvertes à tous
Capacity Score
GratuitAuto-diagnostic en ligne : version Flash en 20 questions et 10 minutes, version complète en 38 questions. 4 niveaux, 6 leviers, et le levier qui retient votre passage au niveau suivant.
Lauriers de la Régénération
AnnuelPrix annuel des produits & services régénératifs. Près de cent lauréats à ce jour, et un recueil complet publié à chaque édition.



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